L'évolution démographique de quelques grandes sociétés de numismatique more

Revue belge de Numismatique, CXL, 1994, p. 71-87.

REVUE BELGE DE NUMISMA TIQUE ET DE SIGILLOGRAPHIE BELGISCH TIJDSCHRIFT VOOR NUMISMATIEK EN ZEGELKUNDE PUBLIÉE UlTGEGEVEN sous LE HAUT PATRONAGE DE S. M. LE ROI PAR LA ONDER DE HOGE BESCHERMING VAN Z. M. DE KONING DOOR HET SOCIÉTÊ ROYALE DE NUMISMATIQUE DE BELGIQUE AVEC L'AlDE DE LA DIRECTION GÉNÉRALE DE L'ENSEIGNEMENT, DE LA FORMATION ET DE LA HECHERCHE DU MINISTÈRE DE LA KON INKLIJK BELG ISCH GENOOTSCHAP VOOR NUMISMATIEK MET DE FINANCTËLE STEUN VAN HET MJNISTERIE VAN DE VLAAMSE GEMEENSCHAP EN VAN DE DIRECTION GÉNÉRALE DE L'ENSEIGNEMENT, DE LA FORMATION ET DE LA DE LA COMMUNAUTÈ FRANÇAISE ET DU MINISTERIE VAN DF. VLAAMSE GEMEENSCHAP RECHERCHE DU MINISTÈRE COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DIRECTEURS: TONY RAF HACKENS, Luc SMÜLDEREN, VAN LAERE, FRANÇOIS DE CALLATA )r CXL-1994 BRUXELLES BRUSSEL FRANÇOIS DE CALLATAY L'ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DE QUELQUES GRANDES SOCIÉTÉS DE NUMISMATIQUE Comme toute entreprise humaine. les sociétés de numismatique sont soumises, au cours de leur existence, à de nombreuses vicissitudes. Maintenant que les plus anciennes d'entre elles ont dépassé 150 ans d'âge, il n'est pas sans intérêt de considérer leur développement démographique pour en tirer quelques leçons. Cet article, qui ne prétend aucunement faire le tour de la question mais suggérer par les chiffres quelques réflexions pratiques. examine l'évolution de quatre d'entre elles: à savoir la Royal Numismalic Society, la Société Royale de Numismatique de Belgique, la Société française de Numismatique et l'American Numismaiic Society. Même s'il s'agit de quatre parmi les plus grandes sociétés numismatiques dans le monde, ce choix est arbitraire et nous espérons que les autres sociétés n'y verront pas un manque de respect à leur égard. Ce choix est avant tout tributaire de la possibilité d'exploiter des données publiées. La volonté a également été de mettre en perspective des institutions relativement comparables. En l'occurrence, il s'agit dans les quatre cas de la plus grande société numismatique nationale. Bien d'autres sociétés numismatiques existent naturellement, dont certaines tout aussi vénérables que les quatre retenues ici. Mais, soit que les chiffres concernant leur démographie ne soient pas publiés, soit que leur existence soit beaucoup plus brève, soit encore que leur objet soit légèrement différent en s'adressant davantage aux collectionneurs qu'à la communauté scientifique, ces sociétés se révèlent moins susceptibles d'être incorporées au présent propos. Aucune institution n'est, bien sûr, strictement comparable à une autre. De nombreux paramètres peu vent jouer qui influent sur le nombre de membres. Certaines sociétés se montrent plus difficiles que d'autres quant à l'admissio-n de nouveaux membres. D'autres, en revanche, simplifient la procédure en vue d'augmenter autant 72 F. DE CALLATAY que possible le nombre de nouveaux adhérents. Parfois même, des incitants fiscaux existent dans la législation qui encouragent ces adhésions. En outre, on n'a pas tenu compte des abonnements qui émanent d'institutions payant pour obtenir la revue sans vouloir devenir membre pour autant. Bref, comme il faut s'y attendre s'agissant d'un exercice statistique, les chiffres présentés ci-dessous doivent être maniés avec prudence. Ils sont doublement partiels et imparfaits. Partiels parce qu'ils ne rendent pas compte de toute la réalité et imparfaits parce qu'ils masquent certains non-dits. Cela étant, on a réuni et exploité pour chacune de ces quatre grandes sociétés numismatiques, deux types de données: primo, les nombres annuels de membres depuis 1960 jusqu'à nos jours pour avoir une idée précise des récents développements; secundo, le nombre de membres pris une fois par décennie et cela depuis l'année de la création jusqu'à nos jours pour cerner l'évolution générale sur le long terme. 