Les tétradrachmes hellénistiques au nom des Thasiens et la circulation monétaire en Thrace aux IIe et Ier s. av. J.-C. more

Revue belge de Numismatique, CLIV, 2008, p. 31-54, pl. 1-2.

REV UE BEL GE DE NUMISMATIQUE E T DE SI GI L L O GR A PH I E IN MEMORIAM TONY HACKENS BELGISCH TIJDSCHRIFT VOOR NUMISMATIEK EN ZEGELKUNDE ´ publiee SOUS LE HAUT PATRONAGE DE S. M. LE ROI par la ´ ´ SOCIETE ROYALE DE NUMISMATIQUE DE BELGIQUE uitgegeven ONDER DE HOGE BESCHERMING VAN Z. M. DE KONING door het KONINKLIJK BELGISCH GENOOTSCHAP VOOR NUMISMATIEK Directeurs ¨ ¸ Francois de CALLATAY, Johan van HEESCH, Ghislaine MOUCHARTE, Jean-Luc DENGIS CLIV - 2008 BRUXELLES BRUSSEL ¨ François DE CALLATAY (*) è è LES TE TRADRACHMES HELLE NISTIQUES AU NOM è DES THASIENS ET LA CIRCULATION MONE TAIRE e er EN THRACE AUX II ET I s. AV. J.-C. (Pl. I-II) ´ La grande et belle monographie qu'a recemment fait connaíˆ tre Ilya ´ ´ Prokopov sur les tetradrachmes hellenistiques « aux types thasiens » (1) ` invite a prolonger — en particulier sur les questions des surfrappes et des ´ poids — la reflexion sur ce monnayage complexe ainsi que sur l'horizon ´ ` ´ monetaire auquel il appartient, a savoir la circulation monetaire en ´ Thrace dans la seconde moitie du iie et au ier s. av. J.-C. ´ ´ Toutes les monnaies considerees par Prokopov sont aux types de la ˆ ˆ ´ ` ` tete de Dionysos jeune, au droit, et d'Heracles debout de face et tete a ` g., au revers. A part quelques drachmes (8 au total), que l'auteur place en ˆ tete de corpus et date de c. 180 av. J.-C. (2), toutes les monnaies sont des ´ ´ tetradrachmes qu'il repartit en deux grands ensembles: les monnaies dites ´ ´ ´ ´ « originales » (varietes no 1-558; groupes I-XI; Pl. I, 1-2), qui auraient ete ´ frappees entre 168/7 et 148 av. J.-C., et celles dites « aux types thasiens » ´ ´ ` (varietes no 559-1861; groupes XII-XX, Pl. I, 3-4), qui auraient, quant a ´ ´ ´ elles, ete emises entre 148 et c. 90/80 av. J.-C. Le travail ne prend pas en ´ ´ compte les « imitations » ulterieures, dont, le plus souvent, la legende est ´ ´ ` illisible et les types deformes, c'est-a-dire en gros celles que l'on attribue ´ ´ ´ aux Celtes du Danube et dont s'est occupe recemment Ivo Lukanc (3). Pour ma part, la classification entre « originales », « aux types thasiens » ´ ´ ` et « imitations » me paraíˆ t potentiellement erronee. Je prefere parler, pour ` (*) François de Callatay, Bibliotheque royale de Belgique, Boulevard de l'Empe¨ ´ reur 4, B-1000 Bruxelles — Academie royale de Belgique (Classe des Lettres). E-mail: callatay@kbr.be. (1) Ilya Prokopov, Die Silberpra ¨gung der Insel Thasos und die Tetradrachmen des « thasischen Typs » vom 2.-1. Jahrhundert v. Chr., Berlin, Akademie Verlag, 2006, 460 ´ ´ p. et 118 pl. (1998 ill.). ISBN 3-05-004040-8. Prix: 99,80 f (cet ouvrage a ete traduit ´ ´ et remarquablement edite par Ulrike Peter). ´ (2) Voir p. 59 et pl. 1 (3 coins de droit et 4 de revers). Ajouter un exemplaire passe ´ en vente: vente Lanz, 135, 21 mai 2007, no 132 (4,10g). Les 8 poids connus s'echelonnent entre 4,10g et 4,16g. (3) I. Lukanc, Les imitations de monnaies d'Alexandre le Grand et de Thasos, Wette ˆ ´ ´ ren, 1996. Le travail laisse aussi de cote de nombreux exemplaires de bronze sauce ´ ´ ´ ´ ´ d'argent (un tresor complet de ces monnaies a ete trouve dans la region de Lovec, pro che de Sofia, voir I. Prokopov, op. cit., p. 213). RBN, 154, 2008, p. 31-54. 32 françois de callatay ¨ toutes ces frappes, de monnaies « au nom des Thasiens », ce qui demeure ` ´ ´ plus neutre (et ne suggere pas de differences de pouvoir emetteur entre ces ensembles) tout en indiquant assez clairement combien ces frappes ´ ´ ´ ´ ´ ´ peuvent avoir ete realisees en marge de l'autorite de la cite de Thasos. ´ ` ´ Ilya Prokopov a rassemble un tres vaste materiel s'agissant de la cir` culation des monnaies d'argent en Thrace aux iie et ier s. av. J.-C., soit a ` peu pres 25 000 monnaies (p. 293: 24 618 monnaies), dont environ 15 000 ´ sont des tetradrachmes au nom des Thasiens (15 063: voir p. 291-293 [en ´ ce compris les imitations tardives]). Ce materiel provient de plus de 150 ´ tresors (4). Ajoutons que le site Internet Coinarchives.com compte quelque ´ ´ ` 300 monnaies de ces types recemment passees en vente. Face a une telle ´ abondance, I. Prokopov a pris le sage parti de faire porter l'etude de ´ coins, qui constitue le corps de l'ouvrage (p. 58-209), sur un echantillon ´ ´ ´ de quelque 3 000 monnaies (p. 7 : 3 228 monnaies [dont 1 000 referencees ´ ´ dans des tresors publies]). ` ` Voila ce monnayage au nom des Thasiens pourvu pour la premiere fois ´ ´ d'une etude de coins, ce dont on ne peut que feliciter l'auteur, lequel nous ´ ` ´ ` ´ avait deja gratifie de la premiere etude de coins portant sur les monnaies ´ ` ´ de Macedoine Premiere (Pl. I, 6) (5). Avec les etudes d'Edith Schonert¨ ´ ´ ´ Geiss sur les tetradrachmes hellenistiques de « Maronee » (Pl. I, 5) (6) et ´ de Robert Bauslaugh sur les tetradrachmes au nom d'Aesillas (Pl. I, ´ ´ 7) (7), c'est tout un horizon monetaire qui se laisse aujourd'hui apprecier et comparer : ´ ´ Tableau 1. Recapitulatif des principales productions thraco-macedoniennes ´ de tetradrachmes aux IIe et Ier s. av. J.-C. (8) Monnayages Thasos ´ ` Macedoine Premiere ´ Maronee Aesillas n (exemplaires) 3228 683 573 c. 1000 d (droits) 399 149 109 102 r (revers) 1448 397 346 372 d1 96 53 20 26 n/d 8,1 4,6 5,3 9,8 % de d1 24% 36% 18% 25% ` (4) La seule Bulgarie a fait connaíˆ tre pres de 30 nouvelles trouvailles contenant ce ´ ` monnayage pour les annees 1987-2000, ajoutant pres de 3 000 exemplaires au corpus! (5) I. Prokopov, The Tetradrachms of First Macedonian Region, Sofia, 1994. (6) E. Schonert-Geiss, Die Mu ¨ ¨nzpra ¨gung von Maroneia, Berlin, 1987. (7) R. Bauslaugh, Silver Coinage with the Types of Aesillas the Quaestor (ANSNS, 22), New York, 2000. ´ ´ ´ (8) La valeur « d1 » designe le nombre de coins de droit representes par une seule monnaie (ce qui nous apprend quelque chose sur le nombre de coins manquants dans ˆ ´ ´ ´ l'echantillon). Ces valeurs peuvent etre commodement consultees dans Fr. de Callatay, Recueil quantitatif des e´missions mone´taires helle´nistiques, Wetteren, 1997, p. 74-75 ¨ ´ ´ ` (Maronee) et 113-114 (Macedoine Premiere). Pour Aesillas, il s'agit des coins de droit no 16, 19, 26, 27, 30, 36, 39, 49, 50, 52, 53, 66, 67, 69, 73, 75, 77, 79, 80, 81, 82, 83, 88, 100, 101 et 102 (voir Bauslaugh 2000). ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens 33 Comme l'indique la colonne relative aux nombres de coins de droit (d), le monnayage aux types thasiens l'emporte sensiblement sur les autres ´ par le volume. Avec un total de 399 coins de droit attestes, ces frappes ´ de tetradrachmes apparaissent comme plus de deux fois plus abondantes ´ que toutes celles emises sur plus de 30 ans au nom de Mithridate Eupator ` (157 coins de droit) (9). Ensemble, les frappes relatives a ces quatre mon´ ´ nayages ont represente l'utilisation d'un minimum de 759 coins de droit ` ` ´ (et sans doute pres de 900 a l'origine), ce qui represente une masse ´ ` enorme quelle que soit la maniere de l'aborder. Pour rappel, l'ensemble ´ ´ ´ ´ ` ` des tetradrachmes stephanephores emis par Athenes de c. 185 a 45 av. ´ ´ ´ J.-C. est atteste par 1 136 coins de droit dans l'etude que leur a consacres M. Thompson (10). ` ´ Au-dela de l'etude de coins, I. Prokopov confirme pleinement deux ten´ ` ´ ´ ´ dances deja annoncees par des etudes anterieures, dont les siennes: primo, un abaissement de la chronologie, du moins pour son noyau le plus substantiel; secundo, une requalification de ce monnayage, longtemps consi´ ´ dere comme civique, en instrument au service du pouvoir romain. ´ ´ ` Comme pour les tetradrachmes de Macedoine Premiere, il s'agit d'argent ´ ´ romain (p. 17: « romisches Geld »). Pour faire court, on est passe de l'idee ¨ ´ qu'il s'agit de monnayages emis par les Thasiens dans une perspective commerciale (pour payer l'achat d'esclaves et de vin provenant de ` ´ Thrace) a celle d'un monnayage emis au nom des Thasiens par les Romains dans une perspective militaire. ´ Si un consensus se degage autour de ces deux propositions, tout n'est ´ ` pas resolu pour autant. Plusieurs questions retiennent particulierement ´ l'attention: de quand datent les premiers tetradrachmes au nom des Thasiens, ceux au monogramme DI (les groupes I-IV de Prokopov) ? Existe-t´ ` il vraiment deux groupes distincts et, si oui, ou situer la cesure? Sur ´ ´ ´ ´ ´ quelle periode de temps convient-il de repartir les emissions reputees ici ˆ etre des imitations (les groupes XII-XX)? ´ S'agissant des premiers tetradrachmes au monogramme DI, Prokopov, ` ´ ´ ´ ´ ` apres avoir enumere les positions adoptees par ses devanciers (de 196 a ´ 148 av. J.