Les tétradrachmes des rois de Cappadoce more

Bulletin de la Société Française de Numismatique, 45, n° 9, nov. 1990, p. 891-895.

I 45- ann6e — n° 9 novembre 1990 Bibliotheque Nationale 58 rue de Richelieu. 75002 Paris — (1) 47 03 83 34 ISSN 0037-9344 Etudes et travaux DE CALLATAY (F.) (1) — Les tetradrachmes des rols da Cappadoce. La numismatique des rois de Cappadoce se caracterise, pour Targent, par la nette predominance des Emissions de drachmes sur celles des tetradrachmes. Cette particularity distingue la Cappadoce des autres royaumes d'Asie Mineure & cette epoque. De fait, les Attalides k Pergame comme les rois de Bithynie ne pro- cederent, semble-t-il, & aucune emission de drachmes. Quant aux rois du Pont, les plus proches voisins de la Cappadoce, leurs frappes de tetradrachmes exce- derent de tres loin celles des drachmes (2). Le catalogue recemment reuni des monnaies de Mithridate VI Eupator ne recense ainsi que 11 drachmes & mettre en regard des 505 tetradrachmes (3). II faut en realite se tourner vers I'Orient et vers les rois parthes en particulier pour trouver une situation similaire. Recapitulons les donnees relatives aux monnaies royales cappadociennes telles que celles-ci peuvent aujourd'hui etre etablies apres les travaux de O. Morkholm principalement: Ariarathe iv (±220-163) Tetradrachmes : 2 exemplaires frappes & Soli (du meme coin de droit) (4) Oropherne (±158-157) Tetradrachmes : quelques tres rares exemplaires (du meme coin de droit) (5) 1. Charge de recherches au FNRS. 2. Si Port met de c6te une drachme exceptionneile de Mithridate III (Paris, Cabinet ctes Medailles), seul Phamace et Mithridate VI Eupator se signalent par une frappe significa- tive de drachmes. ^ 3. F. de CALLATAY, Histoire dconomique et monetaire des guerres mithridatiques, Louvain-la-Neuve, 1988, tome 1B, p. 31 (these ineditede doctorat). 4. Voir maintenant A. HOUGHTON. «The Royal Seleucid Mint of Soli-, NC, 149, 1989, p. 26, n° 63-4 et pi. 9. Les deux exemplaires appartiennent au Cabinet des Medailles de Paris d'une part (voir planche, n° 1) et a une collection privee europeenne de I'autre. II existe des faux de cette emission : voir B. Simonetta, The Coinage of the Cappadocian Kings, Typos, II, Fribourg, 1977, pi. 7, n° 7 (Londres). 5. Voir planche, n° 2 : coll. Simonetta (B. SIMONETTA, 1977, pi. 3. n° 10). On distingue piusieurs coins de revers. — 891 — — 892 — Arlaratho V (±163-130) Tetradrachmes : un exemplaire de I'ann6e 29 et quelques-uns de Pann6e 30 (6) Drachmes : tr^s nombreux exemplaires (principalement de I'ann6e 33 [TA] .131/0) (7) Ariarathe VI (±130-116) Drachmes : 193 exemplaires provenant de 42 coins de droit (8) Ariarathe VII (±116-100) Tetradrachmes : 1 exemplaire unique (9) Drachmes : 230 exemplaires provenant de 67 coins de droit (10) Ariarathe VIII (±100-98) Drachmes : 173 exemplaires provenant de 39 coins de droit (11) Ariarathe IX (±100-85) Tetradrachmes : 47 exemplaires provenant de 3 coins de droit (12) Drachmes : 203 exemplaires provenant de 63 coins de droit. Ariobarzane I (± 96/5-63) Drachmes : 268 exemplaires (13) Ce tableau synthetique permet de faire trois observations. 1-Plusieurs rois de Cappadoce paraissent s'etre dispenses de la frappe de tetradrachmes (Ariarathe VI, Ariarathe VIII et Ariobarzane ler). 2-Tous les autres souverains, k I'exception du seul Oropherne, ont nettement privilegie remission des drachmes sur celies des tetradrachmes. 