La monétarisation tardive du Pont et de la Paphlagonie moreRevue belge de Numismatique, CLIII, 2007, p. 1-8. |
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REV UE BEL GE
DE
NUMISMATIQUE
E T DE SI GI L L O GR A PH I E IN MEMORIAM TONY HACKENS
BELGISCH TIJDSCHRIFT VOOR NUMISMATIEK EN ZEGELKUNDE
´ publiee SOUS LE HAUT PATRONAGE DE S. M. LE ROI par la ´ ´ SOCIETE ROYALE DE NUMISMATIQUE DE BELGIQUE uitgegeven ONDER DE HOGE BESCHERMING VAN Z. M. DE KONING door het KONINKLIJK BELGISCH GENOOTSCHAP VOOR NUMISMATIEK
Directeurs ¨ ¸ Francois de CALLATAY, Johan van HEESCH, Ghislaine MOUCHARTE, Raf VAN LAERE
CLIII - 2007
BRUXELLES BRUSSEL
¸ Francois DE CALLATAY (*)
´ LA MONE TARISATION TARDIVE DU PONT ET DE LA PAPHLAGONIE
´ ´ ´ ´ ´ Determiner le degre de monetarisation d'une region represente, aux yeux de l'historien, une tache importante et difficile. Les facteurs de ´ variations sont multiples: qu'ils soient chronologiques, geographiques ´ (cite/campagne), sociaux (riches/pauvres, s'agit-il d'agriculteurs, de ¸ commercants ou de mercenaires), historiques (existence de conflits ou ´ ´ ´ non), etc. Plus generalement, il s'agit de s'entendre sur la definition elle ` ´ ` meme. Les domaines a enqueter sont eux aussi varies et, la comme ail´ ´ ´ leurs, le bon historien est celui qui ne neglige aucune categorie de materiaux. Il se trouve que, en l'absence de textes susceptibles de nous ´ ´ eclairer, l'etude des monnaies de leurs frappes et de leur circulation ´ constitue l'outil d'analyse le plus fecond. ´ ´ ´ Cette etude, qui resume fortement certains developpements d'un tra´ vail plus large en cours (1), entend considerer la situation pour le Pont ´ ` ´ et la Paphlagonie, soit grosso modo l'aire definie a l'epoque perse comme la Cappadoce pontique et, vers 120 av. J.-C., comme le royaume initial ` de Mithridate Eupator. L'aire ainsi couverte est vaste mais, des lors qu'il s'agit de son peuplement et surtout de l'implantation de ses ateliers ` ´ ´ ` monetaires, celle-ci se resume pour l'essentiel a sa bande cotiere. Encore ` faut-il en retrancher ce qui appartient clairement a un tout autre horizon, ` ´ a savoir la partie occidentale de la Paphlagonie, soit les cites de Cromna, ´ d'Amastris et de Sesamos. ´ ´ Ainsi definie, cette zone geographique qui, pour balayer la cote d'ouest ´ en est, commence avant Sinope et se termine avec Trapezonte ne ` ´ ´ compta, jusqu'a l'epoque de Mithridate Eupator, que trois ateliers mone ´ taires, tous cotiers: Sinope, Amisos et Trapezonte. Cet ordre est aussi
´ ` ¸ (*) Francois de Callatay, Cabinet des Medailles, Bibliotheque royale de Belgique, ¨ Boulevard de l'Empereur 4, B-1000 Bruxelles; email: callatay@kbr.be. ´ ` ´ (1) Dans le cadre de mon enseignement a l'Ecole pratique des Hautes Etudes (Paris´ ´ ´ ´ ´ ´ ´ ` Sorbonne), une partie des conferences a ete reservee depuis l'annee 2000-2001 a l'Etude des monnayages royaux et civiques du Pont et de la Paphlagonie jusqu'a` et y compris ` ´ l'e´poque de Mithridate VI Eupator. Une premiere version de la presente contribution a ´ ´ ´ ´ ` ete presentee au Second International Congress on Black Sea Antiquities, tenu a Ankara ´ ´ ´ du 3 au 8 septembre 2001 mais dont les actes n'ont pas ete et ne seront jamais publies. ´ ´ Une version en bulgare (sans resume dans une autre langue) est parue dans les Studia in Honorem Ivani Karayotov = Bulletin du Muse´e national de Bourgas, 4, 2002, p. 74-79. ` ` ´ ´ Aussi, m'a-t-il paru utile de la reprendre a la lumiere de la litterature recente pour la faire connaí tre dans sa langue d'origine. RBN, 153, 2007, p. 1-8.
