L’étude des monnaies et l’histoire économique du monde grec more

Bulletin de la Classe des Lettres, 6e sér., tome 16, 2005, p. 539-58.

Sommaire Partib scientifique 315-375 Expose dc la seance du lundi 3 octobre 2005: Francois Ost, La querelle des dictionnaires. A qui appartient la langue? 377-380 Rapport fait a la seance du lundi octobre 2005: Pierre Jodogne, La 79" session du Comite de I'Union acade- mique Internationale 381-524 Compte rendu de la 79" session annuelle de VUnion academique internationale tenue a Ankara au siege de la Turk Tarih Kurumu, du 23 au 28 mai 2005 525-528 Rapports de mission fait a la seance du lundi 7 novembre 2005: Hena Maes-Jelinek, Reunion annuelle de l'« European Asso- ciation for Commonwealth Literature», Malte, 21-26 mars 2005 et Symposium Literatures in English: Research Priorities, Inns- bruck, 20 au 24 juillet 2005 529-533 Rapport de mission fait a la seance du lundi 7 novembre 2005: Michel Malaise, Le IIP colloque international des etudes isia- ques, Leyde, 11-14 mai 2005 535-536 Eloge prononce a la seance du lundi 5 decembre 2005: Francois Rigaux, Eduardo Jimenez de Arechaga (1918-1994) 537-539 Eloge prononce a la seance du lundi 5 decembre 2005: Francois Rigaux, Roberto Ago (1907-1995) 539-558 Expose de la seance du 5 decembre 2005: Francois de Callatay, L etude des monnaies et Thistoire econo- mique du monde grec 559-563 Rapport de mission fait a la seance du lundi 5 decembre 2005: Carmelia Opsomer, A'XIF Congres international d'Histoire des Sciences, Pekin, 24-30 juillet 2005 administrative Proces-verbal de la seance du lundi 4 juillet 2005 Proces-verbal de la seance du lundi 3 octobre 2005 Proces-verbal de la seance du lundi 7 novembre 2005 Proces-verbal de la seance du lundi 5 decembre 2005 Liste des ouvrages envoyes en hommage aux Classe des Sciences, Classe des Lettres et Classe des Beaux-Arts 591-599 Table analytique 601-610 Table onomastique EXPOSE L'etude des monnaies et l'histoire economique du monde grec par Francois de Callatay Mcmbrc dc la Classe Interet limite jusqii'ici du temoignage des monnaies pour rcconstruirc lcs economies du monde grec ancien «T,'etude des monnaies et l'histoire economique du monde grec» (et, en realite, on pourrait dire «du monde greco-romain »): j'ima- gine que pour beaucoup un tel enonce va presque de soi. Qui ne s'attend en elTet, des lors que la monnaie existe, a la voir tenir un role de choix dans la reconstitution dc l'cconomic d'unc epoquc? Tel est ppurtant loin d'etre le cas pour le monde grec ancien. U est bien certain que les monnaies constituent une classe de documents qui ajoute considerablement a la comprehension his- torique pour la bonne raison que, frappees en tres grand nombrc a l'origine (des milliards litteralement pour les monnayages gfecs), el les ont ete conservees de facon a former une tramc tres dense dc ce qui a ou n'a pas existe. Ici reside la grande difference avec les sources ecrites, litteraires ou epigraphiques: a ces dernieres, la vie, l'eclairage biaise peut-etre mais tellement precis de realiles ponc- tuelles prises sur le vif; aux monnaies, une information froide, objective voudrait-on croire, et surtout continue sur une activite qui apparaTt comme une des plus revelatrices des agissements de l'Etat ct de ses adminislres. Qu'il s'agisse d'etudier les cultes, la representation du pouvoir, les developpements artistiques, les sequences dynastiques, d'etablir tout simplemcnt la chronologic: la numismatique a bien souvent joue le role de reine des batailles. A titre d'exemple edifiant, les sources ccritcs donnent le nora de sept rois indo-grecs, ceux-la meme qui a la suite d'Alexandre le 539 Francois de Callatay Grand se sont tallies un royaume dans l'actuel Afghanistan, la ou les monnaies en font connaitre unc quarantaine. II ne s'agit pas de retake la querelle des antiquaires et dc pousser jusqu'a l'absurde la defense de I'ctude des monnaies. Le pere Jean I lardouin (1646-1729) l*a fait, des la fin du 17C s.. et pour toutes les generations a venir (peut-on penser). On sc souvient que, gene par des contradictions entre le tcmoignage des monnaies et celui des textes litteraires. cclui-ci en vint a soutenir que tous les textes anti- ques (exceptes quelqucs uns, dont ceux de Ciceron et de Pline I'An- cien) avaient etc forges par unc bande de faussaires italiens de la fin du 13* s. dont il avail meme identific le cerveau: un certain Severus Archontius, lui-meme numismate! L'abbe Francois Gcinoz (1696- 1752) avait eu la-dessus quelque temps plus laid, en 1740, un propos definitif: «Avec les lines sans les medailles onpeul sfavoir heaucoup et seavoir bien, et avec les medailles sans les livres on Sfaura pen et Von seaura mal» '. On ne saurait mieux dire. Ce qui gene I'hislorien de I'economie, e'est la pcrte, irremediable, de textes normatifs cn rapport avec la production ct la circulation des monnaies. Les comptes des ateliers monetaires sont perdus (on evoquera le cas unique dc Delphes). Nous ne connaissons ni le poids ni l'aloi ni les limites dc tolerance (appclces «remedes») que les maitres d'atelieis devaiem tucUre en (Euvre. Nous ignorons le volume des monnayages mis en circulation tout comme les raisons ct les dates de leurs decris. Et, quand nous constatons parexeinple une alteration de Taloi, il n est pas certain que nous puissions conclure en une devaluation des especcs. D'un autre cote, les textes. de differente nature, oii il est ques- tion d'argent doivent etre manipules avec precaution. Les mots peuvent etre trompeurs: la mention d'uniles monetaires comme «drachmes» ou «oboles» sur une inscription, davantage encore celle de «talents d'argent» dans un recit historique. risque dc rcn- voyer a une unite dc compte et ne constitue done pas la preuve dc la presence physique dc ces monnaies. Pas plus qu'il ne peut etre question de donner systematiquement une dimension monctaire a des mots comme «ehremata». «lcs richesses» (litteralement «ce dont on a besoin»), ou «argurion», qui signilie plus gcncralement «l'argent faconnc» (par opposition a «qrguroW}> «l'argcnt 1 L'anecdote est rclatcc par A. Momigi.iano, «Ancicni history and the Antiqua- rian ». Journal of I he Warburg and Couviauhi Institutes, 13. 1950, p. 285-315, repris ct traduil dans Problimes d'hisloriographie ancienne el moderns, Paris, 1983, p. 268-70 ct 290. 