Etude de technique monétaire : le rapport "nombre de coins de revers/nombre de coins de droit" à l'époque hellénistique moreRevue des Archéologues et Historiens de l'Art de Louvain, XXXII, 1999, p. 91-102. |
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REVUE DES ARCHEOLOGUES ET
HISTORIENS D'ART DE LOUVAIN
— TIRE A PART —
LOUVAiN-LA-NEUVE
XXXII - 1999
Etude de technique monetaire ; le rapport
« nombre de coins de revers / nombre de coins de droit >>
a l'epoque hellenistique
Francois DE CALLATAY*
La frappe monetaire nccessite I'usage de deux
matrices, appelees «coins» par les numismates. Le
coin de revers, qui est tenu a main libre el recoit le
coup du marteau, et le coin de droit, enchasse dans
une enclume. Tout numismate a appris que le coin
de droit, encore dit coin dormant par opposition au
coin de revers qui est dit mobile. «s'usait mains
fapidefnenl que le coin de revers. Cetle usure plus
rapide elait due a plusieurs causes: le coin mobile
recevait le coup non-amort i du marteau, il n'elait pas
toujouts tenu de maniere. parfaitement verticale, de
sorte que. la force du coup par tail in&galement sur les
diverses parties de la surface du coin» . De fait,
d'un point de vue strictement mccanique, la
presence du Han entre le coin de revers et le coin
de droit presente deux grands avantages pour ce
* Cabinet dcs Medailles, Bibliothcque royale de Belgiquc,
Boulevard de I'Empereur 4. B-1000 Bruxelles.
email: callalay@dukc.kbr.be.
1. T. Hack ens. Terminologie et techniques de fabrication, dans
Nutnismaiique antique. Problem?* el mithodes, Nancy-Louvain.
1975. p. 7. Voir deja a cc sujet F, de VlLLENOlSY, Be la
fabrication des mannaies antiques, dans Congres International de
Numismalique reuni d Paris, en 19(10. I'roces-verbaux et
Mi-moires, Paris, 191)0, p. 53-54: « L'usurc d un OUtil est d'aulanl
plus rapide qu'il supports wi plus grand nombre d'efforis
secondares La pile, massive et fixee au sol. n 'en subissait que
fori peu: encore etaient-ils parliellemem anion is par lecrasement
pr&dlabte du flan: au conlraire le trousseau, plus tiger, it mis sur
le flan avee une exactitude relative, s'usait necessairemenl plus
vile», O.K. MILL, Ancient Methods of Coining, dans ,VC, s. 5, 2,
1922, p. 23 el D.G. Sellwood, Some Experiments in Greek
Minting Technique, dans ,\C, s. 1, 3, 1963. p. 226-227.
dernier: 1. amortir le choc en jouant le role de
martyr et 2. mieux repartir la force du coup en la
disiribuant de facon plus egale sur l'ensemblc du
coin. Nulle surprise des lors si les etudes de coins
livrent la plupart du temps un nombre supcrieur de
coin de revers, lesquels rccevant de plein fouct le
coup du marteau, pas toujours tenu perpendiculai-
rement de surcroit, s'usent plus vite: « M, L. Robert a
cite fort a propos les passages d'inventaires de tresors
de temples, ou il est question effectivement de plus de
coins de revers que de droit, et cetle statistique se
verifie egalement dans les etudes el classements par
coins que I'on a pit faire au XX1' s. »2.
Cet article entend rcprcndre la question pour
demontrer que cetle regie, generalemenl vraie, est en
realite plus complexe et demande a ctre nuancee. II
existc surtout une logiquc des exceptions qu'il est
aujourd'hui possible de meitre en evidence. Article
de tcchnologie monetaire. done, dedie avec inlini-
ment de tristesse a la memoirc du Professeur Tony
I lackens, le maitre qui, plus que tout autre, a
oriente mon existence.
Je commencerai par mentionner, pour ne plus y
revenir, une raison supplemenlaire qui dut sou vent
accroitrc encore la disproportion entre nombre de
coins de revers et nombre de coins de droit. C'est
au revers en effet que tigurent presque toujours les
indications de monetaires (lcttres, monogrammcs,
2. T. hackens, v. supra a. 1. Avec une reference a L. robert,
Monnaieset inscriptionsgrecques, dans RN.s. 6,4, 1962, p. 7-24.
92 Ft: de Callatay
symboles) qui caracterisent chaquc emission. Au
debut de chaquc nouvelle emission, soil que le
temps de charge du responsable precedent soit ecoule,
soit que la quantite de metal engagee par ledil
responsable ait ete entiercmenl frappee, il etait
necessaire de graver un nouveau coin de revers
alors que Ton pouvait souvcnl continuer a utiliser le
memc coin de droit. En theorie, plus le systeme
d'authentifieation d'une emission est developpe
(deux, trois marques differentes ou plus), plus sont
nombreuses les raisons de suspecter que 1'utilisation
d'une serie de coins de revers n'a pas ete poussee
jusqu*a sa capacite maximale3. C"est memc prccise-
ment la raison pour laquelle ces marques de
monelaires apparaissent generalement au revers:
«dies which were not intended to he used for long,
such as those which had to bear /he marks of changing
officials, were used as upper dies or trussels »4.
La regie est done d'obtenir plus de coins de
revers que de coins de droit. Cette regie connait
pourtant son lot appreciable d'exceptions. Tous les
exemples qui suivent sont tires du Recueil quanlita-
tif des emissions monelaires hellenistiques que j'ai
fait paraitre en 1997 (RQEMH)5. Ce recueil donne
le detail dc 329 etudes de coins pour des
monnayages hellenistiques. Sur ces 324 eludes de
coins, 288 se signalent par un nombre plus
important de coins de revers (87,5%); 22 font
connaitre un nombre egal de coins de revers et de
coins de droit (6,7%)6: 19 enfin donnenl a voir un
plus grand nombre de coins de droit (5,8%) . De
telles stalistiques sont de nature a nous conforter
dans noire impression generate.
3. C'csl la raison pour laquelle. a conirario. Ic nombre relalil" de
revers par rappori aux droits demeure anormalenient bas pour
les rares emissions qui. a l'opposc de la pratique habituelle.
Pont ligurcr au droit les indiealions de date el dc magistrals.
Kiederique Duyrat prepare une Ihese de doctoral sur les
emissions hellenistiques d'Arados oil un lei cas sc rencontre
(imitations rhodieniies).
4. O.l'. HILL, 1922, p. 30. Ce qu'avait deja exprime F. de
VI) LEN01SY: «'.../ il y a yraisetriblance que Ic type immuable
derail fin reserve a la pile, ei le type ephemere au trousseau...
Inrersemenl. e'est sur la face plane ou concave que se concentrenl
les noms de magistrals, les monogrammes. les differenls
monelaires. en uu mot tous les elements variables d une emission
a I autre » (1900. p. 54).
5. F. DE CALLATAT, Recueil quantitatif des emissions monelaires
hellenistiques, Wettcrcn, 1997.
