Réflexions sur les ateliers d'Asie mineure d'Alexandre le Grand, dans Trésors et circulation monétaire en Anatolie antique moreM. Amandry and G. Le Rider (eds.), Trésors et circulation monétaire en Anatolie antique, éd. Bibliothèque Nationale de France, Paris, 1994, p. 19-35. |
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Sous la direction de
Michel Amandry
et Georges Le Rider
Tresors
et circulation
v monetaire
en Anatolie
antique
BIBLIOTHEQUE RATIONALE DE FRANCE
Introduction
G. Le Rider et M. Amandry
i
Le tresor de «Nagidos»
E. Levante
Un tresor d'oboles de poids persique au Musee
de Silifke
G. Le Rider
Reflexions sur les ateliers d'Asie mineure d'Alexandre
le Grand
F. de Callatay
Le tresor d'Aydincik 1974
A. Davesne
Le tresor de Oylum Hoyugii
E. Ozgen et A. Davesne
Un lot de drachmes cappadociennes a Kirikhan
(Hatay)
L. Sarac et A. Davesne
Le tresor de Gdktepe
D. Hollard et O. Bingo]
Le tresor d'Ayvagedigi
F. Rebuffat
La circulation monetaire dans le Pont a l'epoque
imperiale a travers les collections numismatiques
du musee de Tokat
VI. Amandn.-. B. Remy et B. Ozcan
ISBN : 2-7177-1897-4
782717
II
718973
Prix :410F
Reflexions sur les ateliers d'Asie mineure
d'Alexandre le Grand
FRANgOIS DE CALLATAY
Conservateur an Cabinet des Medailles (Bibliotheque Royale. Bmxelles)
Le deces de Margaret Thompson est
venu douloureusement frapper le monde de
la numismatique grecque. Cette disparition est
d'autant plus sensible que la grande savante
americaine s'est eteinte sans avoir livre la
totalite de son savoir : son dernier livre - le
deuxieme d'une trilogie - venait a peine d'etre
diffuse lorsque fut connue la triste nouvelle
de son deces. En commentant les resultats de
ses travaux, meme si cela a ete parfois pour
les modifier, cet article se voudrait un vivant
hommage au travail de M. Thompson, sans
laquelle ce qui suit n'aurait pu etre ecrit1.
Margaret Thompson s'etait lancee depuis
de nombreuses annees dans la publication
des ateliers de drachmes dAlexandre le
Grand. Cet interet remonte a l'etude magistra-
le du tresor de Bab qu'elle avait realisee en
compagnie de A.R. Bellinger2. En tant que
conservatrice des monnaies grecques de
{'American Numismatic Society, elle put
ensuite se fonder sur la richesse sans egale de
cette institution pour ce qui concerne les
monnaies d'Alexandre le Grand (le fonds E.T.
Newell) pour s'atteler a un programme plus
ambitieux : la realisation de monographies
pour les sept ateliers dAsie mineure les plus
prolifiques dans la frappe de drachmes. Cette
ceuvre avait ete prevue en trois volumes : le
premier d'entre eux est paru en 1983 et
concernait les ateliers de Sardes et de Milet3.
Le deuxieme, comme il a ete ecrit, vient de
sortir : il traite des ateliers de Lampsaque et
d'Abydos\ Le troisieme volume devait etudier
les ateliers ioniens de Colophon, Magnesie et
Teos. Il etait en outre prevu d'ajouter a ce
troisieme volume un chapitre de synthese qui
insere l'activite des sept ateliers dans leur
cadre historique. Le travail est bien avance et
il serait tres heureux que quelqu'un puisse le
reprendre pour le mener a son termed
S'attaquer aux ateliers dAlexandre situes
en Asie mineure n'est pas precisement eviter la
difficulte. Tout d'abord, le materiel a manipu-
ler est important : Margaret Thompson a recen-
se 965 monnaies pour Sardes, 651 pour Milet,
1.086 pour Lampsaque et 930 pour Abydos.
Encore, sait-on qu'elle n'a pas cherche a etre la
plus complete possible. Elle a utilise les mon-
naies ou les renseignements reunis a l'ANS.
Elle aurait pu doubler ses echantillons en
s'infligeant le depouillement des catalogues de
ventes et en integrant les exemplaires de cer-
taines grosses trouvailles (a commencer par
celle de Meydancikkale)6 ou de collections
publiees (a commencer par celle du British
Museum)7. Les sequences a reconstituer font
ensuite intervenir des series realisees dans dif-
ferents metaux et differents modules. Parmi
cette diversite, deux denominations l'empor-
tent toutefois d'assez loin : les stateres d'or et
les drachmes d'argent. Cela ajoute a la difficul-
te de 1'interpretation puisque le numismate ne
peut esperer, pour ces valeurs, exploiter le
temoignage des tresors aussi precisement qu'il
l'eut fait pour les tetradrachmes.
1. II me faut remercier tout specialement G. Le Rider
et C. Howgego qui ont bien voulu critiquer avec leur
sagacite coutumiere une premiere version de cet
article. Commence a Bruxelles, l'article a en outre pu
etre developpe et termine a Oxford grace a une
bourse genereusement octroyee par l'Ashmolean
Museum (Colin Kraay Visitorship). Que cette institu-
tion et ses conservateurs, plus particulierement M.
Metcalf et C. Howgego, veuillent bien voir ici le
temoignage de ma profonde reconnaissance.
2. M. Thompson et A.R. Bellinger, A Hoard of
Alexander Drachms, Yale Classical Studies, 15, New
Haven, 1955, p. 3-45 et 8 pi.
3. M. Thompson, Alexander's Drachm Mints. I :
Sardes and Miletus, Numismatic Studies, 16, New
York, 1983, p. 1-98, pi. 1-38.
4. M. Thompson, Alexander's Drachm Mints. II :
lampsacus and Abydus, Numismatic Studies, 19, New
York, 1991. p. 1-77, pi. 1-34.
5. Voir cependant l'avis pessimiste exprime dans ANS.
Newsletter, printemps 1992, p. 10.
6. A. Davesne et G. Le Rider, Le tresor de Meydan-
cikkale (Cilicie trachee, 1980). Gulnar II. Paris. 1989 :
Lampsaque = 227 (n' 533-759): Abydos = 144 (n' 763-
906); Teos = 39 (n 920-958); Colophon = 378 (n
960-1337); Magnesie du Meandre = 112 (n 1347-
1458); Milet = 114 (n 1462-1575) et Sardes = 196
(n 1615-1810).
7. M.J. Price, The Coinage in the Name of Alexander
the Great and Philip Arrhidaeus, Zurich/Londres, 1991.
19
TRESORS ET CIRCULA TION MONET AIRE EN ANA TOLIE ANTIQUE
Le merite de Margaret Thompson est
done considerable d'avoir, par ses travaux,
defriche et aplani une terre ingrate. Grace a
eux et aux recentes publications majeures de
G. Le Rider et M.J. Price, il est aujourd'hui
permis d'avancer sur un terrain plus ferme.
IMPORTANCE DANS L'ABSOLU
DES MONNAIES EN OR
La premiere constatation a trait a
['importance en valeur absolue des monnaies
d'or dans la production de ces ateliers.