540 L'elude des monnaies et I'histoire economique du monde grec metal»), encore que le sens en soit inconstant suivant les auteurs2. Voila pourquoi, esquisse d'un trait, l'historien de 1'economie antique, grecque et romaine, s'est souvent senti frustre par I'apport de la numismatique. Un exemple, un peu vieilli, de cette frustration a ete offert par Arnold Hugh Martin Jones (1904-1970) quand, en 1956, ce mailre admire de I'histoire antique (et plus encore de la fin de 1'Empire remain) fut convie a participer au Festschrift offert a Harold Mattingly (1884-1964), le plus grand savant sans doute qu'ait connu la numismatique romaine. Sa contribution, la pre- miere du recueil, est delicieuscment perfide. Elle s'ouvre sur le constat que «la numismatique est une science a part entiere». Elle enchaine sur un hommage de circonstance: «Aucun exemple plus eminent ne peut etre trouve de savant ayant combine les roles d'his- torien et de numismate qu'Harold Mattingly », avant de dresser le catalogue de tout ce qu'il conviendrait a present de faire pour exploiter le temoignage des monnaies a des fins proprement histo- riques. En d'autres mots: «Merci, Harold, et bravo d'avoir mis de 1'ordre dans une telle masse documentaire; maintenant nous autrcs pouvons passer aux choses serieuses». Sa conclusion merits d'etre citee en entier: «Si les numismates souhaitent aller plus loin dans leur assistance aux historiens (avec un retour note a une conception aneillaire de la numismatique), je suggererais qu'ils pretent moins attention a l'inlerpretation politique des monnaies. Les numis- mates ont consacre une quantite de travail considerable ces trente dernieres annees a ce domaine autrefois neglige mais, derniere- ment, la valeur du temoignage numismatique a eu tendance a etre surestimee et son interpretation a devenir par trop subtile. Je sug- gererais que, s'ils veulent sortir de leur proprc domaine, ils pour- raient rendre un immense service a l'historien de 1'economie en lui fournissant des informations telles que je les ai suggerees ci-dessus: en estimant le volume relatif des emissions et la duree de vie des differentes monnaies. En etudiant l'ancienne nomenclature numis- matique, les sources du metal, les procedures grace auxquelles les monnaies furent mises en circulation et les habitudes monetaires de la population » 3. 2 Voir ce qu'en dit A. bresson, « Unites de pesee et poids des offrandes dans les sanctuaires grecs»; dans A. Brksson, 1m cite marchande. Bordeaux, 2000, p. 222- 30. 3 A. H. M. Jones, «Numismatics and history», dans R.A.G. Carson et C. H. V. Sutherland (ed.). Essays in Roman Coinage Presented lo Harold Mat- tingly, Oxford, 1956. p. 32-3. 541 Francois de Callaiay L'appcl aura etc mediocrcment entcndu et cela pour dilfcrentes raisons. L'etude scientifique dcs monnaies n'a jamais pris scs aises a I'Universite. Elle demeure, pour une grandc part, praliquee par des gens de cabinet ayant la charge d'une collection et tournes vers un public de collectionneurs. Nulle surprise des lors si ceux- ci. proche du materiel et de la necessite de le faire connaitre, furent et sont amenes a ctre plus prompts au catalogue qu'a la synlhese. Par aillcurs, l'etude des monnaies s'est beaucoup complcxifiee tout au long du 20? s. au point de creer, comme c'est le cas de bien d'autres disciplines, un champ de savoir autocentre qui peut rebuter le profane, a tout le moins tiedir sa curiosite. On com- prend le depit du lecteur qui, refermant unc lourde monographic d'atelicr monetaire, n'ignorc plus ricn des raisons pour lesquelles le coin dc droit D4 doit etrc classe avant D5 (lequel avail pourtant etc couple un court moment a un revers ayant travaille avec D3). mais qui ignore - parce que le sujet n'a pas etc aborde - la raison d'etre du monnayage dont on lui parlc. Soyons de bon compte: cette situation est en train de changer et de changer rapidement. Reste que. situcs en amont des debats d'idee, les numismates seront peu intcrvenus jusqu'ici dans les dis- cussions plus generales a propos de I'economie antique. On vou- drait meme que leur situation soit tragique car, en effet, au moment oil les voila animcs du desir de s'ouvrir, voire d'en decoudre, des voix font entendre qu'il est trop tard, que la guerre est tcrminee. esscntiellemcnl par epuisement dcs combattants. L'histoire economique dc l'And'quitc greco-romaine: bref ctat de la question De quoi s'agit-il? Du conflit - on a parlc de champ de bataille opposant «modcrnistes» d'une part, et «primitivistes» de Fautre (on peut dire aussi: «substantivistcs» et «formalistes»). L'his- toire economique dc l'Antiquile est en effet un domaine de recherche qui aura vu perdurer pendant de nombrcuses genera- tions unc querelle que tous cherchent a depasser, mais qui continue a definir les positions. Un bref rappcl s'impose. Sont appeles« modernistes» ceux qui, (ablaut sur une continuite de condition et de civilisation entre les acteurs dc notre epoque et ceux de 1'Antiquite classique, projettent une vision contcmporaincsur le monde ancien. Ce sont les primiti- vistes qui ont defini qui etaicnt les modernistcs et surtout quels 542 I.'i'tude des monnaies et t'histoire economique du monde grec ctaient leurs defauts: on Icur reproche de pretcr a tort aux Grecs et aux Romains une mentalite et des pratiques propres au monde modcrnc. Cela peut porter sur des concepts, par exemple ceux de budget ou de dettc publique, dont on chcrche en vain la trace dans le vocabulairc antique: cela porlc certainement sur une attitude: celle de la rentabilite et du ralionalisme economique si chefs a nos socictes; cela porte plus generalement encore sur la nature du regard porteaux transactions: de facon trcsdifferenteaaujourd'hui. soutienncnt les primitivistes, les transactions antiques d"alors depassaient le cadre purcment economique auquel nous pourrions les confiner; clles etaient incrustccs, imbriquees, enchassees, «embedded» disent les Anglo-Saxons, du champ social ct culturel. Les «modernistes» - le terme, on I'aura compris, est depre- ciatif - furent accuses dc porter de mauvaises lunettes. Quant aux << primitivistes», dont l'appellation a longtemps eu un echo plus laudalif en depit de la racinc du mot, on leur fit grief d'etre des theoriciens. proches des idees et loin du materiel, pronant le modele pour mieux tenir le chilTrc a distance. Et, en effet, ils auronl bcaucoup insiste. au dcla pcut-on penser de l'indiscutable pauvrctc dc la documentation conservee, sur l'impossibilite d'une histoire quantitative. Sur celle ligne de fracture inlcllcctuelle viennent se grcifer, pas loujours mais le plus souvent, d'aulres oppositions, profession- nelle et politique. Professionnelle: les «primitivistes» furent d'abord des spccialistes du texle ct. pour ce qui concerne la Grece, des epoqucs hautes, homeriquc ou archaique. la oil les «moder- nistcs» ne dedaignerent pas le materiel archeologique. a com- mencer par les vases et les monnaies, plus abondant el exploitable aux periodes classique et surloul hellenistique. Politique: 1'oppo- sition entre «primitivistes» el «modcrnistes» recoupe la plupart. du temps cclic qui distingue el oppose ceux qui croicnl voir la main regulatrice de 1'Etal d'un cote, de ceux qui vculent recon- naitrc le laisser-faire, laisscr passer d'une economie liberale dc fautre. Chacun parait defendre au surplus une conception dhTe- rente du temps, comme si le «modcrniste». plutol a droitc dira-t- on, et satisfait de son sort, ne trouvait pas insupportable dc se representer lc monde comme un invariable, a I'inverse du «primi- tiviste» qui, tendu vers redificalion d'une sociele mcillcure, etait davantage enclin a concevoir le cours de Phisloirc sous formes de ruptures, gages dc la possibility de changements a venir. Le fail est que les deux champions les plus famcux du modernismc et du pri- mitivisme s'inscrivent dans cette trame. 