3-La frappe des tetradrachmes apparait dans tous les cas comme ayant 6t6 de tres faible volume, limitee & I'emploi de un ou quelques coins de droit. Cette situation suscite la question suivante : « Quelles circonstances ont amene des rois, dont ce n'etait certes pas I'habitude, & proceder k ces frappes 6. Voir B. SIMONETTA, 1977, p. 23, n° 1 (0k - New York, ANS) et n° 2 (A - Paris. BN et coll. Simonetla [planche, n° 3]). Pour d'autres exemplaires de I'ann6e A. voir par example : Coll. de Hirsch, n° 1623; vente Leu (Zurich), 20, 25-6 avr. 1978, n° 153 ou vente NFA (Beverly Hills), 18, n° 229. Les exemplaires de cette ann6e proviennent jusqu'ici du meme coin de droit. 7. O. M0RKHOLM (- The Classification of Cappadocian Kings «, NC, 7e s., 9. 1969, p. 26) recense 244 exemplaires de drachmes pour la seule « annee ■ TA (33). II 6met du reste des reserves sur la probability que toutos ces drachmes aient 6te emises la meme annee. 8. Voir O. M0RKHOLM, « The Coinages of Ariarathes VI and Ariarathes Vit of Cappadocia SNR, 57. 1978, p. 144-163, pi. 40-44. 9. Vente Leu (Zurich), 20, 25-6 avril 1978, n° 154 (voir planche, n° 4). A en juger d'apres les monogrammes. ce tetradrachme appartiendrait d I'atelier B selon la classification de O. M0RKHOLM, 1978. p. 150. 10. Voir note 8. 11. Voir F. de CALLATAY. 1988. tome 1A, p. 194. 12. Voir F. de CALLATAY, 1988, tome tA, p. 201. Les 3 coins de droit represented des types physionomiques dtfferents. Le premier type (voir planche, n° 5 ; coll. Simonetta [voir B. Simonetta, 1977. pi. 2. n° 12]) est caracte>istique des deux premieres annees du regne (A-B). Le second coin de droit est propre & la troisieme ann6e du regne (T : non illustr6). Le troisieme coin de droit est non dat6 et de style * mtthridatiquo » (voir planche, n° 6 : Leu (Zurich), 20, 25-6 avril 1978, n° 155). 13. VoirF. de CALLATAY, 1988, tome 1A, p. 213-215. d'argent de gros module ? » lis nous semble en etfet que celles-ci n'ont pas &Xe regies par ie hasard. II faut sans doute se r6soudre k ne pas pouvoir faire de conjectures sur ('occasion qui a pr6sid6 k la frappe du t&radrachme unique et non dat6 conserve pour Ariarathe VII. Le rdgne long et mal document^ de ce roi rend de fait la tache particuli&rement ardue (14). Cela 6tant, il parait pertinent de distinguer les rois legitimes des iltegitimes. Ceux-ci sont au nombre de deux : Oropherne et Ariarathe IX, le propre tils de Mithridate. Notons done que ces derniers se signalent tous les deux par la frappe de t&radrachmes. Inversement, les rois sans t6tradrachmes sont tous des rois legitimes. Notons encore que les t&radrachmes dat6s d'Ariarathe IX appartien- nent aux premieres anndes de son rdgne (A-r). Examinons ensuite le cas d'Ariarathe IV. Comme montr6 par O. Morkholm et confirm^ par A. Houghton, les deux t&radrachmes aujourd'hui connus ont 6te r6alis6s dans ('atelier cilicien de Soli vers la fin des ann6es 170 (15). Pour O. Markholm, Antiochos IV aurait alors permis k son ami et allie Ariarathe IV d'utili- ser ('atelier cilicien « presumably because it was technically impossible to produ- ce these coins in backward Cappadocia » (16), Consid6rons enfin le r&gne d'Ariarathe V. Les quelques t6tradrachmes k son nom qui nous sont parvenus sont dat6s des annees 29 et 30, soit de ±134/3 av. J.-C. Cette emission mon6taire intervient done dans la derni&re partie de son r&gne. On sait que i'immense majority des drachmes d'Ariarathe V date de I'ann6e 33 (±130 av. J.-C.) et est trds probablement k mettre en relation avec I'effort de guerre que le roi soutint aux cotes des Romains centre Aristonicos, combats au cours desquels il trouvera finalement la mort. Meme si le detail des 6v6nements de la fin du r&gne d'Ariarathe V reste tr6s impr6cis, il nous parait vraisemblable que la frappe de t6tradrachmes 6mis vers 133 soit d6j& Wee aux remous causes par la mort d'Attale et le legs de son royaume k Rome (fin 134) (17). Selon ces indices, la frappe des t6tradrachmes en Cappadoce semblerait avoir eXe le fait d'usurpateurs ou de