Constatation de bon sens, certes, qui
n'echappe a personne des lors que I on
affecte les chiffres presentes de leurs coeffi-
cients respectifs et ou Ton se rappelle qu'un
statere d'or vaut 5 tetradrachmes et 20
drachmes. Un tableau sera plus explicite
qu'un long commentaire (n = nombre
d'exemplaires; d = nombre de coins de droit
recensesH; coef. = coefficient [x 20 pour les
stateres; x 5 pour les tetradrachmes et x 1
pour les drachmes]) :
n % d d x coef. %
Sardes
Stateres 191 20,0 % 59 1.180 71,0 %
Tetradrachmes 171 17,9 % 48 240 14,4 %
Drachmes 592 62,1 % 242 242 14,6 %
Total 954 1.662
Milet
Stateres 178 28,4 % 55 1.100 78,3 %
Tetradrachmes 154 24,6 % 31 155 11,0 %
Drachmes 294 47,0 % 150 150 10,7 %
Total 626 1.405
Lampsaque
Stateres 262 25,2 % 102 2040 79,1 %
Tetradrachmes 122 11,7 % 31 155 6,0 %
Drachmes 657 63,1 % 384 384 14,9 %
Total 1.041 2.579
Abydos
Stateres 316 34,3 % 95 1.900 86,2 %
Tetradrachmes 23 2,5 % 10 50 2,3 %
Drachmes 583 63,2 % 254 254 11,5 %
Total 922 2.204
Avec pres de 63% partout, sauf a Milet
(47%), les drachmes sont assurement prepon-
derantes pour qui s'interesse au nombre de
pieces monnayees (stock monetaire). En
revanche, elles ne depassent nulle part les
15% pour qui s'interesse aux ressources
metalliques en valeur absolue (masse mone-
taire). Ce correctif ne doit pas etre perdu de
vue. S'il est done vrai que les ateliers d'Asie
mineure consideres par M. Thompson se
signalent par une tres importante frappe de
drachmes qui contraste avec les pratiques des
ateliers voisins, il est tout aussi vrai que cette
frappe de drachmes, meme tres abondante,
passe loin apres celle des stateres pour ce
qui est de l'economie monetaire de la fin du
4e s.
DIFFICULTES METHODOLOGIQUES
DANS L ETABLISSEMENT
DE LA SEQUENCE
La succession relative - ou sequence -
des emissions proposee par M. Thompson
parait generalement robuste. Elle est d'abord
fondee sur de nombreuses liaisons de coins.
Le style et les tresors renforcent dans la mesu-
re de leurs moyens 1'arrangement elabore. Si
des surprises de detail peuvent encore surve-
8. Le postulat implicite est que les coins de droit de
stateres ont eu la meme production moyenne que les
coins de droit de drachmes ou de tetradrachmes. Ce
postulat est certainement criticable. On pei\-oit diffici-
lement toutefois comment l'ameliorer.
20
REFLEXIONS SUR LES A1ELIERS D'ASIE MINEURE D'ALEXANDRE LE GRAND
nir, si Ton peut esperer une clarification de
certains amas d emissions fortement intercon-
nectees, la charpente generale semble solide.
Les problemes de chronologie absolue
sont plus delicats. Faut-il assigner la duree
d'une annee a chaque emission ? Que penser,
en ce cas, d'emissions tres documentees sui-
vies ou precedees d'emissions fameliques ? La
question du rythme annuel des emissions est
un ecueil redoutable. L'impression est que
M. Thompson, comme E.T. Newell avant elle,
a d'abord cherche a definir une succession de
varietes en presupposant, faute d'en savoir
plus, un changement annuel. Ce systeme n'est
toutefois pas rigide. Ainsi, M. Thompson ecrit-
elle a propos de Lampsaque : -Even a glance
at the synopsis shows such variation in the size
of the issues as to suggest that this is not an
orderly progression of annual emissions but a
coinage that may at times he the output of a
single year and at others cover a longer period
of time. Taking the first nine strikings as a
group, Series V, VI, and IX are disproportiona-
tely large and almost certainly each extended
over several years; the other issues are in all
probability annual although in the case of the
first four, production may have been limited to
less than a full year? ou, a propos de Milet :
-The n emission is a very large one, the most
extensive by far of any Milesian issue, and pro-
bably covered more than a single year"10. De
fait, le postulat d'une emission annuelle est a
plusieurs reprises clairement intenable. M.J.
Price ecrit a propos de Colophon : -The
'annual' sequence established by Thompson/
Bellinger is unrealistic. 'Year' 13, for example,
embraces fourteen varieties (1805A-1818), of
which most of the subsidiary symbols occur in
other combinations. The next 'year' (1819-21)
shares a common obverse die and the crescent
and O with year'13- The die-link between
1785 and 1788 ('years' 11 and 18), together
with the appearance of the monogram of
1785-6 in year' 18 (1792), would seem to be
adequate proof that the arrangement is not as
fixed as the annual list would imply-. Et il
poursuit : -The impression given by the coinage
is of batches of issues-11, ce qui rejoint sa mise
en garde generale : -It is important to warn the
reader against looking to date the issues of
drachmae too precisely. Thompson and
Bellinger throw together varieties to create
annual' issues which cannot now be accep-
ted. Preconceived notions of the length of office
of those represented by symbols, letters, and
monograms must be avoided-12. En outre, la
souplesse temoignee par M. Thompson dans
le cas de Lampsaque semble guidee, a l'instar
d'E.T. Newell, par le souci de repartir harmo-
nieusement la production dans le temps. Cette
attitude a, dans plusieurs cas deja, ete denon-
cee comme incompatible avec la realite des
observations13. En realite, le numismate est
embarrasse : soit il repartit son materiel de
maniere reguliere entre 2 termini et les
exemples abondent pour montrer l'incorrec-
tion de cette maniere de proceder, soit il fixe
a chaque emission une duree fixe - une
annee, le plus souvent - ce a quoi notre
meconnaissance presque totale du fonctionne-
ment interne des ateliers n'apporte aucune
garantie. Il est, en tout etat de cause, plus aise
de prouver l'inegalite de production que lega-
lite. Et 1'on se mefiera des pretendues impossi-
bilites a monnayer une masse importante
d'argent en un laps de temps tres court tant
que Ton ne pourra pas nier l'existence de plu-
sieurs officines travaillant simultanement. A
cet egard, le reseau de liaisons de coins mis
en evidence pour les premieres emissions de
stateres a Sardes est de nature a se faire poser
bien des questions1^. Des lors, repartir sur plu-
sieurs annees au lieu d'une les emissions volu-
mineuses (Milet : Serie I; Lampsaque : Series
V, VI, IX et X) apparait comme un reflexe
comprehensible mais fortement contestable.
On passera rapidement sur l'eventualite
de decouvrir de nouvelles varietes. En depit
de l'importance de la documentation reunie
par M. Thompson, cette eventualite n'est pas
purement theorique15.
II faut, en revanche, preter une grande
attention a la maniere dont les series ont ete
construites. Les drachmes d'Alexandre pre-
sentent, au revers, des symboles, des lettres
ou des monogrammes avec une grande varie-
9. M. Thompson, 1991, p. 38.
10. M. Thompson, 1983, p. 66.
11. MJ. Price, 1991, p. 248.
12. MJ. Price, 1991, p. 209.
13. F. de Callatay, Numismatique d'Alexandre III le
Grand ■ deux questions, memoire de licence,
Louvain-la-Neuve, 1983, p. 56 et G. Le Rider, Les
alexandres d'argent en Asie mineure et dans t'Orient
seleucide au Ilf Steele av. J.-C. (c. 275-c. 225).
Remarques sur le systeme monetaire des Seleucides et
des Ptolemees. dans JS, jan.-sept. 1986, p. 36.
14. M. Thompson, 1983, p. 10. Elle attribue du reste
une datation commune «330/325 av. J.-C- pour les 8
premieres emissions (p. 42).
15. Voir, pour Lampsaque, les petites variantes de
Gulnar n" 715 ou Bruxelles, CM, 11.51642 (tresor de
Denizli).
21
TRESORS ET CIRCULA TION MONET AIRE EN ANA TOLIE ANTIQUE
te d'agencements et d'emplacements (dans le
champ a gauche ou sous le trone)16 :
Champ a g. Sous le trone
Symbole Monogramme Monogramme + Symbole Symbole Monogramme Symbole Monogramme Monogramme + Monogramme Symbole + Symbole Monogramme + Symbole Monogramme Symbole Symbole Monogramme Monogramme Monogramme Symbole
En pratique, la plupart des cas de
figures associent deux elements. La question
se pose alors de savoir quel est l'element
determinant qui va permettre de regrouper
plusieurs varietes sous le meme numero de
serie (emplacement ou nature de la
signature ?). Le tableau ci-dessous reprend
pour les 4 ateliers deja publies l'element et
['emplacement retenu par M. Thompson pour
ses classements (S : Symbole/ M : Mono-
gramme/ ch. : champ a gauche/ tr. : sous le
trone) :
Sardes Milet Lampsaque Abydos
I : M (ch. ou tr.) S (ch.) S (ch.)