543 Francois de Callatay Entre le bourgeois liberal Michael lvanovitch Rostovtzeff (1870-1952), fuyant la Russie des Soviets, el le «communistc» Moses Isaac Finley (1912-1986), quiltant les Etats-Unis d'Ame- rique pourchasse par lc Maccarthysme, l'opposition est paifailc. Rostovtzeff Put lc fouilleur (sur la proposition cle son ami Franz Cumont, rappe!ons-le)de Dura-Europos. Jl fut d'abord un homme des vestiges matericls. Son erudition en matiere archeologique, epigraphiquc et papyrologique fut exceptionnelle. II elait moins bon philologue4. A 1'oppose, Moses Finley s*cn remettail avant tout au texte. professant un intcret tout relatif pour les produits de I'archeologie. Revoici la querelle des antiquaires? Sans doute. Le petit livre si dense et si remarquable que Moses I. Finley fit paraitre en 1973 sur l'economic antique (The Ancient Economy) peut etre percu, notamment, comme une version modcrne de la replique cinglante de l'abbe Geinoz. I ,a controvcrse entre primitivistes el modcrnistes. ofliciellement allumee a la (in du 19s s. en Allemagne (l'histoire relient gencrale- ment les noms de Karl Biichcr [1847-1930] et d'Eduard Meyer [1855-1930]), mais dont on a pu identifier les ratines bien avant 5, a connii plusieurs rebondissements avec, successivement, un avan- tage dans la premiere moitie du 201' s. aux modcrnistes, un net ascendant aux primitivistes dans les annees 1970-1980 et un retour de damme depuis lors. Place prepondcrante des affaires monctaires dans la question du dcveloppemcnt cconornique Les affaires monctaires et financieres tiennent dans ce debat un role central. C'est que «primitivistes» et «modernistes» appor- tcnl des reponses differcntes a un problerne qu'ils ont ccpendant envisage du mcme point de vue, eclui, juge crucial pour les deux parties, du developpement cconornique, tenu a priori comme un critere de rcussite. II s'agit, en particulier, de determiner si lc mondc greco-romain disposait ou non des outils adequats pour permettre la creation d'un capital ii risque, generateur d'investis- 4 Voir a. Momigliano. «m. i. Rostovtzeff)), The Cambridge Journal, 7, 1954, 334-46 (repris dans a. Momigliano. Problimes d'historiographie ancienne ei moderne, Paris, 1983, p. 424-40 - voir p. 438). 5 M. de Cecco, «Monetary theory and Roman history», JourEamllisi, 45 (4), 1985, p. 809-22. 544 f,'elude des mommies el I'hisloire economique du inonde grec scment. Ce faisant, tous se sont inscrits dans la perspective definic par Adam Smith (1723-1790), celle de la capacite des etats a deve- loppcc leur richesse. II n'est pas intcrdit de penser que, avec la montee de l'ccologie et d'une forme de resistance a la mondialisa- tion, e'est l'ideal mcmc de croissance qui se trouvera de plus en plus con teste au sein meme des eludes historiques. Alan E. Samuel avait deja donnc le ton il y a plus de vingt ans6: it n'y a que nous. Modernes, ccrivait-il, pour ctalonner les succes economiques de la monarchie ptolemaiquc (en Egypte) en termes d'accroissement de la production, de meilleurs rendements et d'usage accru de la monnaie permeltanl l'accumulation dc capital. II est plus pro- bable que les rois Ptolemees visaient avant tout a la stabilite poli- tique, laquellc passe par la stabilite economique. Le probleme du developpement economique ne se limitc pas a la monnaie, loin s'en faut. A elle scule, la question de I'inno- valion technologique en Greco a engendre unc vastc liltcrature. Mais le couple «monnaie/credit» y ticnt une place preponde- rante. Comme le rappelail Eernand Braudel: « Plus un pays est economiquemcnt developpe, plus il a elargi la gamme de ses outils monetaires et de scs instruments dc credit»7. Les avis concordent pour reslreindre la portec du credit en Grece ancienne8. Les banques, privees et publiques. existent. Ellcs pretent toulefois peu et les prets se font la plupart du temps en cash. Sur les cent vingl-cinq mouvement dc fonds eflectues par une banque privee de Tebtynis (dans le Fayoum, en Egypte, dans la premiere moitie 2e s.), cent quinze concernent des verse- mcnts ou des virements, sept des actes de change; trois seule- ment sont des prets bancaires9. Les prets sont d'ailleurs d'abord des prets a la consommation, par cxcmple pour payer une dot. Rares sont ccux tournes vers la production. Sur un ensemble de 900 prets rassembles pour la periodc classique, cinq sculement, a-t-on pu ecrire, se presentent comme des inveslisscments pro- 0 A.H. Samuhi., From Athens lo Alexandria: Hellenism and social goals in Ptole- maic Egypt (Louvain 1983). p. 1-10 {On economic goals and tacit assumptions) et passim. I . Rk.m on.. Civilisation ntaterielle Economic et capitalismc. I. I.e\ structures du quotidien: le possible et /'impossible, Paris. 1979, p. 544. ■ Unc exception a Signaler: E. E. COHEN, Athenian economy <$ society. A banking perspective, Princeton. 1992. 9 P. Telxt. Ill 2, 890 (R. Booabrt, «Les operations des banques de I'Egypte pto- leniaique». Ancient Society, 29, 1998-1999. p. 110-1). 