1. La Royal Numismatic Society La Royal Numismatic Society fut fondée le 22 décembre 1836 C). Les volumes de la Numismatic Chronicle n'omettent pas de donner le nombre annuel de membres. Il est ainsi permis de suivre, de manière ininterrompue, la santé démographique de la Société anglaise sur plus d'un siècle et demi e). Les proceedings annuels fournissent même des détails bienvenus sur la répartition des membres. Les membres honoraires sont toujours différenciés des ordinaires. Jusqu'à l'extinction naturelle du dernier, les « originals », c'est-à-dire les membres fondateurs, furent même distingués des autres. Il en restait 5 en 1870. La Société anglaise, comme l'américaine plus tard, fournit par ailleurs des données claires sur les différentes causes qui amènent un membre à disparaître de la société: décès, mais surtout radiation pour non(1) R. A. G. CARSON, A Hislory of the Royal Numismalic Society 1836-1986, Londres, 1986. (2) La British Numismalic Society, qui publie le British Numismatic Journal, est également une societe numismatique de première importance qui fait connaitre le nom de ses membres depuis sa création. Elle est toutefois plus récente, moins riche en effectif et moins tournée vers l'étranger que la RoyaL Numismalic Society. QUELQUES GRANDES SOCIÉTÉS DE NUMISMATIQUE 73 acquittement de la cotisation ou démission volontaire. Nous y reviendrons. Enfin, à partir de la fin des années 1970, une distinction éclairante est introduite pour les membres ordinaires entre les nationaux et les étrangers, en plus d'une catégorie réservée aux institutions. Les deux tableaux ci-dessous reprennent ces données: le premier pour les années 1960 à 1993, le second pour les décennies 1850 à 1990. Les abréviations utilisées sont: « Hon. » pour membres honoraires; « Ord.» pour membres ordinaires; « Étr. » pour membres étrangers; « Inst. » pour institutions; « Non. » pour nouveaux rnembres; « Déc. » pour décédés; « Dém. » pour démissions et « Rad. l) pour radiations. 1: RNS (1960-1993) Total Hon. TABLEAU Années 1993 1992 1991 1990 1989 1988 1987 1986 1985 1984 1983 1982 1981 1980 1979 1978 1977 1976 1975 1974 1973 1972 1971 1970 1969 1968 1967 1966 1965 1067 1030 1012 1000 982 970 968 961 976 961 952 966 1000 988 992 992 948 905 871 863 853 832 804 754 705 679 647 622 20 20 20 18 20 21 21 21 22 23 22 22 23 24 23 20 20 18 17 16 17 19 19 17 18 17 17 15 405 394 383 369 382 379 390 388 390 388 392 402 421 414 417 419 928 887 854 847 836 813 785 737 687 662 630 607 Ordo Étr. 565 539 531 535 506 496 486 482 495 481 468 473 489 485 488 491 Inst. 77 77 78 78 74 74 71 70 69 69 70 69 67 65 64 62 Non. 36 47 45 60 41 33 40 34 37 50 30 24 56 42 47 77 Déc. Dém. Rad. 7 5 8 9 13 10 8 8 4 6 4 10 7 10 43 32 23 25 17 12 15 13 8 8 13 11 6 8 6 10 6 6 10 13 7 11 6 14 7 13 12 16 5 6 9 14 5 9 15 22 8 18 20 36 34 27 16 23 31 33 29 17 13 30 7 12 10 72 83 62 50 61 71 67 70 54 10 20 7 8 Il 9 2 5 2 11 61 44 27 6 8 14 3 ? 8 4 74 Années Total Hon. F. DE CALLATAY Ordo Étr. Inst. Non. Déc. Dém. 1964 1963 1962 1961 1960 TABLEAU 617 597 570 531 498 17 15 12 12 15 590 582 558 519 483 31 49 54 48 46 7 12 3 9 11 12 6 Rad. 3 6 8 5 5 12 4 2: RNS (1850-1990) Total Hon. 18 24 Années Antres 1990 1980 1970 1960 1950 1940 1930 1920 1910 1900 1890 1880 1870 1860 1850 1000 988 804 498 291 219 259 299 316 299 288 19 15 16 13 11 982 964 785 483 275 206 248 234 181 109 161 14 22 23 30 37 43 58 49 285 294 276 258 197 138 51 112 La Société anglaise a connu un développement assez régulier de 1860 jusqu'à la Première Guerre. Toutefois, comme souvent pour ce genre d'entreprises, un certain tassement était intervenu après les premières années marquées par l'enthousiasme de la nouveauté. Ainsi, la première liste des membres, publiée en juin 1837, comptait pas moins de 132 noms. En 1910, la RN S , qui n'avait cessé de se développer depuis un demi-siècle, était forte de 294 affiliations. L'impact de la Première Guerre, suivi par la récession des années 1930, allait cependant