Les tétradrachmes de Lysimaque frappés à Callatis more

Studii si Cercetari de Numismatica (Bucarest), XI (Omagiu lui Constantin Preda la 70 de ani), 1995 (1997), p. 55-58.

STUDII $1 CERCETARI DE MISMATI OMAGIU LUI CONSTANTIN PREDA LA 70 DE ANI VOLUMUL XI (1995) EXTRAS EDITURA ACADEMIEI ROMANE Les tetradrachmes de Lysimaque frappes a Callatis Francois DE CALLATAY II existe un tres petit nombre de tetradrachmes aux types de Lysimaque, emis a 1'evidence bien apres sa mort, qui prcsentent au revers les lettres KAA sous le trone d'Athena. Ces tetradrachmes sont, pour cette raison, traditionnellement attribues a la cite de Callatis, quoique, anciennement, ils aient parfois ete donnes a Calcedoine. En fait de litterature specifique consacree a ces monnaies, on ne peut citer qu'un court passage dans un article de Kurt Regling publie en 19281. L'acquisition recente par le Cabinet des Medailles de Bruxelles d'un nouvel exemplaire pousse a reprendre le dossier. Sans pretendre etre exhaustif et en esperant que cette publication contribuera a en faire connaltre d'autres, je ne connais que six exemplaires pour cette serie2. En voici la rapide etude de coins: Droit: Tete d'Alexandre le Grand a dr. II porte le diademe orne des comes d'Amon. Revers: BAXIAEQIi (a dr., de haut en bas) - AYLIMAXOY (a g., de haut en bas). Athena assise a g. Casqucc, vetue du chiton et de l'himation, elle fait reposer son coude g. sur son bouclier tandis qu'elle presente dans la dr. une Nike qui couronne le nom de Lysimaque. Monogramme dans le champ interieur g. KAA sous le trone. Trident, dents a g., ome de deux dauphins a l'exergue. Monogramme fl" dans le champ g. 1-D1 Rl a New York, ANS, 1908, 115.7 (16,71 g 37 0 12 h: moulage endommage a Paris [coll. H. Seyrig])3. Monogramme f$J dans le champ g. 2D2 R2 a Gotha, - (16,68 g - 35 0 - 12 h: moulage a Paris fcoll. H. Seyrig]). Monogramme tfT dans le champ g. 3 D3 R3 a Paris, BN, 1956/20 (16,71 g - 35 0- 12 h). Monogramme f$J dans le champ g. 4- D3 R4 a Berlin, 1910/68 (16,73 g - 34 0 - 12 h = K. Regling, Klio, 22(3), 1928, p. 301). Monogramme "r?f dans le champ g. 5- D4 R5 a New York, SNG B. Y. Berry, n° 415 (16,71 g 35 0 - 12 h = B. Y. Berry, A Numismatic Biography, Lucerne, 1971, p. 63, n° 339: moulage a Paris [coll. H. Seyrig]). Monogramme feO£ dans le champ g. 6- D5 R6 a Bruxelles, Cabinet des Medailles, Inv. II 81.453 (16,57 g - 32 0 - 12h = Peus [Francfort], 337, 3 9 nov. 1993, n° 70 [16,58 g]). L'ordre de presentation de ce classement est, faute de mieux, d'abord fonde sur le style. Ces six tetradrachmes offrent de fait des paralleles parfois etroits avec les lysimaques emis a Byzance qui, eux, se laissent dater avec une assez bonne precision en fonction des tresors. 1 K. Regling, Klio, 22 (3), 1928, p. 301-302. Voir aussi les quelques lignes ecrites par le meme auteur dans B. Pick et K. Regling, Die antiken Miinzen von Dacien und Moesien, I, 2, Berlin, 1910, p. 603, note n" 2. 2 K. Regling (voir supra) ne connaissait que irois exemplaires: les n°* 1 (New York = consul Weber tres probablement), 2 (Gotha) et 4 (Berlin). 