-C.), opte pour un debut en 168 av. J.-C., comme l'avait pro´ ´ pose I. Varoucha-Christodopoulos. Il est un fait que ces premiers tetra´ ´ drachmes presentent des flans larges, quelquefois d'ailleurs marteles au ´ ` droit, et une metrologie (nous y reviendrons) qui les rattachent a l'hori` zon du milieu du iie s. av. J.-C., celui des frappes dites « a la couronne de ´ ´ ´ ´ ´ feuillage » (Cyme, Heraclee, Lebedos, Myrina etc.). Mais rien ne permet ´ de trancher si ce monnayage a commence en 168 av. J.-C., comme le (9) Fr. de Callatay, L'histoire des guerres mithridatiques vue par les monnaies (Nu¨ mismatica Lovaniensia, 18), Louvain-la-Neuve, 1997, p. 26-27. (10) M. Thompson, The New Style Silver Coinage of Athens (ANSNS, 10), New York, 1961. 34 françois de callatay ¨ ´ voudrait une chronologie dictee par l'horror vacui des numismates, ou ´ deux decennies plus tard, vers 150 av. J.-C. Avant d'aller plus loin, il convient de dire quelques mots des deux ` monnayages qui apparaissent comme les plus secourables en la matiere: ´ ´ ´ ´ celui, jumeau, de Maronee, et celui des stephanephores atheniens. Du pre` ` mier, on attend des lumieres en matiere de chronologie relative, tant il ´ ´ ´ ´ presente des parentes stylistiques etroites avec les emissions au nom des ˆ ` ´ Thasiens; du second, on espere meme une chronologie absolue etant ´ ´ ´ ` ´ donne que, bien date, il se retrouve regulierement associe aux monnaies ´ « thasiennes » dans les tresors. Le monnayage au nom des Maronitains ´ Le monnayage au nom des Thasiens ne se differencie pas de celui au ´ nom des Maronitains avec lequel il est clairement associe, tant pour ce qui est de la production (types et gravure — Pl. I, 5) (11) que pour ce qui ` ´ releve de la circulation, clairement orientee vers le nord dans les deux ´ ´ ´ cas (12). Quoique aucune liaison de coins par les droits n'ait ete enregistree ` a ce jour (13), il ne paraíˆ t pas impertinent ni de se poser la question d'un centre de production unique pour les deux productions (je n'y suis pas ` ´ ´ favorable mais on possede un tetradrachme aux types de Maronee pourvu ´ ` de la legende des Thasiens) (14) ni de l'imaginer ailleurs qu'a Thasos ou ´ ´ ´ Maronee. Ce n'est pas l'unique tetradrachme aux types thasiens retrouve ˆ ` ´ en fouilles a Thasos qui devrait nous empecher d'elargir ainsi le champ ` ` des hypotheses (15). On peut toutefois opposer deux bons arguments a ces ` ´ ´ hypotheses (en dehors d'une surfrappe etonnante de « Maronee » sur « Thaˆ ` ´ sos », voir infra): a) les marques de controle sont tres reduites chez les ` (11) Types identiques au droit et similaires au revers ayant recouru, au moins a cerˆ ´ tains moments de la sequence, aux memes graveurs (voir infra). ´ ´ ` (12) La circulation monetaire des tetradrachmes au nom des Maronitains est tres ´ ´ concentree dans la region du centre est de la Bulgarie, autour des villes modernes de ˆ Nova Zagora, Jambol, Sliven et Veliko Tarnovo (voir IGCH 529, 531, 679, 680, 924, ` 933, 963, 964, 966). En ce sens, elle complete celle au nom des Thasiens (voir la carte ´ ´ de repartition donnee par Prokopov, op. cit. [n. 1], p. 335). ´ ´ (13) Vu la qualite des echantillons, on peut toutefois douter de jamais trouver une telle liaison de coin dans le futur. (14) I. Iordanov, Trakijski moneti, podrazanija na tetradrahmite na Maroneia, dans ´ ´ Numizmatika, 6 (3), 1974, p. 1-5. S'il existe des parentes stylistiques indeniables entre ´ les deux monnayages, il est surtout manifeste que la fabrication des coins se resume ici ` ` ´ et la a l'activite de quelques graveurs et que — dans la plupart des cas — les styles ne ´ se melangent pas. ´ (15) Ainsi qu'Olivier Picard veut bien me faire savoir. Il s'agit d'un tetradrachme en ` ´ ´ ´ ´ ´ ´ tres mauvais etat dont il est difficile de determiner s'il a ete ou pas ecarte comme imitation non recevable. ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens 35 ` ´ « Thasiens », a l'inverse des « Maronitains » chez qui elles varient frequem´ ment, ce qui laisse imaginer des organisations differentes et donc, probablement, deux ateliers distincts ayant chacun leur savoir-faire; b) les ` ´ ` ´ poids sont moindres a « Maronee », tant pour ce qui releve du poids theo` ´ rique que de la dispersion, ce qui la encore atteste des pratiques differentes. ´ ´ ´ Cela etant, les parentes stylistiques avancees par Prokopov entre les ` ` deux monnayages sont en effet parlantes mais elles amenent a s'inter´ ´ ´ roger sur la coherence des deux sequences (16). En voici le rapide recapitulatif: ´ ´ Tableau 2. Parentes stylistiques entre les tetradrachmes au nom des Thasiens et des Maronitains ´ Ka6/Ka7 de Thasos (Prokopov, pl. 30-31) et 56 de Maronee (Schonert-Geiss, pl. 54) ¨ ´ BB9 de Thasos (Prokopov, non ill.) et 4 de Maronee (Schonert-Geiss, pl. 38) ¨ ´ CD1 de Thasos (Prokopov, pl. 77) et 12 de Maronee (Schonert-Geiss, pl. 39) ´ De façon paradoxale, les coins Ka6 et Ka7 (Groupe X), situes par Pro´ ` kopov juste avant le debut de ce qu'il classe avec les imitations (a partir ´ ` ´ du Groupe XII), sont ici associes a des monnaies « maronitaines » situees ˆ ´ dans la seconde partie du corpus donne par Schonert-Geiss, alors meme ¨ que les coins des imitations « thasiennes » (BB9 = Groupe XIII et CD1 = ´ ´ Groupe XIV) se retrouvent associes aux premiers coins de la sequence maronitaine (4 et 12). Qui consulte la monographie de Schonert-Geiss ¨ ´ ´ s'aperçoit en outre immediatement qu'une monnaie « maronitaine » emise ´ ` ´ ´ ´ avec le coin de droit 56 (donc lie a « Thasos » Ka6/7) a ete surfrappee sur ˆ ´ ´ ` ` un tetradrachme d'Aesillas. D'ou il ressort, si l'on prete credit a l'arguˆ ment stylistique, que les coins « thasiens » Ka6 et Ka7 n'ont pas pu etre ˆ ˆ ´ ´ emis avant la fin des annees 90 av. J.-C. au plus tot (et meme une ou ´ deux decennies plus tard si, comme il paraíˆ t, on y reconnaíˆ t un Aesillas du second type) et non, comme le soutient Prokopov, vers 150 av. J.-C. ` (il date la frappe de ses Groupes I a XI entre 168/7 et 148 av. J.-C.). On ` voit qu'il en va de plus d'un demi-siecle. ´ ´ ´ En realite, la chronologie absolue proposee par E. Schonert-Geiss pour ¨ les monnayages au nom des Maronitains ne tient pas. Elle se fonde sur de ` mauvais criteres: le postulat que chaque combinaison de monogrammes ´ ´ ` represente une annee de magistrature d'abord (17) et, rarement a vrai dire, (16) I. Prokopov, op. cit. [n. 1], p. 18. ´ ´ (17) Et je ne dis rien ici de l'arbitraire de la sequence imaginee par elle pour ces ´ ´ combinaisons de monogrammes. La date de 187 av. J.-C. proposee pour le debut du monnayage au nom des Maronitains est directement issue de ce comptage de monoˆ ´ grammes! Celle-ci doit etre violemment contestee (pace I. Prokopov, op. cit. [n. 1], p. 17). 36 françois de callatay ¨ ˆ ´ ´ ´ ´ les informations tirees de tresors melant des tetradrachmes atheniens ` ´ ´ ´ ` ensuite. Ces deux criteres se sont reveles ruineux: l'hypothese d'une ´ combinaison annuelle de monogrammes est gratuite et dementie dans les ´ faits (18), le secours des monnaies atheniennes est faible et doit tenir compte — ce que ne fait pas Schonert-Geiss — de l'abaissement de c. 32 ´ ans de la chronologie proposee initialement par M. Thompson. ´ J'avais fait paraíˆ tre en 1991 une surfrappe d'un tetradrachme de Maˆ ´ ´ ronee sur un tetradrachme de Mithridate, datant au plus tot d'octobre 88 av. J.-C. et plus probablement de 85 av. J.-C., qui abaissait en une fois la ` chronologie soutenue par Schonert-Geiss de plus d'un demi-siecle (19). Le ¨ ´ ´ ` coin de droit no 34 de son etude, situe a la fin du premier tiers de sa ´ sequence, ne date pas de c. 140 av. J.-C. comme elle le suppose (p. 75) ` ` ` mais apres 85 av. J.-C. Malheureusement, a ma surprise et a mon regret, ˆ I. Prokopov ne connaíˆ t pas cette contribution. L'eut-il connue qu'il eut ´ ´ ´ ´ sans doute ete plus decide dans son abaissement de la chronologie des ` ´ monnaies aux noms des Thasiens. L'emporte chez lui des lors l'idee d'un ´ ´ ` ´ ´ monnayage qui se serait developpe apres Pydna (on ne sera que modere´ ´ ´ ´ ´ ´ ` ment seduit par l'idee que Thasos et Maronee auraient recupere a leur ´ compte les graveurs au service des derniers rois de Macedoine, p. 18). ˆ Si l'on peut etre certain que l'essentiel de ces deux monnayages n'a pas ˆ ´ ´ ´ ete mis en circulation avant le debut du ier s. (et meme — on vient de le ´ ` voir — que l'essentiel du monnayage maronitain est posterieur a la pre` ` miere guerre mithridatique), quid de l'hypothese selon laquelle leurs ´ ´ frappes auraient debute en 167 av. J.