6. RQRMH n"9, 16, 19, 34, 48, 86, 100, 104. 109. 110, 118, 124,
139, 140, 141, 149. 178, 186 et 325.
7. RQEMH n" 13. 21, 22, 30, 31. 46, 52, 54, 57. 72, 101. 103. 106,
107. 108. 116. 152. 166, 184, 248, 265 el 329.
Intercssons-nous pourtant aux exceptions. Une
bonne part d'entre elles concerncnt le monnayage
de Philippe II (RQEMH n° 94-124: les emissions
n" 100, 104, 109. 110. 118 et 124 sont representees
par davantage de coins de droit que de revers; les
emissions n" 101. 103, 106, 107, 108 et 116 livrent
un nombre egal de coins de revers et de droit).
Cette bi/.arrcrie n'avait pas echappe a Georges Le
Rider. Celui-ci, dans le commentaire qu'il en donne.
reprend les deux types duplication generale avan-
ces pour justifier cette anomalie8.
La premiere explication est, semble-t-il. a mettre
au credit de G.K. Jenkins qui, dans sa monographic
des monnaies de Gela el s'agissant de litrae, faisait
observei" avec fermele que: «/t will he remarked
that the numbers of obverse and reverse are thus
much more nearly equal than they are in the case of
the larger coins - which at Gela, for didrachms and
letradrachms together, average a proportion of 1:2
for ohv. to rev... No doubt differences of practice at
different mints tended to produce different results in
matters of technique, and there is no great consis-
tency; but there does seem to be a tendency for the
nundyers of obv. and rev. dies to be more nearly equal
for smaller coins than for larger... The evidence of
these and of many other mints combines to suggest
thai in the striking of smaller coins the wear falls
more evenly on both dies than it does in the case of
larger coins»'. II ajoutait en note: «The difficulty of
forming any general rule is however vividly shown by
the fact that for the incuse slaters of Metapontum
the die figures are 206 obv., 212 rev., thus almost
equal, whereas the figures for the similar coins of
Caulonia are 33 obv. and 60 rev. Clearly mint
practice varied widely, beyond purely technical
considerations. Variations may also be due in part
to different survival rates»i0. Nolons que, des 1953.
Doris Raymond avail esquissc la meme idee sans
aller toutefois jusqu'au bout de son propos.
Etudiant les monnaies de Perdiccas II, il ecrivail:
« When the figures are given by denominations rather
than by groups, there is a slight change»". F.l de
fournir le tableau suivant (donnees en italiques):
8. O. l.E RIDER, Le monnayage a"argent el d'or de Philippe II
frappe en Macedoine de 359 d 294, Paris, 1977, p. 419-420.
9. G.K. JENKINS, The Coinage of Gela {AMUGS, 2). Berlin.
1970. p. 60.
1(1. Undent, note 23.
II. D. RAYMOND. Macedonian Regal Coinage to 41.i B.C. (.V.V.V/,
126), New York, 1953. p. 63-64.
Elude de technique monitairg : le rapport « nombre de coins de revers I nombre de coins dc droit» 93
Punch Anvil % r/cl
Octadrachm 21 19 ! 10.5 %
'Tetradrachm 24 26 92.3%
Heavy Tetrobol 50 61 82.0%
light Tetrobol 65 81 80.2 %
Octobol 5 8 62.5 %
Total: 165 195
La derniere colonne «% r/d» (pourcentage du
nombre de revers par rapport au nombre de droits)
ne figure pas dans 1'clude de D. Raymond. Ajoutee
pour la bonne comprehension du propos, elle
monire que la proportion relative de coins de revers
par rapport aux coins de droit chute dc lacon
continue au fur et a mesure que les poids decroissent
(110,5% pour les lourds octadrachmes contre 62.5%
pour les octoboles).
Une autre hypolhcsc a ete imagincc, d'ailleurs pas
incompatible avec la premiere, el a laqueile G. Lc
Rider se montre sensible. On la doit a J. Bingen,
lequel, etudiant le tresor de chouettes alheniennes
decouvert en fouilles a Thorikos. notait que les
leiradrachmes les plus recents se reparlissaient en
trois « reseaux » et que, pour chacun de ces reseaux, le
nombre de coins de droit depassait celui des coins de
revers. II ecrit: «... la regie immuable qui veut que. dans
les tableaux de die-links, il y ait plus de coins de revers
que dc coins de droit en raison de la fatigue plus grande
du coin enchdsse dans le. trousseau, est fondee sur
T etude d'ensembles plus ou moins reduits dont lafrappc
s'etale sur un certain temps. Au contra ire, le pbenomene
sera inverse, d mon avis, pour un ensemble tree en un
ires court laps dc temps, du moins si on admct que
chaque enclume poriait phtsieurs coins de droit
contigus. Ainsi, un meme trousseau passait successirc-
ment sur chacun des droits, el, d tres court terme. la
production, ou il y a plus de coins d'enclume que de
rnarteaux en action, doit presenter une majorite de coins
dc droit el non de coins de revers»12. Commentant ce
passage, G. Le Rider ajoute: « Je retiendrai I'idee de J.
Bingen que de nombrcux coins de droit etaient graves
cote d cote sur Tenclume, et supposerai que la
production n'a pas dure assez long temps ou n'a pas
etc ussc: imporiante pour que I'equilibre ail etc retabli
entre I 'enclume et le marleau»u.
12. J. BlKGRN, Lc tresor moneiaire tie Thorikos 1069. dans
Thorikos. VI, s.l.. 1%9. p. 16.
\% g. Ll Rider. 1977, p. 420.
L'hypothese dc .1. Bingen est seduisanle. Je
voudrais neanmoins indiquer pourquoi, en pratique,
elle nc mc parait avoir eu que peu de chances de se
realiser.
Elle part tout d'abord du postulal dc la mise en
service simultanee de plusieurs coins de droit pour
une meme emission. Cette idee souleve une reticence
nalurellc. C'est que, quoiqu'il faille se mefier de
1'anachronisme, on a un certain mal a imaginer un
responsable dc la production dormant I'ordre de
graver en scrie un nombre important de coins de
droit, avant meme de savoir si ceux-ci seront
necessaires. J. Bingen comme G. Le Rider imaginent
que Ton aurait grave plusieurs droits contigus sur la
meme enclume. C'est possible encore que Ton n'ail
jamais retrouve pareil objet. On possede bicn
quelques tres rarcs cas une petite dizaine au
total pour la numismatique grecque - ou Ton
distingue au droit, a cote du type frappe, un bout
de gravure appartenant a un autre coin, grave ires
pres sur la meme enclume'4. Mais, a lexception sans
doute d un letradrachme de Segesle et d'une
drachme d'Arados imilant les types rhodiens, les
autres cas concernent des gravures de denomina-
tions differentes'1. D'autre pari, au cas ou ce
procede aurait conslilue une amelioration notable
de la technique monelairc, on se serait aitendu a ce
qu'il se generalise. Tel tvest pas le cas. De
nombreuses monographies d'atcliers, comme par
exemple celle des tetradrachmes de Milhridate16,
montrenl un reseau de liaisons de coins caracteris-
tique dc la mise en service d'un coin de droit a la
fois, couple ou non a plusieurs revers.