545 Francois de Cullatay ductifs10. Le cheque, tel que nous lc connaissons aujourd'hui, n'est sans doute pas anterieur au lcr s. avant noire ere et il est douteux que son usage se tut bcaucoup etendu avant l'epoque romaine ". Sans doute eut-il connu davantagc de succes s'il avait ete transmissible et s'il avait pu 2tre negocie par un organisme reglant entre banques la balance des debits et des credits. Bref. s'agissant de la masse monetaire en circulation dans le monde grec, on est amene a conclure, d'une part, que la monnaic scripturale n'y a lenu qu'un role tardif et probablement mineur et, d'autre part, que cette masse monetaire ful faiblement solli- citee dans la perspective economique d'entreprendre. S'agissant de la monnaie, il taut tout d'abord acter lc fait que les historiens de l'economie antique ont considerablement sous- utilise son temoignage n. M. I. Finley, lui-meme, n'en parle prati- quement pas dans son Economic antique, si ce n'est pour tenir quelques propos d"ailleurs approximatifs n. Dans leur ouvragc intitule Economics et societes en Grecc ancienne, Michel Austin et Pierre Vitlal-Naquel, passant en revue les sources documcntaires, classent sans surprise d'abord les textes, puis les inscriptions, puis les vestiges archeologiques au sein desquels ils mentionnent les tresors monctaires (pas la monnaie) associes pour lc coup aux vases l4. Plus desinvoltc encore, John K. Davies, tout recemment. dressant Fagenda des travaux pratiques qui attendent rhistorien de reconomie hellenistique, a propose tine liste des temoignages qu'il conviendrait de prendre en compte, soit, dans l'ordre, le bois, le sel, les cpices, les amphores, les changements clans I'occupation du sol, les edifices (sacres et publics), la vie luxueusc, lc mon- lu P. Mil l i i i. "Maritime loans and the slruclure of credit in Fourth-century Athens», dans P. Garnsf.y et a!(l {id.). Trade in the ancient ecunamy, Berkeley- Los Angeles. 1983. p. 36-52 (voir p. 43 el 188, note 15). 11 ft, BoOAERTi «Note sur I'emploi du cliecue dans I'^gypte ptolcmai'qtie», repris dans Trapezitica Aegyptiaca. Recueil </<• recherches sur la banque en Egypte grecu-romaine. Papyrologica Florenlina XXV. Florence. 1994. p. 245-52. 12 J. K. Daviis. «Ancient economies: models and muddles». dans H. Parkins ct C. Smith (cd.). Trade, traders and the ancient city. Londrcs-New York, 1998. p. 240: « Coinage has reserved Jar less attention in the debate about undent eco- nomies than il would seem to descrve». 11 Voir M. I. FlNUJY, L'economie antique, Pinis. 1985, p. 107 (contestable), 136 (ingenieux mats specieux), 141 (faux on contestable), 166-8 (faux on contes- table), 182 (ni vrai, ni faux: these a demontrcr). 14 M. Austin el P. Vidai.-NaQUKI . Economies el societes en Grecc ancienne, Paris, 1996 (7c6d.). p. 44-6. 546 L'eiude des mommies et I'histoire economique du monde grec nayage (emission cl circulation)l5. Or la monnaic n'est pas un bien parmi les autres, une marchandisc au meme litre qu'unc amphore d'huile, un esclavc thrace ou une ceramique atliquc. Elle est non seulcment la mesure de lous les autres biens. Elle est aussi - suivant la triple definition classique - moyen d'echange (cc qui pcnnet d'acheter) el reserve de valeur (ce que chacun souhaite d'abord thesauriser). L'etudc dc la monetarisation, abondance ou rarete de mon- naies selon les contextes, debordc d'ailleurs sensiblemenl lc cadre de Feconomique. La question touche de facon immediate les pro- blemes de la division du travail ct du developpement d'unc 6co- nomie de marche et, par la, celui de Turbanisation. Mais elle embrasse aussi lc social et le politique. Nul hasard si, a la suite de Max Weber (1864-1920) et de son livre Wirtschaft und Gesellschafi (Tiibingen, 1922), lant dc livrcs s'intitulent «Economie(s) et societe(s) de ...»16. Parmi les critiques adrcssees par Arnaldo Dante Momigliano (1908-1987) a la double somme d'histoirc eco- nomique et socialc dc M. I. Rostovtseff, figure le reproche de s'etre peu interessc aux problemes de taxation ou d'inflation qui, ecrit-il, fournissent les principaux indicateurs de changemenls dc la structure sociale17. Taxation et inflation sont, non par nature mais en pratique, la plupart du temps lies au phenomene mone- tairc. La liaison entre reconomique ct le politique a moins souvent J. K. Davies, «Hellenistic economics in the post-Finley era». dans Z.I I. Archi- bald et alii (ed.), Hellenistic Economics. Londres-New York. 2001, p. 22-39 Pour le seul monde grcc. voir J. HasebrGEK, Griechisthe Wirtschafts-und Gesell- schaflsgeschichte bis zur Perscrzcit, Tiibingen, 1931, H. Winterscheidt, Aiglna. Eine Vntersttchung uber seine Gesellschafi und Winscliafi, Wurzbourg, 1938, O. Erb, Wirtschaft und Gesellschafi im Denken det hellenischen Antike, Berlin, 1939, M.I. Rostovtzefi', The Social and Economic History of the Hellenistic World. Oxford, 1941, j. ValakC'IiA, La Grece de la decadence aux points de vue economique el social, Paris, 1941, M. Austin el P. Vidal-Naqui:i'. Economies et socictes en Grece ancientie. Paris. 1972, Ch. G. Starr. The Economic and Social Growth Of Early Greece 800-SOOBC, New York, 1977, H. Kreissig, Wirtschaft und Gesellschafi im Seleukidenreich, Berlin. 1978, C.G. Thomas (ed.). Economy and Society in the Early Greek World. Collected Essays by Carl Roebuck. Chicago, 1978, M. I. FlNLDY, Economic et societe en Grece ancienne. Paris. 1984. E. E. Cohen, Athenian Economy and Society. A Banking Perspective. Princeton, 1992. A. Momigliano, «M. I. RostovtzelT», The Cambridge Journal, 7. 1954. 334-46 (repiis dans A. Momigliano, Problemes d'hisloriographie ancienne et moderne, Paris. 1983, p. 424-40 voir p. 438). 547 Francois de Callatay ete plaidce ,x. On ne fait pourtant pas la guerre avee des crateres a figures rouges mais, comme l'a exprime Pericles (Thucydide, II, 13, 2), avee de I'argent. L'expression << I'argent, nerf de la guerre» (pecunia nervus belli) n'est pas une expression modcrne; on la trouve litteralement chez Ciceron (Philippiques, V, 5), La question centrale est de determiner si les Anciens, Grecs et Romains. ont dispose d'un numeraire suffisant pour lenrs besoins. Question vague, mal posec en realite, dont les deux tcrmes se lais- sent apprecier diversement. A cette question, les «primitivistes» ont repondu par la nega- tive l9. Pour eux, l'insurfisance de monnaies etait chronique, a la fois en quantitc (pas assez) et en qualitc (impossibilite de se pro- curer les denominations desirees). Bien sur, on note des problemes d'approvisionnement. Une lettre (P. Cair. Zen. .59 021), adressee le 23 octobre 258 par Demetrios, le maitre dc la Monnaie d"Alexan- drie, a Apollonios, lc propose aux finances royalcs, s'inquiete de ce que le manque de monnaies provoque le mecontentement des etrangers tcnus dc payer en numeraire lagidc toulc depense effec- tuee sur le tcrritoirc ptolemai'que. Mais il s'agit d'unc situation particuliere liee a I'instauration d'un nouveau monnayage. Les textes pcuvenl preter a confusion. II a pu etre demontre que le theme de la Caritas nummorum (la «cherte de la monnaie»), qui apparail dans une lettre adressee par Ciceron en 49 (An., IX, 9, 4 [17 mars 49]). n'a ricn a voir avee une deflation lice a une insuffi- sance de la masse monctaire20. 