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celui de leurs importances respectives: Sinope fut, et de loin, l'atelier le ´ plus precoce et le plus productif. Amisos se signala par des frappes moins ´ ` diversifiees et, quoique abondantes, de moindre ampleur. Quant a l'atelier ´ ` de Trapezonte, il ne fut actif qu'a l'une ou l'autre occasion, produisant un ´ monnayage eminemment restreint dont les exemplaires sont aujourd'hui ` ` devenus rarissimes. Jusqu'a l'avenement de Mithridate Eupator au moins, ` c'est-a-dire jusqu'en 120 av. J.-C., on ne trouve nulle trace d'un atelier ´ ´ ` ´ qui ait ete actif a l'interieur des terres et en particulier dans la plaine de ´ la Phanaree. ´ Un des principaux interets de la recherche en cours et sans doute le ´ ´ plus interessant dans le cadre de cet expose est de souligner combien ` ` le seul examen des frappes locales amenerait a fondamentalement se ´ ´ ´ ´ meprendre sur le degre de monetarisation de la region. En effet, une ´ etude superficielle, surtout si elle se repose paresseusement sur les chrono´ ` ` logies hautes donnees il y a maintenant pres d'un siecle, ne manquera pas ` ´ ´ de conclure a la connaissance precoce du fait monetaire. ` ` ´ ´ ` A Sinope, les premieres emissions debutent a l'entame du ve s., vers ´ ` ´ 490 sans doute. Ce premier monnayage, frappe a grande echelle (environ ´ 200 coins de droit, sans doute plus), s'est prolonge longtemps ainsi que ´ ´ ´ nous l'indique le tresor publie recemment par Matthias Pfisterer (2). La ` ´ production majeure des sicles a la tete de nymphe dut debuter juste ` ` ´ ´ apres, a l'extreme fin du ve s., voire meme au debut du ive s. Cette serie ` a la tete de nymphe devait trouver quelque temps plus tard son pendant ` ` ´ ´ ´ a Amisos avec les sicles a la tete d'Hera. Que cette production ait ete ´ ` ´ lancee des le debut du ive s. ou comme je le crois plus volontiers ` ´ ` seulement a partir de c. 370 (3), l'atelier d'Amisos avait en tout cas deja beaucoup servi avant meme qu'Alexandre ne mette le pied en Asie. Et ´ ` pour ce qui est de Trapezonte, les tres rares sicles (et subdivisions) issus ´ de son atelier paraissent devoir etre dates de c. 350. ` ´ L'erreur serait d'en rester la et d'imaginer que les grandes cites portuai´ ´ ´ ´ ` res du Pont aient ete monetarisees des le milieu du ive s. au plus tard, en ` ´ tout cas dans le courant du iiie s., puisque, a l'evidence, on y frappait l'argent. ´ ´ ´ ´ En realite, pour juger de la monetarisation d'une region, il y a lieu de ´ ne pas s'appuyer avec trop d'assurance sur les dates donnees aux premiers monnayages d'argent car celles-ci peuvent etre revues (en l'occurrence ` a la baisse) et surtout de faire correspondre l'existence de tels mon(2) M. Pfisterer, Ein Silberschatz vom Schwarzen Meer. Beobachtungen zum Geldum` ` lauf im Achaimenidenreich, Paris, 2000. Voir a ce sujet mon compte rendu tres critique ´ dans RBN, 149, 2003, p. 267-272 et, tout recemment, le compte rendu de L. Summerer ´ dans JNG, 55-56, 2005-2006, p. 269-273 (qui prend la defense de M. Pfisterer). Il n'est, ´ ´ ´ ´ ` en realite, pas absolument etabli que ce premier groupe doive etre attribue a Sinope. (3) Sur ce monnayage, voir Fr. de Callatay, IGCH 1240: l'histoire de la dispersion ¨ du plus grand tre´sor de drachmes de Sinope, dans Ancient Civilizations from Scythia to Siberia, 10 (1-2), 2004, p. 15-33.