L'hypothesc de J. Bingen, pour logiquc quelle
puisse etre, necessite surlout de penser que, pour
une raison quelconquc, la frappe a ete soudainement
interrompue, ce qui cxplique que Ton n'avait pas
14. Voir la listc fournie dans 1'. ol Caljlatav, La dimension des
coins monelaires de letrudrachmes helliniSlUjues d'apres I'eiudc
des monnaies decenliees, duns Proceedings of the Xllih
International Numismatic Congress, Berlin, September 1997,
Berlin (a parailre).
15. Aux exemplcs cites el illuslres par G.F. HlLL, 1922, p. 37-38.
pi. I. on peul en ajoulcr quelques aulres, a commencer par
celui fourni par G. Le Rider pour Philippe II (G. Le RlDP.R,
1977, p. 423-424 et pi. 71, n° 561-562 et 570). Le cas de la
drachme d'Arados (Stockholm, lav. 27266) sera public par F.
Duyral dans la these de doctorat qu'elle prepare actuellement
(voir nole 3).
16. ]'. [)L CALLATAY, L'histoire des guerres mithridoliques vue
pur les monnaies (Numismalica Lovaniensia. IS), Louvain-la-
Neuvc, 1997.
94 Fr. de Callatay
encore realise les nombreux coins de revers qu'il em
ete necessaire d'employer si remission n'avait pas ete
contraries. C'est bicn ce que propose Denyse Berend
confrontee a un cas semblable. A propos des
admirables pieces de 100 litrae emises a Syracuse
vers 406, elle ecrit: « Ce qui stirprend encore, c'est la
proportion des coins de revers par rapport aux coins
de droit: 23 revers centre 26 droits, alors qu'il
faudrait s'attendre a trouver au mains deux fois plus
de revers que de droits.... II pour rail s'agir d'une
emission massive dont on a grave les droits el les
revers simultanement. Lorsque cette emission, concue
pour etre tres vaste, a tourne court, on n'a pas
augmente le nomhre de revers dans la proportion
prime»17. Hypothcse contraignante done qui oblige
a supposer une suspension brulale et a vrai dire
tres rapide (le «</ tres court terms» de J. Bingen)
de la frappe, ce que Ton ne peut toujours ou souvent
justifier par des considerations historiques' .
D'autres explications ou pistes de recherche ont
ete proposees. De caractere technique, clles ont en
oommtin dc se vouloir particulieres, limitees au type
de monnaies auxquelles elles s'adressent19.
S'agissant des dariques, soit d'un monnayage dont
le revers n'est qu'un poincon. E.S.G. Robinson
constate lui aussi un plus grand nombre de coins de
droit. « Thai shared reverse punches should he far
17. D, BtRLND, Le monnayage d'or de Syracuse sous Denys I.
dans La moneiazione dell'eta dionigtana. Am deli VIII
convegno del Centra Internationale di Sludi Numismatici.
Napoli 29 Maggia-I Ciugno 1983, Rome, 1993, p. 100.
18. II y aurait toutc une elude a mener sur les differentes manicrcs
d'inierpreter line elude de coins, en parliculier sur la facon dc
determiner la rapidite ou la lenteur de la frappe en fonclion
des liaisons qui unissent droits cl revers. Ainsi, ayant note a
propos du monnayage archaique d'llimera que: v'l'he
complex die-linking in many groups suggests a succession of
brief periods of intense activity rather than a tow level of
uniform activity over a long pcriodn. CM. Kraay ajoulc:
"Such a succession oj brief periods of activity may account for
the unusual proportion of obverse to reverse die at the mint...
Such disproportion necessarily implies that a single reverse die
may be coupled with from three to five obverse diesn (('.VI.
Kraay. The Archaic Coinage of Himera. Naples, 1983. p. 13).
Doii-on imaginer que le maitre d'atelier aurait a chaque fois
commis la fautc dc graver irop dc coins de droit pour des
productions dont il n'avail pas prcsscnti la brievete? II est
plus sage sans dome de rechercher ['explication ailleurs, cn
["occurrence ici dans Ic carre creux du revers (voir infra, noles
20-21).
19. II ne m'a pas paru mile de citcr les quelques auteurs qui.
nolanl le phenomcne, soil ne cherehenl pas a Ic discuter, soit
en lirent des remarques confuses qui n'ajoutent ricn a la
presentation du propos.
commoner than shared obverse dies is contrary not
only to general belief hut to the ascertained practice of
Greek coimige with normal reverse types, where the
ratio of obverse to reverse dies, in Sicily for example,
is of the nature of 1 to .?. Why does it come
about ?»20. II suggere deux raisons: 1. le revers
n'ayant pas de type defini, on a pu continuer a
I'utiliser quels que soient les deformations ou les
accidents survenus el 2. comme le poincon s'enfon-
cait profondement dans Ic flan, le centre du coin de
droit, n'elanl plus protege que par une mince couche
de metal, recevait 1'essentiel du choc du marteau. II
appuye son raisonnement sur le cas de Syracuse ou
le rapport «coins de droit/coins de revers», initia-
lement favorable aux coins de droit, s'inversc des
lors que le coin de revers recoit un type veritable el
non plus un carre creux. Ces considerations sont
seduisantes; elles peuvent s'appliquer a tous les
monnayages dont le type du revers n'est qu'un
poincon sans type defini21.
Pour les monnayages macedoniens, D. Raymond,
deja cite, croit discerner une technique parliculiere
aux monnaies de cette r6gion. Commentant le
monnayage royal de Perdiccas II, il note: «Mace-
donian coins exhibit a phenomenon which, so far as I
can ascertain, is not characteristic of other ancient
coins and which is to be explained partly by the design
and construction of the dies and partly by the size of
the dies in relation to the flans. Because of the
pressure applied directly to the punch in the ancient
method of striking coins, in most issues more punch
than anvil dies are necessary. The opposite is true of
these Macedonian coins »22. L'explication reside pour
lui dans le diametre des oulils eux-memes et dc leur
gravure. Au revers, la gravure est en effet beaucoup
moins large que le trousseau. Le choc du marteau se
reparlil en ce cas a l'ensemble de l'instrument,
reduisant ainsi 1'usure de celui-ci. Au droit, c'est le
contrairc: la gravure clant plus large que la
dimension du flan, le coup devait parfois (ou
souvent) alleindre directemenl la gravure, sans que
20. E.S.G. rouinson, The Beginnings of Achaemenid Coinage.
dans m, s. 6. 18. 1958. p. 191-192.
21. Sans chcrcher a multiplier les cas, eitons tout dc mcme celui
dc Corinthe ou la premiere pcriode de Ravel, que distingue
Temploi du carre creux au revers. compte 65 coins dc droit
pour 67 coins dc revers (103%), tandis que, pour ses periodes
II cl 111, figurant il present la lele d'Athena. on denombre 112
coins de droit pour 199 coins dc revers (178%): O.E. RAVEL,
Les «poulains» de Corinthe. Monographic des stateres eorin-
ihiens. I (de 650 d 415 av. J.-C), Bale. 1936.
