Abdissarès l'Adiabénien moreIrak, LVIII, 1996, p. 135-142. |
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ABDISSARES L' ADIABENIEN
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F. DE CALLATAY*
Le nom du roi Abdissares serait aujourd'hui totalement inconnu s'il ne figurait sur quelques monnaies de cuivre heureusement parvenues jusqu'a nous (BAL:ILEDL:jAB61L:L:AROY). Quoique extremement rares, ces monnaies sont connues depuis longtemps.' E. Q. Visconti;' F. de Saulcy;' V. Langlois," O. Blau,5 E. Babelon" et P. Bedoukian/ sont les numismates qui ont Ie plus contribue, par leurs vues ou leurs informations originales, developper les connaissances propos de ce roi. Ernest Babelon a donne la meilleure liste, sans doute, des types monetaires d' Abdissares tandis que Paul Bedoukian en a fait connaitre Ie plus grand nombre d'exemplaires. Cette liste, quelque peu amendee en fonction de meilleures lectures, est la suivante:
a
a
Buste d' Abdissares dr., barbu et coiffe d'une "tiare" ouverte sur Ie cote et ceinte du diademe royal. Grenetis au pourtour. Rv.: BAL:IAEDL: (a dr., de haut en bas) - AB6IL:L:AROY (a g., de haut en bas). Aigle debout dr. sur une ligne de terre. 1.1 Grand module a-Paris, BN, coIl. de Luynes, n° 3433 (7,40g-230-12h: F. de Saulcy, 1855, 101; V. Langlois, 1859, PI. I, n° 8; E. Babelon, 1890, PI. XXIX, n° 3; J. de Morgan, Manuel de numismatique orientale de l'Antiquite et du Haut Moyen Age, Paris 1923-36, 192, Fig. 213 et J. Babelon, Catalogue de la collection du due de Luynes. Monnaies grecques IV, Paris 1936, PI. CXXVII, n° 3433). b-Berlin, Lobbecke (9,44g-230-12h: P. Bedoukian, 1983, PI. 12, n° 16b). c-col1. P. Bedoukian (5,7Ig: P. Bedoukian, 1983, PI. 12, n° 16a). d-New York, ANS (6,73g-170). e-coll. J. Guevrekian (4,88g: Y. T. Nercessian, Armenian Coins and their Values, Los Angeles 1995,52, PI. I, n° 15 et Classical Numismatic Group, Auction 36,5-6 dec. 1995, n° 537). 1.2 Petit module a-Londres, BM, 1928-6-3-1 (3,0Ig-12h: P. Bedoukian, 1983, PI. 12, n° 17 et D. R. Sear, Greek Coins and their Values II, Londres 1979,689, n° 7310).
Type 1 Dr.:
a
a
Idem. BAL:IAEDL:jAB6IL:L:AROY (a dr., de haut en bas) - ... 6AI ... (a g., de haut en bas). Aigle debout a dr. sur une 1igne de terre. 2.1 Grand module a-Berlin, 18.158 (7,25g-230-12h). 2.2 Petit module a-Paris, B (2,15g-120: V. Langlois, 1859, PI. I, n° 10; E. Babelon, 1890, PI. XXIX, n° 4; voir aussi, pour Ie revers seulement, D. Sestini, 1805, PI. V, n° 9 et E. Q. Visconti, 1825, PI. XVI). b-New York, ANS (2,18g-150). c-Vienne, Musee mechitariste (M. Alram, lranisches Personennamenbuch IV: Nomina propria iranica in nummis, Vienne 1986,87, PI. 6, n° 176).