II : S (ch.) S (ch.)
III : S (ch.) S (ch.) S (ch.)
IV : S (ch.) S (ch.) M (tr.)
V : M (tr.) M (tr.)
VI : S (ch.) M (ch.)
VII : S (ch. ) M (ch.) S (ch.) M (tr.)
VIII : S (ch.) M (ch.) M (ch.) S (tr.)
IX : M (ch.) S (ch. ou tr.) M (ch.) S (ch.)
X : M (ch. ou tr.) M (ch.) M (ch.) M (ch.)
XI : M (ch.) - M (ch.) M + S (ch.)
XII : M (ch. ou tr.) M (ch.) M (ch.) S (ch.)
XIII : M (ch. ou tr.) M (ch.) S (ch.) S (ch.)
XIV : M (ch. ou tr.) S (ch.) M (ch.)
XV : M (ch. ou tr.) S (ch.) M (ch.)
XVI : S (ch.) M (ch.)
XVII : S (ch.)
XVIII : S (ch.) M (ch.)
XIX : M (ch.)
XX : M (tr.) M (ch.)
XXI :
XXII :
XXIII :
Stir les 56 scries distinguees par
M. Thompson (12 pour Sardes, 8 pour Milet,
18 pour Lampsaque et 18 pour Abydos),
43 l'ont ete en fonction de la signature figu-
rant dans le champ a g. II s'agit d'une large
majorite. Au demeurant, ce choix parait le
meilleur puisque les monetaires figurant dans
le champ gauche semblent etre restes plus
longtemps en charge que ceux qui figurent
sous le trone. En outre, la place sous le trone
est souvent laissee vacante alors que celle du
champ gauche est toujours occupee. Dans
6 cas, toutefois, le critere discriminant s'est
trouve etre la signature sous le trone du
Zeus. Dans 7 cas egalement, ce meme critere
se retrouve tantot dans le champ gauche, tan-
tot sous le trone. Sans que Ton puisse parler
d'usage flottant, il n'existe done pas de regie
absolue qui ait pousse M. Thompson a rete-
nir la signature du champ gauche comme cri-
tere discriminant. Pour ce qui concerne la
nature de la signature, M. Thompson a 31
fois donne la preference a un monogramme
(ou lettre ou suites de lettres) et 24 fois a un
symbole17.
On voit, a partir de ces donnees, que
Ton aboutirait a un tout autre classement si
I on avait choisi de retenir l'element sous le
16. Par commodite, les lettres, suites de lettres et
monogrammes ont ete regroupes sous le vocable
unique de -monogrammes-.
17. La 56c fois etant representee par la combinaison
d'un monogramme et d'un symbole (Abydos :
llc serie).
22
REFLEXIONS SUR LES ATELIERS D'ASIEMINEURE D'ALEXANDRE LE GRAND
trone de Zeus plutot que celui du champ
gauche. De fait, il existe des signatures recur-
rentes sous le trone qui ameneraient a lier
differemment le materiel. II est clair, par
exemple, qu'il faudrait dans cet esprit modi-
fier la sequence des drachmes de l'atelier de
Lampsaque pour lesquelles pas moins de 4
signatures lient la serie XVIII d'une part et les
series IX ou X de l'autre (Artemis, AI, , M).
Il s'agit done d'etre conscient que le
groupement propose par M. Thompson,
quoiqu'il se fonde sur l'hypothese la plus
pertinente, n'est pas le seul possible18. Nul
doute que le nombre de series distinguees
pour chaque atelier pourrait etre modifie en
variant le critere de selection. Du reste, il
n'est que de confronter les tableaux recapitu-
latifs proposes par M. Thompson en 1955
avec ceux mis au point en 1983 ou 1991 pour
prendre la mesure de la diversite de resultats
obtenus suivant les groupements. Lorsqu'ils
publierent le tresor de Bab, M. Thompson et
A.R. Bellinger proposaient de diviser les
drachmes de Lampsaque en 26 series. Ce
nombre a ete ramene a 18 en 199119. En rea-
lite, l'etude des drachmes de Lampsaque,
telle que conduite par M. Thompson, permet
de distinguer 53 combinaisons differentes de
monetaires.. .20
CHRONOLOGIE ET LOCALISATION
DES ATELIERS
Les tresors fournissent le plus souvent
les meilleurs points d'ancrage d'une sequen-
ce relative a des dates absolues. Dans le cas
des monnaies d'Alexandre, le tresor de
Demanhur (IGCH 1664), enfoui en 317 le
plus probablement, sert depuis plus de 3/4
de siecle de pivot a toutes les chronologies
de tetradrachmes. Les volumes restreints de
tetradrachmes emis par les ateliers d'Asie
mineure reduisent cependant son utilite ici.
De fait, le couperet manque de tranchant.
Loin de toutes dater de 317 av. J.-C, les der-
nieres emissions recensees dans cette trou-
vaille sont placees par M. Thompson en
325/4 pour Sardes, 320/19 pour Milet, 324/3
pour Lampsaque et 323/2-320/19 pour
Abydos. Le tresor de drachmes trouve en
1964 en Asie mineure et enfoui en ±321
(IGCH 1437) offre un meilleur guide. La cor-
relation est plus grande entre la derniere
emission representee et la date d'enfouisse-
ment : 321/0 pour Sardes, 323/2 pour Milet,
323/2-322/1 pour Lampsaque et 323/2-320/19
pour Abydos. Le tresor de Sinan Pascha
enfoui vers 317/6 est lui aussi precieux
(IGCH 1395 = Sardes : 319/8; Milet : 319/8;
Lampsaque : 319/8-318/7; Abydos ; 320/19)21.
Pour les stateres, les tresors IGCH 1442, 1508,
1441 et 410 fournissent egalement leur part
d'information.
Au total, les tresors monetaires nous
renseignent avantageusement sur la situation
anterieure a 318/7 av. J.-C. Cette premiere
partie de la sequence est d'autant plus ferme-
ment etablie qu'elle peut s'appuyer sur un
argument de poids : l'existence de varietes au
nom de Philippe (III Arrhidee) qu'il faut
imperativement situer entre 323 et 317. II est
plus delicat, en revanche, d'interpreter la date
des emissions de stateres posthumes de
Philippe II. Ces emissions sont les suivantes :
Sardes Milet Lampsaque Abydos
XII : 322/1 XV : 319/8 I : 325/3 VI : 323/2-322/1 iX : 319/8-318/7 III : 323/2-320/19 Xi : 318/7
On constate que les dates attributes par
M. Thompson a ces emissions correspondent
de pres a l'epoque de Philippe III Arrhidee.
L'hypothese, seduisante a premier abord, que
la frappe des stateres de Philippe II ait ete
encouragee par Philippe III pour accrediter
sa legitimite rencontre neanmoins une impor-
tante difficulte. En effet, comme veut bien le
rappeler G. Le Rider, si cette explication etait
vraie pour I'Asie mineure occidentale, elle
18. M.J. Price, 1991, p. 225 (a propos d'Abydos) : -To
separate off the one variety as a year's issue give an
unbalanced picture of the coinage as a whole-.
19. M. Thompson et A.R. Bellinger, 1955, p. 13 et M.
Thompson, 1991, p. 38. La serie VI du tresor de Bab
a ete scindee en 2; les series 8 a 13 ont ete reunies
en une seule de meme que les series 22 a 26.
20. Plus selon M.J. Price qui en recense 76 jusqu'en
296 av. J.-C. (1991, p. 211-219).