22. D. Raymond. 1953, p. 62.
Elude de technique monetaire: le rapport « nombre de coins de revets I nombre de coins de droit» 95
celle-ci ne beneficie de la protection du flan. Des
lors, les coins de droit s'usaient eux plus vite. Tout
recemment, S. Psoma, constatant le meme pheno-
mene pour les premieres emissions de tetroboles des
Chalcidiens, a pu parler de «technique nuicedo-
niennerP. Les remarques de D. Raymond sont
ingenieuses mais ne doivent pas faire oublier que la
plupart des monnayages macedoniens se conforme a
la regie generate qui donne la preponderance
quantitative aux coins de revers.
Enfin, a Chalcis aussi, O. Picard constate avec
interet que le rapport normal «droits/revers» est
modifie au moment precis ou I'on enregistre deux
autres changements techniques importants: l'ajuste-
ment des axes, d'une part, la preparation des flans
de l'autre24.
La masse documentaire rassemblee dans le
RQEMH permel, je crois, de depasser ces points
de vue en mettant en evidence le role determinant
joue par le module des pieces, soil le critere invoque
par G.K. Jenkins.
Reprenons Fexamen de 1'or monnaye hellenis-
tique. Le tableau ci-dessous mentionne toutes les
etudes du RQEMH qui repondent aux criteres
suivants de qualite: 1. etre documente par un
minimum de 15 exemplaires; 2. compter au moins
2 coins de droit et 2 coins de revers; 3. se signaler
par un rapport «n/d» (nombre d'exemplaires /
nombre de coins de droit) superieur a 3. Ces trois
criteres ont pour fonction d'eliminer les echantillons
trop petits ou mal documentes. Les abreviations
employees sont les suivantes: «d» = nombre de
coins de droit; «r» = nombre de coins de revers:
«n» = nombre d'exemplaires; «r/d» = rapport
enlre le nombre de coins de revers et le nombre de
coins de droit; «n/d» - rapport entre le nombre
d'exemplaires et le nombre de coins de droit. J'ai
reparti le materiel en quatre classes metrologiqucs:
1. de Og a 3,49g; 2. de 3,50g a 6,99g; 3. de 7,00g a
10,49g; 4. 10,50g et plus. Le decoupage propose, qui
est naturellement arbitraire, presente l'avantage de
23. s. psoma, Notes stir le debut du momtayage federal des
Chaleidiens de Thrace, dans RN, 152, 1997, p. 426-427, note
19 (Groupe A de Robinson: 6 droits et 3 revers; Groupe B: 9
droits el 5 revers; Groupe c: 17 droits et 13 revers).
24. o. Picard, Chalcis el la confederation eubeenne. Etude de
numismatique el d'histoire (IV-f siecle), Paris, 1979, p. 23.
On notera le propos lenu p. 186: «Cetle Imission a utilise
onze coins de droit el vingl coins de revers; e'est une proportion
normdle, comparable a celle que I'on. trouve le plus soment pour
les emissions- d'argent».
fermement dissocier les principals denominations
monetaires du nionde grec, a savoir par ordre
decroissant: le tetradrachme, le statere, la drachme
et les fractions de celle-ci. La premiere colonne
renvoie au numero d'ordrc du RQEMH, suivi d'une
description elliptique du monnayage considere. La
seconde colonne donne une indication du poids
modal de remission.
Tableau 1: l'or
1. Infericur a 3,50g Poids d r n r/d n/d
15 Brcttii 2,10g 2 4 27 2.0 13.5
104 philippes 2,10g 24 14 139 0.6 5.8
105 philippes 2,1 Og 7 8 37 1.1 5.3
109 philippes 1.05g 22 9 80 0.4 3.6
110 philippes 0,70g 20 18 61 0.9 3.1
329 puniquos l,80g 4 4 34 1.0 8.5
2. De 3,50g a 6,99g
14 Brettii 4,20g 4 6 35 1.5 8.8
42 Syracuse 3.50g 32 44 161 1.4 5.0
43 Syracuse 4,20g 6 20 176 3.3 29.3
45 Syracuse 4,20g 8 11 39 1,4 4.9
100 philippes 4.20g 6 4 23 0.7 3.8
3. De 7,00g a 10,49g
44 Syracuse statere 3 5 20 1.7 6.7
58 lysimaques statere 6 16 44 2.7 7.3
59 lysimaques statere 7 14 54 2.0 7.7
94 philippes statere 28 48 103 1.7 3.7
95 philippes statere 149 243 623 1.6 4.2
96 philippes statere 91 170 424 1.9 4.7
98 philippes statere 78 122 306 1.6 3.9
99 philippes statere 39 89 180 2.3 4.6
194 Mithridate VI statere 12 3 54 2.8 4.5
201 philippes statere 28 35 98 1.3 3.5
204 alexandres Slalere 73 115 230 1.6 3.2
205 philippes statere 22 29 86 1.3 3.9
213 alexandres slalere 56 90 181 1.6 3.2
223 alexandres slalere 44 62 160 1.4 3.6
4. I0,50g ct plus
165 alexandres I7,30g 8 21 29 2.6 3.6
327 puniques 22,50g 2 ? 15 3.5 7.5
328 puniques 12,45g 6 24 41 4.0 6.8
On visualisera mieux ces donnees en les rcportanl
sur un graphique dont l'ordonncc est constitute par
le rapport «n/d» (nombre d'exemplaires/nombre de
coins de droit - encore appele indicc characterosco-
pique) et l'abscisse par le rapport « r/d » (nombre de
coins de revers/nombre de coins de droit). Le but
d'un tel graphique est de montrer comment evolue le
rapport entre le nombre de coins de revers et celui
de coins de droit («r/d ») au fur et a mesure que la
96 Ft: de Cattatay
n/d
] — 96+ 99+ 19<
95+
100 a 205+ 98+
109» I £2^+ 94+ 165n
r/d
Graphique I: I'or.
qualite de l'echantillon pris en compte s'ameliore,
c'esi-a-dire en 1'occurrence que le rapport entre le
nombre d'exemplaires et celui de coins de droit
augmente. Deux resultats tombent hors graphique,
car presentant une ratio «n/d» beauuoup trop elevee
pour pouvoir y etre reportee (15: «n/d» = 13,5 et
43: « n/d » = 29,3).
II est difficile d'obtenir un resultat plus remar-
quablc de coherence. Tous les points s'organisent sur
le graphique exactement comme le suggerait G.K.