inverser la tendance: en 1940, la société anglaise ne totalisait plus que 219 membres. Mais, très vite après la fin de la Seconde Guerre, elle allait connaître un essor remarquable gagnant plus de 200 nouveaux membres par décennie entre 1950 et 1980 (291 en 1950; 498 en 1960; 804 en 1970 et 988 en 1980). Cette progression spectaculaire lui permit d'atteindre le nombre de 1.000 membres en 1981. Depuis, après un lustre moins faste (1981-1986), le nombre de membres de la RNS est à nouveau en progression. Celle-ci est faible mais régulière. A y regarder de plus près, on notera que le nombre de correspondants régnicoles n'a pas progressé depuis 1978, première année à partir de laquelle il est permis de savoir. QUELQUES GRANDES SOCIÉTÉS DE NUMISMATIQUE 75 Plutôt le contraire (419 en 1978 pour 405 en 1993). L'augmentation, pour peu importante qu'elle soit, est donc à mettre sur le compte des étrangers (491 en 1978 pour 565 en 1993) et des institutions (62 en 1978 pour 77 en 1993). 2. La Société Royale de Numismatique de Belgique La Société Royale de Numismatique de Belgique fut fondée en 1841 (3). Paraissant dès 1841, la Revue Belge de Numismatique ei de Sigillographie fournit des indications sur le nombre de membres de la Société pour une période presque aussi longue que celle attestée pour la RN S. Outre les abréviations déjà utilisées, (1 Tit. 1) signifie membres titulaires et « Cor. 1), membres correspondants. Sous la rubrique (1 Non. 1) (= nouveaux membres), on a mentionné le nombre d'élections auxquelles il a été procédé aux deux assemblées générales annuelles (le premier chiffre pour l'assemblée de mars et le second pour l'assemblée générale d'été). TABLEAU 3: SRNB (1960-1993) Total Hon. Tit. Cor. Années Étr. Inst. Non. 1993 1992 1991 1990 1989 1988 1987 1986 1985 1984 1983 1982 1981 1980 1979 1978 1977 1976 1975 284 298 301 299 297 282 280 278 268 244 244 228 212 209 215 204 204 206 215 15 15 15 15 15 46 49 49 50 46 15 15 16 16 14 14 14 14 13 13 13 12 13 14 49 49 50 49 50 50 48 49 47 47 50 49 49 48 112 115 122 120 120 112 111 109 108 95 95 92 80 77 79 65 66 67 77 75 83 81 80 84 78 77 76 70 66 68 60 59 62 64 65 66 69 69 36 36 34 34 32 28 28 1 1 8 11 14 9 5 9 26 25 19 17 14 14 14 18 3 10 12 11 11 8 7 12 9 6 21 6 2 6 9 + a + + + + + + + + + + + + + + + + + + 1 1 2 0 8 5 a 5 7 5 ? 5 0 0 0 0 1 fi (3) M. COLAERT, A travers cent cinquante années d'histoire de La Société RoyaLe de Numismatique de Belgique, dans RBN, 137, 1991, p. III-LXXVI. 76 Années F. DE CALLATAY Cor. 84 86 81 71 66 63 62 60 Étr. Inst. 7 1974 1973 1972 1971 1970 1969 1968 1967 1966 1965 1964 1963 1962 1961 1960 Total 218 215 216 195 182 173 166 163 Hon. 13 14 14 14 14 Il 12 11 Tit. 48 47 49 49 50 50 47 47 66 68 72 61 54 49 45 45 Non. 2 + 11 + 18 + 18 + 7 + 10 + 7 + 17 + 4 0 9 0 3 0 0 6 (voir RBN. 137, 1991, p.250) - (voir RBN, 137. 1991. p.250) 142 143 141 137 152 6 7 7 7 7 47 48 47 46 47 54 54 54 53 60 35 34 33 31 38 4 3 5 3 3 + 0 + 0 + 0 + 0 + 0 TABLEAU 4: SRNB (1860-1990) Années 1990 1980 1970 1960 1950 1940 1930 1920 1910 1900 1890 1880 1870 1860 Total 299 209 182 152 Hon. 15 128 119 137 146 177 13 14 7 8 6 10 17 204 171 175 131 91 25 25 24 24 25 Tit. 50 47 50 47 35 34 34 33 35 35 Cor. 119 76 66 60 57 48 47 34 35 35 Étr. Inst. 81 63 54 38 28 31 46 62 82 109 97 34 14 34 35 35 35 16 10 10 25 106 61 31 Tels quels, les chiffres présentés ci-dessus ne disent pas tout. Ils ne disent pas que durant longtemps le nombre de membres avait volontairement été maintenu identique et cela en dépit de nombreuses candidatures. De même, ainsi qu'il a été évoqué, ces chiffres ne disent rien du nombre d'abonnés. Cela étant, l'évolution démographique de la Société belge présente certains traits communs avec sa consoeur anglaise: même développement continu depuis sa création jusqu'au début de ce siècle, même difficultés dans la première moitié du 20" siècle liées aux deux guerres mondiales et à la récession intermédiaire; même reprise à partir des années 1950. QUELQUES