La femme et la monnaie morein P. MARCHETTI (éd.), La Grèce antique et les femmes. Hélène, Aphrodite, Aspasie et les autres. Catalogue d'exposition. Saint-Gérard de Brogne, 8 mai-7 novembre 2004, Saint-Gérard, 2004, p. 44-50. |
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LA GRECE ANTIQUE ET LES FEMMES
Helene, Aphrodite, Aspasie et les autres
Abbaye
St-Gerard
de
Brogne
2004
LA GRECE ANTIQUE ET LES FEMMES
Helene, Aphrodite, Aspasie et Ies autres
-Catalogue d'exposition-
sous la direction de Patrick MARCHETTI
Exposition a I'Abbaye Saint-Gerard de Brogne
Du 8 mai au 7 novembre 2004
Preambule
p. II Remerciements
p. VII Sommaire
Articles
p. 1 La femme grecque a l'abbaye Saint-Gerard de Brogne
- par Jose Mespouille
p. 3 La femme grecque dans l'Antiquite:
en guise d'introduction
- par Patrick Marchetti
La femme dans la Litterature et l'Art
p. 7 Prologue
- par Patrick Marchetti
- La Litterature
p. 9 La femme grecque immortalisee
par les poetes archaiques
- par Eleonore Pauwels
p. 17 Des tragediens aux orateurs et philosophes
- par Patrick Marchetti
• La trajedie ou la contestation des modeles
heroiques
• La comedie ou le rejet de la cite en armes:
un nouveau role pour les femmes
• Xenophon: les devoirs de la femme
et 1'evocation d'Aspasie
• La philosophic et la «liberation»
par la dialcctique ou l'utopie
• Orateurs et courtisanes
• Plutarque et l'idealisation du passe
• Epilogue
- L'Art
p. 36 Dans la pierre et la terre cuite:
de l'Acropole a Tanagra
- par Helena Van Gils et Patrick Marchetti
• LAcropole
• Line fulgurante evolution dans la representation
des femmes
• Un cas particulier: les Tanagra
p. 44 La femme et la monnaie
- par Francois de Callatay
Moments de la vie d'une femme
p. 51 Avant la naissance: 1'embryon et le role de la femme
- par Philippe Caspar
p. 55 L'enfance et l'adolescence
- par Marie-Eve Tries
p. 6l Le mariage
- par Maria et Patrick Marchetti
p. 72 La nymphe ou des affinites entre la femme et la nature
- par Candice Honorez
p. 75 La Bacchante
- par Dimitris Paleothodoros
p. 79 La femme au banquet
- par Xavier Philippart
p. 84 Les femmes a la fete
- par Maria et Patrick Marchetti
p. 89 La femme face au veuvage et a la mort
- par Maria Lakaki-Marchetti
LA FEMME ET LA MONNAIE
Par Francois ck Callatay
Dans un monde ou les droits civiques de la femmc
la tiennent volontiers a l'ecart du maniemcnt de
l'argent, en tout cas des affaires (voir dernierement Van
Bremen 1996), il est notable que les monnaies ont beau-
coup represente son image. II n'y a la que 1'apparence
d'un paradoxe puisque, comme on le sait, I'iconographie
monetaire grecque renvoie d'abord et avant tout aux
cukes locaux et qu'il n'y a ici aucunc discrimination
sexuelle entre dieux et deesses.
Les femmes et la monnaie
Sauf exception, la femme librc, 1'epouse d'un citoyen, ne per-
coit aucun salaire ec, a Athenes, n'administre pas sa dot, dont
la gestion est le ressort de son mari. Celui-ci peut la gager
pour ses dectes mais si 1'epouse est repudiee, la doc retourne
dans le patrimoine familial. Le montant de la dot s'echelonne
entre moins de 20 mines le plus souvent (1/3 de talent) et des
sommes qui peuvent aller jusqu'a trois talents (au-dela il
semble qu'il s'agisse d'exagerations litteraircs - voir le cableau
propose par Schaps 1979: 99). Les lois acheniennes ne pre-
voient aucune amende en especes s'agissant des femmes, ce
qui renforce l'idee qu'il ne leur etait pas permis de posseder
de l'argent.