Jenkins, e'est-a-dire dans un ordre qui fait corres-
ponds le nombre de coins de revers par coin de
droit avec le pokis des pieces. Les monnaies d'or de
petit module, pesant moins de 3,50g (notees sur le
graphique d'un point noir: •), presentent les rap-
ports «r/d» les moins eleves. Ceux-ci sont proches
ou inferieurs a I. Les monnaies pesant entre 3,50g ct
6,99g (notees d'un delta: A) vienr.ent ensuite. La
categoric des pieces pesant entre 7g et 10,49g (notees
d'une cfoix: +), done celle des stateres de poids
attique, est logiquement la mieux representee. Les
valeurs obtenues pour «r/d» prennent position,
comme attendu, un peu ou beaucoup plus a droite
sur le graphique. Enfin, quoique reduits a trois cas,
les monnayages d'or pesant 10,50g ou plus (notes
d'un carre blanc: □) sont a rechercher encore plus a
droite, e'est-a-dire que, a memo niveau de documen-
tation (rapport «n/d»), elles se distinguent par un
plus grand nombre de revers pour chaque coin de
droit. RQEMH 327 ct 328 concernent des monnaies
puniques. L'on notera avec interet la position isolee
des distateres de Corinthe (RQEMH 165).
De ce graphique, on tirera volontiers deux
conclusions. La premiere est que, bien sur, il existe,
pour des pieces de meme poids et, peut-on ajouter, a
memc quality de documentation, des disparities
evidentes. Ainsi RQEMH 95, 96, 99 et 194, autant
d'emissions de stateres dont l'indicc characlerosco-
pique (1c rapport «n/d») est compris entre 4 el 5,
sont espaces sur 1'echelle «r/d» entre 1,6 et 2,8. La
seconde conclusion doit cependant Temporter - et de
loin - sur la. premiere: la logique des resultats est
telle qu'il parait bel et bien indique de parler de loi
generale a leur propos: plus les monnaies sont
lourdes, plus il a. fallu graver un grand nombre de
coins de revers en regard de chaque coin dc droit.
Les graphiques que Ton petit construire pour
1'argent el le bronze, bien que moins magistralcmcnt
ordonncs, conlirment largement ces deux proposi-
Etude de technique monetaire: le rappor! « nombre de coins de revers I nombre de coins de droit» 97
tions. On tfouvera ci-dessous la liste des 6missions
prises en compte pour 1'argent (c'est-a-dire apres
exclusion de celles qui ne repondent pas aux trois
criteres deja deflnis pour l'or) :