3 Acquis en 19CS, cet exemplaire est sans doute celui de la collection Weber vendue la meme annee (voir K. Regling, Klio, 22(3), 1928, p. 301 et le catalogue J. Hirsch, Munich, XXI, 1908, n° 1016: tetradrachme de Callatis non illustre). SCN, XI, Bucuresti, 1995, p. 55 -58 56 FRANCOIS DE CALLATAY 2 On placera ainsi en tete les exemplaires conserves a New York et a Gotha (nos 1 2). Ceux-ci sont caracteristiques des lysimaques byzantins retrouves dans une serie de tresors enfouis vers 150 av. J.-C: Ma'Aret En-Nu'man 1980 (162 av. J.-C.)4, Babylone (IGCH 1774: c. 155-50av. J.-C.)5, Trapezonte (CH II 89: c. 150 av. J.-C.)6, Anatoliedu Sud 1964 (IGCH 1432: c. 150av. J.-C.)7, Grece du Nord (IGCH 481: c. 150av. J.-C.)8. H. Seyrig place vers 195 av. J.-C. le debut de cette emission de lysimaques byzantins au trident9. Cette datation est en parfaite coherence avec les enseignements du tresor de Mektepini qui comprend quelques specimens parmi les premiers frappes pour cette emission et dont l'cnfouissement est situe vers 190 av. J.-C. (IGCH 1410)10. Nos deux exemplaires de Callatis sont toutefois plus tardifs. A en juger d'apres les paralleles byzantins, ils ont probablement ete emis entre 180 et 160 av. J.-C. Comme les tetradrachmes realises a cette epoque pour le compte de Byzance, ils presentent en effet, au revers, un trident et des lettres (KAA) de grande dimension et, au droit, une chevelure a larges meches qui contrastent avec les meches plus courtes et plus compactes des series anterieures. Concernant cette periode (c. 180-160 av. J.-C.) et ces deux tetradrachmes, on fera encore un commentaire qui devrait asseoir de maniere definitive l'attribution a Callatis de ces lysimaques. C 'est que la ville de Calcedoine, seule alternative possible et jamais invoquee pour ces monnaies, a emis au meme moment une serie de tetradrachmes aux types de Lysimaque11. Ces derniers presentent, a l'exergue du revers, les lettres KAA ou, apres et plus souvent, KAAXA et un epi de ble, soit les preuves indubitables de leur origine calcedonienne12. II serait bien extraordinaire dans ces conditions qu'il faille egalement donner a Calcedoine le groupe de lysimaques qui nous retient. En revanche, les lysimaques frappes a Calcedoine ne font pas figurer de trident a l'exergue. La presence d'un trident orne de dauphins ne se trouve, a ma connaissance, que sur les tres nombreux lysimaques frappes a Byzance apres 195 av. J.-C. ainsi que sur ceux, tres rares, emis par la cite de Chersonese (taurique) vers 160 av.J.-C.n. On voit par la que, d'un point de vue g6ographique, la cite de Callatis, situee a mi-chemin virtuellement entre Byzance et Chersonese, fait bien l'affaire pour avoir represente un trident sur ses lysimaques. Ces deux considerations, la premiere surtout, rendent quasi-certaine l'attribution a Callatis des lysimaques avec KAA. II faut plus que probablement supposer un intervalle de temps entre la frappe des deux premiers lysimaques de Callatis et celle des quatre derniers. Toujours selon le temoignage des monnaies byzantines, le style et les tresors y invitent en effet. Par le style, si les deux premiers tetradrachmes appartiennent au groupe 1 tel que defini par M. J. Price, les quatre derniers relevent du groupe 214. Ce groupe 2, caracterise par une tete de plus petite dimension, semble avoir etc frappe a la fin du IIe s. et au cours de la premiere decennie du Ier s. av. J.