-C.? ´ ` ´ Les tresors mixtes « Athenes » / tetradrachmes aux types thasiens ´ En dehors d'un argument d'opportunite historique (qui ne doit pas ´ ` beaucoup nous contraindre), les tresors fournissent en la matiere les ´ ´ meilleurs arguments. Les tresors mixtes, surtout ceux bien dates par les ´ ´ ´ ´ emissions stephanephores, sont susceptibles de nous eclairer. En voici la liste (20): ´ ` ´ (18) Ainsi le coin de droit no 19 est-il associe a 10 combinaisons differentes (E. Scho¨ nert-Geiss, op. cit. [n. 6], p. 185-186). (19) Fr. de Callatay, Un te´tradrachme de Mithridate surfrappe´ a` Marone´e, dans ¨ NAC, 20, 1991, p. 213-226. ´ ´ ´ ´ (20) Ajoutons qu'un tetradrachme au type thasien a ete retrouve dans une tombe de ´ ` Drama en compagnie de 30 bronzes, tous anterieurs a 168 av. J.-C. (CH VIII 403: Drama, 1989). ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens 37 ´ ` ´ Tableau 3. Tresors mixtes « Athenes » / tetradrachmes aux types thasiens ´ Tresors Provenance IGCH 234 (21) Tricca, 1961 IGCH 479 IGCH 481 IGCH 559 IGCH 913 IGCH 917 IGCH 918 Beroea, 1962 Macedonia, 1962 Bakerr, 1969 ¨ ˆ Marzjan, 1933-4 Benkovski II, 1933-4 Benkovski, 1952 Composition ` c. 100 Athenes (jusqu'en 136 av. J.-C.), ‘Thasos' DI (22) (« c. 168 B.C. ») (pas dans Prokopov) ` 4 Athenes (jusqu'en c. 139 av. J.-C.), 1 ‘Thasos' original (« c. 160 B.C. ») (Prokopov 167) ` 29 Athenes (jusque c. 150/49 av. J.-C.? [Th. 99]), 2 ‘Thasos' DI (« c. 150 B.C. ») (Prokopov 167) (23) ` 4 Athenes (jusqu'en c. 157/6 av. J.-C.?), 3 ‘Thasos' DI (« before 168 B.C. ») (Prokopov 9) (24) ` Athenes, ‘Thasos'? (« c. 125-100 B.C.? ») (Prokopov 176) ` Athenes, ‘Thasos' imitations (« c. 125-100 B.C. » ´ ´ — en realite c. 90-60 av. J.-C.) (Prokopov 16, voir p. 20, note 49) ` Athenes, ‘Thasos' (« c. 125-100 B.C. ») (Prokopov 17) ´ (21) M. Thompson, O. Mørkholm et C.M. Kraay (ed.), An Inventory of Greek Coin ´ ´ Hoards, New York, 1973 (desormais cite IGCH). (22) M. Thompson, A Hoard from Thessaly, dans ANSMN, 11, 1964, p. 77-80, ´ ´ pl. 17-18. Ce tresor est apparu sur le marche parisien au printemps 1962. Le doute ´ ´ plane sur la composition presentee par M. Thompson qui reconnaíˆ t avec prudence: « on´ ly six coins can be identified with certainty as coming from the hoard » (p. 77: 3 tetra´ ´ ´ ´ drachmes de Persee et 3 stephanephores atheniens) et, plus loin, « a single report links the Thasian and Philip tetradrachms with the Athens and Perseus material but the source is reliable and there is no reason to doubt the association » (p. 79). Il est bien ` ´ ` ´ clair pour le reste que cette publication lui servit a l'epoque a defendre sa datation ´ ` haute du monnayage athenien. On sait ce qu'il en est advenu. Les 3 monnaies d'Athenes ´ ´ decrites par elle datent, selon sa chronologie, des annees 179/8, 176/5 et 171/0 av. J.-C. ce ´ ´ ´ ´ qui aurait ete coherent avec les monnaies de Persee et un enfouissement peu distant ´ ´ dans le temps de la bataille de Pydna. En realite, on sait qu'il faut abaisser cette chro` ´ ´ ´ ´ nologie de pres de 32 ans. Le tresor a donc ete enfoui au mieux dans les annees 130 av. ˆ J.-C. Il ne peut etre question en tout cas de l'utiliser pour prouver que la frappe de ´ ´ tetradrachmes aux types des Thasiens, fut-ce le groupe au monogramme DI, avait de´ bute avant 169 av. J.-C. (23) M. Thompson, A Hoard from Northern Greece, dans ANSMN, 12, 1966, p. 5763, pl. 22-26. ´ ´ ´ ´ ´ (24) Le tresor de Bakerr, trouve en 1969, a ete publie par H. Ceka, Le tre´sor numis¨ ´ matique de Bake (Fieri), dans Studia Albanica, 1972 (1), p. 49-68, pl. I-VI. Les 3 te¨rr ´ tradrachmes au nom des Thasiens sont au monogramme DI. Les quatre tetradrachmes ´ ´ atheniens appartiennent aux emissions no 4-7 (195/4 av. J.-C. selon la chronologie haute de M. Thompson), 8-10 (194/3 av. J.-C.), 26-30 (190/89 av. J.-C.) et 31-6 (189/8 av. J.-C.). ´ En tenant compte de l'abaissement de la chronologie athenienne de 32 ans (ce qui peut ˆ ´ ` etre conteste), on parvient au terminus post quem de 157/6 av. J.-C. Toutes ces pieces ` ´ ´ sont tres fraíˆ ches et, avec le tresor IGCH 481, il est clair que le tresor de Bakerr consti¨ ` ´ tue le meilleur argument pour une chronologie haute des premieres emissions au nom ˆ ´ des Thasiens (celle avec les lettres DI), avant 150 av. J.-C., mais peut-etre pas force´ ment « before 168 B.C. » ainsi que le suppose M. Thompson (op. cit. [n. 10]). Sur ce tresor, voir aussi O. Picard et Sh. Gjoncecaj, Apollonia et le monnayage e´pirote: le tre´sor de Bake dans RN, 157, 2001, p. 223-249, pl. 11-24. ¨rr, 38 IGCH 924 Strojno, 1961 françois de callatay ¨ ` 4 Athenes, 126 Thasos: 11 ‘Thasos' et 74 imitations (« c. 125-100 B.C.? ») (Prokopov 291: en ` liaison avec la premiere guerre mithridatique, p. 20, note 51) ´ Popina, 1957 c. 170 ‘Thasos' imitations (une imitation datee de ´ ´ c. 90/80 av. J.-C. surfrappee sur un tetradrachme ` ´ d'Athenes datee entre 107 et 104 av. J.-C.) (25) (« c. 125-100 B.C. ») (Prokopov 244) ` Nova Zagora, 1943 2 Athenes, 3 ‘Thasos'? (Prokopov 200) ` Boljarino, 1963 3 Athenes (126/5 av. J.-C.), 3 ‘Thasos' et 15 imi´ ´ tations (« early 1st c. B.C. » — en realite c. 40/30 av. J.-C.) (26) (Prokopov 25) ` Belica, 1956 27 Athenes, 28 ‘Thasos' imitations (« 1st c. B.C. ») (Prokopov 754-1832) (Prokopov 14) ` Nova Maxala, 1954 3 Athenes, 18 ‘Thasos'? (« 1st c. B.C. » [12 deniers]) (Prokopov 198) ` Karavelovo, 1967 3 Athenes, 2 Thasos: 1 ‘Thasos' et 1 imitation (« 1st c. B.C.? » [35 deniers]) (Prokopov 140) ` Haskovo, 1974 2 Athenes (Middle Period), 3 ‘Thasos'? (« early ` 1st c. B.C. ») (Prokopov 120: fin de la premiere ´ moitie du ier s., p. 20, note 50) ` Madretz, Stara Zagora, 1974 1+ Athenes, 1+ ‘Thasos'? (« c. 75 av. J.-C.? ») (Prokopov 171) ` Levka, Haskovo, 1973 1 Athenes, 1 ‘Thasos' et 13 imitations (« c. 75 av. J.-C.? » [Aesillas]) (Prokopov 154) ´ ` Macedoine, 1981 15 Athenes (Th. 436-792 = 105/4 av. J.-C.), 3 ‘Thasos' imitations (« c. 75 av. J.-C. » [Aesillas]) (28) (pas dans Prokopov) ` Vetren, Pazardjiik, 1977 4 Athenes (jusque Philokrates/Kalliphon: c. 60 av. J.-C.), 1 ‘Thasos' imitation (« Mid 1st c. B.C. » [3 deniers romains: 48/47 av. J.-C.]) (Prokopov 325) ` Razlog, 1983 18 Athenes (126/5-124/3 av. J.-C.), 14 ‘Thasos' ˆ (« 132/1 av. J.-C. » [date surement trop haute]) (Prokopov 252) ` Veria, 1990 1 Athenes (c. 122/1 av. J.-C.), 1 ‘Thasos'? (pas dans Prokopov) ` ` Lieu inconnu, 1996 18 Athenes (de c. 129 a 123/2 av. J.-C.), 4 ‘Thasos' imitations (« c. 123-110 av. J.-C. » [une date ˆ ´ beaucoup plus basse doit etre envisagee]) (29) ` Gotse Deltchev, 1995 25 Athenes (jusque c. 95 av. J.-C.), 23 ‘Thasos' imitations (30) (Prokopov 110) IGCH 930 IGCH 963 IGCH 975 IGCH 976 IGCH 977 IGCH 978 CH I 92 (27) CH VI 47 CH VI 49 CH VII 133 CH VII 141 CH IX 258 CH IX 264 CH IX 265 — (25) Fr. de Callatay et I. Prokopov, An Overstrike of a Hellenistic Tetradrachm of ¨ Thasian Type on Athens in the Popina Hoard (IGCH 930), dans NomChron, 13, 1994, p. 37-39. (26) Fr. de Callatay et I. Prokopov, The Boljarino Hoard (IGCH 975 — Near ¨ Plovdiv), dans RBN, 141, 1995, p. 5-12, pl. 1-3. ` ` ` (27) CH = Coin Hoards : 9 volumes parus a ce jour a Londres, a la suite de l'IGCH. (28) A. Burnett, Aesillas: Two New Hoards, dans CH, 7, 1985, p. 54-67. (29) A. Meadows, ‘Thasos'/New Style Hoard, 1996 (CH, 9, 265), dans CH, 9, 2002, p. 256-258, pl. 51-52. (30) I. Prokopov et Fr. de Callatay, A Late Hellenistic Hoard from South-West ¨ Bulgaria (Area of Gotse Deltchev), dans NC, 158, 1998, p. 228-236. ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens 39 ´ ´ ` ´ ` En realite, les monnaies d'Athenes qui ont circule en Grece du Nord et ` ´ en Thrace appartiennent majoritairement a un groupe de quatre emis´ ´ ` sions consecutives emises de c. 126/5 a 123/2 av. J.-C. (31), qui circulaient ` encore soixante ans apres leur mise en circulation (comme le prouve, ´ entre autres [voir infra], la surfrappe d'une imitation tardive d'un tetra` ´ ` ´ drachme a type thasien sur un tetradradrachme d'Athenes emis vers 124 ´ av. J.-C. [tresor de Boljarino, no 15]), si bien qu'on ne peut rien tirer de ´ ` ` precis en matiere de chronologie a leur propos (pace CH IX 258 ou 265). ´ Pas plus que certains tresors ne donnent le terminus ante quem de 168 av. ´ ´ ´ ´ J.-C. sous pretexte qu'ils ne contiennent que des stephanephores athe´ ` niens anterieurs a cette date (IGCH 234 et 479). L'argument saute en ` ´ effet des lors que l'on abaisse de plusieurs decennies la chronologie de ˆ M. Thompson, ainsi qu'elle-meme l'avait finalement admis. ´ ´ Il reste que les tresors IGCH 481 (Macedoine 1962) et 559 (Bakerr ¨ ´ ´ 1969) constituent des preuves suffisantes pour un debut des emissions en tout cas avant 150 av. J.-C. et probablement avant 160 av. J.-C. Les surfrappes ´ ´ En dehors des tresors et de l'horizon thrace, il existe une autre catego´ ` rie de preuves materielles tres fortes pour une datation avant 150 av. J.