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` ´ ´ nayages avec l'avenement d'une monetarisation de l'economie. Le cas du ` ` Pont et de la Paphlagonie tient ici rang de modele. Car, a cette produc´ ´ tion precoce et abondante dans le chef des cites de Sinope et d'Amisos, il ´ ´ faut opposer une batterie d'arguments qui ruine la vision d'une societe ´ pour laquelle la monnaie serait tot rentree dans les usages. ´ ` Cette batterie comporte trois types de reflexion. Le premier revient a ` ´ contester le caractere civique que l'on prete aux monnayages incrimines. ` ` Le cas est particulierement net pour les sicles du ive s., a la tete de ´ nymphe pour Sinope, d'Hera pour Amisos. ` ´ C'est que, a bien y regarder, ces sicles, dont les types, la legende de ´ ` ´ ` meme que les noms de monetaires renvoient a la cite, n'ont tres proba´ ´ ´ ´ blement pas ete emis pour le compte de (et par) la cite. En toutes hypo` ` theses, les ateliers d'Amisos et de Sinope purent et furent a certains ´ ´ moments requisitionnes par les dignitaires perses ou pontiques. Dans le cas de Sinope, ce sont les monnaies elles-memes qui nous le confirment ` en mentionnant en grec le nom du satrape perse Datames (DATA ou ´ DATAMA) ou, en arameen, celui, peut-etre, de Sysinas (?), le fils de ` Datames, et celui, certainement, d'Ariarathe. Pour Amisos, le Pseudo´ Aristote (Economique, II, 2, 24a) comme Polyen (VII, 21, 1) rapportent ` ` ` tous deux le stratageme mis en uvre par le meme Datames a la meme ´ ´ ´ epoque, soit les annees 370-360 av. J.-C. Lequel, force de payer ses sol´ dats sur le point de l'abandonner, depouilla plusieurs temples mais les convainquit de rester avec lui sans les gratifier sur le champ en leur disant que « cet argent devait d'abord aller a` Amisos pour y etre monnaye´ » (4). ` ´ ´ En outre et grace a une parfaite identite de noms de monetaires, il est pres´ ´ ´ que assure que l'atelier d'Amisos fut egalement utilise par Mithridate III (ou ´ ´ ` ` ` II ?) lorsque, vers 220, ce dernier decida de proceder a la frappe de stateres a son nom. ´ Il y a surtout lieu de s'etonner de l'absence, quasi totale durant long´ ´ ` ` temps, de toutes denominations inferieures au sicle, une piece de pres de ´ ´ 6g d'argent dont le pouvoir d'achat depassait le salaire d'une journee de ` travail (elle devait correspondre, environ, a la solde de 2 jours pour un ´ mercenaire). Sans petites denominations d'argent ou frappes de bronze, ´ ´ ` l'idee d'un commerce de detail qui recoure a la monnaie, tel celui que ` ´ l'on se plaí t a imaginer sur une agora, devient irrealiste. L'impression qui ´ ´ ´ ´ emerge est differente: ces sicles tailles sur l'etalon persique furent d'abord ´ ´ ` ` emis pour proceder a des paiements. Et tout porte a croire que, comme tant d'autres monnayages, ces paiements ont eu une nature militaire, en ´ l'occurrence liee au pouvoir perse. ` Les monnayages royaux, a vocation militaire par nature, demandent ´ ´ ` d'etre ici consideres. Les premieres monnaies royales pontiques datent, ` on vient de le voir, de c. 220. Date tardive si l'on songe que Nicomede Ier
(4) Trad. d'A. Wartelle pour les Belles Lettres, Paris, 1968, p. 25.