-C. Les tresors qui en contiennent des exemplaires n'ont pas ete enfouis, en tout cas, avant le debut du Ier s. av. J.-C.15 de sorte que Ton enregistre une nette coupure de circulation entre ces deux groupes. 4 H. B. Mattingly, The Ma'Aret En-Nu'man Hoard, 1980, dans Essays in Honour of Robert Carson and Kenneth Jenkins, Londres, 1993, p. 69-86, pi. 17 19 (datation: p. 82-83). 5 K. Regling, ZfN, 38, 1928, p. 92- 132, pi. 8-13 (datation: p. 100). 6 C. Boehringer, RNS, 54, 1975, p. 37-64 et pi. 2-10 (datation: p. 51-52). 7 Idem, Zur Chronologie Mittclhellenistischer Munzserien 220 160 v. Chr, Berlin, 1972, p. 180 182, pi. 38-39. s M. Thompson, ANSMN, 12, 1966, p. 57-63, pi. XXII- XXVI (datation: p. 63). Une datation plus tardive de quelques annees parait plus pertinente (C. Boehringer, op. cit. supra note 7, p. 112, note 8). 9 H. Seyrig, Monnaies hellenistiqucs de Byzance et de Calcedoine, dans Essays in Greek Coinage Presented to Stanley Robinson, Oxford, 1968, p. 183-200, pi. 23-25 (datation: p. 194). 10 N. 01i;ay et H. Seyrig, Le tresor de Mektepini en Phrygie, Paris, 1965. " Voir le tresor d'Anatolie du Sud 1964 (IGCH 1432) dont il est question plus haut (C. Boehringer, op. cit. supra note 7, pi. 38, n°s 4 5 [Byzance] et n° 6 [Calcedoine] et H. Seyrig, op. cit. supra note 9, p. 197, pi. 25, n° 31). Constantin Marinescu prepare une publication majeure sur cette serie de lysimaques. On connait pour celle-ci un minimum de 12 noms de monetaires. Voir aussi F. de Callatay, Revue Archeologique, 1995, 1, p. 23-37. 12 A la suite de L. Miiller (Die Muhzen des thrakischen Konig Lysimachos, Copenhague, 1858, n° 257), les tetradrachmes avec KAA et un epi de ble ont parfois ete donnes par erreur a Callatis (voir D. R. Sear, Greek Coins and Their Values. Vol. 1; Europe, Londres, 1978, p. 165, n° 1662). 13 Voir C. Boehringer, RNS, 54, 1975, p. 40, n™ 11-12, pi. 3, n° 11. 14 M. J. Price, NC, 8, 1968, p. 1-12, pi. 1-4. 15 Par exemple, P. Pollak, ANSMN, 16, 1970, p. 45-56, pi. 6-15 LfcS ThTRADRA< HMES DL J.YSIMAQUK A CALL AXIS PI. 1. Tetradrachmes <Je Lysmiaquc fiappes & Catlatis (at* 1-6) et a Byzance (A~C), 58 FRANCOIS DE CALLATAY 4 Pour ce qui est des quatre demiers tetradrachmes, deux ont ete frappes avec le meme coin de droit (n08^ 4: Paris et Berlin) et doivent, peut-etre, etre places en premier dans ce groupe 2. A en croire le classement des derniers lysimaques byzantins elabore dans un travail toujours inedit, il faudrait ensuite venir l'exemplaire de la collection Berry a New York (n° 5) et celui recemment acquis par Bruxelles (n° 6)16. Tous les quatre sont typiques, pour Byzance, de la periode c. 110 90 av. J.-C. Si, comme on a tache de le rendre sensible sur les planches, le parallele stylistique entre Callatis et Byzance est saisissant17, aucun des coins de droit utilises a Callatis n'a pourtant, jusqu'a plus ample informe, ete employe a Byzance. Cela n'exclut pourtant pas la possibilite la probabilite meme qu'un graveur travaillant pour Patelier de Byzance soit venu tailler quelques coins pour Callatis. On a egalement montre comment, a Byzance, les poids s'etaient effondres entre le groupe 2, pour lequel la mediane metrologique vaut aux environs de 16,50 g et le groupe 3, pour lequel cette mediane ne vaut plus que 16,00 g a peu pres18. Or, quoique l'echantillon soit evidemment tres limite, on voit que les lysimaques de Callatis se signalent par leurs poids eleve avec un mode a [16,70 - 16,79 g] et une mediane a 16,685 g. Cette situation parait confirmer une datation avant 90 av. J.