11 en va de meme de Vinopia rei nummariae (le « manque d'especcs monelaires») dont parle Tacitc (Annates, VI, 17, 1) lors de la conjuration de Catilina en 63: il y a, tout naturellement que, quand les temps sont troubles, le credit s'en trouve mine et tous thesaurisent. La monnaie ne meurt pas; elle disparait et s'enfouit. A l'oppose, les «modernistes» comptenl dans leurs rangs quel- ques elements assez enthousiastes pour imaginer que les Etats, royaumes ou cites, eurent le souci d'approvisionncr dc facon ade- IS M. I. Finley a loujours pris soin de trailer separemeni des deux maiieres, 1'eco- nomique venanl dans son esprit apres le poliiique (voir J. Andrhau. «La cite antique et la vie economique ». Opus, 6-8, 1987-9, p. 175), 19 Par cxemple M. 1. Finlhy, 1985, p. 166-7 et 196. 20 K. VeRBOVBN, «Cariias Nummorum. Deflation in the Late Roman Republic?*, MB AUG, 16, 1997, p. 40-78 et «54-44 13CE: Financial or monetary crisis ?», dans E. Lo Cascio (6d.), Credito e rnoneta nel mondo rotnano; romano: attidegli Inconti i eapresi di Storia dell'economki antica (Capri 12-14 oitobre 2000), Prag- mateiai 8, Bari, 2003, p. 49-68. 548 L'etude des monnaies el I'liixloire economic/tie du monde grec quate la circulation cn instruments monetaires et memc que, ayant eu ce souci, ils soient parvenu a le satisfaire (ce qui implique la notion, parfaitemenl anachroniquc21, du calcul de la masse monc- taire en circulation). Bref, si l'etude des sources ecritcs est susceptible d'entrainer un accord sur la place limitce tenue par le credit en Grece et a Rome, elle peut tout aussi bicn generer de profondes divergences de vue pour ce qui releve de I'idee que chacun se fait de la monetarisation de ces societes. C'est que, jusqu'il y a peu, personne n'avait tachc d'estimer les masses monnayees dans TAntiquite, encore moins de comparer - avec tous les dangers que ccla comporte - ces chillVcs avec ceux obtenus pour d'autres periodes plus proches de nous. L'estimation des masses monnayees dans le monde greco-romain: liistoriquc ct enjeu Rappelons-nous le premier desidcrat formule en 1956 par A.H.M. Jones a l'adresse de la communaute des numismates: estimer le volume relatif des emissions. Cclle-ci aura fini par y repondre et meme par oser estimer ces volumes dans l'absolu, cn nombre de monnaies et done en tonnes de mctaux precieux monnayes. Retracons a grands traits I'historique de ce problemc. La frappe monetaire requiert deux matrices en negatif, appeles coins. On distingue le coin de droit, mainlcnu immobile par enchassement dans une enclume on un billot de bois, et le coin de revers, lenu a main libre par l'ouvricr charge de la frappe (le mallealor en latin). On trouve parfois dans des ecrits anciens la croyance que chaquc coin fut destine a la realisation d'une seule monnaie. D'autres, plus perspicaccs, ne tarderent pas a decouvrir des identites de coin entre monnaies. II fallut allendre la fin du 19° s. et le devcloppc- ment des procedes de reproduction photographique pour voir naitre et sc dcvelopper ce qui fail aujourd'hui une des bases les plus eprouvees du metier: l'eludc de coins. Durant longlcmps. les numismates s'astrcignirent a comparer tous les specimens d'un monnayage dans le seul but d'clablir la sequence des coins. 11 21 F. de Call at ay, « L'instauration par Ptolemcc Ic Soter d'une economie mone- taire l'erniee», dans O. PlCARD cl F. Duyrat (ed.), L'exccption egypUenne? Pro- duction ei ^changes monetaires cn Egypte heMnistique et romalne. Etudes alexan- drines 10, Alexandria 2005. p. 117-34. S49 Francois dc Culkilay s'agissait et s'agit toujours en elTel de degager unc chronologie relative en classant les coins monctaires d'apres leur ordrc d'eril- ploi. Car non sculement les coins s'usent ct finissent par devoir etrc ecarles mais. en outre, ils nc s'usent pas a la meme vitessc. Les coins de droit, proteges par les flans (lesquels jouent le role de martyrs lors de la frappe), s'usent moins vite que les coins de revcrs. 11 est ainsi possible de definir un schema ou, au coin de revers note Rl a succede le coin de revers note R2, tous deux couples au meme coin de droit, note Dl, dans un ordre qu'attes- tcnt les petites degradations subies par ledit Dl. Cette enquele minutieuse, aux consonances de combat naval, peut idealement deboucher sur une sequence parfaite pour laquelle tous les coins, droits et revers, se retrouvent lies les uns aux autres, de facon non aberrante dc surcroit. L'etude de coins est nee et s'est developpee a des fins de classe- menl. 11 se trouve que classer les coins, e'est les denombrcr el les denombrer, e'est deja obtenir une quantitc, laquelle pourra etre comparee a celles obtenucs pour d'autres emissions monctaires. Ainsi, retude de coins s"est-ellc vue dotee d'une utilite supplcmen- taire: cstimcr l'ampleur des emissions. Tel quel, ce denombrement, qui porte sur les seuls coins attestes, restc en deca du souhait exprime par les historiens de l'economie: quantifier le nombre de monnaies miscs en circulation. Reste en effet, prima, a estimer la part des coins manquants dans Fcchan- tillon parvenu jusqu'a nous et, secunclo, a multiplier ce nombre originel de coins par le nombre moyen que chaque coin est suppose avoir pu frapper. C'est a definir ces deux valsurs que la recherche se sera appliquee. Le premier problcme, celui du nombre originel de coins, releve du calcul de probabilites. Intervicnl d'abord le rapport entrc la taille de rcchantillon et le nombre de coins denombres, ce que Von appelle 1 'i ndice charactcroscopique (avec un « h »), de « %apa.KTiip ». le «coin de revers» en grec. Plus le nombre moyen de monnaies attestces par coin sera eleve, moins il faudra craindre que manque a l'appel une proportion importante de tous ceux mis en service. Au dela dc ce rapport, il convient aussi de sinteresser a la distri- bution : combien dc coins representes par unc monnaie, combien par deux, etc. Pas moins dc quinze melhodes. fondecs sur le calcul de probabilites, furent proposecs pour resoudre l'inconnuc que constitue le nombre originel de coins. II est admis aujourd'hui que rinccrtitude liee a ce type dc calcul demeure faiblc des lors que le rapport «nombre de monnaies/nombie dc coins» est eleve. En 550 L'etude des mommies el I'histoire economique du monde gree pratique, un rapport supcrieur a 3 (soil par exemple un echan- tillon de 100 monnaies pour lequel on distingue moins cle 34 coins de droit) devrait mettre le chercheur a l'abri d'une mauvaisc sur- prise. La plupart des etudes de coins entreprises pour des mon- nayages grecs (et il cn cxiste a ce jour plus de 600) repondcnt favo- rablemenl a ce critere. Une bonne proportion d'entre elles atteste mcme d'indices characteroscopiques superieurs a 10, c'est-a-dirc qu'elles sont censees fa ire connaitre un excmplaire au moins de tous les coins utilises. La deuxieme etape est beaucoup plus irritante et a longtemps paru devoir etre entourec d'une incertitude telle que. finalement, elle rendait