21. II ne faut toutefois pas se bercer d'illusions : la
correlation resulte grandement du fait que ce sont ces
tresors qu'a precisement utilises M. Thompson pour
sa chronologie absolue.
23
TRESORS ET CIRCULA TION MONETAIRE EN ANA TOLIE ANIIQUE
devrait etre vraie aussipour la Macedoine. Or
la frappe de monnaies d'or et d'argent de
Philippe II en Macedoine continue longtemps
encore apres la mort de Philippe III, dont, par
ailleurs, le nom n'apparatt jamais sur les
alexandres macedoniens. La legitimite de
Philippe III a ete marquee par I'inscription de
son nom sur les emissions d'alexandres ici ou
la. Pour les stateres au nom et aux types de
Philippe II, je croirais plutot que leur frappe
apres 323 en Asie mineure est a mettre en
relation avec la reprise de leur frappe en
Macedoine et peut-etre en vue de payer les
mercenaires thraces (ce n'etait pas unique-
mentpour cela que les philippes macedoniens
ont ete frappes, mais Us ont servi a cette
finy2.
En tous cas, il n'y a guere d'emissions,
sauf a Sardes, que Ton puisse placer anterieu-
rement a ce bloc d'annees. C'est bien le sche-
ma general indique par M. Thompson a la
suite de E.T. Newell : des +330, Sardes enta-
me la frappe de monnaies au nom
d'Alexandre, bientot suivie par Lampsaque,
vers 329, avant que Milet et Abydos ne les
imitent a partir de +325.
La principale zone d'ombre de la chro-
nologic se situe apres 318 et avant +/-305,
date a laquelle les tresors et les liens avec les
monnaies de Lysimaque eclairent a nouveau
les classements. Entre ±318/7 et ±305,
l'absence de tresors reellement exploitables
gene considerablement. Le constat general
est que cette periode intermediaire est nette-
ment moins fournie que la precedente. D'oii
l'idee d'une fermeture assez longue des ate-
liers d'Asie mineure apres la disparition de
Philippe III Arrhidee, soit entre ±317 et ±310
pour Sardes, Lampsaque et Abydos, cette ces-
sation des activites se prolongeant meme
jusque vers 300 dans le cas de Milet. L'idee
paralt assez naturelle d'autant que, comme
l'ecrit M. Thompson : -no strong central
authority existed to formulate fiscal policy
until Antigonus succeeded in establishing his
control of Asia Minor ca. 311 B.C.&. Cette
idee se trouvait deja dans la publication du
tresor de Bab. On note toutefois qu'elle ne
touche alors ni Colophon, de loin le plus
grand atelier de drachmes (p. 20), ni
Magnesie (p. 23). La raison se deduit aise-
ment des conspectus : ces deux ateliers pre-
sentent un nombre trop important de series
(27 a Colophon et 33 a Magnesie) pour per-
mettre une longue interruption si Ton se fie
au postulat d'une serie pour chaque annee.
L'examen des classements de M. Thomp-
son ne confirme pas pleinement cette suppo-
sition. L'atelier de Milet n'est pas en cause. Il
existe bien une cassure marquee entre les
emissions I a VIII d'une part et IX a XIII de
l'autre. Cette division repose sur l'absence de
liaisons de coins, la composition du tresor de
Sinan Pascha24 et les differences de style. Ces
dernieres sont nettes sur les stateres ou la nike
du revers tient desormais une branche de pal-
mier et non plus une stylis comme sur toutes
les premieres emissions. En outre, le traite-
ment de la chevelure d'Athena au droit n'est
plus traite systematiquement sous forme de
longues meches bouclees paralleles. Cette
interruption est d'ailleurs beaucoup plus
longue a Milet que les 7 annees supposees :
elle s'etend de ±319/8 a ±300.
En revanche, pour les autres ateliers -
tout particulierement pour Sardes et Abydos -,
le sentiment predomine que la cesure n'a pas
ete placee au bon endroit. Les liaisons de
coins paraissent definitivement trop nom-
breuses pour ne pas miner la theorie d'un
reemploi de vieux coins inutilises durant une
petite decennie25. Il existe en effet 2 liaisons
de coins par les stateres a Sardes entre les
series critiques (Series XV et XVI) et 3 liai-
sons de coins a Abydos : 2 par les stateres et
1 par les drachmes (Series XI et XII). Or, il
faut bien voir que les liaisons de coins repe-
rees pour ces monnayages ne sont pas si
nombreuses26 :
22. Lettre du 11 sept. 1992.
23. M. Thompson, 1991, p. 39 : voir egalement p. 64.
24. M. Thompson, 1983, p. 98.
25. M. Thompson, 1983, p. 39 : -While it is true that
there is a carry-over of two stater obverses (nos. 358-
59) from the A issue to that with A and star, there is
nothing inherently improbable in the assumption that
the mint in closing down c. 318 kept its well-preserved
obverse dies for possible future use and that two of
these, and perhaps others of which we have no record,
were put back into service when coinage resumed.
Certainly the abnormal reverse without stylis, is more
likely to have been produced in the initial stages of a
mint reorganization than in context of an established
and ongoing coinage" et 1991, p. 64 : "Despite the die-
linkage between Series XI and XII, I believe that the
two issues were separated by about six years... It is
easy to postulate what happened. After Series XI had
been struck there were still at least three dies (173-75)
in good condition, too good to be discarded. These
were stored against future needs and when restriking
did resume, they were used for Series XII".
26. Les liaisons notees a gauche sont celles rensei-
gnees par M. Thompson dans ses travaux; celles
notees a droite sont celles indiquees par G. Le Rider
dans la publication du tresor de Meydancikkale.
24
REFLEXIONS SUR LES ATELIERS D'ASIE MINEURE D'ALEXANDRE LE GRAND
Serie
Sr.
Sardes
Te.
Dr.
Lampsaque
St. Te. Dr.
St.
Abydos
Te.
Dr.
T
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
it
X
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•X
=x
•X
■X
[f
-X
X
X
■X
[x
x
•X
3
Les coupures proposees par M. Thomp-
son (indiquees par les traits horizontaux)
interviennent done a des moments intercon-
nected de la sequence pour Sardes et Abydos.
Et, s'il n'existe pas de liaisons de coins entre
les series IX et X de Lampsaque, le fait ne
surprend pas etant donne la rarete generale
des liaisons pour cet atelier27.
Le classement de M. Thompson pour
Lampsaque souleve d'ailleurs une importante
difficulte. Apres avoir initialement place la
serie au protome de Pegase vers le milieu de
la sequence (Bab : serie XIV), M. Thompson
opte dans sa publication definitive pour un
classement a l'extreme fin de la sequence
(1991 : serie XVIII).
La raison qui l'y a poussee est claire : la
decouverte par Hyla Troxell d'une liaison de
coins qui unit la serie au Pegase avec une
serie de drachmes au nom de Lysimaque28.
«The last pre-Lysimachus coinage at
Lampsacus, Series XVIII, illustrates the crucial
connection between die linkage and chrono-
logy. In his rough outline of the Lampsacene
sequence, Newell placed the issue with fore-
part of Pegasus directly after that with s,
Series IX, and dated it ca. 318-316. In the
1955 study of the Bab Hoard, Thompson and
Bellinger gave it the same relative position but
dated it ca. 310, assuming an interval
without coinage between the death of Philip
III and the agreement among the successors
which gave Antigonus firm control of Asia
Minor. We were all wrong ! The Pegasus issue
immediately precedes lysimachus's own coi-
nage at Lampsacus as is proved by a transfer-
red obverse die -. 533 and A of Plate 18. It is
easy to see how we went astray. The A and
particularly the distinctive device of Artemis
as secondary controls would seem to link the
Pegasus issue with Series LX but there are
counterbalancing connections. Series LX and
XLV both use n as a subordinate control; the
tJ of the Pegasus striking first appears on the
coinage of KI and kl and also serves as a
secondary control on some Lysimachus
drachms. The w of Lysimachus may be an
elaboration of the r? of the Pegasus issue. In
Newell's case there was an additional factor.