-C. Assez curieusement, alors que, ainsi qu'il vient d'etre explique, les lysimaques de Callatis se repartissent probablement sur deux periodes de frappe distantes d'un demi-siecle (c. 180-160 et c. 110 90 av. J.-C), le monogramme figure au revers semble, dans quatre cas sur six, etre lc meme. II convient ici de ne pas trop se formaliser a propos de la legere difference de presentation du n° 1 qui doit, je pense, etre attribute a la rapidite d'execution du graveur et n'est done pas a mettre sur le compte d'une volonte de dessiner des monogrammes differents. Seuls, en definitive, les exemplaires de la collection Berry et de Bruxelles attestent des monogrammes clairement distincts. II y a sans doute peu a attendre d'une recherche de monogrammes identiques utilises par d'autres ateliers. Au reste, les trois monogrammes de Callatis ne se retrouvent pas tels quels a Byzance. Avec cinq coins de droit pour six exemplaires seulement, il est bien malaise d'estimer l'importance du volume de ce monnayage. Toutefois, l'absence generalisee de lysimaques de Callatis dans les tresors repertories laisse fortemcnt penser qu'il doit s'agir d'une production limitee. D'un point de vue historique, ces tetradrachmes frappes a deux moments distincts peuvent, bien sur, avoir ete lies a des evenements politiques et meme militaires. II est pour le moins tentant de les lier, pour les premiers (nos 1-2: c. 180 -160 av. J.-C), avec les campagnes de Persee de Macedoine et, pour les suivants (nos 3 6: 110 90 av. J.-C), avec les operations causees par Mithridate Eupator du Pont. Si ces tetradrachmes de Callatis aux iypes de Lysimaque, monnaies de mercenaire par excellence, peuvent peut-etre ou sans doute etre lies a ces contextes, il est juste d'ajouter que, d'un point de vue macro- economique, ces lysimaques de Callatis n'ont, selon toute apparence, pu jouer qu'un role d'appoint dans la circulation de l'epoque19. 4 16 F. de Callatay, Histoire economique et monetaire des guerres mithridatiques, Louvain-la-Neuve, 1988, tome 1A - Les monnaies: commentaires, p. 121-134 et tome IB - Les monnaies: documents, p. 161-176 (these de doctorat). " Les exemplaires byzantins mis en regard des lysimaques de Callatis sont respectivement pour D3: A) Bourgey, Paris, 21-22 juin 1979, n° 54 (16,43 g) = Bourgey, Paris, 24-25 fev. 1983, n° 65; pour D4: 5>Hirsch, Munich, 31, 28-30 mai 1962, n° 71 = Kress, Munich, 17 avr. 1967, n° 263; et pour D5: C) Peus, Francfort, 268, 24-26 avr. 1968, n° 21 (16,94 g) - Kncheldorf, 23, 21-22 juin 1971, n° 20 (16,91 g) = Hirsch, Munich, 82, 13-15 fev. 1973, n° 66 (16,94 g) = Bourgey, Paris, 4 5 avr. 1987, n° 36 (16,92 g). " F. de Callatay, op. cit. supra note 16, tome 1 A, p. 123- 126. " Je tiens a vivement remercier Georges Le Rider qui a eu l'amabilite de lire et d'approuver ce manuscrit.
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