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´ ´ ` de Bithynie a frappe des tetradrachmes des avant le milieu du iiie s. ´ Avec moins de 100 exemplaires pour l'ensemble des emissions avant Mithridate Eupator, les frappes royales pontiques sont surtout rares de ´ ´ ´ nos jours dans les medailliers publics et prives (5). S'agissant des tetradrachmes de Mithridate III (c. 220-196/5), la vingtaine d'exemplaires connus n'attestent pas plus de 5 coins de droit. Si Pharnace (c. 196/5´ ` ´ 162/1) et Mithridate IV (c. 162/1-150), associe ou non a son epouse Lao` ´ ´ dice, laisserent un monnayage non negligeable (9 coins de droit de tetra` drachmes dans les deux cas), il est tres curieux que Mithridate V ´ ` ` ´ ´ Evergete (c. 150-120), dont le long regne fut plein de peripeties guer` ´ rieres, n'ait pour ainsi dire pas emis (un seul exemplaire connu). De la pro´ ` duction monetaire des rois du Pont jusqu'a Mithridate Eupator (c. 120´ ´ ` 63), on dira alors qu'elle fut episodique, liee au paiement de troupes tres probablement et, au total, de faible ampleur. De facon significative, on ¸ ´ ´ notera que le tresor d'Ordu (CH IX 530) (6), trouve en 1970 en plein ter` ritoire pontique, sur le site de l'ancienne Kotyora et enfoui apres 150 ´ ´ av. J.-C., contenait 207 tetradrachmes hellenistiques dont pas un seul qui soit au nom d'un roi du Pont (7). ´ ´ La monnaie de bronze constitue une autre ligne de reflexion. Frappee ´ ´ ´ ´ pour un usage local, dit-on (et c'est generalement la verite), elle fournit ´ ´ un meilleur indicateur de l'avancement reel de la monetarisation que les ´ grandes frappes d'argent. Or, pour le Pont et la Paphlagonie (diminuee de ´ ´ ` son extremite occidentale), on ne possede aucune frappe de bronze qui ´ ` ` soit anterieure a c. 100 av. J.-C. (8). La situation contraste singulierement
` ´ ´ (5) La question des premieres frappes royales pontiques est traitee specifiquement, ´ ´ ` avec une etude de coins pour chaque emission, dans un article a paraí tre: Fr. de Callatay, The First Royal Coinages of Pontus (from Mithradates III to Mithradates V), ¨ ´ dans J.M. Højte (ed.), Mithridates VI and the Pontic Kingdom, Aarhus, 2007. ´ (6) CH IX = A. Meadows et U. Wartenberg (ed.), Coin Hoards. Volume IX. Greek Hoards (Royal Numismatic Society. Special Publication, 35), Londres, 2002 (p. 57: no 530). ´ (7) Sur le tresor d'Ordu, voir Ch. Boehringer, Hellenistischer Mu ¨nzschatz aus Trapezunt, 1970, dans SNR, 54, 1975, p. 37-64, pl. 2-10 ainsi que M. Arslan, Ordu (Kotyora) 1970 tetradrahmi definesí, dans Yili Anadolu Medeniyetleri Mu ¨zesi konferanslari ´ Sayi, 7, 1997, p. 5-38; Id., The Ordu Hoard, dans M. Arslan et Ch. Lightfoot (ed.), Greek Coin Hoards in Turkey. The Antalya Archaeological Museum and the C.S. Okray Collection with Additional Material from the Burdur, Fethiye and Sinop Museums, Ankara, 1999, p. 42-44 et pl. 69-75 et Id., A Unique Tetradrachm of Ariarathes, King of Cap´ padocia, from a Hoard Found at Kotyora (Ordu), dans B. Kluge et B. Weisser (ed.), Proceedings of the 12th International Numismatical Congress, Berlin, 1, 2000, p. 230-232. ` ´ ´ ´ (8) Mis a part un bronze de Sinope qui pourrait bien du reste avoir ete frappe sous ´ Mithridate Eupator, la seule exception