• Cabinet des Medailles, Bibliotheque Royale Albert Ier, Bd de l'Empereur, 4, 1000 Bruxelles. 1 Voir 1. Eckhel, Doctrina Numorum Veterum, Partie I, vol. Ill, Vienne 1794, 203; D. Sestini, Lettere e dissertazioni numismatiche ... VIII, Berlin 1805, 104-5, PI. V et T. E. Mionnet, Description de medailles antiques grecques et romaines IV, Paris 1839,455. 2 E. Q. Visconti, Iconographie grecque II, Milan 1825, ch. XII, 4, 336-9, PI. XVI. 3 F. de Saulcy, Le roi Abdissar, Bulletin archeologique de
Iraq LVIII (1996)
Type 2 Dr.: Rv.:
/'A thenaeum francais 12, dec, 1855, 101. 4 V. Langlois, Numismattque de l'Armenie dans l'Antiquite, Paris 1859, 15-20, PI. I. 50. Blau, Zwei Mithridate von Armenien, ZfN 7, 1880, 33-9. 6 E. Babelon, Les rois de Syrie, d'Armenie et de Commagene, Paris 1890, CXCIV, 211-12, PI. XXIX. 7 P. Bedoukian, Coinage of the Armenian Kingdoms of Sophene and Commagene, A NSMN 28, 1983, 77, 85 et PI. 12.
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Type 3
Dr.: Rv.: Idem. BAI:IAEOI: (en haut, de g. dr.) - AB,0.II:I:APOY (en bas, de g. dr.). Tete de cheval bride a dr. a-Paris, BN (l,85g-12h: V. Langlois, 1859, PI. I, n° 9; E. Babelon, 1890, PI. XXIX, n° 5; voir aussi, pour Ie revers seulement, D. Sestini, 1805, PI. V, n° 10 et E. Q. Visconti, 1825, PI. XVI).
a
a
Les illustrations (Fig. I) reproduisent la plupart des exemplaires mentionnes ci-dessus. II a egalement paru eclairant de reproduire certaines gravures tirees d'ouvrages anciens. Chacun pourra ainsi prendre la mesure de la fidelite a l'original. Qui etait Abdissares? OU et quand a-t-il regne? Avant de faire connaitre un document inedit qui jette une lumiere considerable sur ces problemes, il est utile de presenter l'historique des principales eta pes de l'etude de ce monnayage. Ces monnaies ont toujours ete classees dans la suite des rois d'Arrnenie. II revient a E. Q. Visconti d'avoir Ie premier, en 1825, fait Ie rapprochement entre les monnaies de cuivre d' Abdissares et celles de Xerxes.8 De fait, on ne peut qu'etre frappe par la similitude entre les effigies royales au dr.: meme type de tete barbue a dr., me me presence d'un grenetis et, surtout, merne type de "tiare" ouverte sur Ie cote et ceinte d'un diademe. Ce type precis de "tiare" n'est d'ailleurs represente que sur les monnaies de ces deux seuls rois. Poussant plus loin, Visconti faisait egalement Ie rapprochement entre Ie Xerxes de ces monnaies et celui mentionne par Polybe. Celui-ci no us informe du siege qu'Antiochos fit de la ville d'Armosata, capitale du roi Xerxes, laquelle etait situee dans la region appelee la "Belle Plaine", entre l'Euphrate et Ie Tigre.9 Pour Visconti, il s'agissait d'Antiochos IV et Xerxes aurait ete Ie pere d' Abdissares, En 1855, F. de Saulcy publiait un cuivre de grand module (1.1a) achete a Mossul dans Ie meme temps qu'il insistait sur l'origine semitique du nom Abdissaries). 10 Quelques annees plus tard, en 1859, V. Langlois, reconnaissant lui aussi l'origine semitique des noms Xerxes et Abdissaries), concluait que I'Arrnenie, dont la langue est indo-europeenne, avait probablement du etre sous controle etranger cette epoque. A I'instar de Visconti, il y ajoutait des considerations mettant en relation les types monetaires de I'aigle et du cheval avec I'histoire de I'Arrnenie. En 1880, O. Blau, sur la base d'un fragment meconnu de Johannes Antiochenus, I I identifiait plus surement Ie roi de Syrie evoque par Polybe avec Antiochus III Ie Grand. Pour lui, les monnaies de Xerxes et d' Abdissares avaient du etre ernises, non pas en Arrnenie du Nord, mais vers Ie sud, en Mesopotamie.'