Pourtant, a l'interieur de I'oikos, c'est la femme qui le plus
souvent avait la responsabilite de cenir le compte des depenses
Alexandre III - tele d'Athena
Bibliotbeque royak de Belgique, Cabin
coll. du Cbasiel, n°l99
ainsi que lc preconise Aristote: «C'est elle aussi qui regtera les
depenses et les frais pour ce'k'brer les fetes que son mari aura pertnises;
quant a ses de'penses pour ses vStements et ses parures, elle leur amsa-
crera moins encore qu'il n'est fixe'par les lois de la citi...» (Pseudo-
Aristote, fuonomique, III, 1, 140, trad. A. Wattelle).
Aristophane presuppose cette situation lorsqu'il met ces mots
dans la bouche de Lysistrata: «... L'argent qui est la [c'est-a-
dire sur l'Acropole, oil Athenes conserve le tresor national}, il
n'est plus a craindre qu'ils [c'esc-a-dire les «hommes» qui font
la guerre, en la financant avec le tresor] /assent wain basse des-
sus. Le Commissaire. - Et que feras-tu? Lysistrata. - Tu me le
demandes? C'est nous qui I'administrerons. Le Commissaire. -
C'est vous qui administrerez l'argent? Lysistrata. - Que trouves-tu
la d'etrange? N'est-ce pas nous qui administrons le bien du menage
pour vous? Le Commissaire. - Mais ce n'est pas la meme chose.
Lysistrata. - Comment, pas la meme chose? Le Commissaire. —Cet
argent-la doit servir a la guerre» (Aristophane, Lysistrata, 491-
7, trad. H. Van Daele). Meme son de cloche dans Vtconomique
de Xenophon (VIII, 35-6) lorsque Ischomaque instruit sa
femme sur les taches qui lui incombent: «... tu devras restera
la maison, /aire partir tons ensemble ce/tx des serviteurs dont le tra-
vail est au dehors: il faudra surveiller ceux qui doivent travailler a
la maison, recevoir ce que I'on apportera, distribuer ce que /'on devra
depenser. penser if avarice a ce qui devra etre mis de cote', et veiller a
ne pas {aire pour un mois la depense dune annee» (trad. P.
Chantraine). En definitive toutefois, la realite devait differer
d'une situation a l'autre et il ne devait pas manquer de maris
defiants qui verrouillaient systematiquement leurs raoindres
avoirs au moyen de «cles laconiennes» (Schaps 19? 9: 13-6).
A Gortyne et a Sparte, en revanche, tout indique que l'epou-
se avait la libre disposition de sa dot. A l'epoque hellenis-
tique, on trouve regulierement des femmes dans les iistes de
souscription, d'emprunt ou de donation (Migeotte 1984,
1992a, 1992b, 1993 et 1998), parfois citees sans tuteurce qui
laisse supposer qu'elles etaient responsables des sommes ver-
sees (ainsi a Simena en Asie Mineure - voir Migeotte, 1984,
nc 108). A la basse epoque hellenistique, on enregistre jus-
qu'a un tiers (et plus) de noms de femmes dans les contrats
d'achats ou de ventes de terres ou de maisons. Dans certains
cas (deux inscriptions de Beotie), on a evoque les mots d'
«affairisme feminin» a propos de situations ou l'on voit des
femmes interessees a recouvrer les interets de leurs prets.
Nikareta de Thespies est l'une d'entre elles. Elle devait etre,
en tout cas, fort riche pour preter a la cite d'Orchomene la
somme de 17.585 drachmes et 2 oboles, soit pres de trois
talents (Migeotte 1984, n° 13 et 1999).