rois engages dans des guerres a I'exterieur de leur royaume. Quoiqu'il convienne bien entendu de rester prudent, le para- m^tre le plus susceptible de rendre compte de cette situation nous parait r6sider dans I'existence ou I'inexistence de troupes mercenaires. On comprendrait en tous cas que, k la difference des rois legitimes, les usurpateurs aient eu le besoin d'y recourir pour asseoir leur pouvoir comme Ariarathe V aurait pu le faire pour encadrer ses troupes lors de son expedition ou Ariarathe IV d6ja avant lui pour se r6tablir sur le trdne. Dans cette optique, il n'est peut-etre pas accidentel que les t6tradrachmes dat6s d'Ariarathe IX aient &\e frapp6s au debut de son regne, k un 14. Notons toutefois que le style de la gravure I'apparente de trds pr&s aux productions des rois s6leucides. Pour O. M0RKHOLM, « the high quality of the portrait may indicate that the dies for this tetradrachms were cut by a Seleucid die cutter »(1978, p. 150). 15. Vers ±170 pour O. M0RKHOLM, 1969, p. 25 ou quelques annees plus t6t pour A. HOUGHTON, 1989, p. 26. 16. O. M0RKHOLM, 1969, p. 25, 17. Pour cette date, voir K.J. RIGS BY, « The Era of the Province of Asia », Phoenix, 33, t, 1979, p. 39-47 et A.N. SHERWIN-WHITE, Roman Foreign Policy in the East 168 B.C. to A.D. 1, Norman, 1984, p. 80-92. — 894 — moment ou sa condition d'usurpateur ext6rieur necessitait sans doute de ne pas fairs reposer son autorite sur des troupes autochtones. La numismatique des rois de Cappadoce engage done a s'inlerroger sur cette apparente correlation entre la frappe des tetradrachmes, que les soldats de matter de la fin de la periode hellenistique etaient depuis plusieurs siecles habi- tues a recevoir comme paiement de teurs services, et les circonstances propices a ('engagement precisement de ces troupes mercenaires. vbila qui fournit peut- etre une information utile, parce que restrictive, sur la finalite propre de ces frappes de tetradrachmes. SCHMITT (L.) — Un rare deml-fo///s de Treves pour Constantln I. La piece que nous vous proposons aujourd'hui a et6 decouverte sur le territoire de Bazoches-les-Hautes dans le departement d'Eure-et-Loir (a. Chateaudun - c. Orgeres-en-Beauce). Cette commune a precedsmment livre plusieurs fois des depots monetaires aux lieux-dits : « Croix de la Mission », « La Fortune », « Chauffour « Bois de ia Fortune » (1). Nous ne detenons aucune information quant au lieu et aux conditions de ta decouverte. II s'agit d'un demi-fo//fe a I'effigie de Constantin I de Tatelier de Treves, appar- tenant a latroisieme reduction du follis (310-313) (2), dont voici la description : CONSTANTINVS AVG, buste Iaur6 et cuirasse a droit© avec I'egide sur la poi- trine vu de trois-quarts en avant (B.5). R/ MARTI CON-SERVATORI, Mars nu et casque debout de face tourn6 a droite, la chlamyde sur I'epaule, tenant une haste renversee de fa main droite et appuye sur un bouclier de la gauche ; PTR a Texergue. 1. A. FERDIERE, ■« Repertoire des oachettes monetaires d'Eure-et-Loir et des monnaies gauloises, romaines et du Haut Moyen-Age isolees », Mdmoires et trGsors en pays Dunois, Society Dunoise, Archdologie, Historre, Sciences el Arts. Bull. n° 275-276, t. XIX, 1985-1986, p. 9-26 , loc. cit., p. 12, n° 10. Bazoches-les Hautes : 1° « Croix de la Mission », bronzes de Tibere a Caracalta 2° « La Fortune », en 1839, monnaies d'Antonin a Oiocletien. 3° * Chauffour ■•, en 1853. trouvaille de Didius-Julianus a Hostilien. 4* « Bois de la Fortune », en 1864. 400 a 500 monnaies gauloises. 2. P. BASTIEN. Le monnayage de I'atelier de Lyon de la rdforme mone'taire de Diode-tien A ia fermeture temporaire de I atelier en 316 (294-316), Wetteren, 1980, p. 86.
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