? En 1890, E. Babelon proposait d'inverser l'ordre habituellement suivi en faisant d'Abdissares Ie pere de Xerxes. II donnait surtout la meilleure lecture jusqu'ici rapportee pour les pieces du type 2: "BAI:IAEOI: (a dr.) AB,0.II:I:APOY (a g.) Dans Ie champ, a gauche, des lettres frustes: ... ,0.AI. .. (?)." 13 Nombreux sont ceux qui continueront neanrnoins repeter que I'on trouve Ie mot "BAI:IAEOI:" dans Ie champ g. du revers. II faudra attendre pres d'un siecle pour qu'un nouveau progres soit enregistre avec la publication en 1983 d'un article important de P. Bedoukian. Pour la premiere fois, une distinction est faite entre les dynastes d' Armenie, de Sophene et de Cornmagene, Bedoukian ecrit: "Perhaps the greatest single obstacle in studying the coinage of Sophene and related Armenian principalities has been the prevailing opinion that Sophene and Greater Armenia were governed by the same family of rulers.T'" De fait, pour qui voudra s'en convaincre, la liste des pretendus souverains armeniens telle que l'avait publiee J. de Morgan parait irrernediablement surencombree. 15 Reprenant Ie probleme a la lumiere des fouilles faites en Commagene.l" P. Bedoukian s'est propose de classer Abdissares parmi les rois de Sophene, vers 210 avo J.-c.J7
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E. Q. Visconti, 1825, 332-9. Polybe, VIII, 23. 10 F. de Saulcy, 1855, 101. II Voir Ch. Muller, Fragmenta Historicorum Graecorum IV, Paris 1851, 557, fgmt 53. 12 O. Blau, 1880, 33-9. 13 E. Babelon, 1890,212 et PI. XXIX, n" 4. Cette lecture arneliorait celie de T. E. Mionnet, 1839, 455: "BA~J. .. AB~I~~AP ... ~APAB ... ". 14 P. Bedoukian, 1983,72. 15 J. de Morgan, 1923-36, 189-90.
8 9
16 F. K. Dorner et R. Naumann, Forschungen in Kommagene (lstanbuler Forschungen 10), Berlin 1939; F. K. Dorner er T. Gall, Arsameia am Nymphaios, Wiesbaden 1963; J. Wagner, Seleukeia am EuphratjZeugma, Wiesbaden 1976; W. Hopfner, Arsameia am Nymphaios (lstanbuler Forschungen 33), Tubingen 1983. 17 On trouve deja, au conditionnel, cette hypothese chez A. Baumgartner, s. V. Abdissares, RE 1894, 26-7: "Konig wahrscheinlich in Sophene und Klein-Arrnenien und am ehesten Vater desjenigen Xerxes, der 215 mil Antiochos III, zu Armosata einen Frieden schloss".
ABDISSARES
L'ADIABE
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1.1a
1.1 a: de Saulcy
1.1 a: Langlois
1.1 b
1.1 d
1.2a
2.2a 2.1a
2.2a: Sestini
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,.~! t'Ii ~ ~
2.2a: Langlois 2.2b
» . ,.,
2.2a: Visconti
3a
3a: Sestini
3a: Visconti
3a: Langlois
Fig. I