La femme sur les monnaies
L'extreme variete des types monetaires grecs aurait-elle
decourage les chercheurs de raisonner a son sujet? Peu sont
ceux qui, passant du particulier au general, ont cherchc a
deceler une logique explicatrice. C'est que, en effet, il ne
parait pas possible d'aller beaucoup plus loin que le schema
biphase: des dieux et puis des hommes, c'est-a-dire des
dynastes. Soit, pour transposer, des deesses et puis des reines.
Tout de meme, il a depuis longtemps ete montre que tout ne
renvoyait pas au divin s'agissant des types monetaires
archaiques et classiques comme - a la suite des propos radi-
caux d'un TH. Burgon (1837) - on a pu le soutenir (voir aussi
Gardner 1883: 41-52 «Religious Character of Coin-Types»).
De fait, les symboles des cites sont regulierement d'essence
economique, encore qu'il ne faille pas forcer le trait la non
plus (excellent resume des positions anterieures dans
Macdonald 1905: 16-37). Plus recemment, Olivier Picard
(Picard 1991) a propose un canevas plus precis et en trois
temps de la representation divine: d'abord l'attribut, ensuite
la tete du dieu ou de la deesse, enfin une action le (ou la) met-
tant en scene, type de representation dont les monnaies impe"-
riales grecques (ou provinciales romaines ainsi qu'on les qua-
lifie plus volontiers aujourd'hui) se feront une specialite.
Cela dit, le theme de la femme sur les monnaies grecques a,
en tant que tel, remarquablement peu retenu les chercheurs.
La situation est d'autant plus frappante qu'il existe une vaste,
encore que decevantc, litterature a propos des femmes, impe-
ratrices ou divinites, sur les monnaies romaines (l'ouvrage de
Specht 1988 leur est entierement consacre, de meme que la
notice de Tameanko 1996). On possede bien quelques
ouvrages sur les types monetaires en general, qui d'ailleurs
n'abordent pas specificjuement la question des types feminins
(Gardner 1883 et Macdonald 1905). On dispose aussi, en pro-
venance de Baviere, de deux monographies relatives aux
representations d'Athena ou d1 Aphrodite (Lermann 1900 et
Bernhart 1936) ainsi que d'une vieille contribution, alleman-
de elle aussi, sur les reines ptolemaiques (Koch 1923). Une
tres grande pauvrete bibliographique done, pour qui conside-
re le foisonnement des images.
Afin d'y introduire un debut de domestication, il m'a paru
instructif de proceder a un comptage des types portant sur les
monnaies grecques de la collection Alberic du Chastel,
recemment publiee (Callatay et Van Heesch 1999)- Ce comp-
tage, limite a 306 exemplaires, distingue les droits des revers
et les deesses des reines. Pour chaque categorie, il fournit le
nombre d'occurrences ainsi cjue, entre parentheses, le renvoi a
celles-ci. Les types de representation feminine ont etc classes
dans I'ordre decroissant d'occurrences. Quand il y a lieu, les
types secondares ont ete comptabilises aux cotes des types
principaux.