Tableau 2: I'argent
1. Inffrieur a 3,50g Poids r/d n/d
11 Brettii 2,30g yy 1 3 o.»-0
13 Brellii 2,30g 113 1 0 37 7
30 Morgan tina l,00g 5 31 1.0 6 2
31 Morganlina 0,60g 2 35 1 0 17.5
123 philip.pes 2,40g i j ] 7 1 7 5 7
139 Epire 3,20g 26 21 80 0.8 3.1
145 Rhodes (imitations) 2,70g 30 43 95 1.4 3.2
149 Chalcis l,70g 25 18 122 0.7 4.9
154 Chalcis 2,70g 2 4 19 2.0 9.5
163 Athenes 2,00g « II 28 1.4 3.5
164 Athenes 2,00g 17 38 66 2.2 3.9
168 Hermione 2,70g 19 29 98 1.5 5.2
174 Megalopolis 2,30g 6 57 164 9.5 27.3
175 Megalopolis 2,70g 34 57 123 1.7 3.6
176 Megalopolis 2,40g 42 170 305 4.0 7.3
243 Mylasa 2, LOg 107 245 619 2.3 5.8
2. De 3,50g a 6,99g
9 Brettii 5,70g 4 3 19 0.8 4.8
10 Brettii 4,60g 25 42 390 1.7 15.6
12 Brettii 4,40g 48 60 1036 1.3 21.6
50 Syracuse 4,20g 5 7 18 1.4 3.6
147 l.igue eubeenne 3,70g 28 44 1109 1.6 41.1
148 Chalcis 3,50g 204 207 1006 1.0 4.9
150 Chalcis 3,50g 75 83 435 i.l 5.8
153 Chalcis 5,50g 4 15 31 3.8 7.8
160 Athenes 4.10g 43 106 247 2.5 5.7
161 Athenes 3.90g 67 182 411 2.7 6.1
234 alexandres 4-10g 20 36 68 1.8 3.4
239 Aphrodisias 3,50g 52 81 2.1 3.2
245 Rhodes 6,50g 9 11 31 1,2 3.4
274 Ariarathe IX 4,00g 35 101 128 2.9 3.7
278 seieucides 4,i0g 6 36 77 6.0 12.8
3. De 7,00g a I0,49g
1 Heraclee ?-60g 24 34 167 1.4 7.0
2 Heraclee 7,80g 18 32 121 1.8 6.7
7 Velia 7,40g 84 118 1302 1.4 15.5
8 Velia 7,40g 17 30 264 1.8 15.5
49 Syracuse 8,40g 13 33 208 2.5 16.0
53 Syracuse lO.lOg" 14 24 182 1.7 13.0
117 philippcs 7,1 Og 7 10 27 1.4 3.9
137 Epire 9>90g 10 23 50 2.3 5.0
155 Caryslos 7,00g 8 12 43 1.5 5.4
256 Phasclis 10,20g 35 71 126 2.0 3.6
4. 10,50g et plus
38 siculo-puniques 16.90g 9 30 81 3.3 9.0
39 siculo-puniques I7,00g 26 55 351 3.3 13.5
40 siculo-puniques 17,00g 34 85 362 2.5 10.7
41 siculo-puniques 16.90g 37 96 573 2.6 15.5
25. Ou 6,80g.
60 fi If v 'in flrf 1: illCAd ik1i Co 16 4()o 52 193 490 3.7 9.4
61 *.t !j* v 11 it ifl»C tllK. Ail1 HI 1 1 (y 40-' 36 111 226 3.1 6.3
79 alexandres 10 28 58 2 8 5.8
80 16.30g 109 346 573 3.2 5.3
111 llll 1 It tllV( JHJUl]>pt_> 58 93 176 1.6 3.0
112 philippcs I4,40g 136 225 669 1.7 4.9
113 philippcs 14,40g 29 63 156 2.2 5.4
114 philippes vy 11> 2^3 0 n 4 0
1 .:.0 I X'HK'lHOS I'ollOI'CX'lC 17 10° \ii 10 jj 1 8 3 2
1 SO [ V-lli-lMiH 1 '1il 1 l'1 r', 'i-l.' ■ 1 j\. 11 ik- 11 It'> I I'llvll k_l.lv. I 6 SO:? 12 26 43 2.2 3.6
132 Eeg MaKedonon 16 80g 7 ?2 81 ; 1 1 ] ft
133 \t "i i-.'-.t i m i>i> rKi-i^rYji/^iv iv) .1 LK-k.ll' 11ik- 1)1 Ull uk-1 K_ 16 70g 149 397 683 2.7 4.6
134 Acsillas 16 "^0g 92 041 506 2 6 S 5
146 Dclphes 17 70" 7 12 26 1 7
157 Athenes 16 80y 802 1003 8 3 5
1 JO Alhenes 1 "Hit 474 Si 1 0.1
1 i jy Alhenes B^O . 3 5
1 fn alexandres 17 00° 93 178 297 1 9 3 2
r' \ 1 / j alexandres 1 c 32 tl7 2 1 3 1
179 1 .<ik_l.k.ik_llll*llL 16,70° 4 10 25 2.5 6.3
193 18 30 1 7 3 2
195 .VI 11111 IKJtl 11- V 1 69 179 286 2.6 4.1
202 alexandres 1 /,tvg 31 74 9 4 3 9
208 philelaires 1 7 00" 29 103 137 3 6 4 7
209 r\liil/>| 'i 1 ei"; pilUCUUlv-& 16 90g 102 752 316 2.5 3.1
7 ] 1 alexandres 16 90" 20 48 7<^ 2 4 3 8
214 alexandres 17 OOg 48 17? 2 8 3.6
216 16 70g 79 363 537 4.6 6.8
218 k-i.*i.vmjiiuik-:> 12.60" 100 268 342 2.7 3.4
220 i_k.1ik.k-1k.'> 16.70" g 32 53 4.0 6.6
722 Magncsie 16 70" 36 142 242 3 9 6 7
J 24 alexandres 17 10° 31 86 153 2 8 4.9
233 cllCAdlHU k-s 17 OOg 77 207 269 2.7 3.5
^46 Rhodes 17 OOg -11 142 182 3 8 4 9
252 cis toph ores 1 ^ SOl1 40 1 6x 198 4 2 5.0
253 nr^ti i'iiv-C k_lalA'|JllKJl k_:> 4 18 21 4.5 5.3
257 •a Ii^yci nit i'i*-: (llk.AKllK.ll 1-3 I6.8O11 45 159 269 3.5 6.0
260 Amyntas 16 OOg 33 98 5 5 16 3
267 ,1 Ik. Aill i vl i 0 I7.00g 25 113 153 4.5 6.1
269 iili''\iindnJs <iis-A<lllvll w 17.002 67 282 377 4.2 5.6
-Zi . \ 1 ii.i 1 it 111\. 1 j\ 16 40a 2 1 ] 31 5.5 15.5
5 17 27 2.8 4.5
276 < C1 \' 1U' K1 ^' S 17.00g 16 40 58 2.5 3.6
277 scleucidcs 16,90g 7 13 24 1.9 3.4
279 seieucides 17,00g 6 15 30 2.5 5.0
281 seieucides I7,00g 23 117 149 5.1 6.5
283 seieucides 17,00g 3 22 31 7.3 10.3
285 seieucides 17.00g 4 13 23 3.3 5.8
286 seieucides 16.60g 17 72 89 4.2 5.2
287 seieucides I6,70g 6 21 24 3.5 4.0
288 seieucides 16.60g 28 98 108 3.5 3.9
290 seieucides 17.OOg 12 43 53 3.6 4.4
296 seieucides 16,70g 3 10 19 3.3 6.3
300 seieucides I6.50g II 30 37 2.7 3.4
303 seieucides I6.40g 7 16 42 2.3 6.0
309 Tigrane 11 15.60g 49 192 241 3.9 4.9
310 seieucides I5,40g 2 19 24 9.5 12.0
311 Tripolis 15,00g 8 30 85 3.8 10.6
313 ptolemaiques 35.50g 29 70 107 2.4 3.7
315 ptolcmaiques I4,20g 19 53 86 2.8 4.5
316 plolemaiques I4,00g 28 84 96 3.0 3.4
98 Fr. de Callqlay
317 piolemaiques 14,00g 66 239 283 3.6
318 ptolcmai'ques 14.00g 57 273 319 4.8
319 piolemaiques I4,10g 4 32 50 8.0
320 ptolcmai'ques 14.10g 5 46 86 9.2
321 piolemaiques I4,10g 6 51 61 8.5
322 ptolemai'ques I4,10g 11 70 119 6.4
323 ptolemaiques 14.10g 6 44 83 7.3
324 piolemaiques I4,10g 7 48 65 6.9
Pour l'argent, il m'a paru eclairant de faire la
distinction entre, d'une part, les trois premieres
categories metrologiqucs (de 0 a 10,49 g) et, de
l'autre, la derniere, qui est aussi celle qui se trouve
etre de loin la mieux documentee etant celle des
tetradrachmes de poids attique (10,50g et plus).
Le graphique 2 reprend les resultats obtenus pour
les trois premieres classes (infericurcs a 10,50g)26; le
graphique 3, ceux pour la classe des poids les plus
eleves (superieurs a 10,49g)""'.
La difference de resultats entre les deux graphi-
ques est manifeste. Les poids les plus lourds se
earaclerisenl par les indices «r/d» les plus eleves
(graphique 3). En clair, on observe pour les
26. Tombent hors graphique paree que se signalant par des
indices «n/d» trop eleves: RQEMH 7, 8, 10, II. 12, 13, 31,
49, 53, 147. 174 el 278. Parmi eeux-ei. RQEMH 174 el 278
represenient des anomalies. RQEMH 278 (les drachmes a
l'elephant frappecs par Antiochos ill a Nisibis) est un cas
cxccptionnel mais qui s'explique. II attcstc cn effet pas moins
de 36 coins de revers pour seulemem 6 coins de droil (el 77
excmplaircs). L-'anormalite provient dc cc qu'un mcmc coin de
droil (Dl) se trouve assoeie a pas moins de 29 coins de revers
differents, ce qui, comme le noie A. Houghlon, conslilue une
sorte de record pour la numismalique hellenislique (A.
Houghton, The Elephants of Nisibis, dans ANSMN, 31,
1986. p. 117: «an unparalleled number for any drachm series of
ihe Hellenistic period)'). Ce coin de droit Dl mis a pari, on
obtienl des nombres ires raisonnables pour des drachmes: 5
coins dc droit pour 7 coins dc revers (indice «n/d» = 12.8).
RQEMH 174 concerne les hemidrachmes de la Ligue
acheenne (rappees a Megalopolis. L'etude de J.A. Dengale
fail connaitre 6 coins de droit et 57 coins de revers, ce qui est
cnormc, pour 164 excmplaircs (J.A. Dengate, The Trioho/s
of Megalopolis, dans ANSMN, 13, 1967. p. 57-110, pi. 20-28).
Je n'ai pas d'explicaiion a proposer quant au nombre
incroyablemcnt clcve de coins dc revers par rapport an
nombre de coins de droit («r/d» = 9.5). J.A. Dengate, qui tie
releve pas ce fail elonnant, eeril: « The significance of Ihe
Idlers and monograms indicating the various issues is uncertain.
It is doubtful that they denote annual issues in view of the small
there was a need for money for military or civic enterprises. The
control marks establishing the various issues may be the initials
of mint officials or other individuals concerned with the
coinage» (p. 100).