GRANDES SOCIÉTÉS DE NUMISMATIQUE 77 La différence notable tient en ce que, si la Société anglaise s'est spectaculairement agrandie dès 1950, le redressement fut beaucoup plus lent à se manifester en Belgique. Il fallut attendre la seconde moitié des années 1960 pour voir le nombre de membres augmenter de façon significative. Les années 1970-1972, puis celles 1981-1986, furent les plus fastes sous ce rapport. Le prosélytisme actif de certains, davantage que des considérations historiques générales, expliquent le mieux ces hausses. Alors que la Société anglaise marquait une pause dans ses recrutements (1.000 en 1981; 1.000 en 1990), la Société belge connaissait au cours des années 1980 une augmentation de près de 50% du nombre de ses membres (209 en 1980 et 299 en 1990). En 1991, l'année du Xlcme Congrès International de Numismatique à Bruxelles, le nombre record de 301 était atteint. Les deux années qui suivirent furent beaucoup moins favorables (4 nominations seulement depuis 2 ans). Plusieurs raisons ont sans doute joué. La mauvaise conjoncture économique a certainement poussé plusieurs à résilier leurs abonnements à des sociétés savantes. Il est clair que ce genre de dépenses figure pour beaucoup en première ligne des postes supprimés en cas de difficulté financière. La publicité procurée à la SRNB par le Congrès de 1991 a probablement aussi entraîné des candidatures plus éphémères qu'habituellement. 3. La Société Française de N umismalique Si la Revue Numismatique existe depuis 1836, la Société Française de Numismatique n'est née que plus tard (4). Les données publiées dans la Revue Numismatique, puis dans le Bulletin de la Société Française de Numismatique, sont malheureusement plus succin tes et lacunaires que pour les deux cas précédents. Pour la période qui couvre, grosso modo, la première moitié du 20ème siècle. on dispose des listes de membres publiées dans la Revue Numismatique. Par après, il faut s'en remettre au rapport moral du président présenté chaque année lors de l'assemblée générale de mars et publié dans le Bulletin de ce mois. On peut ainsi suivre l'évolution du nombre total de membres jusqu'en 1975. C'est que, jusque-là, ce nombre fut en constante augmentation, ce que chaque (4) J. LAFAURIE, La Revue Numismatique a 150 ans, dans RN, VIc série, LXXVIII, 1986, p. 8-50. 78 F. DE CALLATAY président eut à cœur de souligner. Passé cette date, en revanche, la stagnation - sinon les reculs épisodiques - du nombre de membres n encouragèrent pas vraiment la transparence. Ces dernières années, chaque rapport moral mentionne avec grande précision le nombre de nouvea ux élus. Ce nombre tourne actuellement autour de quelques 35 nouveaux membres par an, ce qui est loin d'être négligeable. Toutefois, tant que le nombre des décès, des démissions et des radiations ne sera pas mis en correspondance, la vérité démographique de la SFN reste un peu brumeuse. Pour les trois dernières années, Madame S. de Turckheim, présidente de la SFN, et Monsieur M. Hourlier, trésorier, ont eu l'amabilité de nous communiquer des chiffres précis. ce dont nous les remercions bien vivement (5). Enfin, nous avons cru utile de joindre les chiffres communiqués par J. Lafaurie à l'occasion de l'article qu'il écrivit en 1986 sur les 150 ans de la Revue Numismatique. De manière attendue, les chiffres qu'il fournit s'Insèrent sans problème avec ceux que nous avons nousmême comptés. J TABLEAU 5: SFN (1960-1993) Hon. Tit. Cor. Années Total 1993 1992 1991 1990 1989 1988 1987 1986 1985 1984 513 591 598 ? ? ? 19 19 19 61 63 64 268 321 317 Étr. 105 103 121 Inst. 70 85 77 Nou. 31 34 39 35 34 34 655 617 ? ± 600 1983 > 600 1982 > 600 1981 640 1980 + de 600 1979 ? ? 1978 ? 1977 1976 ? ± 40 445 155 40 48 (5) Les chiffres communiqués mentionnent également les abonnés (43 en 1991, 39 en 1992 et 50 en 1993) ainsi que les échanges (48 pour chacune des trois années). QUELQUES GRANDES SOCIÉTÉS DE NUMISMATIQUE 79 Nou. Années 1975 1974 1973 1972 1971 1970 1969 1968 1967 1966 1965 1964 1963 1962 1961 1960 Total Hon. Tit. Cor. Étr. Inst. 580 558 ? 