Denombrement des types monetaires feminins de la collection Alberic du Chastel (Bibliotheque royale de Belgiciue)
Deesses et personnages mythologiques
Categories
-Nike
-Arethuse
-Athena
- Persephone/Demeter
-Artemis
-Tetes feminines
-Nymphes
-Tyche
-Aphrodite
-Dione
-Hera
-Tanit
-Amazones
-Gorgone
-Isis
-Kore
-Thetis
Droit
79 (26,27,33-6,48-118,124-9,164-7,206,300,302)
8 (121-2,124-9,138-9)
28 (9,10,14-5,26-7,119-20,130,134,141-2,147,
158-9,199-200,203,217-8,227-31,261,271-2)
19(12,143-6,150-5,169-72,175-6,223,243)
9(45-6,148-9,212,222,252,258-9)
4(3,40-1,173)
7 (4-5,33-4,184,216,226)
3 (262,280-1)
1 (220)
2 (238,253)
2 (303-4)
1 (254)
1(177)
1 (140)
Re vers
25 (18,25,29,31-2,140,144-9,156-7,
186-9,199-200,203,246,271-2,281)
70(48-110,112-8)
13 (111,132,150,186-9,208,233-4,
251,256,288)
3(165-7)
3 (135,158,258)
4(47,123,163-4)
1 (226)
1 (283)
2 (235,265)
1 (219)
1 (120)
1 (16)
Reines
-Amastris
-Ptolemies
-Si'lciu ides
-Syracuse
Droit
1 (246)
5 (290,292-4,298)
1 (279)
2(156-7)
Revers
1 (294)
La collection formee par le comte Alberic du Chastel privile- surprise des lors d'enregistrer des resultats tres eleves pour les
gie les emissions syracusaines (116 monnaies sur 306). Nulle tetes d'Arethuse qui figurent au centre des revers des tetra-
drachmcs syracusains ou les Nikes qui couroonent les atce-
lages vainqueurs au droit. Ces deux exceptions ecartees, Vien-
tiane en tete les deesses Athena (41 occurrences),
Dimeter/Persephone (21) et Artemis (12). Les deux
Olympiennes manquances, He"ra et Aphrodite, viennent
beaucoup plus loin, avec seulemcnt 2 occurrences chacune. II
est a se demander si, pour Aphrodite en particulier, cette
situation n'est pas due, en partie au moins, a l'absence de cri-
tere aise de reconnaissance.
Athena est la plus simple a identifier avec son casque corin-
thien, La collection du Chastel en possede de magnifiques
exemplaires: un tetradrachme athenien d'epoque classique (n°
227), un autre dit stephanehore, du 2e s. av. J.-C. (n° 230),
mais encore un distatere d'Alexandre le Grand (n° 199) ou,
assise sur un trone, un tetradrachme de Lysimaquc (n° 187),
lequel type allait inspirer directement la personnification de
1'Angleterre sur les monnaies modernes. Demeter/Persephone
se reconnait a sa couronne d'epis, ainsi que l'illustrent deux
monnaies de toute beaute, I'unc de Metaponte en Grande-
Grece (n° 12), 1'autre de Phenee dans le Peloponnese (n° 243).
Le meme attribut caracterise aussi Persephone en sorte qu'il
est souvent malaise de trancher (n° 176: un decadrachme
siculo-punique emis en Sicile par les Girthaginois, done vers
Proportion des types feminins de la collection - Alberic du Chastel (Bibliotheque royale de Belgiciue)
Femmes Hommes Les deux Aucun des deux Total
N° 1-306 152 87 34 33 306
49,7% 28,4% 11,1% 10,8% 100,0%
Syracuse (n° 47-162) 104 8 4 116
89,7% 6,9% 3,4% 100,0%
Tout sauf Syracuse 48 79 30 33 190
25,2% 41,6% 15,8% 17,4% 100,0%
264 av. J.-C). Artemis s'identihe a son carquois a I'epaule (n°
212: tetradrachme de Macedoine Premiere; n° 252: tetra-
drachme d'Abydos; n° 258: statere d'Ephese et n° 259: tetra-
drachme de Magnesie). Hera, plus polymorphe, est genirale-
ment coiffee d'une couronne fleurie (Hackens 1979), comme
sur les monnaies d'Elis sans doute frappee a Olympie oil elle
a son temple (n° 238). Aphrcxlite se deduit d'apres le seul
contexte (comme ici a Cnide [mais la tete pourrait etre celle
d'un Apollon]: n° 265). D'autres figures mychologiques aussi
se comprennent en fonction du contexte: ainsi Dione en tpire
(n° 230) et Thetis chez les Brettii en Lucanie (n° 16). II en va
de meme pour la tete d'Arethuse, fameuse entre routes aupres
des numismates et representee ici par un decadrachme au
nom de Kimon (n° 125).