concernerait deux emissions au nom de Phar` ´ ´ ` nace: RG, p. 138, no 1-3; SNG BM, 1274 (ou la piece est datee de la moitie du ive s. alors que le nom meme de Pharnacie indique une fondation [vers 180?] qui ne peut etre ´ ` ` anterieure a Pharnace). Par le style de la gravure, ces monnaies au taureau cornupete ´ ´ ` (zebu) auraient mieux leur place au debut du ier s. plus a l'Ouest (en Mysie, Ionie et ` ` ´ Lydie). De la a y voir une metonomasie survenue en Asie Mineure de l'Ouest lors des
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` avec les royaumes voisins (9). A l'Ouest, il est facile d'en juger en exami´ ´ ´ nant le bloc de cites situe non loin du fleuve Parthenos: Amastris, ´ Cromna et Sesamos en particulier. C'est que, vers 300, les habitants de ´ ´ ´ ´ Cromna et de Sesamos furent deportes pour aller peupler la nouvelle cite ´ ´ ` d'Amastris, ainsi denommee du nom de sa reine, niece de Darius Codo´ ´ ´ man, et epouse du tyran Dionysios d'Heraclee pontique d'abord, de Lysi´ maque ensuite. Or nous possedons des bronzes, du ive s. donc, tant pour ´ la ville de Cromna que pour celle de Sesamos (voir IGCH 1361) (10). Et ´ ` ` ´ nous en possedons de meme pour Amastris des les premieres decennies de son existence (11).
Fig. 1. Dates de l'apparition des premie` res monnaies de bronze dans les ateliers du Pont-Euxin.
´ ` ` annees 89-86/5 av. J.-C., il y a la une tentation a laquelle je ne suis pas sur qu'il ne ´ faille devoir ceder. ´ (9) Le fond de carte est tire de la Sylloge Nummorum Graecorum. Vol. IX: The British Museum. 1. The Black Sea, Londres, 1993. Certaines de ces datations demeurent approximatives. (10) IGCH = M. Thompson, O. Mørkholm et C. M. Kraay, An Inventory of Greek Coin Hoards, New York, 1973. (11) Fr. de Callatay, Le premier monnayage de la cite´ d'Amastris (Paphlagonie), ¨ dans SNR, 83, 2004, p. 57-80, pl. 9-11 (surtout p. 71-72).
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´ C'est egalement de la fin du ive s. que date l'apparition des mon´ ´ ` ´ ´ nayages de bronze pour les cites etablies plus a l'Ouest: Heraclee ponti´ ´ ´ que, Byzance et Chalcedoine, Cios et Apamee. Pour une serie d'ateliers, ´ ´ comme ceux de Cromna ou d'Heraclee pontique (dont la tyrannie de Dio´ nysios [337-305] fixe la chronologie absolue), nous sommes en presence, ` ` ` ´ des avant 300, d'un systeme de monnaies de bronze a plusieurs denomi´ ´ ` ` nations. La monnaie de bronze frappee etait aussi connue des le ive s. a ` Apollonia ainsi que sur les rives septentrionales de la Mer Noire, tant a ` ´ ´ ` ` Olbia (ou il succede au bronze moule) que dans les cites de la Chersonese ´ ` ´ et du Bosphore cimmerien (Chersonese, Panticapee et Phanagorie) (12). ´ En net contraste avec cette situation, la cote meridionale de la Mer ´ Noire (le Pont-Euxin) ne presente aucune frappe de bronzes, tant royales que civiques, avant le ier s. On ne trouve rien en Galatie, rien en Lycao´ ` nie et rien en Cappadoce. L'interieur du plateau anatolien est jusque-la ´ ´ totalement depourvu de places qui aient frappe monnaies. ´ Ce qui vaut pour les cites, vaut mutatis mutandis pour les rois. On ne ` ´ connaí t, jusqu'a Eupator, aucun roi pontique qui ait emis un monnayage ` ´ de bronze (13). De facon assez singuliere