504 480 448 420 420 ? 389 381 368 364 364 337 312 20 19 47 48 322 314 TABLEAU 6: SFN (1860-1990) Total Hon. Tit. Cor. Années 1990 1980 1970 1960 1950 1940 1930 1920 1910 1900 > 600 > 600 448 312 228 148 130 105 133 93 7 9 10 11 Il Il 43 45 52 28 27 25 178 94 68 66 95 57 TABLEAU 7: SFN (données J. Total Hon. LAFAURIE, RN, 1986, p. 34) Cor. Étr. Années 1985 1979 1959 Tit. 1946 1938 1914 1906 1899 1855 1844 1837 582 577 523 186 150 20 20 20 8 11 138 117 97 277 285 260 12 13 13 57 47 46 35 45 28 22 27 505 510 457 143 94 98 82 57 (214) (213) (234) 63 72 26 80 F. DE CALLATAY Comme la Royal N utnismatic Society - et plus qu'elle encore la Société Française de Numismatique a donc connu des débuts démographiquement prometteurs. Dans le cas de la France, les lendemains s'avèrent même avoir été difficiles à assurer puisque de 285 membres en 1844, ce nombre était tombé à 93 en 1900. À la même époque, la Société belge était forte de 204 membres. Il est vrai qu'une guerre et différents autres problèmes plus liés à la vie numismatique dans le pays avaient fortement affecté la Société française dans les années 1870. En revanche et contrairement à l'anglaise ou la belge. elle paraît avoir moins souffert des deux guerres mondiales. Elle passe ainsi de 93 membres en 1900 à 148 en 1940. Dans le même temps, la Société anglaise passait de 299 à 219 membres et la belge de 204 à 119... Comme pour les autres sociétés, c'est après la deuxième guerre que l'on enregistrera un véritable essor: entre 1950 et 1975, la Société française fera plus que doubler ses effectifs (de 228 à 580). Depuis lors, le nombre de membres ne paraît pas avoir cru sensiblement. 4. L'Atnerican Numismalie Society Les documents exploités par nous concernant l'American Nurnismatie Society couvrent un laps de temps plus court puisque ils ne remontent pas avant 1940. Cela étant, les données fournies par les proceedings de la Société pour la période 1960-1993 sont presque aussi précis que ceux de la RNS. TABLEAU 8: ANS (1960-1992) Années Total Nou. Déc. Dém. Rad. 1992 1991 1990 1989 1988 1987 1986 1985 1984 1983 1982 1981 1980 1979 2282 2369 2424 2390 2099 2223 2169 2190 2219 2257 2279 2181 2065 1995 138 130 175 370 128 160 108 117 219 135 203 201 173 170 24 13 15 29 26 12 18 17 18 24 19 18 17 13 42 52 57 39 32 31 42 51 159 137 93 104 82 63 91 103 18 15 27 21 198 89 76 61 70 51 QUELQUES GRANDES SOCIÉTÉS DE NUMISMATIQUE 81 Années Total Non. 1978 1977 1976 1975 1974 1973 1972 1971 1970 1969 1968 1967 1966 1965 1964 1963 1962 1961 1960 1902 1842 1814 - 1789 1745 1696 1664 1706 1746 1705 1669 1626 1575 1469 1390 1315 1199 1123 1043 159 129 139 130 134 116 115 97 130 121 140 142 168 163 144 189 120 125 90 Déc. 16 Dém. Rad. 13 16 12 18 12 14 20 15 21 18 16 16 14 13 12 15 8 30 26 25 21 23 24 36 59 22 17 23 23 12 17 6 13 19 14 10 6 66 80 75 58 46 56 107 60 58 49 59 57 42 57 31 35 27 27 19 TABLEAU 9: ANS (1940-1990) Total Non. Déc. Dém. Rad. Années 1990 1980 1970 1960 1952 1940 2424 2065 1746 1043 683 443 175 173 130 90 79 37 15 17 15 13 Il 5 42 27 22 6 11 93 70 58 4 19 23 1 Le tableau 9 donne clairement la mesure de l'expansion de l'American Numismaiic Society qui a engrangé plus de 400 nouveaux membres lors des 4 dernières décennies. Le mouvement est particulièrement sensible jusqu'en 1982 (2.279 membres). Depuis cette date. l'évolution paraît un peu plus erratique et n'a pas débouché sur une hausse comparable (2.282 membres en 1992). 