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Or Ie Cabinet des Medailles de Bruxelles a recemment fait l'acquisition d'une piece exceptionnelle concernant ce roi Abdissares (2.1b-Bruxelles, CM, inv. n° II, 81.698: 6,82g-190-12h). II s'agit d'un cuivre de grand module du type 2 dont Ie revers presente I'inscription: [BAl:]IAE[Ol:]1 [AB]6Il:l:APOY (a dr., de haut en bas) - [A]6AIABHNOY (a g., de haut en bas). Cette piece permet pour la premiere fois de lire nettement I'inscription situee dans Ie champ g. du revers. Celle-ci se lit ]6AIABHNOY et il est peu douteux qu'il faille y lire Ie mot A6AIABHNOY, soit la mention de l'Adiabene.18 La legende complete proclame "du roi Abdissares l'Adiabenien". II faut done, a posteriori, rendre justice aux lectures de T. E. Mionnet (" ... 6APAB. .. ") et de E. Babelon (" ... 6AI. .. ") qui etaient dans la bonne voie. Inversement, il faut donner tort a ceux qui ont propose, contre tout usage, de lire Ie mot BAl:ILEOl: dans Ie champ g. du revers. 19 L'interet historique de ce document est de premier ordre puisque, jusqu'a ce jour, on ne disposait d'aucun ternoignage numismatique concernant I'existence d'un royaume en Adiabene a cette epoque. L'Adiabene, aujourd'hui Ie Hadjab, est cette region dont Ie coeur est forme par les terres situees entre les cours du Petit Zab et du Grand Zab (Ie Diabas et l'Adiabas dans l'Antiquite), tous deux afHuents du Tigre.20 L'Adiabene fut un temps Ie centre de I'Assyrie historique avec la grande cite de Ninive. Pour l'epoque hellenistique, c'est en Adiabene que furent livrees les batailles d'Arbeles et de Gaugamele." Selon Strabon, quoique faisant partie de la Babylonie, l'Adiabene avait un gouverneur independant.v' Quant a Plutarque, il nous apprend que, lors de la bataille de Tigranocerte qui opposa en 69 avo J.-C. les legions de Lucullus aux troupes de Tigrane Ie Grand, ce dernier n'hesita pas a confier Ie commandement de son aile gauche au roi d' Adiabene.v' La grande ville actuelle de la region est M ossoul et il est particulierernent satisfaisant de noter que la seule provenance donnee pour un cuivre d'Abdissares renvoie precisement a cette cite.24 Jusqu'a tout recemrnent, les ouvrages de numismatique etaient testes muets sur Ie royaume d'Adiabene, aucune piece n'ayant ete attribuee a un roi de cette region. Or, independarnment de la piece publiee dans cet article, un autre document important a permis dernierement d'assortir I'histoire de ce royaume d'un volet monetaire, II s'agit d'un cuivre au nom du roi Monobazos date de l'annee 332, de l'ere seleucide plus que vraisemblablement et done de 20/21 ap. J.-C. (Fig. 2:4).25 Ce Monobazos est evidemment Ie meme que Ie roi d'Adiabene du merne nom mentionne par Flavius Josephe.i" Abdissares avait donc ete range avec les rois d'Arrnenie par presque to us ceux qui I'avaient considere.i" On a rappele la difficulte linguistique de cette supposition: a savoir un nom sernitique pour Ie roi d'un peuple indo-europeen. Seuls A. Baumgartner et P. Bedoukian en ont fait un dynaste de Sophene. " L'effort d'attribution de P. Bedoukian, en vue de simplifier Ia sequence arrnenienne, est tres remarquable. II faut bien voir cependant que son etat de la question est fortement dependant des recents progres de la recherche. Si les dernieres decennies ont permis de nettement mieux comprendre I'histoire du royaume de Commagene.i" Ie brouillard reste epais, en revanche, pour la Sophene. De la, sans doute, cette impression de desequilibre entre les trois rois mentionnes pour la