Toujours a partir de I'echantillon - modeste — fourni par la
collection Alberic du Chastel, on a alors calcule la part prise
par les femmes sur les monnaies en la mesurant a celle prise
par les hommes (2eme colonne) sans oublier les representa-
tions conjointes (3eme colonne) ainsi que les monnaies qui ne
representent ni hommes ni femmes (4eme colonne). Ici, les
types secondaires - comme l'aurige ou la Nike - n'ont pas ete
pris en compte.
Les resultats presentcnt le plus grand contrastc selon qu'ils
portent sur les 116 monnaies de Syracuse ou sur les 190 frap-
pees ailleurs. A Syracuse, et les auriges kisses sur la touche,
les representations feminities triomphent. Je ne serais pas sur-
pris du teste qu'un travail de plus grande envergure parvien-
ne a demontrer le caractere tres feminin, proportionnelle-
ment, de I'iconographie monetaire de Sicilc et de Grande-
Grece. Ailleurs, le constat s'inverse, quoique plus de 40% des
monnaies presentcnt au moins un type feminin (25,2% +
15,8% = 41%), Soit une predominance franche, sans etre
ecrasante, des representations masculines (57,4% contre
41,0%).
Frequence des types monetaires des volumes anglais
de la Sylloge Nummorum Graecorum
Athena 1.798 (1.027 + 771)
Zeus 1.191 (630 + 561)
Apollon 1.118 (850 + 268)
Heracles 969 (732 + 237)
Artemis 475 (328 + 147)
Demeter 342 (311 + 3D
Dionysos 308 (254 + 54)
Hera (206) (156 4- 50)
Poseidon 149 (89 + 60)
Tank 119 (118 4- 1)
Aphrodite 104 (44 *- 60)
Ares 100 (77 * 23)
Hermes 96 (71 4- 25)
Isis 50 (14 4- 36)
Dione 10 (8 + 2)
Hephaistos 9 (7 * 2)
Persephone 9 (0 + 9)
Thetis 2 (0 + 2)
Nike 835 (357 + 768)
Nymphe 622 (480 + 142)
Tyche 167 (47 + 120)
Gorgone 99 (70 + 29)
A l'heure des bases de donnees en ligne et de leurs multiples
possibilites d'intcrrogation, il est permis de confronter ces
resultats avec un e"chantillon plus vaste, moins susceptible des
lors d'etre distordu. Depuis quelque temps, chacun peut ainsi
avoir acces aux monnaies qui constituent les differents
volumes anglais de la Sylloge Nummorum Graecorum. Cette base
de donnee, consultable a partir du site du Fitzwilliam
Museum de Cambridge (http://www-cm.fitzmuseum.cam.
ac.uk/coins/sng/), totalise 12.386 monnaies grecques. Lc
tableau ci-dessous donne pour chaque type de representation
le nombre d'occurrences, total d'abord, pour les droits et les
revers ensuite (entre parentheses).
Abydos - Buste if Artemis
bibliothcc/ue roya/e de Belgique. Cabinet des medailles,
coll. du Chattel, ti°252
Arsinoe - tttradrachme
Bibliotheque royale de Bdgique, Cabinet des medailles,
nil. du Chastel n°290
Avcc 1.798 occurrences, Athena vient - et de loin - en tete.
Car Zeus (cela pourra en surprenclre quelques-uns) n'est pas
aussi dominateur que sur l'Olympe. Avcc 1.191 occurrences,
celui-ci arrive certes en seconde position, mais il est talonne
par Apollon (1.118) et Heracles (969). Ensuite, bien apres,
viennent les autres, a commencer par Artemis (475) suivie de
Demeter (342), On pourrait etoffer et cornmenter longue-
ment ce type de liste, puisque aussi bien personne ne semble
s'etre attele- a ce genre de travail. L'iconogiaphie quantitative
aquelques beaux jours devant elle, maintenant que les esprits
paraissent plus enclins a ne plus y voir un oxymoron. Pour
l'heure, on verificra la bonne concordance de ces resultats,
sans doute dignes de foi, avec ceux obtenus a partir de
l'echantillon biaise (car trop syracusain) de la collection
Albetic du Chastel.