-C. ´ ` ´ ´ du debut de ce monnayage a type thasien: une serie de surfrappes reali´ ´ ` ` ´ sees dans le royaume de Pergame, a Tralles et Ephese, qui, etonnam´ ` ´ ´ ment, reutiliserent de lourds tetradrachmes frappes en Thrace pour confectionner des monnaies cistophoriques, dont le poids est d'un quart ´ plus leger. Sept au moins de ces surfrappes sont identifiables. Le type ˆ ´ ` ´ ´ sous-jacent se revele etre dans cinq cas un tetradrachme de Macedoine ` ´ Premiere et dans deux, un tetradrachme au nom des Thasiens (32). Ces ` ´ ´ ´ derniers ont tous les deux servis a emettre des cistophores ephesiens ˆ ` ´ ´ appartenant a la meme emission (etoile et branche de laurier) que Kleiner ´ ´ ´ et Noe date des annees 150-140 av. J.-C. (33) D'une façon generale d'ail` ´ leurs, et a faire confiance aux classements etablis pour les monnayages (31) Voir Fr. de Callatay, Athenian New Style Tetradrachms in Macedonian ¨ Hoards, dans AJN, 3-4, 1991-2, p. 11-20 et A. Meadows, art. cit. [n. 29]. (32) Fr. de Callatay, More than it would seem: The Use of Coinage by the Romans ¨ ` in Late Hellenistic Asia Minor (133-63 BC), dans Yale Classical Studies (a paraíˆ tre). ´ ´ Par definition, ces surfrappes ne peuvent qu'avoir concerne des monnaies « originales » au nom des Thasiens (pace I. Prokopov, op. cit. [n. 1], p. 214: « bei den originalen thasi¨ schen Tetradrachmen sind Uberpra ¨gungen bislang nicht nachgewiesen worden »). (33) Voir F.S. Kleiner, The Dated Cistophori of Ephesus, dans ANSMN, 18, 1972, p. 17-32, pl. 11-15 (voir pl. 15, 7) et F.S. Kleiner et S.P. Noe, The Early Cistophoric ´ Coinage (ANSNS, 14), New York, 1977, p. 47, pl. XV, 1. Le cistophore decrit dans ces ` ` ` ouvrages se trouve a l'American Numismatic Society a New York. Pour la deuxieme surfrappe, voir CH II 94 — Ionia 1974, fig. 11. 40 françois de callatay ¨ ˆ ´ ´ ´ ´ cistophoriques, toutes ces surfrappes ont ete realisees vers la meme ´ ` ` epoque (c. 155-145 av. J.-C. a Tralles; c. 150-140 et 140/139 av. J.-C. a ´ ` ` Ephese). Il paraíˆ t que, la encore, il faut suspecter l'action de Rome qui ˆ ´ ` ´ aura veille a l'approvisionnement en metal d'un client alors meme qu'At´ ´ tale III n'avait pas encore legue son royaume. ´ ´ ` ´ D'une façon generale, le panorama des surfrappes est riche a cette epo´ ´ ´ que pour la Thrace en general et pour les emissions au nom des Thasiens ´ ´ en particulier. Le tableau ci-dessous presente les cas identifies pour les´ quels il est possible de determiner le monnayage auquel appartient la ` ´ piece surfrappee. Il existe d'autres cas pour lesquels nous ne pouvons en dire autant (34): ´ ´ Tableau 4. Detail des surfrappes impliquant des tetradrachmes au nom des Thasiens Odessos sur Thasos (3 cas) ˆ Bruxelles, BR, inv. 2000-2087 = vente Ritter, liste 53, aout 2000, no 512 (15,19g; 12h; 35mm, Pl. II, 8 et 10 [agrandissement] — Fr. de Callatay, op. cit. [n. 8], coin de droit D13 ¨ [Callatay, fin du Groupe 1: c. 95 av. J.-C.?]). ¨ Paris, BN, HS R4114 (16,24g; 12h; 33mm - Fr. de Callatay, op. cit. [n. 8], p. 87: D14-R42c ¨ [Callatay, fin du Groupe 1: c. 95 av. J.-C.?]). ¨ Bruxelles, BR, inv. II 82.531 = vente Superior Galleries, 30 mai 1995, no 7288 (16,17g; 12h; 32mm, Pl. II 9 et 11 [agrandissement] — Fr. de Callatay, op. cit. [n. 8], coins ¨ D14-R42 [Callatay, fin du Groupe 1: c. 95 av. J.-C.?]). ¨ ´ Mesembria sur Thasos (2 cas) Paris, BN, HS R1825 (16,88g; 12h; 40mm = Fr. de Callatay, op. cit. [n. 8], p. 103: D31-5a ¨ [Callatay, fin du Groupe 2: c. 110 av. J.-C.?]) (35). ¨ Vente Kurpfalzische Munzhandlung, 14, 31 mai-2 juin 1978, no 12 (= Fr. de Callatay, op. cit. ¨ ¨ ¨ [n. 8], p. 103: D31-R6b [Callatay, fin du Groupe 2: c. 110 av. J.-C.?]). ¨ Thasos sur Byzance (1 cas) ˆ Vente Kress, 140, 7 aout 1967, no 27 (voir Fr. de Callatay, op. cit. [n. 8], p. 132 et pl. 36, no A ¨ — Prokopov Groupe XIV sur Byzance Groupe 2A [c. 110-100 av. J.-C.]). Mostis sur Thasos (1 cas) ` Londres, BM (16,23g; 12h; 38mm [LH = 38 a l'exergue du revers] — voir Fr. de Callatay, ¨ op. cit. [n. 8], p. 259). ´ Maronee sur Thasos (1 cas) Varsovie, 154.873 (16,16g; 32mm — Schonert-Geiss V37-R101 [c. 80 av. J.-C.]) (36). ¨ ´ (34) Voir 1) tresor de Sadievo: IGCH 925 = CH I 101 (16,92g; 12h; 36mm — Prokopov Groupe II [monogramme DI], no 26, coin de droit B1); 2) vente Coin Investment ´ (La Haye), 35, 23 avril 1990, no 1087 (14,09g [surfrappe sur « Aesillas »?, si l'on pouvait ˆ ˆ ´ etre sur que la forme bien visible dans le coin inferieur dr. du revers est la lettre « S » et ` non pas une meche de cheveux] — Prokopov Groupe VIII, coin de droit Ha1); 3) vente Ahlstrøm, 47, 17 avril 1993, no 1357 (Prokopov Groupe IX, coin de droit If4); 4) vente Vigne, avril 1985, no 31 (Prokopov Groupe XII, coin de droit AE4). (35) Fr. de Callatay, Certains alexandres de Me´sembria et le proble` me des imitations, ¨ dans CahNum, 24 (91), 1987, p. 242. (36) E. Schonert-Geiss, op. cit. [n. 6], p. 189, no 1085 (qui n'identifie pas le type ¨ ´ surfrappe). Nous sommes reconnaissant envers Mme A. Krzyzanowska de nous avoir ` fourni un moulage de cette piece, qui ne laisse aucun doute sur cette surfrappe intrigante. ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens 41 Aesillas sur Thasos (2 cas) Coll. R. Witschonke (16,72g; 34mm) = vente Schulten, 20, 2 oct. 1987, no 140 (16,70g = R. Bauslaugh, op. cit. [n. 7], O7-R36, pl. 3 [Groupe II, fin 90 av. J.-C.]). Vente CNA, 20, mars 1992, no 62 (16,62g) = Coin Galleries, FPL, 13 nov. 1991, no 83 (= R. Bauslaugh, op. cit. [n. 7], O12C-R68, pl. 4 [Groupe II, fin 90 av. J.-C.]). Thasos sur Aesillas (8 cas — voir Fr. de Callatay, art. cit. [n. 39], 1998, p. 114, note 45). ¨ New York, ANS, 1944.100.16774 (16,30g; 12h; 34mm — Prokopov Groupe XII, droit AC6). Oxford, AM, 3700 — don E.S.G. Robinson 1964 (16,42g; 12h; 32mm — Prokopov Groupe XIII, droit BB7). Vente G. Hirsch, 32, 22-24 oct. 1962, no 2334 (Prokopov Groupe XIII, droit BB7). Londres, BM, 1899-4-1-14 Lambros (16,16g; 12h; 34mm — Prokopov Groupe XIII, droit BB8). Vente Lanz, 121, 22 nov. 2004, no 160 (16,58g; 11h; 34mm) = Gorny & Mosch, 160, 9 oct. 2007, ´ ` ´ no 1032 (16,59g — Groupe XIII: droit BBd1/revers non recense [a la legende rarissime HRAKWN]). Vente Lanz, 114, 26 mai 2003, no 82 (16,79g; 11h; 34mm — Groupe XIII: droit BBa1). ´ 1 dans le tresor de Padarevo: CH I 99 (16,58g; 1h; 35mm — coins non repris dans la mono´ graphie de Prokopov; le coin de droit proche de son Groupe XVI et des tetradrachmes maronitains) (37). ´ Budapest, Dess. 548 (15,88g; 32mm — imitation tardive, voir I. Lukanc, op. cit. [n. 3], p. 116, ¨ pl. 158: no 1808 et R. Gobl, Ostkeltischer Typenatlas, Braunschweig, 1973, pl. 49, no 9, D588). ` Thasos sur Athenes (7 cas) ´ 1 dans le tresor de Popina IGCH 930 (Fr. de Callatay et I. Prokopov, An Overstrike of a ¨ Hellenistic Tetradrachm of Thasian Type on Athens in the Popina Hoard (IGCH 930), ´ ´ ´ ` dans NomChron, 13, 1994, p. 37-42). Tetradrachme athenien aux noms Herakleides-Eu` ´ ´ kles, c. 107/106 ou 105/104 surfrappe par un tetradrachme thasien Prokopov, Groupe XIX ou XX). ´ ´ MacDonald (38), no 1 (16,62g; 12h — tetradrachme athenien aux noms de Karaix-Ergokle, ˆ ´ ´ c. 124/3 av. J.-C., surfrappe par un tetradrachme [meme coin de droit que la surfrappe ´ ` ´ sur Aesillas du tresor de Padarevo] identique a I. Lukanc, op. cit. [n. 3], no 457; ces imitations sont proches du Groupe XVI de Prokopov, voir le coin de droit DD17]). ´ ´ ` ˆ MacDonald, no 2 (16,13g; 12h — tetradrachme athenien aux noms Epigene-Sosandros, c. 126/5 ´ ´ av. J.-C., surfrappe par une imitation tardive [I. Lukanc, op. cit. [n. 3], no 1202]). ´ ´ ` ˆ MacDonald, no 3 (16,26g; 1h — tetradrachme athenien aux noms Epigene-Sosandros, c. 126/5 ´ ´ av. J.-C., surfrappe par une imitation tardive [I. Lukanc, op. cit. [n. 3], no 1385, 1422 et 1521]). ˆ ´ ´ ` MacDonald, no 4 (16,66g; 11h — tetradrachme athenien aux noms Polemon-Alketes, c. 125/4 ˆ ´ av. J.-C., surfrappe par une imitation tardive [memes coins de droit et de revers que no 3: ´ I. Lukanc, op. cit. [n. 3], no 1385, 1422 et 1521]). ´ ´ 1 dans le tresor de tresor de Boljarino IGCH 975 (Fr. de Callatay et I. Prokopov, The Bol¨ ´ jarino Hoard IGCH 975 — Near Plovdiv, dans RBN, 141, 1995, p. 7, no 15, pl. 2). Tetraˆ ´ ´ drachme athenien aux noms Mikion-Eurykle, c. 123/2 av. J.-C., surfrappe par une imitation tardive de Thasos. ´ Budapest, Dess. 832 (16,38g; 12h; 33mm — voir I. Lukanc, op. cit. [n. 3], p. 103, pl. 109, no 1206 — imitation tardive). (37) Voir G. Katsarova, New Data about the Dating of Tetradrachms of the Island of Thasos from the Second Coinage Period and of Thracian Tetradrachms from the 1st Century BC, dans BIAB, 27, 1964, p. 133-134, no 148, pl. 4, no 5. (38) Voir D. MacDonald, A Group of Thasian-type Tetradrachms Overstruck on Athenian New Style Tetradrachms, dans NomChron, 22, 2003, p. 31-39 (l'auteur de donne pas ´ de provenances [sa collection?] pour ces quatre tetradrachmes. 