His manuscript mentions three Pegasus coins
as coming from the Sinan Pascha Hoard,
which was surely buried ca. 317 B.C. This
hoard did include intrusions which is not
surprising in a large deposit coming in
various lots at different times from a number
of dealers. One assumed that Newell himself
later realized that the Pegasus coins did not
27. II existe 39 liaisons de coins pour XXIII series a
Sardes (indice : 1,70); 23 pour XX a Abydos (indice :
1,15) et 8 pour XVIII a Lampsaque (indice : 0,44).
28. Voir fig. 1 (Protome au Pegase et K? = M.
Thompson, 1991, pi. 18, n 533) et 2 (Dauphin et
protome de lion/l^ = M. Thompson, 1991, pi. 18,
n A).
25
TRESORS ET CIRCULA TION MONETAIRE EN ANA TOLIE ANTIQUE
1 2
belong to this hoard for there is no coin of
that issue in the ANS trays with Newell s Sinan
Pascha identification^-9. Ce developpement
illustre bien la complexite du raisonnement
mis en ceuvre. Comme on le voit, peu de cri-
teres sont irrefutables : un tresor peut avoir
ete pollue de pieces surajoutees; une signatu-
re de monetaire peut se retrouver sur des
emissions distantes de plusieurs annees et un
coin peut avoir ete l'objet d'un reemploi...
On fera toutefois deux reproches au raison-
nement de M. Thompson. Primo, elle ne dit
pas la raison principale pour laquelle E.T.
Newell avait rapproche la serie au Pegase
(XVIII) de la serie au s (IX). II existe en effet
une variete de drachmes qui unit le Pegase
au monogramme s30. C'est cette combinai-
son qui, ajoutee a la similitude de 2 ''Signa-
tures annexes-, avait emporte la conviction
de Newell. Secundo, avoir cree, en 1955, un
decalage de 7 annees entre la serie au proto-
me de Pegase et celle au s etait a l'epoque
negliger les faits pour conforter un presuppo-
se theorique.
La liaison de coins decouverte par Hyla
Troxell ne clot pas la question. Dans sa
publication du tresor de Giilnar, G. Le Rider
fait connaitre une nouvelle liaison de coins -
non notee par M. Thompson - qui unit la
serie au protome de Pegase a celle au sil.
Qui plus est : l'union porte sur des drachmes
dont la ''Signature secondaire- est dans les
deux cas Artemis.
Ainsi, a Sardes, Abydos et Lampsaque,
la coupure proposee par M. Thompson pour
la cessation d'activites entre +317 et ±310
parait mal placee. On peut du reste se
demander si l'idee meme d'une cessation
d'activite a ce moment est bien fondee. Lier
de maniere trop etroite le monetaire au poli-
4
tique peut etre dangereux et les declarations
de principe basees sur le parallelisme ne suf-
fisent pas. En realite, hormis ce qui est dit
pour l'atelier dAbydos, on est ici tres proche
du cercle vicieux ou chaque terme est
demontre par analogie avec les autres. Or,
l'argumentaire soutenu pour Abydos, precise-
ment, se revele tres faible : "No. 18, then,
whose forepart of a lion shows that
Lysimachus was in control, could hardly have
been struck before 301, and if we make the
reasonable supposition that the mint was idle
in the year when the city was under attack,
No. 10 will fall in 310, the year when
Antigonus' control of Asia was assured. No. 9
cannot be later than 317, for some of its speci-
mens were struck in the name of Philip. The
gap coincident with that at Lampsacus is then
established^2. Le premier postulat sous-jacent
est done clairement celui d'une emission
annuelle, ce que Ton sait tres contestable. Le
second postulat n'est pas plus recomman-
dable : celui de lier la frappe monetaire avec
les annees de paix. Pour M. Thompson, en
effet, il aurait fallu attendre quAntigone soit
confirme dans sa suprematie en 311 pour
qu'un pouvoir central organise puisse relan-
cer la frappe des alexandres. Cette vision fait
plus que lier le monetaire au politique : elle
29. M. Thompson, 1991, p. 36-7.
30. M. Thompson, 1991, p. 23, n* 270-1 (le protome
de Pegase se trouve tantot dans le champ gauche,
tantot sous le trone).
31. Voir fig. 3 (* et Artemis = Meydancikkale, n* 616.
La reproduction de cette monnaie ne figure pas dans
la publication du tresor. Elle nous a ete aimablement
fournie par G. Le Rider) et 4 (Protome de Pegase et
Artemis = Meydancikkale, n° 617. Voir A. Davesne et
G. Le Rider, 1989, p. 48 et pi. 24).
32. M. Thompson, 1955, p. 17.
26
REFLEXIONS SUR LES A TEUF.RS D'ASIE MINEURE D1 ALEXANDRE LE GRAND
lie le monetaire a la stabilite d'un pouvoir
etabli et done, en quelque sorte, a la paix.
Les chances sont grandes qu'il en ait ete tout
autrement33. C'est precisement entre 316 et
311 qu Antigone a le plus combattu pour
asseoir son autorite. Comme il ne fait pas de
doute que les immenses quantites de mon-
naies aux types d'Alexandre ont ete principa-
lement emises pour payer les troupes, n'est-il
pas plus logique de lier les frappes mone-
taires aux besoins qui les sous-tendent et
done d'attribuer un materiel abondant a ces
annees de luttes armees ? Tous les autres
propos se rapportent directement ou indirec-
tement au constat dresse pour Abydos34. Il
s'agit d'en etre pleinement conscient, specia-
lement quand l'autorite de publications
recentes, en reprenant cette idee de rupture
pour les annees ±317 a 310, pourrait prendre
en defaut la vigilance du lecteur non averti3"'.
La question de la localisation des ate-
liers merite egalement d'etre examinee quoi-
qu'il paraisse difficile, sur ce point, d'aller
plus loin que les propos nuances livres par
M.J. Price auxquels on se reportera dorena-
vant. II souleve, en particulier, les doutes sui-
vants : l'atelier de Lampsaque pourrait avoir
ete situe sur la cote thrace (p. 210). L'atelier
de Colophon est tres probablement mal attri-
bue et pourrait representer les premieres
series de l'atelier de Pergame (p. 222 et 247-
248). II n'existe aucune raison contraignante
pour placer un atelier a Abydos; il pourrait
s'agir des premieres series de Cyzique
(p. 225-226). L'attribution a Magnesie n'est
pas assuree; il pourrait s'agir d'Ephese
(p. 264). Les attributions a Teos (p. 295) et a
Sardes (p. 320), quoique seduisantes, ne sont
pas certaines.
A deux reprises, M.J. Price suggere done
de combiner en un seul atelier deux produc-
tions differentes dont l'une constituerait le
haut de la sequence et l'autre le bas
(Colophon et Abydos). C'est la, au depart des
innombrables localisations proposees par
L. Miiller, poursuivre d'une certaine maniere
le travail de reduction entrepris par
E.T. Newell.
Un doute d'un autre type pourrait
entrainer d'autres reductions : dans quelle
mesure, en effet, les productions aujourd'hui
attributes a des ateliers differents n'ema-
nent-elles pas, plus simplement, d'officines
differentes appartenant a un meme atelier ?36
Certes, il s'agit d'un doute perfide puisque
Phypothese est pratiquement aussi irrefu-
table qu'improuvable. Dans le cas des sta-
teres aux types de Philippe II, on notera
cependant, a la suite de M. Thompson37,
que plusieurs coins de droit unissent diffe-
rents ateliers. C'est le cas a 2 reprises entre
Colophon et Magnesie. Cela se produit ega-
lement entre Lampsaque et Abydos. Pour M.