27. Tombent hors graphique RQEMH 39, 41, 260, 271, 283, 293,
310. 319. 320, 321 ct 323.
tetradrachmes un beaucoup plus grand nombre de
coins de revers que de coins de droit. Ici aussi, a
meme indice «n/d», on enregistre de grandes
variations de l'indice «r/d». II est interessant de
noter que, a partir du moment oil Ton se trouve en
presence d'un echantillon documente par 3 exem-
plaires au moins par coin de droit (indice «n/d» >
3), il n'existe pas un seul monnayage de la periode
hellenistique pour lequel le nombre de coins de
revers ne corresponde pas a 160% au moins du
nombre de coins de droit (indice «r/d» = 1.6 ou
plus). Autre remarque utile sans doute: on obtient
pour l'argent des indices «r/d» nettement superieurs
a ceux obtenus pour Tor.
Enfin, a l'exception des deux monnayages
commentes a la note 23 (drachmes d'Antiochos III
et hemidrachmes de la Ligue acheenne a Megalopo-
lis), on notera que tous les monnayages presentant
un indice «r/d» superieur a 6 appartiennent aux
royaumes seleucide et ptolema'ique (RQEMH 322 et
324 sur le graphique 3 et RQEMH 283, 293, 310,
319, 320, 321 et 323 hors graphique, voir note 24).
J'avais deja attire l'attention sur ce phenomenc
rcmarquablc: « Cette abondaiice relative de coins de
revers serait-elle entierement due aux nombreuses
indications porle.es au revers (notation de I'annee de
I'ere, marques de magistrals ou d'ateliers) el it la
necessity subsequente de changer regulierement ces
indications pour demeurer a jour ? Dans ce cas, cela
indiquerait une. probable sous-utilisation des coins de
revers qui n'auraient pas ete employes jusqu'et lew
limite de resistance »28.
Les valeurs portees sur le graphique 2 restent bien
en deca de ce qui a pu etre observe pour les
monnayages pesant plus de 10,49g. Ici encore, on
enregistre une progression qui fail, croitrc Findice «r/
d» avec les poids. Ainsi, e'est parmi les petites
denominations d'argent que 1'on trouvera les rap-
ports « r/d » les plus faibles, infericurs ou egaux a 1 :
RQEMH 149 («r/d» = 0.7), 139 («r/d» = 0.8), 13,
30 et 31 («r/d» = 1), etc. Viennent ensuite les
representants de la classe des drachmes (de 3,50 a
6,99g): RQEMH 9 («r/d» = 0.8), 148 («r/d» = 1.0),
150 («r/d» = 1.1), 245 («r/d» = 1.2), 50 («r/d» =
1.4), etc. Puis, enfin, ceux de la classe 7,00-10,49g:
RQEMH 1 («r/d» = 1.4), 117 («r/d» = 1.4), 155
28. P. DE callatay, 1997, p. 329 (Annexe 5: Tableau des ratios
«reversldroiis" les plus eleves). Ce sont cette annexe 5
(RQEMH, p. 328-329) el ce commentaire qui Torment le
point dc depart du present article.
Etude de technique monetaire: le rapport « nombre de coins de fevers I nombre de coins de droit» 99
100 Fr. de Callatay
(«r/d» = 1.5), 2 («r/d» = 1.8), etc. II est juste
d'ajouter que, si la progression se confirms pleine-
rnent avec les indices «r/d» de faible valeur, il n'en
va pas tout a fail de meme pour les indices «r/d» a
valeur elevee oil la situation est plus confuse. Ainsi,
dc pctites fractions comme les trioboles de Megalo-
polis (RQEMTi 176 : mais voir deja a ce sujet la note
26), d'un poids dc 2,30-2,49 g, presentent un indice
«r/d» de 4 (170 coins de revers pour seulement 42
coins de droit).
Ces donnees permettent au passage de rcsitucr
dans leur contexte general le cas remarquable des
deniers romains republicains, gcncralemenl distrait
(a tort par de nombreux aspects) de la numismatique
grecque. M.H. Crawford distinguait pour eux un
rapport «dro it/re vers» de 4 a 5 («r/d» = 1.2) au
IP s. av. J.-C. et plutot dc 9 a 10 («r/d» = 1.1) au
Pr s. av. J.-C.29 Pris comme tels, ces chiffres auraient
pu faire penser a unc specilicile romaine. II n'en est
rien. S'agissanl de monnaies d'un poids de ca. 3,7g,
ces rapports nc sc demarquent pas de ceux obtenus
pour plusieurs monnayages grecs, a meme niveau de
documentation.
Quant au bronze et apres application des mcmes
criteres d'exclusion, on retiendra les emissions
suivantes:
Tableau 3: le bronze
I. Inferieur a 3,50g Poids d r ii r/d
19 Valenlia 2,10g 22 20 135 0.9 6.1
20 Valcntia l,60g 17 20 103 1.2 6.1
76 Cabyle 2,60g 5 7 59 1.4 11.8
77 Cabyle I,80g 4 24 95 6.0 23.8
78 Cabyle I,70g 54 90 244 1.7 4.5
92 Skostokos l,40g 5 7 22 1.4 4.4
2. Dc 3,50g a 6,99g
17 Valenlia 5,20g 52 62 321 1.2 6.2
18 Valenlia 3,70g 20 21 131 1.1 6.6
35 Morgantina 6,60g 5 21 150 4.2 30.0
36 Morgantina 6,20g 16 22 71 1.4 4.4
75 Cabyle 5,00g 14 27 61 1.9 4.4
88 Scuthes Hi 6,00g 57 144 266 2.5 4.7
89 SeulhesIII 3,70g 2 3 24 1.5 12.0
91 Skostokos 4,30g 6 8 45 1.3 7.5
190 Laeedemone 4,50g 90 139 308 1.4 3.1
240 Aphrodisias 3,70g 4 13 34 3.3 8.5
250 Rhodes 5,40g 22 61 75 2.8 3.4
29. M.H. CRAWFORD, Roman Republican Coinage. Cambridge,
1974, p. 672.
3. Dc 7,0()g a 10,49g
16 Valentia 9,40g 40 38 151 1.0 3.8
33 Morgantina 8,70g 2 5 48 2.5 24.0
143 Epire 7,50g 6 10 39 1.7 6.5
191 Laeedemone 7,50g 60 120 219 2.0 3.7
4. 10,50g cl plus
25 Mcssinc 15,20g 39 65 137 1.7 3.5
26 Messine 10.70g 9 20 66 7.3
32 Morgantina 18,40g 7 66 2.3 22.0
81 Maronee 16,30g 59 136 201 2.3 3.4
182 Laeedemone 10,70g 10 17 35 1.7 3.5
On reconnaitra bien volontiers que ce graphique
est le moins decisif de tous, meme si Ton croit ici
encore percevoir une progression liee aux poids dans
le chef des monnayages a faible indice «r/d». Ainsi
trouve-t-on d'abord les poids les plus faiblcs:
RQEMH 19 («r/d» - 0.9), 20 («r/d» = 1.2) on 76
(«r/d» = 1.4, pour un indice «n/d» dc 11.8!); puis
ceux compris entre 3,50 et 6,99g: RQEMH 18 («r/
d » = 1.1), 17 («r/d» = 1.2), 91 («r/d» = 1.3), etc. La
troisieme classe metrologique (7,0()-10,49g) est a
rcchercher plus loin: RQEMH 16 («r/d» = 1.0),
143 («r/d» = 1.7), 191 («r/d» = 2.0), etc. La
quatrieme encore plus loin: RQEMH 25 el 182 («r/
d» = 1.7), 26 («r/d» = 2.2), 81 («r/d» = 2.3). Ce
schema plaisanl connaft toutefois son lot de
disparites. En esperanl que l'avenir permette de
nourrir ('observation de cas plus nombreux (le
bronze est le metal le moins bien represente), on
observera dans I'immediat que, des trois metaux, le
bronze est eclui pour Icquel, a egalite d'indice «n/d »,
on obtienl les indices «r/d» les plus faibles.