18Considerant la place du debut de la legende [AB]tJ.IEEAp·y (a dr.), il faut de fait restituer une lettre avant tJ.AIABHNY (a g.). 19D. Sestini, 1805, 104 ("AEIAE"); E. Q. Visconti, 1825, 338 (",BAEIAEw,") et V. Langlois, 1859, 18 C'·BAEIAE[flE]"). 2oVoir S. Fraenkel, s. v. Adiabene, RE 1894, 360. Sur l'etyrnologie du mot Adiabene, voir Ammien Marcellin, XXIII, 20-1. 21Voir Strabon, XI, 14. 12 (530); XVI, I. I (736), I. 18-19 (745); Pline, NH, V, 13.66; VI, 9.25, 10.27-8; 16.41-2 (incluant la ville de Nisibis en Adiabene), 17. 44, 29. 114; Ammien Marcellin, XXIII, 20-2. 22Strabon, XVI, I. 19. 23Plutarque, Vie de Lucullus, 27. 5. D'un point de vue geographique, il apparaitra normal en tout cas que Tigrane ait confie l'aile droite au roi de Medie et l'aile gauche a celui d'Adiabene. 24F. de Saulcy, 1855, 101: "Je dois l'amitie de M. Victor Place, naguere consul de France Mossoul, la possession d'une rare rnedaille que je crois encore inedite, " 25 La piece a ete vendue par la maison Bankhaus H. Aufhauser (Munich), 7, 9-10 oct. 1990, n° 289 (6,55g: "Von griisster Seltenheit, unpubliziertes Unikum. Erste bekannte Pragung der Konige von Adiabene"). Voir D. Hendin, Monobaz I founded great Jewish royal family, The Celator, Janvier 1991, 34. 26 Flavius Josephe, GJ, II, 520 et V, 252, et AJ, XX, 93. 27Plusieurs etudes historiques recentes ont repete cette attribution (c. Toumanoff, Studies in Christian Caucasian History, Georgetown 1963, 282-94 [passim] et D. M. Lang, Armenia. Cradle of Civilization, Londres 1970, 124-5 [qui cite Xerxesj). 28A. Baumgartner, 1894,26-7 et P. Bedoukian, 1983,77. 29Outre les etudes citees la note 16, voir aussi R. D. Sullivan, Diadochic Coinage in Commagene after Tigranes the Great, NC 1973, 18-39, PI. 14 et idem, The Dynasty of Commagene, ANRW II (8) 1977,732-98 et O. Lange, Die M unzen der Konige von Kommagene, M M B 25 (144) 1985, 2091-101.
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L'ADlABENIEN
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2.1 b
2.1b (x3)
4
4 (x3)
5
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Fig. 2
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Commagene et les neuf pour la Sophene. Cela arnene it suspecter qu'il faille en realite affiner encore les attributions concernant la Sophene. Abdissares se dit provenir d'Adiabene. De ce fait, la difficulte de son nom sernitique s'estompe grandement puisque, ainsi que nous I'apprend Strabon, les Arabes dits scenites occupaient jusqu'a cette regionr'" Toutefois, on ne connait pas d'autre exemple d'un roi de la peri ode hellenistique qui ait mentionne sur ses monnaies Ie territoire dont il etait issu. Les rois hellenistiques se disent grands, evergetes ou nicephores; ils aiment leurs peres et meres; ils sontjustes, epiphanes, etc .... lis peuvent etre rois des rois mais jamais rois d' Arrnenie, de Cappadoce ou de Syrie. Des lors, la mention exceptionnelle de l' Adiabene sur certains cuivres d' Abdissares fait supposer une situation exceptionnelle rendant necessaire pour ce roi de specifier ce qui serait reste peu compris ou admis autrement. La situation fait penser it celie des rares marques de valeurs que l'on rencontre sur les monnayages grecs dont on sait qu'elles ont generalement ete apposees precisement pour indiquer que Ie systeme venait d'etre modifie, Abdissares I'Adiabenien a-t-il gouverne sur un autre territoire que I'Adiabene? II est impossible de Ie prouver. Quoique ce type d'argument puisse se reveler specieux, on notera neanmoins it ce sujet l'existence de cuivres de meme module et de memes types dont certains mentionnent l'Adiabene