Thompson, cette frequence atteste soit que
les coins etaient transferes d'un atelier a
33- Voir la mise en garde faite par P. Kinns dans son
compte rendu de l'ouvrage de B. Deppert-Lippitz sur
Milet {The Coinage of Miletus, dans NC, 146, 1986,
p. 247-248 : but two lines of interpretation which
are repeatedly invoked depend on assumptions of
questionable validity. The first is that issues of local
coinage will normally have been made when the city
was free', rather than controlled by some external
power. The second is that issues of coinage will belong
to periods of prosperity rather than periods of econo-
mic difficulties. Neither proposition has much to
recommend it... These impressionistic concepts of
freedom versus oppression and prosperity versus crisis
are therefore of little value for the reconstruction of
the chronology. ..•).
34. M. Thompson, 1955, p. 15 : -On the other hand,
the arrangement here given has some historical pro-
bability and is supported by the analogy of Abydus.
After the death of Philip, Antigonus was the strongest
power in Asia Minor, but his control was not confir-
med until a treaty with his rivals in 311, and it
would not be surprising if some of the mints were idle
in the interim. In fact we find a gap in the activity
not only of Lampsacus and Abydus but of Miletus
and Sardes- (pour Lampsaque); 1983, p. 38 : 'One
must, I believe, postulate a temporary cessation of coi-
nage, paralleling the situation of Miletus, but of shor-
ter duration^ (pour Sardes); 1991, p. 39 : 'After the
death of Philip III there is at other mints an interval
without coinage. The situation at Sardes, Miletus,
and Abydus is, as one would expect, paralleled at
Lampsacus- (pour Lampsaque : aucun argument n'est
donne hormis le parallelisme attendu) et p. 64 :
'Despite the die linkage between Series XI and XII, I
believe that the two issues were separated by about six
years. The death of Philip III ushered in a period of
uncertainty during which there was no central
authority and hence no monetary direction. This
ended at Lampsacus and Sardes when Antigonus gai-
ned firm control ca. 310 B.C. and at that time coina-
ge resumed. The tetradrachms, heretofore a rare
denomination, reappeared and different secondary
controls were adopted. Although it cannot be proved,
it is logical to suppose that the overall situation affec-
ted Abydus as well as neighboring Lampsacus-
(Abydos).
35. Voir G. Le Rider, 1989, p. 255 et M.J. Price, 1991,
p. 208, 210 (Lampsaque), 225 (Abydos) et 321
(Sardes).
36. Voir la modeste mais reelle mise en garde de MJ.
Price : 1991, p. 37.
37. M. Thompson, Posthumous Philip II Staters of
Asia Minor, dans Studia Paulo Naster Oblata. I :
Numismatica Antiqua, Louvain, 1982, p. 57-61,
pi. VI-Vn, surtout p. 60.
27
TRESORS ET CJRCULA TION MONETAIRE EN ANA TOLJE ANTIQUE
l'autre, soit que les productions de differents
ateliers aient ete realisees au meme endroit.
La presence d'un meme symbole (pointe de
lance) a Colophon, Magnesie et Teos paraTt
ajouter du poids a l'hypothese d'une centra-
lisation38.
POIDS DES DR ACH M I S
L'etude de M. Thompson n'utilise pas le
poids des pieces. En revanche, cet aspect a
recemment recu un traitement tres approfon-
di de la part de G. Le Rider qui lui consacre
plusieurs pages de la publication du tresor de
Meydancikkale39. Ces calculs l'amenent a
evaluer le frai a quelque 26 ou 27 eg par
siecle, resultat presque identique a ceux que
nous avions avance en 1983 pour ces memes
drachmes d'Alexandre (de 22 a 27 eg par
siecle)40 ou ceux degages par P. Marchetti
pour les drachmes de Chalcis en Eubee
(±25 eg par siecle). En bonne logique, ce qui
est vrai pour un siecle doit l'etre egalement
pour une annee. Aussi, G. Le Rider propose-
t-il de retenir la valeur de ±0,26 eg de perte
annuelle. Ce poids de 0,26 eg (ou encore
0,0026 g) peut frapper par sa petitesse : il
s'agit d un 1.665e du poids theorique d'une
drachme sortant de l'atelier (4,33 g). La ques-
tion qui se pose est de savoir s'il est raison-
nable de vouloir traquer des ecarts aussi
minimes pour classer et dater les emissions.
Manifestement, si la publication du tresor de
Meydancikkale a ete saluee pour son apport
methodologique, de solides reticences
demeurent concernant l'usage d'une metrolo-
gie aussi fine41.
Ici, comme ailleurs, la moderation
s'impose : si l'utilisation du poids des mon-
naies pour dater a 15 ou 20 ans pres
l'enfouissement d'un tresor ou, dans les cas
favorables, pour etablir les articulations d'une
sequence d'emissions s'avere pertinente, cette
utilisation peut difficilement pretendre
s'appliquer avec la precision d'une datation a
l'annee pres.
On ne suivra done pas Martin Price
lorsqu'il ecrit : "Indeed, the logic behind the
idea of an annual weight loss is based on
shifting sand. It assumes that the weights to
which the coins were struck are more uni-
form than is actually the case. It assumes that
there was no selection of heavier or better
coins for hoarding, and that the circulation
history of all the coins was uniform. All this is
impossible to prove, and common sense dic-
tates otherwise. Annual weight loss for Greek
coins should not be used to do more than
offer a general indication of greater or lesser
wear. Certainly this should not be used to put
issues in annual sequences as is here done
for the Ptolemaic series-*2. Les trois points
mis en avant ne sont pas aussi domma-
geables que ce que M.J. Price laisse
entendre. Ce dernier feint habilement
d'oublier que la statistique est la science des
grands nombres. 1) L'importance de la dis-
persion originelle des poids ne change rien a
revaluation de la perte due a l'usure puisque
celle-ci concerne toutes les pieces et se cal-
cule d'apres la mediane metrologique (prefe-
rable a la moyenne). 2) Que le proprietaire
d'un tresor ait retenu les exemplaires les plus
lourds ou en meilleure condition est tres
probable mais on ne voit pas pourquoi,
s'agissant d un meme proprietaire et d'un
meme monnayage, ledit proprietaire aurait
change ses habitudes (par exemple : en ne
retenant pas systematiquement les exem-
plaires les plus lourds) ? 3) Que la vitesse de
circulation ne soit pas uniforme est egale-
ment possible a l'echelle d'un monnayage et
certain si Ton considere chaque piece indivi-
duellement. Mais, en retenant la valeur
mediane, on ne se preoccupe pas du destin
de chaque piece; quant a la vitesse de circu-
lation d'un meme monnayage a differents
moments, l'hypothese la plus recommen-
dable est celle de la stabilite. II ya done
mieux a attendre de l'etude du poids des
pieces qu'une simple indication de l'usure
relative (ce qui, du reste, ne necessite aucu-
nement de peser les monnaies).
D'un autre cote, il parait falloir resister -
sauf exceptions - a des hypotheses fondees
sur des differences aussi tenues que 1 ou 2
centigrammes et done renoncer a dater les
pieces a l'annee pres par leur poids. Dans le
cas des drachmes d'Alexandre, G. Le Rider a
defendu l'idee d'une legere diminution de
38. L'idee d'un lien entre les 6 ateliers a ete evoquee
par G. Le Rider dans Annuaire de I'Ecole Pratique des
Hautes Etudes. IV' section, 102, 1969-1970, Paris,
1970, p. 269.
39. A. Davesne et G. Le Rider, 1989, p. 248-259.
40. F. de Callatay, Un tresor de drachmes aux types
dAlexandre le Grand conserve au Cabinet des
Medailles a Bruxelles, dans RBN. 129. 1983, p. 39-44.
41. Voir M.J. Price, NC, 151, 1991, p. 242-243 et P.
Kinns, NCirc, XVIII (10), dec. 1990, p. 353-354.
42. M.J. Price, NC, 151, 1991, p. 242.
28
REFLEXIONS SUR LES ATELIERS D'ASIE MINEURE D'ALEXANDRE LE GRAND
poids intervenue apres la mort soit
d'Alexandre, soit de Philippe III43. Le poids
des drachmes de Lampsaque sert de cle de
voute a cette hypothese. Or l'examen du
tableau presente par G. Le Rider (1989, p.