vain I'enscmblc de l'estimation. Quelle productivile moyenne attribuer aux coins monetaires en effet, sachant que nous ne disposons d'aucun compte d'atelier qui soit anterieur a la seconde moitie du 13° sieclc de notre ere et qu'il y a tout, lieu, en outre, de suspecter des productivites differenles suivant, par exemple, la nature du metal ou la faille des denominations? J'aurai beaucoup travaille a cette question, sur la piste de laquelle m'avait lance Tony Hackens, qui pressentait lui aussi l'importance deci- sive de l'eventualitc d'une reponse positive. II voyait bicn que determiner ce coefficient multiplicateur avec une incertitude accep- table, e'etait ouvrir la porte a la quantification des especes mon- nayees en Grece et a Rome et, partanl, reconcilier presque cn une fois I'histoire economique et la numismatique, en faisant tenir a cette derniere - enfin - un role de premier plan. II est decede trop tot, en 1997, pour voir, tout recemment, la communautc scicnti- fique lever sa reticence sur le principe raeme d'un tel calcul et sa definition. Les quelque dix contributions que j'ai fail connaitre sur ce sujet viennent d'etre rcpublices a la faveuf d'un recueil d'articlcs a paraitrc sous le litre generique Quantifications et numismatique antique11. Mais reprenons le court des evenements. Un Lodovico Bru- netti pouvait encore en toute bonne foi croire dans les annees 1960 en une moyenne aussi reduile que 1 000 exemplaircs par coin. Cette moyenne passa peu aprcs dans les esprits a 6 000/10 000 exemplaires, cn partie sous le coup des resultats obtenus par un experimentateur couragcux (David Sellvvood) qui ne craignit pas dc rcproduire a la maison les conditions de la frappe antique. On s'etait aussi avisc de se pencher sur le seul dossier epigraphique '" F. DE CAf.l.ATAY, Quantifications et numismatique antique. Choix a"articles (1984-2004), Moncta 52, Wctleren, 2006. 551 Francois dc Callatay exploitable pour l'Antiquite, eelui, date des annees 330 avant not re ere, des comptes des Amphietions de Delphcs. Dans le cadre de la production d'un nouveau monnayage en argent, les rcspon- sables de I'cpoque, les Amphietions, ont cru prudent de graver sur la pierre les comptes relatifs aux montants des monnaics passccs par leurs mains pour la refontc. Restail alors a dresser I'etudc dc coins de cc nouveau monnayage - il est supcrbe - dont il est permis de connaitre l'amplcur: c'esl ce que firent E.J. P. Raven d'abord. Philip Kinns ensuite. De leurs eludes et des precisions cpigraphi- ques apportecs recemment23, on retiendra que la productivity moyenne des coins de droit ful probabiement comprise, pour ce lourd monnayage d'argent a haut relief, entre 16 000 et 27 700 exemplaircs24. D'autres arguments allaient contribuer a pousser les esprits a rcvoir la moyenne a la hausse. Quelques tresors, pris a la sortie de 1'atelier sans doute, prouvent tout d'abord que le meme coin pouvait trapper c. 2 000 excmplaires (cas du tresor de Larissa en Thcssalie - /GC7/237), voire memec. 6 000 (cas du tresor de Dinar. Pantiquc Apamee de Phrygie - CM IX 565)25. Plus speeieux sans doute: les monnaics dc Milhridate le Grand (qui a regne sur le Pont de 120 environ a 63 av. notre ere.) sont exceptionnellemenl datees au mois prcs26. Rien n'indique l'existcncc simultanee de plusieurs equipes de frappe et nous pouvons eonstater que le nombrc maximal de coins de droit utilises au cours d un meme mois n'est jamais superieur a quatre. Ce chilTre est atteint a deux reprises, a chaque fois lors d'intenses prcparalifs militaires. On voit des lors que, en tablanl sur tine productivity moyenne de 20 000 exemplaircs par coin dc droit, on obtient une production journaliere de 2 667 mott- 23 Ph. Kinns, «Thc Amphictionic coinage reconsidered», Numismatic Chronicle, 143, 1983, P- 1-22. II ameliorait ce faisanl I'etudc dc coins donnee par E.J.P. Raven, «Thc Amphictionic coinage of Delphi, 339-334 BC», Numis- malic Chronicle, 1950, p. 1-22. Pour une revision du dossier cpigraphique, voir P. Makchi.tti, «Autour dc la frappe du nouvel amphictionique». Revue Beige de Nwnismatique, 145, 1999, p. 99-113 ct noire commentaire dans «A quantita- tive survey of Hellenistic coinages: recent achievements", dans Z. archibald ci al. (cd.), Making, moving and managing: the Hew world oj ancient economics. 323-31BC, Oxford, 2005, p. 88, note 5. 24 16 013exemplairessi on divisc le produit de61 talents(!28 100stateres = 2 100 stateres par talent x 61) par 8 coins de droit; 27 694 si on fait le meme calcul avec 105 'A talents. :< IGCH = Inventory of Greek Coin Hoards; New York, 1973 ct Cll = Coin I loards. 26 F. dk Cau.atay, L'hisloire des guertes mithridaliques vue par les monnaics, Louvain-la-Ncuvc, 1997. 552 L'elude des monnaies et. I'histoire economique du monde grec naies, ce qui est dans la ligne des productions dont rendent compte les archives a partir de la fin du 13e s. (3 000-4 000 monnaies comrae rythmc journalier maximal, semble-t-il). Inversement, croire en une productivite basse, de 6 000 exemplaires par coin comrae on le faisait dans les annees 1960, reviendrait a fixer a quelque 800 pieces seulement lc rcndcmenl a la journee d'un atelier lournant a plein regime27. Ces considerations sont pleines d'interet mais ne sufii- saient pas a emporter I'adhesion. Parallelement, je me suis attele a reunir et a presenter de facon uniformisee toutes les etudes de coins etablies jusqu'ici pour les monnayages grecs. II en est resulte, avec l'aide de Pierre Cockshaw qui a bien voulu que la Bibliotheque royale de Belgique les finance, deux volumes totalisant pas moins de 608 de ces eludes: 329 pour le monde hellenistique et 279 pour les epoques archai'que et clas- sique28. Outre qu'ils traitent d'un total de 92 550 monnaies frap- pees a l'aide de 21 973 coins de droit patiemment denombres un jour par un numismate, ces deux volumes ont a offrir une conclu- sion qui doit nous faire reflechir: Fensemble de cette documenta- tion ne comporte pas un seul cas aberrant pour lequel historiens et numismates seraient en peine de justifxer l'importance ou l'insi- gnifiance de telle ou telle frappe. Au contraire, on observe une double proportionnalile: entre les nombres de coins et les nombres de monnaies attestees dans les tresors, d'une part; entre l'impor- tance de ces nombres de coins et l'importance politico-militaire de qui les a emit, de l'autre. En d'autres lermes et en depit des caveats theoriques, il ne semble pas que la productivite moyenne des coins ait beaucoup varie d'un monnayage ou d'une region a l'autre (le metal, or ou argent, parait avoir joue lui un role sur lequel je ne m'etendrai pas ici). L'element le plus decisif, dans mon esprit et dans celui de ceux qui m'ont fait part de lew agrement, est venu a la faveur d'une elude qui portait sur une raise en perspective des taux de swvie a travers les ages29. Le propos est en apparence paradoxal car lc 27 Voir F. db Caixai'Av, « Calculating ancient coin production: seeking a balance », Numismatic Chronicle, 155, 1995, p. 301-2. 