Athena, superstar
Les monnaies du monde grec ont done beaucoup represente
l'image de la femme, e'est-ii-dire avant tout celle de deesses et
d'abord, de fa(,on ecrasante, celle d'Athena.
II est a notcr que si Ton dispose d'une serie de types mascu-
lins represcntes nus, parfois meme ithyphalliques, e'est-a-dire
sexe tendu, la nudite feminine est pour ainsi dire absente du
repertoire monetaire grec. Tres rares sont les seins apparents:
on ne peut guere citer qu'une poignee de types: ainsi cette
magnifique Nike emise a Syracuse sous Agathocle (c. 305-
295 av. J.-C. - du Chastel n° 140) ou ce didrachme unique
representant la nymphe Camarina sur un cygne (avant 405 av.
J.-C). La encore, il y aurait lieu de s'interroger sur ce constat,
a la fois dans sa difference avec la sculpture de 1'epoque, mais
aussi avec Rome qui plus tard se plaira a representer denudees
Venus ou les Graces.
Les dieux et les deesses sont toujours jeuneS. La vieillesse leur
est inconnue. Le fait est que l'image de la femme sur les mon-
naies grecques est celle de la jeunesse. C'est du cote des reines
hellenistiques qu'il faut chercher les rarissimes representa-
tions de 1'age. Le cas le plus remarquable parait etre Laodice,
reine du Pont, sceur et cpouse de Mithridate IV Philopator,
dont on connaTt un unique statere en or et un unique tetra-
drachme d'argent a son nom, ainsi qu'une poignee de tetra-
clrachmes oil elle apparatt en compagnie de son epoux.
On a beaucoup discute de l'apparition du portrait - du veri-
table portrait physionomique - sur les monnaies grecques.
S'agissant de reines, il faut d'abord faire remarquer que nom-
breuses sont les dynasties hellenistiques qui n'ont jamais
fcpresente celles-ci sur leurs suites monetaires: les royaumes
de Macedoine, de Pergame, de Bithynie, de Cappadoce n'ont
jamais illustre que leurs rois, de meme que ceux d'Armenie,
de Sophene ou, plus loin a l'est, de Bactriane.
Ce sont les femmes des Ptolemees qui, forts de l'heritage pha-
raonique, vont les premieres se faire representer sur leurs
monnaies. Les portraits voiles des reines Arsinoe (Chastel n°
290) et Berenice (Chastel n° 292) sont justement celebres.
Posthumes le plus souvent, ils datent au mieux du deuxieme
tiers du 3e s. av. J.-C. D'autres reines hellenistiques, toutes
voilees, apparaitront plus tard, a limitation des Lagides pro-
bablement, comme Philistis de Syracuse, l'epouse de Hieron
II (fin 3e s. - Chastel n° 157), ou, chez les Seleucides, la for-
midable Cleopatra Thea (Chastel n° 279), filie de Ptolemee
VI d'Egypte. Le cas de Laodice du Pont a deja ete evoque.
Mais l'exception la plus remarquable a ce schema, peut-etre,
et dans ce cas la premiere representation d'une mortelle dans
le metal monetaire, nous conduit ailleurs, en Paphlagonie, sur
les rives meridionales de la Mer Noire. La, Amastris, une
princesse perse qui fut l'epouse de Lysimaque, fonda une cite
a son nom au tout debut du 3e s. Les tres beaux stateres qui
y furent frappes avant 285 av. J.-C. presentent au revers une
femme sur un trone que couronne une Nike et que Ton est
pone a identifier comme la reine elle-meme dans ia mesure
oli on lit $u£ certains exemplaires la legende AMAHTPIOS —
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