250) montre que celui-ci doit etre revu a la
lumiere de developpements recents. De nom-
breux exemplaires - la majorite en fait -
recenses dans la 3e colonne doivent etre
comptabilises dans la seconde. En effet, ainsi
qu'il a ete commente, les series X (KI) et
XVIII (Protome de Pegase) sont apparentees
a la serie IX O). Des lors, on obtient le
tableau suivant :
Lampsaque Series IV-VII (327/320) Serie IX, X et XVIII (+319/310) Series XII-XVII (307/303)
4,35-9g 1
4,30-4g 3
4,25-9g 5 4
4,20-4g 5 20 6
4,15-9g 7 25 15
4,10-9g 12 31 5
4,05-9g 13 27 8
4,00-4g 5 6 1
3,95-9g 3 7
3,90-4g 8
3,85-9g 1 1 2
3,80-4g 2 1
Total : 46 136 42
Mediane : 4,10g 4,12g 4,15g
Esp. inter. : 4,06-15g 4,07-18g 4,09-19g
(0,10g) (0,12g) (0,1 lg)
La progression du mode et de la media-
ne est a present lineaire et ne fournit plus
d'argument a l'hypothese d'une legere reduc-
tion. En outre, les 5 eg de difference entre les
medianes des deux colonnes exterieures
(4,10g et 4,15g) devraient correspondre,
selon les calculs de G. Le Rider, a quelque 20
annees de circulation, ce qui est bien grosso
modo le cas. Pourtant, le detail metrologique
montre que la situation est plus complexe
puisque les 3 series (IX, X et XVIII) regrou-
pees dans le tableau ci-dessus presentent des
donnees divergentes44. Le but de ce develop-
pement n'est pas d'invalider l'hypothese
d'une legere reduction -quoique le travail de
deconstruction des donnees puisse etre eten-
du- mais d'insister sur la fragilite actuelle
d'une entreprise de ce genre45.
FINAUTE DES EMISSIONS
Enfin, reste la question fondamentale de
savoir pourquoi, contrairement aux autres
ateliers qui favoriserent le tetradrachme, les
ateliers d'Asie mineure privilegierent la pro-
duction de drachmes. Deux explications par-
tielles et complementaires ont generalement
43. A. Davesne et G. Le Rider, 1989, p. 255-6 : -Lors-
qu'elle reprend en 310/309, les drachmes lampsace-
niennes paraissent avoir un poids moyen originel un
peu plus leger qu 'auparavant, le meme que Colophon
aurait adopte au lendemain de la mort dAlexandre. II
semblerait, d'apres nos tableaux, que revolution des
poids eut ete la meme a Abydos et a Magnesie qu'd
Lampsaque : les donnees du tresor de Kirazli s'accor-
dent avec celles du tresor de Meydancikkale. On peut
associer Sardes a Lampsaque, Abydos et Magnesie, car
Vindication que fournissent les tetradrachmes de
Sardes frappes entre 310 et 301 va dans le meme sens-
(voir egalement p. 256, note 121). L'idee d'une legere
diminution de poids apres 317 avait deja ete proposee
par O. Morkholm, The Attic Coin Standard in the
Levant during the Hellenistic Period, dans Studia
Paulo Naster Ohlata. I : Numismatica Antiqua, Lou-
vain, 1982, p. 143-144 (tetradrachmes a Babylone). II
est patent que les chiffres donnes par Morkholm ne
coincident pas avec ceux du tresor de Meydancikkale
(G. Le Rider. 1989, p. 246).
44. Avec 4,14g comme valeur mediane, la serie IX
apparait plus lourde que les series X (4,09g) et XVIII
(4,13g). Cette difference se retrouve pour les tresors
d'Haymana (Serie LX : 4,24g [14 ex.]; Serie X : 4,22g
[17 ex.]; Serie XVIII ; 4,24g [23 ex.]), d Armenak (Serie
LX : 4,22g [14 ex.]; Serie X : 4,21g [13 ex.1; Serie XVIII :
4,22g [13 ex.]) et de Larissa (Serie IX ; 4,17g [12 ex.];
Serie X : 4,14g 13 ex.]; Serie XVIII : 4,15g [18 ex.]).
45. Avouons neanmoins un certain scepticisme face a
une reduction ponderale qui, limitee a certains ate-
liers, aurait porte sur quelques centigrammes a peine.
Cela parait devoir relever davantage d'un chipotage
interne a un ou plusieurs ateliers plutot que d'etre du
a une mesure officielle et concertee.
29
TRESORS ET CIRCULA TION MONET AIRE EN ANA TO LIE ANTIQUE
ete avancees : 1) les traditions monetaires
propres a l'Asie mineure auraient entraine
une plus grande familiarite pour ce moindre
module d'argent; 2) une decision officielle
serait venue diviser le travail en concentrant
la production des drachmes en Asie mineu-
re4^
II fait peu de doute qu'un pas decisif a
ete accompli par M. Thompson dans la com-
prehension de cette affaire. Dans un article
qui restera pour longtemps un modele du
genre, celle-ci a souligne combien, a partir de
325/4, un net accroissement de la production
pouvait etre constate47. Cet accroissement
implique l'ouverture de nouveaux ateliers
(Milet, Colophon, Side) ou remission a ce
moment de quantites considerables (Lamp-
saque, Amphipolis, Alexandrie). Elle lie cet
accroissement avec le besoin pour Alexandre
de payer les mercenaires licencies (les 10.000
d'Opis ainsi que d'autres)48. La beaute de
l'hypothese repose grandement sur la concor-
dance observee entre les ateliers incrimines
et l'interet qu'eut Alexandre a obliger les
mercenaires a rentrer chez eux en les payant
le plus loin possible sur leur chemin de
retour. Les ateliers sont de fait strategique-
ment situes afin de pouvoir satisfaire les mer-
cenaires de Thrace, de Grece continentale et
d'Asie mineure. Lampsaque et Abydos appa-
raissent, sous ce rapport, comme des points
de passage oblige. A contrario, les ateliers de
Cilicie et de Phenicie ne temoignent pas
d'une pareille activite, n'ayant pas de raison
d'avoir aide a l'embarquement des merce-
naires49.
Un tableau permettra de mieux perce-
voir l'importance et la nature de cet accrois-
sement. Pour chacun des 4 grands ateliers
dAsie mineure publies, on donne les
nombres de coins recenses par M.
Thompson'0.
Sardes
d t
Milet
d
Lampsaque
d
Abydos
d t
334
333
332
331
330
329
328
327
326
325
324
323
322
321
320
319
318
317
316
315
314
313
312
311
310
309
308
307
306
305
304
303
302
301
300
x 1
X J
x\ 30
x1
x
x1
X I
x \ 25
x '
x
100
140
17
31
1- 55 *j
X XI
X X \
X •25 X (
X j
X X ]
20
1^
JO
OS
13
SO
X
x j
x
\ I
X ,
X
X
x(
x\l70
X
X
X I
X '
X
X
x I
\ I
X
X I
x I
X
X
X
160
23
i3
30
25
40
X \
X
X j
xl
xl
X
X I
X I
X
X
X
170
30
REFLEXIONS SUR LES A TELIERS D'ASIE MINEURE D'ALEXANDRE LE GRAND
L'augmentation de la frappe monetaire
entre 325 et 317 ou, plus precisement, entre
323 et 319 est saisissante. Or il s'agit de la
periode pour laquelle les classements sont les
mieux assures puisqu'ils s'appuient sur la
presence du nom de Philippe III ou -ceci est
plus sujet a caution- des types de Philippe II.