et d'autres pas. D'autre part, me me si Pline va jusqu'a placer la ville de Nisibis en Adiabene;" il ne parait pas que les cites de Samostate ou d'Arsamosate aient jamais fait partie de cette region. Que penser des lors du texte de Poly be qui dit que Xerxes avait sa capitale it Armosata [sic!], ville situee dans la "Belle Plaine" entre Ie Tigre et l'Euphrate. L' Armosata de Polybe doit-elle, comme il est generalernent admis, etre identifiee avec Arsamosate'i+' II semblerait que oui. Xerxes, qui y regnait, est qualifie de "dynaste arrnenien" par Johannes Antiochenus et la Xerxene, toute proche, lui doit peut-etre son nom. Quoique les types de revers et la fabrique soient differents, la similitude de portraits entre les monnaies de Xerxes et celles d'Abdissares est trop forte pour imaginer que ces deux rois soient sans rapport. Si l'on pouvait etre sur que tous les liens sont contraignants, il faudrait alors en conclure que Abdissares n'aurait pas regne que sur la seule Adiabene, Mais, precisement, Ie Xerxes d' Armosata est-il Ie meme que celui des monnaies? La certitude n'est pas acquise. En revanche, l'etude iconographique parait devoir en trainer une presornption generale sur la situation politique d' Abdissares et de Xerxes. Les types de revers des monnaies de ces deux rois sont les suivants: Abdissares: Xerxes: Aigle debout it dr. Tete de cheval avec mors it dr. Athena nicephore assise it g. (Fig. 2:5)33 Nike marchant it g. tenant une couronne dans la dr. (Fig. 2:6)34 Athena debout it g. tenant une couronne dans la dr. (Fig. 2:7)35
En depit d'inevitables variantes de details, tous ces types sont manifestement d'origine hellenistique. lis appartiennent merne, si I'on met de cote la tete de cheval it dr., au repertoire Ie plus banal de cette periode. Aucun element de cette iconographie ne semble pouvoir etre interprete dans Ie sens d'une origine locale comme c'est Ie cas pour certains types iconographiques de presque tous les autres dynastes classes en Sophene par P. Bedoukian.i" II est tentant dans ces conditions de voir dans ces deux rois des dynastes sous controle seleucide. Le type de I'aigle est commun. La plupart du temps, cornme sur les innombrables series ptolemaiques, il est represente debout it g. sur un foudre. II est ici debout it dr. sur une ligne de terre. Des aigles debout it dr. se rencontrent sur les monnaies seleucides.V Le type de la tete de cheval est plus rare et plus proprement seleucide. II apparait sur une serie
Strabon, XVI, I. 8. Pline, NH, VI, 16.42. 32 Sur Arsamosate, voir A. Baumgartner, s. v. Arsarnosata, RE 1896, 1271. Outre Polybe (VIII, 23), voir Ptolernee, V, 12.8, ligne 10 (avec la localisation precise d'Arsamosate: voir Ch. Muller, Claudii Ptolemaei. Geographic II, Paris 1841, 946 et note); Pline, N H, VI. 26 (en Grande. Armenie, pres de I'Euphrate) et Tacite, Annales, XV, 10. 33 P. Bedoukian, 1983, PI. II, n? 10.
30 31
V. Langlois, 1859, PI. I, nO 6. R. Sear, 1979,689, n" 7313. 36 P. Bedoukian, 1983,82-8 et PI. 11-12: Arsarnes I (types 2 et 3), Arsarnes II (type 6), Zariadres (type 18) et Morphilig (type 19). 37 Voir H. Houghton, Coins of the Seleucid Empire from the Collection of Arthur Houghton, AC AC 4, New York 1983, n? 117-23 (Seleucos IV [187/175 avo J .. c.] Antioche) et 609-10 (Achaeos [220-215 avo J .• c.] Sardes).
34 35D.