5. Commentaires Certaines lignes générales se dégagent de ces études particulières. Si l'on porte son regard vers l'avenir et que l'on tente d'utiliser ces indications pour anticiper sur les années futures, il semble que l'on doive s'attendre à un relatif plafonnement du nombre de membres 82 F. DE CALLATAY de ces sociétés. Alors que les années 1960 et 1970 ont été marquées partout par une nette augmentation, un plafonnement est intervenu depuis: dès 1976 pour la SFN, en 1979 pour la RNS, en 1982 pour l'ANS et en 1989 pour la SRNB. Sans qu'il s'agisse de reculs marqués, les sociétés belge et américaine ont perdu des membres au cours des toutes dernières années. Une catégorie de souscripteurs paraît néanmoins devoir encore s'accroître: les institutions qui, comme le montrent les données rassemblées pour la SRNB et l'ANS, n'ont cessé de voir leurs rangs grossir au cours des trois dernières décennies. Sur le plus long terme, les sociétés numismatiques sont bien sûr les reflets de leur temps: indépendamment des personnes qui les dirigent, elles sont sensibles aux guerres et, peut-être plus encore, aux périodes de récession, l'abonnement à leurs revues étant un des premiers plaisirs auquel l'amateur renoncera. Au titre des conséquences historiques, on mettra volontiers en rapport l'appauvrissement des sociétés au sortir de la Première Guerre avec la diminution sensible de membres honoraires constatée au même moment (RN S et SRNB). Les motifs de défection sont pluriels: décès, démissions, radiations pour non-paiement et, heureusement beaucoup plus rarement, exclusions. Les statistiques fournies par l'ANS et la RN S sont ici précieuses. Leur part de vérité est d'ailleurs exploitable par n'importe quel type d'association tant il est certain qu'elles décrivent une réalité banale. Constat banal en effet: la manière la plus commune de voir son nom supprimé de la liste des membres d'une société est de ne plus payer sa cotisation sans en avertir personne. C'est le rôle du trésorier, après plusieurs rappels bienveillants, de les rayer de la liste. Pour ceux-là, les Anglais ont longtemps utilisé le mot « erased », aux riches consonnances épigraphiques. Ils lui préfèrent aujourd'hui le terme « removed ». Sans doute, faut-il y voir le reflet du temps: à la liste de noms gravés sur la pierre (« eraseâ ») a succédé la boîte à fiches (( remooed »), Mais que dire alors du terme « dropped» utilisé par les Américains? La Société est un avion qui entend fendre l'azur sans ballast. Et ceux qui n'en sont pas convaincus seront lâchés impitoyablement. Le tableau ci-dessous reprend sous forme de pourcentages les catégories de noms supprimés pour les 10 dernières années d'après les données de l'A N S et de la RNS : QUELQUES GRANDES SOCIÉTÉS DE NUMISMATIQUE 83 ANS Années 1992 1991 1990 1989 1988 1987 Total des défections 183 150 150 185 Déc. 13.1% 8,7% 10,0% 15,7% 15,8% 10,5% 12,8% 11.3% 7,0% 14,6% Dém. ? ? 28,0% 28,1% 34,5% 34,2% 22,7% 20.5% 16,3% 31,1% Rad. ? 165 114 141 151 258 164 1986 1985 1984 1983 ? 62,0% 56,2% 49,7% 55,3% 64,5% 68,2% 76,7% 54,3% RNS Années 1993 1992 1991 Total des défections 58 41 37 38 40 29 33 49 23 39 45 Déc. 12,1% 12,2% 21,6% 23,7% 32,5% 34,5% 24,2% 26,5% 34,8% 20,5% 28.9% Dém. 13,8% 9,8% 16,2% 10,5% 25,0% 24.1% 30,3% 28,6% 30,4% 33.3% 26,7% 1990 1989 1988 1987 1986 1985 1984 1983 Rad. 74,1% 78,0% 62,2% 65,8% 42,5% 41,4% 45,5% 44,9% 34,8% 46.2% 44,4% Les décès ne sont responsables des pertes qu'à concurrence de 10 à 15% aux Etats-Unis, plus régulièrement aux alentours de 25% en Grande-Bretagne. La part des démissions dûment signifiées peut aller jusqu'à 30%. En toute hypothèse, les radiés forment le groupe le plus nombreux, allant jusqu'à dépasser le cap des 75% certaines années de grandes purges trésorières (ainsi à l'ANS en 1984 ou à la RN S en 1992/1993). Parfois même, ces statistiques permettent de rendre sensible un changement de trésorier dont la poigne dure contraste avec celle, plus molle, de son prédécesseur. Un autre type de calcul vise le taux de remplacement propre à chaque société. Prenons l'exemple de la RNS: elle comptait 1.000 membres en 1981 et également 1.000 en 1990. Sur ces 9 ans, elle a enregistré 349 élections de nouveaux membres, soit un taux annuel moyen de 38,8. Pour maintenir son niveau actuel d'affiliés, la Royal Numismalic Society doit donc procéder à l'élection de 38,8 nouveaux membres par an. L'American Numismatic Society possédait 2.279 84 F. DE CALLATAY membres en 