28 F. nv. Caixatay, Recue'U quantitatif des emissions moneiuties hellenistiques, Wetteren, 1997 et Recueil quantit ati) ties emissions monetaires archaiques el clas- siques, Wetteren. 2003. 35 F. de Callatay, « Les taux de survie des emissions monetaires antiques, medie- vales et modernes. Essai de mise en perspective et consequences quant a la pro- ductivite des coins dans l'Antiquile", Revue Numismatique, 155, 2000, p. 87- 109. t?rcttt(Oi$ de Callatay taux de survie s'etablit en divisant le nombre de pieces mises en circulation par le nombre de eelles parvenues jusqu'a nous et que. sauf pour le monnayage amphictionique de Delphes, nous tvavons aucun lexte qui nous informe sur la production pour l'Antiquitc greco-romainc. Le raisonnement se construit ici par l'absurde, ce qui explique - peut-etre que Ton n'avail pas songc a explorer cettc voic. II est possible de montrer que, en general, ce taux de survie s'etablit a hauteur d'une piece pour quelqucs milliers s'agis- sant du 18c s. francais et d'une piece pour environ 5 000 ou plus des lors que Ton remontc au dela de 1700. Or. ainsi qu'en temoignc les deux Recueils que je viens d'evoquer, les monnayages grecs prcscnlent des rapports «nombre de monnaies/nombre dc coins de droit» (des «indices characteroscopiqucs») sou vent eleves. Pour etrc precis, ce rapport est superieur a 6 dans 156 cas sur 608 (25,7%). II est meme superieur a 10 dans 92 cas (15,1%) et peut atteindre la quarantainc dans certains cas exceptionnels. Cela sigiiifie que, pour un quart dc toutes les emissions, nous posse- dons une moyenne dc 6 exemplaires par coin de droit. Dans ces conditions, fixer la produclivite moyenne des coins a 6 000 exem- plaires, commc naguere, revicnt a soutenir pour ces monnayages que nous possederions dans nos medailliers I monnaie sur 1 000, cinq fois plus environ que pour les monnayages des 16° et 17e s. On ne se sort pas d'affaire en elargissant 1'enquete a tous les mon- nayages : com me il a etc dit, les grands totaux oblenus pour les 608 emissions monetaires sont de 92 550 monnaics et de 21 973 coins de droit, soit un rapport «n/d» superieur a 4,2. II faudrait ici croire en un taux dc conservation d'un exemplaire pour moins de 1 500 pieces. Arretons ces speculations: la situation commande d'envisager sur d'aulres bases la produclivite moyenne des coins qui parail avoir bien davantage de chance de s'ctre situee au dela des 20 000 unites qu'en deca des 10 000. Je concluais cn disant que, dorenavant, «il y aurait, en tous cas, de rimprudence - et sans doute un soupcon de malhonnetete intcllcctuelle a encore entretenir un flou pessimiste scion lequel nul ne saurail dire si la produclivite moyenne des coins antiques fut, dans Tensemble, plus proche de 5 000 que de 60 000 exemplaires » (2000. p. 101). Car Penjeu est la: resserrer suffisammenl Fincertitudc pour tirer un benefice historiquedc Texercice de la quantification des masses monnayecs dans l'Antiquitc. Quoiqifil puisse etrc tentant de pro- eeder en eonstruisant une estimation qui maximalisc les incerti- tudes (je l'avais fait dans ma these de doctorat). afin de proposer une estimation chiffree dont on puisse etre pratiquement certain 554 L'etuc/e des mormaies et I'kistoire economique du moncle grec que la verite lui est inferieure (une construction popperienne en quelque sorte ou ce qui est vise n'est pas d'ajouter du vrai mais d'ecarter du faux), il est plus naturel de tendre au maximum de vraisemblance, de travailler avec la donnee somme toute la plus realisle. Dans cette optique, il est tentant, pour la question qui nous occupe: celle de la productivite moyenne des coins, de retenir le nombre de 25 000 exemplaires. Cette valeur de 25 000 a, au dela des merites conferes par l'examen de la documentation antique, plusieurs attraits. Elle ne differe pas sensiblement des valeurs moyennes obtenues a partir de la deuxieme moitie du 13c s., e'est- a-dire depuis nos premieres archives ecrites et cela de facon constante a travers les siecles suivants jusque et y compris le debut du 19e s. alors meme que la technique de frappe avait changee et que Ton etait passe a la frappe au balancier. II apparail surlout que cette valeur de 25 000 pent, a la rigueur, etre affectee d'un coefficient d'incertitude de 50% (avec une fourchette comprise entre 12 500 el 37 500 exemplaires) mais pas davantage. II ne saurait etre question de la diviser ou de la multiplier par trois (entre 8 333 et 75 000) et il est loisible de se montrer bien plus optimiste (mon sentiment personnel est que, pour les frappes d'ar- gent, la valeur de 25 000 exemplaires cerne le probleme avec une marge de manoeuvre de 33% tout au plus: entre 16 750 et 33 250 exemplaires). Mais peu importc ici que Pctcnduc du possible aille de 1 a 2 on de 1 a 3. Meme dans I'hypothese du I a 4 (celle qui aulorise de diviser ou de multiplier par deux les resultals), l'exer- cice de la quantification permct des avancecs decisives en restrei- gnant le champ des possibles, en indiquant par exemple que tel monnayage, en apparence abondant, n'a pu suffire a solder en monnaics nouvclles telle armee dont une source ancienne nous donne la taille (que ladite taille soit flattee, comme il arrive souvent, ou que les soldats aient d'abord etc payes autrement). Dans le cas des monnayages mithridatiques, on aboutit a une relation asymetrique oii, oui, les monnaies frappees par Mithri- date paraissent avoir ete pour ainsi dire exclusivement reservees a son effort de guerre mais, non, les sommes monnayees sont bien trop faibles pour avoir paye ses armees. En 1'occurrence, la quan- tification amenait a restreindre la finalite de ces frappes royales d'or et d'argent au paiement des troupes mercenaires. A contrario, avail-on montre, il est manifeste que la construction d'une flotle. a l'hiver 90, ou le financement d'unc guerre qui l'avait vu pris au depourvu par Murena. ifavaient ete accompagnes de la part du roi du Ponl d'aucune emission monelaire a ses types. 