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L'ADIABE
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d'emissions de Seleucos I Nicator ainsi qu'a quelques reprises chez ses successeurs" Toutefois, tel qu'il est represente sur 1es cuivres d' Abdissares, a savoir la tete sans I'encolure, Ie motif rappelle davantage peut-etre la tete d'elephant qui figure sur certains cuivres de Seleucos IV Philopator ou de Demetrios I Soter, 39 Athena nicephore assise sur son trone a g. est Ie type popularise par les tres abondantes emissions de Lysimaques. S'il s'agit bien d'un des types hellenistiques les plus courants, ce motif est quasiment absent du repertoire seleucide.t" Le type de la Nike marchant a g. et tenant une couronne dans la dr. qu'elle pose au-dessus du nom du roi est un des plus repandus a travers Ie monnayage seleucide.": La representation d' Athena deb out a g. est egalement extremernent frequente, quoiqu'elle tienne generalernent une Nike dans la dr. et non une couronne. Xerxes et Abdissares ont done puise a la source hellenistique pour Ie choix de leurs types monetaires. On echappe difficilement a I'impression que leurs cuivres devaient apparaitre aux yeux des utilisateurs de l'epoque comme inspires du royaume seleucide voisin. Cette nette influence parait inscrire l'Adiabene dans I'orbite du grand royaume seleucide. Le texte de Polybe, deja cite (VIII, 23), etablit du reste cette influence: Antiochos a entrepris Ie siege d' Armosata pour obliger Xerxes a payer Ie tribut que son pere lui devait deja, L'accord passe entre les deux prevoit que, centre versement imrnediat de 300 talents et de \,000 chevaux, Xerxes serait confirrne dans ses droits souverains. II ne faudrait pas, pour autant, deduire de cette seule influence iconographique sur les monnaies un lien strict de dependance, II est interessant d'observer a ce propos que les types retenus par Xerxes sont, a peu de choses pres, ceux retenus egalement par les rois de Cappadoce du deuxierne siecle av, r.vc.: Athena nicephore assise a g, pour Ariarathe IV; Athena nicephore debout a g. a partir d'Ariarathe V et la Nike a g, brandissant une couronne dans la droite pour Oropherne. Abdissares se presente donc comme un roi barbu42 dont Ie nom est d'origine semitique et I'iconographie tournee vers les Seleucides, II se declare en outre adiabenien. Toutes ces raisons paraissent confirmer ce qu'avait deja ecrit P, Bedoukian: Abdissares n'est pas a c1asser parmi les rois d'Armenie. D'ailleurs, la coiffe d'Abdissares sur ses monnaies n'est sans doute pas une tiare, ainsi que - a I'exception d'un seul - tous les auteurs ont fait chorus pour Ie repeter, et encore moins une tiare armenienne.P J, de Morgan est Ie seul qui parle de bonnet satrapal." En depit du nombre, il me parait probable qu'il faille lui donner raison, De fait, cette coiffe ouverte sur Ie cote ne semble pas posseder la structure rigide d'une tiare, On imagine plutot une structure souple comme en ont les bonnets satrapaux. D'autre part, Ie meilleur parallele pour les coiffes d'Abdissares et de Xerxes n'est pas a chercher panni les souverains d'Armenie.f On trouve des exemples plus proches sur les cuivres d'Arsames I et 11,46 Je me demande cependant si Ie meilleur exemple n'est pas fourni par les tetradrachmes de Bagadat 1 de Perside
Voir, entre autres, H, Houghton, 1983, n" 968 (Seleucos II du Tigre) et 1284-5 (Antiochos I Bactres) ou G, Le Rider, Suse sous les Seleucides et les Parthes. Les trouvailles monetaires et l'histoire de fa ville, Paris, 1965, 59, PL 4, n? 47 (bronzes de Seleucos IV it Suse) et surtout I'index p, 465, 39 D, R, Sear, 1979, nO 6972 (Seleucos IV) et n? 7028 (Demetrios I), 40 Seule une emission de tetradrachrnes d'Antiochos VII frappee Soli y recoure (H, Houghton, The Royal Seleucid Mint of Soli, NC 149, 1989,30-1, PL 10, n° tt. Id" 1983, n? 528-9), D'autres tetradrachmes realises it Soli pour Ie compte d' Alexandre Balas et de Dernetrios II (premier regne) presentent au revers une Athena-Tychef") nicephore (A, Houghton, 1989, 28-9, PL 10, n° 72 et 74), On connait egalement quelques bronzes emis it Suse so us Antiochos III qui figurent une Athena assise it g, tendant dans la dr. une couronne (G, Le Rider, 1965,53-4 et PL 3, n" 30-1), Enfin, sur des bronzes de Dernetrios I de Seleucie du Tigre, on reconnait une Athena assise it g. tenant une lance (G. Le Rider, 1965, 145-6, PL 28, nO 308). 41 Voir A. Houghton, 1983, nO 51, 199-203,251, 268-71, 291,309,338-43, 345,359-60, 366, 375, 398 (Tigrane),4345,476-8,586,626-7,667-8,766,885-6,995,1020,1156-7, 1174-5,1207,1231-8 et 1318.