42 françois de callatay ¨ Alexandrie de Troade sur Thasos (1 cas) J. Overbeck, 1889, pl. 5, no 28 (voir Fr. de Callatay, op. cit. [n. 8], p. 152: D4-R2c et art. cit. ¨ [n. 26]). ´ ´ Tenedos sur Thasos (3 cas) ´ Lisbonne, coll. Gulbenkian 972 (16,46g; 11h) = Coll. R. Jameson 1459 — anc. Coll. Durufle (16,47g — voir Fr. de Callatay, art. cit. [n. 39], p. 101, pl. 24: 4/D3-R1a) (39). ¨ Berlin, MK, Imhoof-Blumer 1900 — ex Lambros (16,65g; 37mm — Fr. de Callatay, art. cit. ¨ [n. 39], p. 101, pl. 24: 8/D5-R1a). o ˆ Munzhandlung (Bale), 10, 15-16 mars 1938, n 309 (16,42g) = Glendining, 18-20 avril 1955, ¨ no 477 (16,44g) = Kricheldorf, 28-29 mai 1956, no 1075 (16,42g) = Cederlind, 97, hiver 1993, no 105 (Fr. de Callatay, art. cit. [n. 39], p. 102, pl. 24: 11/D7-R1a). ¨ ´ phese sur Thasos (2 cas) ` E New York, ANS. CH II 94 — Ionia 1974, fig. 11. Au total, ce ne sont pas moins de 31 surfrappes que l'on fait connaíˆ tre ´ ici. Ces surfrappes embrassent une large zone geographique, allant ` ` ´ ` ´ ` d'Odessos a Athenes et de la Macedoine a Ephese, soit 10 monnayages ´ ´ ´ ´ ´ differents. Les tetradrachmes au nom des Thasiens ont ete remployes ˆ ´ pour etre surfrappes dans 15 cas tandis que, pour les 16 autres, leurs ` types ont servi a frapper de nouvelles monnaies. Comme l'indique le ´ ´ ´ ´ ´ ` resume ci-dessous, ce sont les tetradrachmes stephanephores d'Athenes ´ ´ (7 cas) et ceux au nom d'Aesillas (8 cas) qui ont le plus ete requis pour la production au nom des Thasiens: ´ ´ ´ Tableau 5. Resume des surfrappes impliquant des tetradrachmes au nom des Thasiens Monnayages Odessos ´ Mesembria Byzance Mostis ´ « Maronee » « Aesillas » ` Athenes Alexandrie de Troade ´ ´ Tenedos ´ ` Ephese Total Sur les « Thasiens » 3 2 1 1 2 1 3 2 15 Sous les « Thasiens » 1 8 7 16 (39) Fr. de Callatay, Les monnaies helle´nistiques en argent de Te´ne´dos, dans R. Ash¨ ton et S. Hurter (eds), Studies in Greek Numismatics in Memory of Martin Jessop Price, Londres, 1998, p. 99-114, pl. 24-28 (surfrappes sur « Thasos »: no 4, 8 et 11). Voir ´ ` deja Fr. de Callatay, Un te´tradrachme helle´nistique de Te´ne´dos surfrappe´ sur Thasos, ¨ ´ dans SM, 43 (169), fev. 1993, p. 2-4. ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens 43 ´ ` ` ` On a deja dit a quel point les surfrappes sur Athenes (7 cas) indiquent ´ ` tout au plus qu'elles furent appliquees apres 126-122 av. J.-C., date de ` l'importation massive de ce monnayage en Grece du Nord, sans que cela ´ ´ ` nous contraigne de penser qu'elles furent realisees peu apres ce moment. ´ ´ ´ ´ De fait, ces stephanephores atheniens ont continue de circuler au moins ` ´ ´ deux tiers de siecle dans la region, ainsi que nous l'informent les tresors, ˆ ` ˆ et — a une exception, peut-etre — toutes les surfrappes dument identi´ fiees concernent des imitations tardives, non reprises dans l'ouvrage de Prokopov. ´ ´ Plus interessantes sont les surfrappes sur des tetradrachmes au nom ´ ´ d'Aesillas, qui forment de loin le groupe le mieux represente (10 cas sur ˆ ´ ´ 31). D'un cote, on observe que les deux surfrappes portees sur des mon´ naies de Thasos sont le fait de monnaies au nom d'« Aesillas » emises vers ´ ´ la fin des annees 90 av. J.-C. (et non plus tard, dans les annees 80 et 70 ´ av. J.-C.); de l'autre, il est clair que ce sont surtout les tetradrachmes au ´ nom des Thasiens qui ont surfrappe des « Aesillas » (8 cas). On ne peut ` ´ ´ manquer, a cet egard, de relever la grande concentration de ce materiel puisque 5 de ces surfrappes concernent le Groupe XIII de Prokopov ` (coins de droit BB7 [x 2], BB8, BBa1 et BBd1 [HRAKWN]), a quoi on doit ajouter une surfrappe pour le Groupe XII (coin de droit AC6) con` ´ nexe et une autre pour le Groupe XVI. A un moment donne donc, le ˆ ` ´ pouvoir romain (selon l'hypothese la plus vraisemblable) decidat de recy´ ´ ` cler les tetradrachmes au nom d'Aesillas, qu'il avait destine a la circula´ ´ ´ tion interieure de la Province de Macedoine, en tetradrachmes au nom ´ ` ´ des Thasiens dont l'usage etait externe a la Macedoine. Mais de quels ` ´ ´ « Aesillas » s'agit-il? Ceux de la premiere phase, datee de la fin des annees ´ ´ 90 av. J.-C., ou ceux de la seconde, datee plus tard des annees 80 et 70 ´ av. J.-C.? Les traces laissees visibles sur les monnaies au nom des Tha´ ´ ´ siens ne permettent generalement pas d'en decider. Seule la surfrappe de l'Ashmolean Museum d'Oxford laisse suffisamment apparaíˆ tre le profil et ˆ le sommet du crane d'Alexandre le Grand pour nous aiguiller. En l'occur` rence, cette combinaison de meches de la chevelure semble devoir nous ` ramener a un « Aesillas » de la seconde phase, ce qui ne serait pas sans ´ consequence chronologique importante pour le monnayage au nom des ` ´ ` Thasiens (qui se serait des lors prolonge au-dela de la date de 80 av. J.-C. ´ assignee par Prokopov) (40). ´ ` ´ Avec les cistophores d'Ephese et les tetradrachmes au nom d'« Aesil´ ` ´ las », les derniers alexandres posthumes frappes a Odessos et Mesembria ´ (40) Comme serait d'une grande consequence la surfrappe no 2 de la note 30, si — ` ` comme il paraíˆ t (a moins que ne soit visible, non pas la lettre « S » mais une meche de ´ ´ chevelure?) — un teradrachme au nom des Thasiens du Groupe VIII (date par Proko´ ´ pov de c. 150 av. J.-C.) a surfrappe un « Aesillas » (pas emis avant c. 93 av. J.-C.). 44 françois de callatay ¨ ´ ` ´ attestent eux encore du phenomene ponctuel que representent les sur` frappes. Les 3 surfrappes d'Odessos concernent des monnaies a la chronologie identique (fin du Groupe I: coins de droit no 13 et no 14 [x 2 + ˆ ˆ memes coins de revers]); et il en va de meme pour les 2 surfrappes de ´ Mesembria (fin du Groupe 2: coin de droit no 31). Tout se passe comme ` si les ateliers avaient recouru de façon exceptionnelle a un approvisionne´ ´ ment exterieur, ce qui — a contrario — marginalise l'idee que nous pouvons nous faire de tels recours. Les poids ´ ´ On aura compris que les emissions aux types thasiens ont commence ˆ ` tot, avant 150 av. J.-C., et se sont poursuivies tard, en tout cas apres la date de 90-80 av. J.-C. qu'attribue Prokopov comme terminus pour ses ´ ` imitations (p. 214). Mais comment faire la cesure entre les premieres ´ ´ ´ emissions, celles caracterisees par les lettres DI (IGCH 234 et 481), et les ´ ´ suivantes? Que penser des 22 groupes definis par Prokopov? La metrolo´ gie, qui n'est que mediocrement prise en compte dans l'ouvrage (41), est ´ susceptible de nous mettre sur la voie. Le tableau ci-dessous resume la ´ ´ ´ situation pour les tetradrachmes reputes originaux (Groupes I-XI) (42). ´ Les quatre premiers groupes de Prokopov sont marques des lettres DI; ´ ´ les suivants presentent dans le champ interieur gauche la lettre M (ou ´ ` un monogramme forme a partir de celle-ci — Pl. I, 1): ´ Graphique 1. Etude des poids pour les Groupes I-XI de Prokopov (43) Classes 17,20-9g 17,10-9g 17,00-9g I-IV (DI) 2 V (M) 3 VI 4 VII 1 VIII 2 IX 1 X 6 ´ (41) Les tableaux donnes p. 309-310 sont construits avec des classes d'un gramme, et ´ ` ´ non d'un decigramme comme il est d'usage pour des pieces d'argent de cette denomination. (42) Certains de ces « groupes » sont faiblement pourvus. C'est ainsi que le Groupe III ´ ´ n'est represente que par une seule monnaie (p. 62, no 29), le Groupe IV par 13 (p. 62-63, no 30-39: 2 coins de droit) et le Groupe XI par 5 (p. 108-109, no 554-558: 2 coins de droit). ´ ´ ´ ´ ` ` (43) On a systematiquement ecarte les observations aberrantes, situees tres au-dela ` des 17,30g que l'on rencontre quelquefois (ainsi, les Groupes I-II recelent 6 observations ´ ` au-dessus des 17,39g). Outre leur improbabilite intrinseque, on observera que, sauf exception, toutes ces observations concernent des exemplaires provenant de la trouvaille ´ de Matsa, aujourd'hui au musee de Nova Zagora. Pour le Groupe IX, sur les 9 observa´ ` tions superieures a 17,40g, 7 proviennent de Matsa (catalogue no 154, 174, 175, 180, 229/2, 230 et 314 — voir aussi no 190 et 264/2 [18,89g]). Notons aussi que, plus souvent ´ ´ ´ ` que le calcul de probabilites n'y invite, des exemplaires presentes les uns a la suite des ˆ ` autres dans le catalogue pesent exactement le meme poids. ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens Classes 16,90-9g 16,80-9g 16,70-9g 16,60-9g 16,50-9g 16,40-9g 16,30-9g 16,20-9g 16,10-9g 16,00-9g 15,90-9g 15,80-9g 515,80g Total I-IV (DI) 18 13 5 1 2 2 43 V (M) VI 43 17 6 2 1 1 2 1 3 80 [16,80-9g] 16,91g [16.80-92g] 0,15g VII VIII IX 43 60 58 26 22 7 9 4 2 1 1 16 249 X 75 54 50 21 12 8 5 2 1 3 1 3 2 243 45 28 47 14 5 3 1 1 2 1 5 110 7 12 1 1 1 3 26 19 26 6 1 1 1 1 3 60 Mode [16,90-9g] [16,90-9g] ´ Mediane 16,89g 16,85g Esp. inter. [16.80-95g] [16,82-96g] 0,16g 0,16g [16,90-9g] [16,80-9g] [16,80-9g] [16,80-9g] 16,85g 16,86g 16,76g 16,82g [16,70-92g] [16,76-91g] [16,80-92g] [16,60-86g] 0,13g 0,13g 0,27g 0,23g ´ ` On enregistre des metrologies comparables pour les Groupes I a VIII ´ d'une part et les Groupes IX-X de l'autre (Pl. I, 2). Le mode metrolo´ ´ ´ ` gique, soit la classe de poids la mieux representee, s'etablit a [16,90-9g] en tout cas jusqu'au Groupe VI. Du Groupe I au Groupe VIII, la valeur ´ ` de la mediane demeure tres similaire, entre 16,85g et 16,91g (Groupe VI). ˆ Surtout, l'espace interquartile, qui exclut les observations extremes (25% ` par le haut et par le bas) et donne des lors la mesure de la dispersion, ˆ ´ nous assure d'une production ayant repondu aux memes normes, d'ail` ´ ´ leurs tres elevees, de production: il oscille entre 0,13g et 0,16g. ` ´ Une premiere alteration de ces normes paraíˆ t intervenir avec le Groupe X ´ ´ qui, considere sous le rapport des poids, vient avant le Groupe IX. Le ´ ´ ´ mode ([16,90-9g]) n'est pas concerne, mais on observe un leger flechisse´ ment de la mediane (16,82g) et plus encore de l'espace interquartile (qui ` ´ ` fait un bond jusqu'a 0,23g). Desormais, les classes de poids a [16,70-9g], ˆ ´ [16,60-9g] et meme [16,50-9g] sont bien attestees. Le Groupe IX appro´ ´ fondit ce decrochage, tant par la valeur de la mediane (16,76g) que par l'espace interquartile (0,27g). ´ ´ ´ Par comparaison avec cette metrologie haute, les tetradrachmes classes ´ comme imitations (Groupes XII-XX, Pl. I, 3-4) presentent des poids sen´ ´ siblement plus bas, avec une mediane situee c. 0,24g en dessous de celle obtenue pour les premiers groupes (c. 16,61g au lieu de c. 16,85g) et — ´ plus instructif encore — un espace interquartile qui est passe de c. 0,14g ` ` (Groupes I-V) a c. 0,35g (Groupes XII, XIV et XIX). Il y a la non seule´ ment un abaissement des poids mais, ce qui va souvent de pair, un elar` gissement de la dispersion, c'est-a-dire un moindre calibrage des flans: 46 françois de callatay ¨ ´ Graphique 2. Mise en perspective des poids des tetradrachmes au nom des Thasiens (Groupes I-XX) Classes [17,20-9g] [17,10-9g] [17,00-9g] [16,90-9g] [16,80-9g] [16,70-9g] [16,60-9g] [16,50-9g] [16,40-9g] [16,30-9g] [16,20-9g] [16,10-9g] [16,00-9g] [15,90-9g] [15,80-9g] 515,80g Total Thasos (I-VIII) 12 115 115 32 10 6 3 3 4 2 1 16 319 Thasos (IX-X) 7 118 114 108 47 42 15 14 6 1 5 2 4 18 501 Thasos (XII) 2 11 61 101 89 73 47 20 19 18 8 5 6 27 487 [16,70-9g] 16,62g [16,43-75g] 0,33g Thasos (XIV) 7 35 54 55 49 23 17 11 8 8 4 6 18 295 [16,60-79g] 16,60g [16,40-73g] 0,34g Thasos (XIX) 3 7 40 67 51 34 25 18 23 15 6 4 7 29 329 [16,70-9g] 16,60g [16,29-75g] 0,47g Total 24 258 365 362 252 204 113 72 59 46 27 17 24 108 1931 [16,80-9g] 16,72g [16,51-84g] 0,34g Mode [16,80-99g] [16,90-9g] ´ Mediane 16,86g 16,78g Esp. interquart. [16,80-94g] [16,64-89g] 0,15g 0,26g ´ ´ ´ ´ Les resultats degages pour les groupes classes comme imitations ´ (Groupes XII-XX) rendent compte d'une grande stabilite des poids: ˆ ´ ` ` ` meme mode metrologique a 16,70-16,79g (a deux observations pres pour ˆ ˆ ´ le Groupe XIV), meme mediane autour de 16,60g et meme dispersion avec un espace interquartile oscillant entre 16,40g et 16,75g, soit une ´ etendue d'environ 0,35g (encore que le Groupe XIX paraissent rendre ´ compte d'un nouveau flechissement avec un espace interquartile de ´ ´ ` 0,47g). Ces resultats sont certes en decalage sensible par rapport a ceux ´ des Groupes I-VIII (chute de c. 0,25g de la mediane, augmentation de ´ ´ c. 0,20g de l'espace interquartile) mais il reste delicat de situer la cesure ´ ´ ` pour des emissions dont on croit qu'elles furent emises a, plus d'un demi` ` siecle de distance (avant 150 av. J.-C. et apres 100 av. J.-C. — voir infra). ` Du point de vue des poids, on obtient des lors trois phases pour les ´ ` tetradrachmes aux types thasiens: une premiere avec les Groupes I-VIII, ´ ´ ´ une seconde — marquee par un leger decrochage — avec les Groupes IX` X, et une derniere — fruit d'une rupture plus nette — avec les Groupes ` XII-XX. Cette analyse des poids va donc presque entierement dans le ˆ ´ ´ ´ sens de la sequence pronee par Prokopov, qui s'en trouve confirmee en retour de façon importante. ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens 47 ´ On peut et il paraíˆ t souhaitable d'encadrer ces resultats dans un hori´ ´ zon plus large. Le graphique ci-dessous reunit les donnees pour les princi´ ´ ` paux monnayages de tetradrachmes contemporains: Macedoine Premiere, ´ ´ « Aesillas » et « Maronee », auxquels on a joint les tetradrachmes de Mithridate Eupator: ´ ´ ´ ` Graphique 3. Etude des poids pour les tetradrachmes de Macedoine Premiere, ´ Mithridate, « Aesillas » et « Maronee » Classes [17,20-9g] [17,10-9g] [17,00-9g] [16,90-9g] [16,80-9g] [16,70-9g] [16,60-9g] [16,50-9g] [16,40-9g] [16,30-9g] [16,20-9g] [16,10-9g] [16,00-9g] [15,90-9g] [15,80-9g] 515,80g Total ´ Macedoine (44) Mithridate (45) « Aesillas » (46) ` Premiere (I-III) 2 4 19 21 29 6 3 2 1 1 1 3 92 2 4 17 61 130 73 51 40 31 23 16 11 12 8 29 508 [16,70-9g] 16,63g [16,38-76g] 0,39g 3 8 23 66 103 68 28 16 9 6 3 4 1 1 1 340 [16,70-9g] 16,73g [16,62-82g] 0,21g ´ « Aesillas » « Maronee » (47) (IV-VIII) 3 2 2 16 27 44 43 41 38 29 19 20 9 15 28 336 [16,60-9g] 16,42g [16,16-68g] 0,53g 13 23 27 46 35 36 45 39 32 30 194 520 [16,40-9g] 16,02g [15,53-16,32g] 0,80g Mode [16,70-9g] ´ Mediane 16,79g Esp. interquart. [16,72-97g] 0,26g ` ´ ´ ´ Si l'on veut, a present, inserer les donnees « thasiennes » dans ce ´ schema, on voit que celles obtenues pour les Groupes I-VIII de Prokopov ´ ` ´ viennent avant celles recueillies pour la Macedoine Premiere (mediane ´ superieure [16,86g contre 16,79g] et moindre dispersion des poids [espace interquartile de 0,15g au lieu de 0,26g]). Ouvrons d'ailleurs le spectre: ces ´ ´ ´ ´ premiers tetradrachmes au nom des Thasiens ont ete frappes selon des ´ ´ normes de qualite superieure aux monnaies des rois de Bithynie ou des ` monnayages a la couronne de feuillage produits en Asie Mineure vers le ´ ´ ` (44) L'etude d'I. Prokopov sur ce monnayage de Macedoine Premiere ne mentionne ´ ´ ´ ´ pas les poids (I. Prokopov, op. cit. [n. 5]). Le present echantillon, bien imparfait, a ete ´ ` ´ forme a partir des donnees reprises sur Coinarchives.com. ´ (45) Voir Fr. de Callatay, op. cit. [n. 8], p. 25. Il n'existe pas de difference signifi¨ ´ ´ ´ ´ cative de poids entre les tetradrachmes dits « realistes » et ceux dits « idealises ». ´ ´ (46) Voir R. Bauslaugh, op. cit. [n. 7], p. 75 (les Groupes I-III sont ceux qui ont ete ´ ` ´ emis a la fin des annees 90 av. J.-C.). (47) Voir E. Schonert-Geiss, op. cit. [n. 6], p. 65. ¨ 48 françois de callatay ¨ ´ milieu du iie s. (c. 155-140 av. J.-C.) (48). En revanche, les donnees pon´ ` ´ derales des Groupes IX et X paraissent presque identiques a celles dega´ ´ ` ´ gees pour la Macedoine Premiere (c. 16,78g pour la mediane et espace ´ interquartile de 0,26g). Les imitations thasiennes (Groupes XII-XX) pre` ´ ´ ` sentent quant a elles une metrologie ponderale comparable a celle des ´ tetradrachmes de Mithridate Eupator ou de ceux au nom d'Aesillas mis ` ´ en circulation a la fin des annees 90 av. J.-C. Il apparaíˆ t toutefois que les ´ ´ Aesillas de la seconde phase (Groupes IV-VIII), frappes dans les annees ˆ ´ 80 et 70 av. J.-C., sont sensiblement plus legers encore, de meme que le monnayage au nom des Maronitains. ´ Les poids, on le voit, n'evoluent pas selon un canevas unique. Parmi ` ´ les questions que l'on est en droit de se poser a la vue de ces donnees, ` ´ ´ pointons-en deux: « Pourquoi les premieres emissions thasiennes presen´ ´ tent-elles des poids superieurs (et mieux calibres) que ce qui se faisait ´ ` ailleurs dans la seconde moitie du iie s.? Pourquoi, a l'inverse, les poids ´ ´ des monnaies au nom des Maronitains offrent-ils une metrologie ponde´ ´ ´ ´ rale degradee, largement inferieure aux « Aesillas » des annees 80 et 70 ´ ´ av. J.