555 Francois de Callatay J'ai voulu prendre le temps de vous presenter les raisons qui font que la quantification des especes monnayees en Grece et a Rome nc sc presente plus comme un reve inaccessible. Aux craintcs multiples denoncanl l'inanite d'unc scmblable entrcprise a fait place lc sentiment d'unc laehe certes a jamais grevee d'incertitude, sans que 1'ampleur de cettc derniere ne nous condamne toutefois a ('inaction. Je voudrais conclure par quelques propos plus larges, de macro- cconomie. J'avais, unc premiere fois en 1993. estime la totalitc du numeraire prccieux en circulation dans le mondc hellenistique a quelque 300 tonnes d'or et 3 000 tonnes d'argent30. Ce rcsultal avail etc obtenu a partir des etudes de coins, de leur extrapolation et de l'adoption du nombre de 20 090 exemplaires comme produc- tivite moyennc par coin de droit. Deja, a 1'epoque, il avait ete satisfaisant de voir que deux collegues, utilisant le meme postulal de 20 000 exemplaires par coin, etaient parvenus aux totaux d'en- viron 1 000 tonnes d'argent pour la Republique romainc au debut du lcr s. (Georges Depcyrot) et de 200 tonnes pour la Peninsulc iberiquc (Leandre Villaronga). Voila des ordrcs de grandeur qui cadrent pleincmenl avec ce qui elail attendu. II est satisfaisant encore de constatcr que, pour I'Empire romain vers 160 dc noire ere (e'est-a-dire au moment de son extension maximale), Richard Duncan-Jones, procedant de facon independante et au prix d'un dclicat calcul du taux de perte, est venu evaluer la masse monc- taire en circulation a environ 880 tonnes d'or et 5 766 tonnes d'ar- gent, des sommes deux fois plus imporlantes environ que celles degagees pour le monde hellenistique31. On ne voit pas que l'ordre de grandeur soit errone. Ces chiffres peuvcnl el doivent etre dis- cutes. Ce qui irnport.fi, e'est de voir que chacun d'eux peut etre encadre et que ce cadragc n'amene jusqu'ici a aucune absurdite. Ainsi, peut-on aligner d'autres donnees susceptibles de nous eclairer sur I'amplcur des fonds disponibles a I'epoque hellenis- tique. Les grandes monarchies de cette epoque, comme les Seleu- cides et les Ptolemees, tiraicnt, pense-t-on, des revenus annuels de l'ordre de 10 000 a 15 000 talents, l'equivalent de 260 a 390 tonnes d'argent (dont une part sculement etait monnayee) 32. II est intc- "' i ■ BE Call at ay, <3. DiannfROTet L. Viixaronga. L 'argimi monnaye d'Alexandre le Grand a Augusie, Travaux clu CEN 12. Bruxelles. 1993. " R. Duncan-Jones. Money and Government in the Roman Empire, Cambridge, 1994. 12 F. DB Callatay, «La richesse des rois seleucidcs ct lc pi obleme de la taxation en nature», Topoi, Suppl. 6, 2004, p. 23-47. 556 L'elude des monnaies el I'histoire economique du monde grec ressant d'observer que ces revenus annuels excedent de facon spcctaculaire le poids de metaux precieux con vert is chaque annee par les ateliers en monnaies royales: bien moins de 10 tonnes (c. 6,5?) pour les Seleucides, environ 15 tonnes (16?) pour les Ptole- mees. Des ordres de grandeur se degagent done auxquels il ne parait pas possible de deroger: tout l'argenl monnayc du monde hellenistique representc quelques milliers de tonnes tandis que les revenus annuels d'un grand royaume de cette epoque se chiffrent en quelques eentaines et les frappes royales realisees chaque annee par ces royaumcs a un peu plus ou un peu moins de dix tonnes. Quant aux frappes des cites, eiles viennent loin derriere: reparties sur plus de deux siecles, les frappes annuelles d'une grande cite commc Rhodes jusqu'en 190 avant notre ere ne depassent sans doute pas la tonne et demi, et on n'atteint pas meme la demi tonne dans le cas de Tarente pour la periode qui va de c. 510 a 281 B. En realite, un double mouvement parait caracteriser l'appre- ciation des volumes monnayes dans 1'Antiquite greco-romaine. Des lors, en effet, que Ton a revu a la hausse la productivite moyenne des coins, on s'etonne dans un premier temps du nombre prodigieux de monnaies emises (plusieurs milliards tres cerlaine- ment, peut-etre meme une dizainc)34. Si, prenant a present de la hauteur par rapport a ces nombres vertigineux, on les mesure en equivalents tonnes d'argent, on peul se montrer surpris par la part somme toute peu importante prises par ceux-ci quand on les confronte a la masse totale des metaux precieux disponibles (un F. di; Callatay, op. tit.. 2005, p. 80-84. Libre a chacun do mcttre ces donnccs en perspective avec celles obtenucs pour d'autrcs pcriodes, par exemple avec ccllcs t'ournics par M. Kornhr, «Les depensesw, dans R. Bonney (ed.), Sys- temes economiques et finances pubUques, Paris, 1996, p. 399-428. Pour unc mise on perspective Anliquile/Temps Modernes, voir F. Dii Callata'Y, «Guerres et monnayages it Tepoque hellenistique. Essai de mise en perspective suivi d'une annexe sur le monnayage de Mithridate VI Eupator», dans J. Andrkau, P. Briant et R. Descat (ed.), Economie antique. La guerre dam les economies anti- ques, Entretiens d"Archeo!ogic et d'Histoire 5, Saint-Bertrand-de-Coniminges, 2000, p. 337-64. Un calcul, qui vaut ce qu'il vaut (ear le nombre originel de coins de droit doit sans doule se sillier plus haul), revient a estimer a quelque 25 000 coins originels l'ensemble de tous les coins de droit utilises pour les 608 monnayages repris dans les deux Reeueils quantitatifs. Comme il semblerait que ccux-ci rcprcscn- tent c. 12,5% de toutes les emissions, on estimera a 200 000 le nombre de coins de droit graves et, des lots dans le cas d'une productivite moyenne de 25 000 excmplaircs par coin, a 5 milliards l'ensemble des monnaies prodniles. tous genres ct metaux confondus. 557 Francois de Callatay sujet qui vient de retenir mon attention)35. Si enfin, procedant de facon diaehronique. on se lance dans des calculs du type masse d'argent monnaye disponible par habitant, rapport de cetle masse au P1B (de tels calculs sont aujourd'hui serieusement envisages pour la Rome imperiale) M\ et que Ton cherche a comparer ces «performances)), il ne semble pas que l'Antiquite greco-romaine - sont ici surtout vises lcs deux derniers siecles avant et les deux premiers siecles de notre ere - apparaisse comme moins bien lotie, sur le strict plan dc la masse monetaire metallique, que des epoques aussi proches et fastucuses que le 17c s. hollandais ou le 18* s. francais. 35 Pj de Callatay, « Reflexions quantitatives sur l'or et I'argent nun monnaye a Fepoquc hellenislique (pompes, triomphes, requisitions, fortunes des temples, oifevrene et. masses metalliques disponibles), dans R. Descat el til. (ed.), L'eco- nomie heilimsliqm. Entretiens sur I'eeonomie antique de Saini-iiv.nran.d-de.-Com- miiigex, Saint-ltertrand-de-Comrninges, 2006, 60 p. (k paraitrc). 36 Voir W. M. JoNGHAK, «A golden age. Death, money supply and social succes- sion in the Roman Empires), dans E. Lo C'ASCio (ed.), Ctedita e motwui ml month roma.no: am degli ineoniri capresi distorts dell'economic! antiea (Capri 12-14 oilobrelOOQ), Pragmatciai 8, Bari, 2003, p. 181-96. 558
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