a Seleucie
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42 Le critere de la barbe doit evidemment etre manic avec la plus grande prudence. La barbe comme symbole de puissance semble toutefois caracteriser davantage l'horizon situe au sud-est de l'Arrnenie: presque tous les rois parthes et d'Elymaide sont barbus com me tous les rois de Characene et de Perside. Quoique generalernent imberbes, les rois seleucides portent parfois la barbe. II est remarquable que Tigrane Ie Grand d'Arrnenie ne soit jamais represente barbu sur ses monnaies une epoque ou tous les souverains des royaumes evoques Ie sont. 43 J. Eckhel, 1794, 203 (,'tiara"); D. Sestini, 1805, 104 ("tiara armeniaca"); E. Q. Visconti, 1825,336 ("tiare"); F. de Saulcy, 1855, 101 ("tiare"); V. Langlois, 1859, 18 ("tiare arrneniaque"); E. Babelon, 1890,211 ("tiare arrnenienne"); E. Babelon, 1936, 38 ("tiare arrnenienne") et P. Bedoukian, 1983, 85 ("folded tiara"). 44 J. de Morgan, 1923-36, 192. 45 Sur la tiare arrnenienne, voir J. Young, Commagenian Tiaras: Royal and Divine, AJA 68,1964,29-34, PL 11-12 (29: "I use the term tiara broadly to indicate any high Iranian cap equipped with lappets and neckpiece") et Y. T. ercessian, The Evolution of the Armenian Tiara, Armenian Numismatic Journal XI (I), 1985, 2-12, PIs. 1-2. 46 Voir P. Bedoukian, 1983, PL II.
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F. DE CALLATAY
(c. 220 avo L-c.jFig. 2:8).47 Certes, 1a region est assez eloignee mais on retrouve, semble-t-il, Ie meme systeme d'enroulement. En tout cas, Ie type de coiffe representee sur les cuivres d'Abdissares se distingue assez nettement des quatre modeles definis avec beaucoup de clarte par J. Young pour la Commagene." En faire un type intermediaire de l'evolution menant :i la tiare armenienne des monnaies de Tigrane Ie Grand ne rend absolument pas justice :i l'originalite de la forme.49 Tant par leur structure que par leur decoration.i" il s'agit de deux coiffes differentes. Le document presente ici jette done un pont, en quelque sorte, entre numismates, qui connaissaient Abdissares mais pas I' Adiabene, et historiens des sources ecrites, qui connaissaient l'Adiabene mais pas Abdissares. La question de la datation du regne d'Abdissares n'est, quant a elle, pas resolue: fin du troisieme siecle avo L-C., si on lie ce roi au Xerxes du texte de Polybe, ou deuxieme siecle voire merne debut du premier siecle avo J.-c.? L'histoire de l'Adiabene demeure trop peu connue pour pouvoir trancher.i"
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R. Sear, 1979,572, nO6185.
J . Young, 1964, PI. II.
Contra Y. Nercessian, 1985. La presence de pierres precieuses sur la coiffe d'Abdissares me parait tres discutable (Y. Nercessian, 1985, 4: "Precious stones are seen for the first time on the crown of Abdissares ... , one row of pearls(?) at the bottom ... "). 51 Ma reconnaissance va d'abord a G. Le Rider dont les
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conseils ont permis d'arneliorer certains passages de cet article. Cet article a egalement pu compter sur l'aide efficace de C. Arnold-Biucchi (American Numismatic Society, ew York), D. Gerin (Bibliotheque Nationale, Paris), H.-D. Schultz (Staatliche Museen, Berlin) et U. Wartenberg (British Museum, Londres), qui ont eu la gentillesse de me fournir des moulages ou des photographies des monnaies dont ils ont la charge. Qu'ils en soient vivernent rernercies,