1982 et 2.282 en 1992, des chiffres presque identiques donc. De 1982 à 1992, 1.680 nouveaux membres sont venus enrichir le fichier de la Société (addition des années 1983 à 1992). Dès lors, le taux de remplacement peut être estimé à 168 nouveaux membres par an. Pour la Société Royale de Numismatique de Belgique, ce taux de remplacement est proche de 9,6. De fait, on a enregistré l'élection de 67 nouveaux membres entre 1987 et 1993 alors que le nombre total recensé pour ces deux dates est substantiellement le même (278 en 1986 et 284 en 1993). En ajoutant les 6 membres réellement gagnés entre ces deux dates aux 67 élus, on obtient le total de 73 à diviser par 7 (années 1987 à 1993), soit un taux de remplacement de 10,4. Le même type de calcul, effectué sur un autre moment de la de séquence, aboutit à un résultat très similaire. Entre 1972 et 1981, le nombre total de membres est passé de 216 à 212. 83 membres ont été élus au cours de ces 9 années (1973/1981). En retranchant les 4 membres perdus au cours dé ces années, on arrive à un taux de remplacement de 8,8 (79 nouveaux membres! 9 années). La combinaison de ces 2 estimations nous amène à évaluer le taux moyen de remplacement pour la SRNB à 9,6. Les données fournies par la Société Française de Numismatique ne permettent pas ce genre de calcul. Toutefois, il semble que le taux de remplacement y soit actuellement de 35 environ. Or les différences de taux de remplacement entre ces diverses sociétés ne sont pas strictement proportionnelles à la taille de cellesci. Imaginons une société de 1.000 membres, ce qui est effectivement le cas, à peu de choses près, de la RN S. L'application de la règle de trois permet d'obtenir les taux annuels de remplacement suivants «1 n i = nombre total de membres; « T ) } = taux de remplacement; « T/tOOO) = taux de remplacement pour un nombre de 1.000 membres): Sociétés ANS SFN RNS SRNB n 2282 (650) 1067 284 T 168 (35) 38,8 9,6 T/1000 73.6 (53,8) 36,4 33,8 On voit que, si les taux de remplacement pour 1.000 sont très proches en Belgique (33,8) et en Grande-Bretagne (36,4), il n'en va pas de même pour les Etats-Unis où ce taux est approximativement le double (73,6). Ces différences de taux ne concernent bien entendu QUELQUES GRANDES SOCIÉTÉS DE NUMISMATIQUE 85 pas les décès C') mais le nombre de radiations ou de démissions proportionnellement au nombre d'élections. Ce résultat reflète donc incontestablement une moindre fidélité de la part des membres de l'American Numismatic Society qui se doit de susciter et d'accepter deux fois plus de candidatures pour obtenir le même objectif: en l'occurrence le maintien de son nombre de membres. Quoique moins nettement, il semble que le membre de la SFN soit lui-aussi moins lié à sa société que celui de la RNS ou de la SRNB. Car même en tablant sur un nombre de 700 membres. il faudrait que le taux de remplacement soit de 25 pour obtenir un résultat comparable à ceux obtenus en Belgique ou en Grande-Bretagne C). La moyenne des nouvelles élections ayant tourné ces dernières années autour de 35 sans qu'il en résulte une hausse signalée du nombre total de membres. il paraît falloir conclure en une moindre fidélisation des membres de la SFN. Comme plusieurs sociétés font la distinction entre membres nationaux et étrangers et qu'il est permis de se faire une idée du rapport pour les autres, il peut être intéressant de calculer le nombre, par million d'habitants, de membres que chaque société nationale compte parmi la population de son pays. Les différentes populations ont été estimées à 55,5 millions pour la Grande-Bretagne, 10 millions pour la Belgique, 56,5 millions pour la France et 249 millions pour les États-Unis (8). En 1993, la Royal Numismatic Society comptait quelque 430 membres d'origine britannique, soit un rapport d'environ 7,7 membres par million d'habitants. La Société Royale de Numismatique de Belgique comptait pour la même année 165 membres physiques ou institutionnels sur le territoire de la