et qui meriterait de recevoir ¸ ´ ` l'attention qu'elle merite tant les premiers rois de Bithynie (Nicomede Ier, ´ Ziaelas et Prusias Ier) que ceux de Cappadoce (Ariarathe II, III et V) se ´ ´ sont signales, au iiie s. et meme encore au debut du iie s., par la frappe ` ´ de bronzes, que n'accompagne pas forcement celle de l'argent. A quoi ser` ´ ´ virent ces bronzes, a quel type de paiement furent-ils reserves? La ques´ ` tion n'a jusqu'ici pas recu de reponse. Mais la situation differe ¸ ´ ostensiblement de celle rencontree dans le royaume du Pont, dont les rois ´ n'ont jamais recouru aux frappes dans ce metal. ´ L'aire du Pont et de la Paphlagonie presente donc, sous le rapport de ` la frappe du bronze civique, un retard de plus de deux siecles par rapport ` aux rives occidentales et septentrionales de la Mer Noire. Et, des lors que ` ´ l'on considere egalement les frappes royales, elle accuse en outre un ` ` retard de pres d'un siecle et demi sur la Cappadoce. Le retard est meme ´ ´ plus prononce encore car il fait peu de doute que, sous le couvert d'emis´ ´ sions civiques, les nombreuses frappes concertees de bronzes emises par
´ ´ ` (12) Voir maintenant, avec certaines reserves soulignees a la faveur de plusieurs comptes rendus (par exemple RBN, 151, 2005, p. 261-263), N.A. Frolova, Die fru ¨he Mu ¨nzpra ¨gung vom Kimmerischen Bosporos (Mitte 6. bis Anfang 4. Jh. v. Chr.). Die Mu ¨nze der Sta ¨dte Pantikapaion, Theodosia, Nymphaion und Phanagoria sowie der Sinder, Berlin, 2004). ´ ` ´ (13) Un exemplaire anepigraphe naguere passe en vente (Peus [Francfort], 340, 2 ´ ´ ´ ´ ` novembre 1994, no 334) a ete presente comme un unicum de Mithridate Ier Ctistes pos´ ` ´ siblement frappe a Amasia. Ce bronze de 6,36g represente, au droit, un buste de jeune ` ´ ` homme a g. coiffe du bashlik perse et, au revers, une abeille dans un grenetis. Aucun ´ ´ argument ne justifie une telle attribution, du reste presentee suivie d'un point d'inter ´ ` rogation (mais assortie tout de meme c'etait bien la le but d'un coquet prix d'estimation).
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´ ´ ` les villes du royaume pontique sous Eupator le furent en realite a l'insti` gation du roi. Que ces monnaies aient servi elles encore a payer des trou pes, par exemple des garnisons pontiques (comme, plus tot, les bronzes ` ´ d'Antigone Gonatas ont certainement servi a solder celles installees en ´ Attique ou ceux d'Antiochos II celles installees en Thrace), est de l'ordre ´ ´ ´ de la presomption forte. Leur presence massive dans le Bosphore cimme` ` ´ ` rien, mais aussi a Olbia, sur les rives occidentales du Pont, a Delos, a ` ´ ` Athenes, au Piree, a Pergame est bien faite pour soutenir cette hypo` ` these. Du reste, certains noms d'ateliers renvoient a ce qui ne furent que ´ des forteresses, et non des cites (ainsi Pimolisa ou Taulara), tandis que, ´ inversement, aucune frappe de tels bronzes n'existe pour certaines cites ´ pontiques importantes, comme Zela (14). ´ Il faut esperer que, dans un avenir proche, paraissent l'une ou l'autre ` ´ publication de fouilles, par exemple a Sinope, qui permettent de degager ´ ´ des associations caracteristiques entre niveaux archeologiques d'une part ` ´ ´ ´ ´ ´ et materiel monetaire de l'autre. A defaut, reste l'etude des tresors, ´ ´ laquelle confirme cette presomption de monetarisation tardive. Ainsi, le ´ ´ ` tresor dit de Kirazlí (IGCH 1369), trouve pres d'Amasya et enfoui vers ´ ´ ´ 230 av. J.