-C.? Il est patent, en tout cas, que, en depit de leurs identites de ` ´ ´ ´ graveurs (et des lors de leur simultaneite temporelle), les tetradrachmes ´ ´ emis au nom des Thasiens et des Maronitains n'ont pas repondu aux ˆ ´ memes normes d'exigences ponderales. Ceci ne plaide pas en faveur d'un ˆ ` controle direct de la part des Romains, en qui l'on s'accorde aujourd'hui a ´ ´ voir les veritables instigateurs de ces frappes monetaires. ´ ´ Difference de representation entre les monnaies dites « originales » et les « imitations » ´ ´ Prokopov a donc choisi de repartir son materiel en deux grands ensem` bles: les Groupes I a XI pour les monnaies aux types thasiens et les ` ´ Groupes XII a XX pour les imitations. Ces deux ensembles presentent ` ´ ` des facies differents a plusieurs titres. Les monnaies dites « Originale Mun¨ ´ ´ ´ zen » ont surtout ete retrouvees au sud de la Bulgarie (605 exemplaires sur les 927 du corpus, soit 65,2%) alors que les imitations (« Tetradrachmen des ‘‘thasischen Typs'' ») proviennent d'abord du nord de la Bulgarie et du sud de la Roumanie (1 430 ex. sur 2 301, soit 62,3%). Le grand ´ ´ tableau recapitulatif des provenances donne par Prokopov aux ˆ ´ ` p. 291-293 de son ouvrage donne les memes proportions, elargies a ´ ´ ´ l'ensemble du materiel rassemble par lui (et pas seulement celui publie ´ sous forme d'etude de coins): (48) Pour les derniers rois de Bithynie, voir Fr. de Callatay, op. cit. [n. 8], p. 66. ¨ ` Pour les monnayages a la couronne de feuillage, on observe une dispersion beaucoup ´ ´ ` ´ ´ plus large, avec une majorite des poids situes entre 16,40 et 16,90g (Kyme, Lebedos, Myrina). ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens 49 ´ ´ ´ Tableau 6: Repartition geographique des tetradrachmes au nom des Thasiens (49) ´ Regions Sud de la Bulgarie: Sud-ouest de la Bulgarie: Nord de la Bulgarie: Sud de la Roumanie: Nord et nord-ouest de la Roumanie: « Originale » 64,3% 5,8% 5,1% 0,1% « Thasischer Typ » 19,0% 76,7% 73,8% 71,9% 75,2% ` ` La carte des enfouissements (p. 335) rend particulierement claires a la fois l'abondance de ces trouvailles mais aussi leur quasi-absence sur l'íˆ le ´ ´ de Thasos ainsi que dans sa peree (50). ´ ` ´ La structure et la representation de ces deux ensembles different egalement. Les monnaies dites thasiennes (927 ex., 170 coins de droit [dont 41 ´ attestes par une seule monnaie] et 455 coins de revers) sont moins bien ´ ´ documentees que les imitations (2 301 ex., 229 droits [dont 55 attestes par une seule monnaie] et 991 revers). Le rapport n/d (nombre d'exem´ plaires/nombre de coins de droit) est presque deux fois superieur pour les imitations (2 301/229 = 10,04) que pour les « originales » (927/170 = 5,45). ´ ´ ` ` On retrouve cette difference de representation a la faveur de la tres utile ` annexe que consacre l'auteur a donner pour chaque coin de droit les ´ ´ provenances attestees par region (p. 295-308). Ainsi apprend-on que le ´ coin DA1 est atteste par 89 exemplaires dont 41 pour le nord de la Bulgarie et 24 pour le sud de la Roumanie (p. 305). Au total, les monnaies ´ ´ ´ ` ´ dites thasiennes presentent des resultats inferieurs a ceux glanes pour les ´ ´ imitations (voir, s'agissant des coins de droit les mieux representes: 59 ex. (F1), 36 (E2), 29 (Ha2), etc. pour les monnaies dites thasiennes contre 98 (DE1), 89 (DA1), 71 (AF4), 63 (GA3), 56 (AC3), etc. pour les imitations). ` Ce panorama, coin par coin des provenances est — a ma connaissance — ` ´ une premiere dont il faut feliciter l'auteur. Dans l'ensemble, on ne peut ˆ ´ ` qu'etre frappe, s'agissant des premieres imitations thasiennes, par l'abon´ ´ ` dance du materiel retrouve. A tel point qu'il convient sans doute de s'in` terroger sur l'usage fait par les utilisateurs de ces monnaies. La premiere ` ` ´ ` hypothese qui vient a l'esprit est d'y voir la retribution massive a des ´ ´ ´ ´ guerriers qui auront immediatement thesaurise leurs avoirs, desormais ´ ´ ` ´ evalues a leurs simples valeurs metalliques. ` Une autre annexe innovante est celle qui reprend, revers apres revers, ` ´ les liaisons de coins (p. 267-290). La encore, on observera une difference entre la structure simple des liaisons pour les monnaies dites « originales » au nom des Thasiens, et celle plus complexe des imitations, avec de nom´ ´ ´ ´ (49) Les pourcentages donnes ici sont ceux, retravailles par region, qui se deduisent ´ ` des donnees fournies par Prokopov. Les appellations completes retenues par lui sont: «Thasos: originale Tetradrachmen einschliesslich der fruhen Imitationen » et « ‘Thasi¨ scher Typ' einschliesslich der spaten imitationen ». ¨ ´ ´ ´ ´ (50) Un seul tetradrachme repertorie: CH VIII 403, tresor de Drama, no 95 de la liste (et no 94 sur la carte). 50 françois de callatay ¨ ´ breux cas de liaisons entre groupes differents. Ainsi, sachant que les coins ´ ´ ` de revers de ces imitations sont numerotes de 559 a 1861, le coin de droit ´ ` ´ ´ ` GA3 se retrouve associe a 33 coins de revers, numerotes de 668 a 1396, ` ´ ´ c'est-a-dire courant sur plus de la moitie de la sequence (p. 198-201). ´ L'ordre et l'etendue des groupes d'imitations ´ Cette situation laisse presager une frappe assez compacte des groupes ´ qu'il ne faudrait pas etaler harmonieusement entre les limites chronologi´ ´ ´ ´ ques imparties. En realite, les imitations thasiennes presentent un reseau ´ ` de liaisons de coins par les revers dont temoigne le tres utile conspectus ´ donne par l'auteur aux p. 274-290 de sa monographie. Le nombre de liai` ´ sons entre les neuf groupes (de XII a XX) tels que definis dans cet ou` ` vrage se monte a 41 (51). Un examen attentif de ces liaisons entraíˆ ne a ´ ´ s'interroger sur la sequence relative proposee pour ces huit groupes. En voici le tableau: Graphique 4. Liaisons de coins entre les groupes XII-XIX des imitations thasiennes ´ ´ (classes selon l'ordre donne par Prokopov) XII XII XIII XIV-XV XVI XVII XVIII XIX XX X 1 1 5 1 7 1 XIII 1 X XIVXV 1 X 5 3 3 XVI XVII XVIII XIX XX 5 5 X 1 4 4 1 1 X 1 3 4 X 7 3 4 X 4 1 1 4 X ´ Cet arrangement ne paraíˆ t pas le plus heureux. Il est frappe de nombreuses anomalies et par exemple le fait que les groupes les plus forte´ ment lies, soit les groupes XII et XIX (par 7 liaisons de coins), se ´ ´ ´ ´ retrouvent rejetes pour ainsi dire aux extremites de la sequence. Plus ´ ´ ´ generalement, on observe un ecartement des fortes valeurs (3, 4, 5 et 7) ` loin de la diagonale, ce qui est contraire a l'application du calcul matri` ˆ ciel. A titre d'exercice simplificateur, on pourrait batir le tableau suivant en intervertissant les colonnes pour mieux resserrer la production autour de la diagonale: ´ ´ ` ´ (51) Le detail de ces 41 liaisons par les revers (ici donnes entre parentheses) s'etablit comme suit: A/B (no 666), A/C (535), A/D (520, 524, 548, 550 et 566), A/F (560), A/G (535, 587, 615, 668, 675, 677 et 702), A/H (587), C/D (792, 800, 831, 870 et 888), C/F (831, 870 et 871), C/G (535, 871 et 920), D/E (1086), D/F (990, 1058, 1250 et 1316), D/G (1019, 1191, 1216 et 1242), D/H (1240), G/H (587, 1334, 1371 et 1437). ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens Graphique 5. Tableau des liaisons de coins entre les groupes XII et XX ´ des imitations thasiennes (classes dans une perspective de simplification) XVII XIV-XV XVIII XVI XIX XX XII XIII XVII XIV-XV XVIII XVI XIX X 1 X 3 5 3 3 X 4 1 5 4 X 4 3 4 X 1 4 1 1 5 7 XX 1 4 X 1 XII XIII 1 1 5 7 1 X 1 1 X 51 ´ Cet arrangement, qui ne se preoccupe pas de la question du style, est ´ celui qui rencontre le mieux les informations donnees par les nombreuses ´ ´ ´ ´ liaisons de coins. D'une façon generale, les differents groupes etablis par ´ ` Prokopov paraissent assez lies entre eux, ce qui fragilise l'hypothese d'une ´ ´ ` frappe etalee dans le temps avec une succession d'un groupe a l'autre. En particulier, on observe deux nuages plus compacts de liaisons: les groupes XIV-XV, XVIII et XVI d'une part, les groupes XVI, XIX, XX et XII de ´ ` l'autre, avec le groupe XVI situe a l'intersection de ces deux ensembles. ´ tablis par Prokopov correspondent avant tout a ` Au reste, les groupes e ` des styles de gravure au droit (en particulier l'arrangement des meches ´ ` inferieures de la chevelure de Dionysos). Ces « groupes » risquent des lors ´ ´ ` de recouvrir, non pas des emissions monetaires (a savoir l'engagement en ´ ´ ´ ` un lieu et un moment donne d'une quantite de metal a monnayer en ´ fonction de stipulations propres), mais bien l'activite de graveurs (52), qui ´ peuvent parfaitement avoir travaille concurremment, ainsi que tout paraíˆ t l'indiquer pour ce monnayage au nom des Thasiens. On notera que cette interconnexion entre groupes ne se rencontre qua` ´ ´ siment pas s'agissant des premieres emissions de tetradrachmes aux types ´ thasiens: on ne denombre en effet pour l'ensemble de ces frappes (Groupes I-XI) qu'une unique liaison, d'ailleurs avec le groupe le plus pro` che (53). A en juger par le rapport entre le nombre de coins de droit et celui des liaisons entre groupes, plus d'un coin de droit sur six ayant servi ` ´ ´ a frapper des imitations (229/41 = 5,6) s'est retrouve utilise pour des ´ ` groupes classes ici de façon distincte. Voila qui milite pour une forte compression dans le temps de ces Groupes XII-XX. ´ S'agissant de l'ordre de ces derniers groupes, je me demande si la pre´ sence dans le Groupe XII, classe par Prokopov comme le premier des imi- (52) I. Prokopov, op. cit. [n. 1], p. 211 (« nach dem Arbeitsstil der Mu ¨nzmeister » — en ´ ´ realite le style du graveur et non du maíˆ tre de l'atelier). (53) Voir p. 61 et 267-274: Groupes I et II (R10). 