II est ainsi permis de degager une correlation
indiscutable entre le poids (ou encore le diametre) des
monnayages el le nombrc de coins de revers mis en
ceuvre par coin de droit. La doil etre rccherchee la
cause fondamentale. Cet examen rend done plcinc-
ment justice aux observations formulees par O.K.
Jenkins. II invite, en revanche, a se montrer plus
prudent, voire sceptique, pour ce qui est des aulrcs
explications proposees. Le scenario de la frappe
d'urgence, en parliculier et au vu des contraintes
qu'il implique, devrait etre manic avec circonspec-
tion. L'existence d'une «technique maeedonienne»,
aussi, gagnerait a ne pas etre trop mise en avant.
Reste alors a depasscr Fobservation pour se poser
la question fondamentale du pourquoi. Pourquoi
enregistre-t-on davantage de rapports cquilibres entre
coins de droit et coins de revers s'agissant de petites
denominations? Deux types d'explication sont a
Elude de technique ttionHaire: le rapport « nombre de coins tic revets I nombre de coins dc droit» 101
13-
12-
11
10-
7
n/d
5^
4-
I9f
89 A
76»
240 A
91 A
1|8A
I17A
20-
26D
143+
I 7ft. 88A
92.A 78'75A
I 36
^ oc 191+
25% 81 □ 250A
190A 182
Graphique 4: le bronze.
priori possibles: soil que les coins de droit aient ete
plus fragilcs, soil que les coins de revers aienl ele plus
resislanis. Les deux peuvent du reste parfaitcmcnt
avoir joue ainsi que le suppose, nous l'avons vu. D.
Raymond pour les monnaies de Pcrdiccas II de
Maccdoine.
Plusieurs explications peuvent a priori etre envisa-
ges. D'autres, qui ont deja ete evoquees, ne sont plus
reprises ici car sans rapport avec le poids (ou le
diametre) des pieces (ainsi la plus grande longevilc des
revers n*ayant pas de type defini tel le carre creux [voir
supra Robinson|; ainsi aussi la fragilile des droits
dont la gravure est d'un diametre superieur a celui du
flan devenu monnaie [voir supra Raymond])'0.
30. Je dois ici cxprimcr dc vifs remerciements aux gctis tie metier
qui ont bicn voulu mo faire connailre leur point de vile, Ccs
remerciements s'adressenl a MM. Absil, mallre-graveur ctabli
a Namur (qui ma suggcrc la solution Bl) et Joan Van den
Spiegel, chef dc fabrication a la Monnaie royale de Belgique
(qui penche nciicment en faveur de la solution Al).
102 Ft. de Callatay
A. Coins de droit plus fragiles
Le relief ivetant pas proportionnel ail module, la
«masse a remplir» est normalement plus grande
dans le cas d'une piece de petit module. Or c'est
precisement cette masse a remplir qui condiltonne
I'effort demandc au coin.
Cette hypothese permettrait d'cxpliquer une anomalie au
schema decrit: celte des monnaies d'or de 100 lilrae
frappees sous Deny 5 V de Syracuse, probabiement en 406
av- J.-C. Ces monnaies sont atleslees par 23 coins de revers
pour 26 coins de droit, ce qui est un rapport surprenant
pour des pieces d'un tel poids (ta, 5,80g). Cc rapport
s'explique parfailenient des lors que Ton Integra la masse a
remplir au droit; le type d'Heracles terrassant le lion de
Nennv prend ici, eu egard au diametre de ces monnaies, un
relief proprement formidable qui a sans doute, pour que le
metal soit bicn venu, esquime les coins de droit. On
trouvera de meme des nombres dc coins de droits egaux ou
superieurs a ecus des revers pour le monnayage classiquc
d Amplupolis, don: les splendides tetes de trois quarts
nicessitent egalcment une forte masse a remplir
En revanche, pour rHermes de face des monnaies d'Ainios,
ce crilere de la masse a remplir pa rah ne pas avoir jouc. On
enrcgistre au contraire des rapports plus desequilibres, et en
favour des revers, avec cc monnayage qu'avec celui qui le
precede ou I'llcrmes, represente de profil, offrc pourtant
une moindre depression sur le coin de droit. En verite, les
monnaies dont le droit offre un tres fort relief sont. sauf
exception, anterieures a la periode hellenistique. C'esi
meme une caraeteristique de cette periode que de presenter
une gravure qui reste davautage a la surface du coin. La
volenti d'amelioration technique semble avoir pris le pas
alors sur I'esthetique.
B. Coins dc revers plus resistants
I - On pourrait penser a une incidence de la
trcmpe. Dc fait. Ton sail qn'une piece de petit
module sera trempee plus a coeur et partant plus
resistante - qu'unc piece de grand module.
Cette hypothese sc heurte cependant a une double
incertitude, II n'est pas certain que les trousseaux des
coins de revers de petits modules aient ete plus etroits que
ceux tallies pour de grands modules. II n'est pas acquis
non plus que les coins utilises pour les moimayages grecs
aient ete trempes. L'idee d'une inculcate trcmpe pour les
instruments de petit diametre parait assez improbable.
2 - L'idee dc Raymond (voir note 22), qui
s'oppose a la precedente, est que les coins de revers
de petit module auraient en realite ete tallies dans
des trousseaux asscz larges (pour etre terras en
main). On comprendra.it des lors que la gravure,
etant beaucoup phis petite que le diametre du
trousseau, ait ete moins sollicitee par le choc de la
frappe.
Pour que fexplication tienne, jj faut aussi que les coins de
droit different precisement des coins de revers en etant,
eux, beaucoup plus larges. Ce n'est pas cc que la majorite
des mormayages permet de constater: droits et revers
offrent generalemcnt un diametre similaire a la periode
hellenisrique.
C. Nombre de coups de marteau
L'explication la plus simple et la plus probable, en
definitive, ticnt au nombre de coups de marteau qu'il
fallait assencr pour imprimer correctement Line
monnaie. II est probable qu'un seul coup devait
suffire dans le cas d'une petite denomination la ou
plusicurs etaient souvent necessaires pour la frappe
d'un tetradrachme,
Et de fait, les traces de treflage. done dc coups multiples,
sont d'abord caractcristiques des grosses denominations.
On aimerait evidemment pouvoir disposer de doimees
chiffrees pour ce phenomenc.