-C., presente la particularite d'etre compose d'une franche majo´ ´ rite de monnaies cisaillees (636 exemplaires sur les 822 d'argent que ´ ´ compte la trouvaille). Comme l'a ecrit G. Le Rider, on n'echappe pas au ´ constat que ces monnaies des alexandres, la plupart n'etaient plus ´ ´ acceptees que pour le prix de leur metal. Et que donc, « l'usage de la monnaie n'e´tait pas encore tre` s re´pandu au ii e sie` cle (sic!) dans certains cantons du territoire pontique » (15). Cette situation vaut aussi pour la trouvaille de ` ` Kuchuk Kohne (IGCH 1394), enfouie a la frontiere entre le Pont et la ¨ ¨ ¨ ´ Cappadoce vers 325-320 av. J.-C. (16). Elle est encore caracteristique des ` ´ ´ ´ ´ sicles de Sinope a legende arameenne, frappes il est vrai avec du metal de ´ mauvaise qualite. ´ ` Dans la mesure ou ce type de temoignage permet d'en juger, les avoirs ´ ´ numismatiques des musees locaux vont egalement dans le sens d'un usage ´ ` de la monnaie reste discret jusqu'a Eupator. La publication des collec´ tions du Musee d'Amasya, le berceau de Strabon et la capitale historique des rois du Pont, fait ainsi connaí tre 4 568 monnaies antiques dont 146 ´ seulement (soit 3,2%) sont anterieures au ier s. Sur ces 146 monnaies, 132 sont en argent (soit d'abord 59 sicles d'Amisos, 38 alexandres, 10 drachmes
´ (14) Sur ce point precis, voir Fr. de Callatay, Les Mithridate du Pont: un exemple ¨ ´ pe´riphe´rique de rapport entre cite´s et rois helle´nistiques, dans O. Picard et al. (ed.), Royaumes et cite´s helle´nistiques de 323 a` 55 av. J.-C., Paris, 2003, p. 218-234 (surtout ` p. 225-226) et art. cit. [n. 5]. A paraí tre aussi dans ce sens, une contribution de J.M. ´ ´ ` Højte presentee a Aarhus en janvier 2007. ¸ (15) G. Le Rider et N. Olcay, Le tre´sor de Kirazlí (pre` s d'Amasya): IGCH 1369, dans Varia Anatolica, 1, 1987, p. 30. (16) E.T. Newell, The Ku ¨k Ko ¨chu ¨hne Hoard (ANSNNM 46), New York, 1931.
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des rois de Cappadoce et 9 sicles de Sinope) et 14 seulement en bronze ´ ´ (seleucides pour la moitie) (17). La conclusion de ce tour d'horizon est nette: le royaume du Pont, tel ´ ´ qu'en herita Mithridate Eupator, constitue une region qui ne s'est ouverte ` que tardivement a l'usage effectif de la monnaie. Le fait que Sinope se ´ ` ´ ´ soit trouve, des le debut du ve s., etre le lieu d'un atelier monetaire (rappelons que ceci n'est pas absolument certain) n'entraí ne pas que ses habi´ ´ ´ tants aient ipso facto ete familiarises avec ce moyen de paiement. On ` mesure mieux dans ces conditions le caractere novateur des mesures pri´ ses par Eupator qui, pour ainsi dire, couvrit le pays d'ateliers charges de ´ produire le bronze et se reserva pour lui-meme la frappe de l'or et de ´ ` ´ ´ l'argent sur une echelle inconnue jusque-la tant de ses predecesseurs que de ses voisins.
(17) S. Ireland, Greek, Roman, and Byzantine Coins in the Museum at Amasya (Ancient Amaseia), Turkey (Royal Numismatic Society. Special Publication, 33), Londres, 2000.