52 françois de callatay ¨ tations, des monnaies avec le soi-disant monogramme d'Aesillas (54) n'a ˆ ˆ ´ pas joue un role important dans le fait de le faire venir en tete et non ` ´ pas, comme le style et le calcul matriciel y invitent davantage, a le rele´ ´ ´ ´ guer plus loin dans la sequence. Dans le classement presente ici, ces te´ tradrachmes presentant au revers le soi-disant monogramme d'Aesillas se ` ´ retrouvent apres ceux presentant le nom de Sura (Groupe XVI: qui doit ´ dater de la fin des annees 90 av. J.-C., Pl. I, 3) (55). ´ On s'est aussi beaucoup interroge sur les rares monnaies substituant, au ` revers, le mot HRAKWN a celui de HASIWN (au nom des Thraces, et non ´ des Thasiens). Ces exemplaires sont ranges par Prokopov dans son Groupe XIII (56), qu'il paraíˆ t dater de c. 110 av. J.-C. (puisqu'il fait ´ debuter les imitations en c. 120 av. J.-C. avec le Groupe XII) mais qu'il ` ´ lie dans le texte a l'epoque des guerres mithridatiques (p. 57). On peut ´ ´ ajouter aujourd'hui 2 exemplaires passes en vente, aux 6 donnes par Prokopov (57). Or il se trouve que l'un d'entre eux (Lanz 2004/Gorny & ´ ´ Mosch 2007) est clairement surfrappe sur un tetradrachme au nom d'Aesillas, ce qui abaisse la datation haute d'au moins 20 ans (les vestiges ´ ´ du type surfrappe ne permettent pas de definir avec certitude s'il s'agit ` d'un « Aesillas » de la premiere phase ou de la seconde). Il se trouve en ´ ´ ´ outre qu'un autre exemplaire recemment passe en vente, emis avec un ´ ` ´ des coins de droit lie a HRAKWN (coin de droit BBa1), presente lui aussi des traces de surfrappe sur « Aesillas » (voir supra) (58), ce qui conforte une ´ datation basse pour cette emission. On s'interrogera aussi sur la simulta´ ´ ´ neite de la legende HRAKWN et des surfrappes sur Aesillas. Une hypo` ´ ` ´ these seduisante, a laquelle il convient sans doute de resister, reviendrait ` ´ a y voir l'affirmation d'un groupe de Thraces momentanement affranchis ´ de la tutelle romaine (voir aussi p. 32). Considerant que les quelques ´ revers avec HRAKWN sont lies par les droits au type courant avec la ´ ` legende HASIWN, on renoncera sans peine a ce type de supputation hisˆ torique qui entend batir beaucoup sur des vestiges trop restreints pour ˆ exclure avec certitude la fantaisie (voir meme l'erreur). (54) Et reconnu comme tel par I. Prokopov, op. cit. [n. 1], p. 57 (« dem sogenannten Monogramm des Aesillas »). Pour ces monnaies, voir Groupe XII, p. 111-114, pl. 43-45: coins de droit no AA2, AA6, AA8, AA9, AA11 et AA12. (55) Voir Groupe XVI, p. 159 et pl. 84: coins de droit no DD1 (no 1195-1200). Pour ´ ´ la variete no 1199, le catalogue indique le coin « AA1var.1 »; il s'agit d'une coquille; le ˆ ´ meme est identifie sur la planche « DD1var.1 » (pl. 84). ´ (56) Voir p. 143 et pl. 70, no 977-979: coin de revers R780 lie aux coins de droit BBa1 et BBd1. ´ (57) Voir a) vente Lanz, 121, 22 nov. 2004, no 160 (16,58g; 11h; 34mm [surfrappe sur Aesillas]) = Gorny & Mosch, vente 160, 9 oct. 2007, no 1032 (16,59g — droit ´ BBd1/revers non recense); b) vente UBS, 61, 14 sept. 2004, no 4248 (16,59g — droit ´ BBd1/revers non illustre). (58) Vente Lanz, 114, 26 mai 2003, no 82 (16,79g; 11h; 34mm — droit BBa1). ´ ´ les tetradrachmes hellenistiques au nom des thasiens 53 On le voit: le grand travail d'Ilya Prokopov jette des bases solides que ´ ´ viennent confirmer, pour l'essentiel, les eclairages plus fouilles portant sur ´ les surfrappes et les poids du present article. La chronologie ne s'en ` ˆ ´ ´ trouve pas bouleversee, confirmee plutot. A titre d'exercice, nous proposons ci-dessous des dates alternatives pour les principales articulations de ´ la sequence de ce monnayage: Tableau 7. Datation des principaux groupes de monnaies au nom des Thasiens Drachmes ´ Tetradrachmes Groupes I-VIII Groupes IX-XI Groupes XII-XX Prokopov vers 180 av. J.-C. 168/7-148 av. J.-C. 168/7-148 av. J.-C. 148-90/80 av. J.-C. Proposition alternative ? (c. 160 av. J.-C.) c. 160 av. J.-C.? c. 120 av. J.-C.? c. 100-80 av. J.-C.? Toutes nos dates s'assortissent de points d'interrogation. Il nous paraíˆ t ´ ´ probable — mais la preuve fait defaut — qu'il faille abaisser le debut des ˆ ´ frappes pour les drachmes (et peut-etre aussi pour les tetradrachmes); il ´ ´ nous paraíˆ t davantage assure qu'il faille comprimer en une courte periode ´ de temps (et plus tard que dans les annees 110 av. J.-C.) les groupes XII ` a XX de Prokopov, soit ceux qu'ils classent comme « aux types thasiens ». ´ ` ` Quant aux « imitations », qui auraient commence des les deux dernieres ´ ` decennies du iie s. (p. 56), soit parallelement aux « types thasiens » et en ˆ ´ copiant les monnaies « originales », Prokopov, qui les a mises de cote dans ` ´ ce travail, dit tres justement qu'il n'a pas encore explique avec certitude ´ qui en fut le pouvoir emetteur: les Thraces, les Celtes du Danube ou les ` deux ensembles (p. 57). Il s'en promet d'en faire un theme de recherche ` ´ qui — c'est a souhaiter — pourra reposer aussi sur des analyses du metal. ` C'est tout le mal que nous souhaitons a cet infatigable travailleur. En ´ attendant de pouvoir disposer d'une telle somme complementaire, il faut ´ saluer les grands merites d'Ilya Prokopov qui ajoute ici une pierre magis` trale a la riche bibliographie de ses travaux. ´ ´ ´ Post-scriptum: Cet article etait redige lorsque Olivier Picard, que je remercie ` vivement, a eu la gentillesse de me communiquer un article a paraíˆ tre sur le sujet (Thasische Tetradrachmen und die Balkankriege im ersten Jh. v. Chr.). ´ Selon lui, il faut nettement distinguer les « tetradrachmes thasiens », soit les ` ´ ´ ´ ´ premieres emissions qu'il pense avoir ete produites par et pour la cite (celle ´ ` au monogramme DI et les suivantes ...), des « tetradrachmes a types thasiens » ´ ´ pour tout ce qui suit (y compris ce que Prokopov n'etudie pas dans le detail ` ´ et appelle les « imitations »). Tout le probleme, on l'a vu, est de situer la cesu` ´ ´ ´ ` re entre ce qui reviendrait a Thasos et ce qui aurait ete frappe plus tard a son ` nom, surtout si l'on imagine un demi-siecle d'interruption entre les deux ` (avant 168 et apres c. 120 av. J.-C.). Il lie la frappe massive mais somme 54 françois de callatay ¨ ` ´ toute assez breve des « tetradrachmes aux types thasiens » avec les guerres ˆ ` quasi incessantes que Rome eut a soutenir contre les peuples thraces dans ´ les annees c. 119-89 av. J.-C., ce sur quoi tous semblent d'accord aujourd'hui, ` ` ` a quelques nuances chronologiques pres. De façon tres originale, il explique la ´ reprise des types thasiens au profit de Rome par l'activite de financiers ou de ´ marchands de Thasos gravitant autour du pouvoir et de l'armee romaine en ´ ` Macedoine. Cette hypothese demande d'imaginer que le pouvoir romain soit ´ ´ ` passe par des entrepreneurs prives pour financer son effort militaire, a la ma` ´ ` ´ ´ niere des celebres contractors de l'armee americaine en Irak aujourd'hui. Revue belge de Numismatique, 2008 Pl. I 1 2 3 4 5 6 Les te tradrachmes helle nistiques au nom des Thasiens è è ´ 1. Tetradrachme au nom des Thasiens, Prokopov Groupe VI (F1-71). Bruxelles, BRB, coll. A. du Chastel no 185, acq. en 1899 (16,25g; 32mm; 1h). ´ 2. Tetradrachme au nom des Thasiens, Prokopov Groupe X (Kb4-427). ´ Bruxelles, BRB, Fonds gen. (16,84g; 32mm; 12h). ´ 3. Tetradrachme au nom des Thasiens, avec le nom de Sura, Prokopov ` Groupe XVI (DD1-963). Bruxelles, BRB, inv. II 82.788 — acq. a la vente Rietdijk, 360, no 1365 (16,78g; 33mm; 12h). ´ 4. Tetradrachme au nom des Thasiens, Prokopov Groupe XVIII (FF1-1288). Bruxelles, BRB, acq. en 1909 (16,63g; 34mm; 11h). ´ 5. Tetradrachme au nom des Maronitains, Schonert-Geiss (31-114). Bruxelles, ¨ ´ BRB, Fonds gen. (15,86g; 31mm; 1h). ´ ´ ` 6. Tetradrachme de Macedoine Premiere, Prokopov (Ba5-KA19). Bruxelles, BRB, coll. A. du Chastel no 212, acq. en 1899 (16,95g; 32mm; 11h). Revue belge de Numismatique, 2008 Pl. II 7 8 9 10 11 Les te tradrachmes helle nistiques au nom des Thasiens è è ´ 7. Tetradrachme au nom d'Aesillas, Bauslaugh (manque, proche de 6-11). ` Bruxelles, BRB, inv. II 82.788 — acq. a la vente Rietdijk, 360, no 1365 (16,78g; 33mm; 12h). ´ 8. Alexandre tardif d'Odessos surfrappe sur « Thasos », Callatay Groupe ¨ ` 1 (13). Bruxelles, BRB, inv. 2000-2087 — acq. a la vente Ritter, 53, no 512 (15,19g; 35mm; 12h). ´ 9. Alexandre tardif d'Odessos surfrappe sur « Thasos », Callatay Groupe 1 ¨ ` (14). Bruxelles, BRB, inv. II 82.531 — acq. a la vente Superior, 30 mai 1995, no 7288 (16,17g; 32mm; 12h). 10. Agrandissement du revers du no 6 (surfrappe sur « Thasos »). 11. Agrandissement du revers du no 5 (surfrappe sur « Thasos »).
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