Belgique. soit un rapport de 16,5 membres par million d'habitants. Pour l'American Numismalic Society. le dépouillement de la liste des membres qui accompagne (6) Le taux de décès étalonné sur les 10 dernières années est de fait - le contraire eût étonné - très comparable entre sociétés: il est de 8,3 chaque année pour un nombre de 1.000 membres en Grande-Bretagne (89 décès entre 1984 et 1993/ 1,067 = 8,3) et de 8.6 aux États-Unis (196 décès entre 1983 et.1992/2,282 = 8,6). (7) Pour obtenir un taux annuel de remplacement de 35 dans le cas d'une société de 1.000 membres (T flOOD), il faudrait que le taux réel de remplacement de la SFN soit de 25 si la Société compte 700 membres, de 23 si la Société compte 650 membres et de 21 si la Société compte 600 membres. (8) Chiffres repris, en les arrondissant. au Stalisiisches Jahrbuch 1992 [ûr das Auslanâ, Wiesbaden, 1992. 86 F. DE CALLATA Y chaque volume des proceedings indique un rapport général de 3 membres américains pour 1 membre étranger. Dès lors, sur les 2.282 membres de la Société pour l'année 1992, il faut sans doute estimer le nombre des Américains à 1.712 environ. Il se trouverait ainsi quelque 6,9 membres par million d'habitant aux États-Unis. Enfin, en l'absence de chiffres publiés, on ne sous-estimera probablement pas le nombre de membres français souscrivant à la Société Française de Numismatique en l'évaluant à 450 sur les 600 environ que compte la Société ("). On obtient ici un rapport de 8,0 par million d'habitants. Soit le rapide classement suivant: Belgique: France: Grande-Bretagne: États-Unis: 16,5 8,0 7,7 6,9 membres/million membres/million membres/million membres/million d'habitants d'habitants d'habitants d'habitants Ainsi. la Société Royale de N umismalique de Belgique peut elle être fière du nombre de ses membres régnicoles. En plus de leur fidélité, il Y a proportionnellement deux fois plus de numismates affiliés à la grande société nationale de numismatique en Belgique qu'en Grande-Bretagne, en France ou aux États-Unis... Aussi, dans une visée plus pragmatique, n'est-ce pas de ce côté-là, nous semble-t-il, qu'il faut principalement attendre un éventuel accroissement des effectifs pour la SRNB. En revanche, le nombre de membres étrangers paraît pouvoir être amélioré. La Royal Numismalic Society en a près de 600. Ce nombre a été évalué à environ 570 pour l'American Numismatic Society. Il est aujourd'hui de 116 pour la Société belge (15 membres honoraires, 75 membres correspondants et 26 institutions) CO). Or il n'en a pas toujours été ainsi: comme le montrent les données réunies pour les années 1880, 1890 et 1900, le nombre d'étrangers était dans l'absolu plus important à cette époque alors que le nombre total de membres était plus (9) Voîr les données fournies pour l'année 1981 par H. HUVELIN dans son rapport moral, BSFN, mars 1982, p. 155: 445 membres nationaux et 155 étrangers (pour un total de 640 membres). (10) La SFN parait souffrir du même phénomène: le nombre de 155 membres étrangers évoqué dans le rapport moral de la présidente en mars 1982 reste très en-dessous des quelques 600 dont peuvent se targuer les sociétés angle-saxonnes (BSFN, mars 1982, p. 155). La situation récente n'est pas très différente (177 membres étrangers pour 1991, 159 pour 1992 et 149 pour 1993). QUELQUES GRANDES SOCIÉTÉS DE NUMISMATIQUE 87 réduit. Il Y a d'ailleurs, à cet égard, un paradoxe assez curieux: en effet, la Société belge attirait un plus grand nombre de membres étrangers à la fin du siècle dernier et au début du 20c , c'est-à-dire à un moment où les articles publiés dans la RBN faisaient la part très belle à des questions numismatiques typiquement nationales. Aujourd'hui que la RBN, comme la plupart des grandes revues numismatiques, est davantage orientée vers des domaines plus internationaux comme les monnaies antiques, le nombre de membres étrangers a diminué. En bonne logique, on aurait attendu le contraire.
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