Resumons encore ces donnees en les regrou-
pant par periodes et par denominations ;
Stateres Tetradrachmes Drachmes
330/326 30 20 30
325/323 52 15 265
323/319 120 43 315
319/317 50 55
316/311
310/300 65 41 360
Si on uniformise ces nombres en attri-
buant a chaque denomination son importan-
ce relative (ou 1 statere vaut 5 tetradrachmes
et 20 drachmes) et en reduisant ensuite les
resultats obtenus par le nombre d'annees que
comporte chaque groupe, on aboutit aux
estimations suivantes :
Total en drachmes Annees Moyenne annuelle
330/326 710 5 142
325/323 1.365 2,5 546
323/319 2.887 3 962
319/317 1.055 2,5 422
316/311 6 0
310/300 1.824 11 166
La derniere colonne est la plus parlante.
Elle montre comment, d'une valeur inferieure
a 200 pour les annees 330/32651, on est passe
a une valeur proche des 1.000 avant de
retomber tres bas apres 317.
Le schema general qui se degage a la
lumiere de ce tableau permet de confirmer
en la precisant Interpretation soutenue par
M. Thompson. Il apparaTt bien que la soudai-
ne et colossale activite deployee par les ate-
liers d'Asie mineure vers 325 soit a mettre en
rapport avec le payement des mercenaires
licencies. Les emissions anterieures a cette
date sont comparativement peu nombreuses
et - observation sans doute importante - ne
semblent pas avoir deja privilegie la
drachme52. Les chances sont grandes que la
decision de specialiser les ateliers d'Asie
mineure dans la production de drachmes
date de ce moment et releve de ce besoin.
Cela deforce done l'hypothese liant le choix
de la drachme avec des habitudes monetaires
caracteristiques a lAsie mineure. Tout au
plus, peut-on imaginer dans cette perspective
qu Alexandre ait pu etre encourage dans son
projet par la presence en Asie mineure
d'ouvriers qualifies habitues a produire ce
genre de denomination.
La deuxieme constatation est que cette
augmentation nette de la frappe ne se limite
46. La publication de M. Thompson et A.R. Bellinger
se montrait favorable a la premiere solution (1955, p.
3-4 et 7-8; surtout p. 7 : -It is improbable, therefore,
that we have to do with a decision of Alexander's that
Asia Minor should be the source of the bulk of his
drachms-). Le meme avis est formule, en 1963, par
A.R. Bellinger, Essays on the Coinage of Alexander the
Great, NS, 11, New York, 1963, p. 57-8. En 1983, M.
Thompson citait les deux explications cote a cote
(1983, p. 1), tandis que O. Morkholm ecrivait plus
recemment : 'It is difficult to explain this phenome-
non in any other way than as a deliberate division of
labour, the government reserving the main production
of silver drachms for these special mints, while the
other imperial mints concentrated on the production
of tetradrachms- (Early Hellenistic Coinage from the
Accession of Alexander to the Peace of Apamea (336-
188 B.C.), Cambridge, 1991, p. 50). De meme, il
apparait que les petites denominations telles que
hemidrachmes, oboles et hemioboles ont principale-
ment ete frappees en Orient suivant un axe
Chypre/Babylone (voir P.C. Schindel, Contribution a
la numismatique d'Alexandre le Grand : localisation
des ateliers frappant des hemidrachmes et suggestion
pour une meilleure definition des criteres d'atelier,
dans BCEN, 20 (1), jan.-mars 1983, p. 1-5 et M.J.
Price, 1991, pi. CXLI-CXLII).
47. M. Thompson, Paying the mercenaries, dans
Studies in Honor of Leo Mildenberg, Wetteren, 1984,
p. 241-7, pi. 38-9.
48. A propement parler, les 10.000 d'Opis ne sont pas
des mercenaires mais des veterans. On trouve chez
A.R. Bellinger (1963, p. 61) un embryon d'hypothese
liant le besoin de retribuer les mercenaires avec l'acti-
vite des ateliers dAsie mineure.
49. Voir M. Thompson, 1984, p. 246, note 19.
50. Toute precision est clairement illusoire. Les
nombres de coins ont parfois ete legerement arron-
dis. Les datations peuvent etre sujettes, on l'a vu, a
des amenagements.
51. Cette periode peut avoir ete plus breve. On ne
croira pas en particulier qu'il ait fallu 5 annees pour
emettre les premieres series de stateres a Sardes
(Series I a VIII) lorsque Ton considere la frequence
des liaisons de coins qui les unit (M. Thompson,
1983, p. 10 et 42).
52. Stateres a Sardes; tetradrachmes et drachmes a
Lampsaque (dans une proportion beaucoup plus
equilibree que ce qui prevaudra par la suite); davan-
tage de stateres que de drachmes a magnesie dont M.
Thompson date les premieres emissions legerement
avant 325 (M.J. Price, 1991, p. 264-5, fait toutefois
debuter l'atelier en 325).
31
TRESORS ET CIRCULA TION MONETAIRE EN ANA TOUE ANTIQUE
pas aux annees 325/324. Elle s'amplifie
meme encore sensiblement durant les annees
323/319 au cours desquelles elle atteint son
niveau maximal. La production, meme si elle
decroit, parait encore connaitre une belle
activite jusqu'en 317 (et peut-etre apres cette
date). Les 10.000 d'Opis ne pouvant tout
expliquer, il faut entrevoir ici un mouvement
plus large de retour au pays.
La troisieme constatation nous ramene,
comme dans les bonnes intrigues, au debut
de cet article : derriere les enormes quantites
de drachmes monnayees, il reste que ces ate-
liers d'Asie mineure furent surtout des ateliers
de stateres dans l'economie monetaire mise
en place par Alexandre. En valeur monnayee,
l'or represente pres de 80%. Ce fait s'integre
parfaitement a l'hypothese de M. Thompson :
pour une raison evidente de commodite de
transport, les mercenaires - specialement les
Thraces - ont toujours prefere etre retribues
en or. Du reste, la circulation confirme avec
eclat cette destination : la plupart des tresors
de stateres enfouis du vivant dAlexandre ou
peu apres proviennent des Balkans (IGCH
395 : Samovodene/ CH II 50 : Balkans/ IGCH
396 : Gorno Cerkoviste/ IGCH 399 :
Topolcane/ IGCH 400 : Drencova/ IGCH
401 : Nicoresti/ IGCH 410 : Peonie/ IGCH
800 : Lergoutsch). Le tableau brosse par M.J.
Price ne laisse planer aucun doute a ce
sujet53.
Qui considere les tableaux synthetiques
fournis par M. Thompson pour les 4 ateliers
est en outre frappe par la relation privilegiee
qui existe entre la frappe des stateres et celle
des drachmes54. M. Thomspon distingue une
correspondance de monetaires dans 44 cas
entre les stateres et les drachmes contre 20
cas entre les stateres et les tetradrachmes et
18 entre les tetradrachmes et les drachmes :
Stat./ Stat./ Tetra./
drachmes tetra. drachmes
Sardes 11 9 6
Milet 7 6 6
Lampsaque 9 2 4
Abydos 17 3 4
Total 44 20 18
A en juger d'apres ces 4 ateliers, il sem-
blerait que Ton ait frappe tantot des stateres
et des drachmes, tantot des tetradrachmes
seulement. La production de Sardes est parti-
culierement evocatrice sous ce rapport. Ce
couple «statere d'or/drachme d'argent» rappel-
le fortement le systeme achemenide, auquel
il a succede, et le couple 'darique/sicle»
(meme rapport de 1 a 20)'". Toutefois, il est a
noter que cette relation ne se retrouve pas
en-dehors de lAsie mineure et ne concerne
pas tous les ateliers de cette region puisque
le principal atelier de drachmes, attribue tra-
ditionnellement a Colophon, n'a virtuelle-
ment pas emis de stateres.
Le probleme de savoir si Alexandre a
pu exiger la cessation des activites des ate-
liers civiques d'Asie mineure ne concerne pas
directement ce propos. Dans un livre recent,
T.R. Martin a violemment combattu cette sup-
position, formulee entre autres par J.R. Ellis^6,
en soulignant le peu d'interet que cette deci-
sion aurait eu pour Alexandre. Quoique sa
demonstration releve en general d'un sain
realisme monetaire, on ne peut accepter sa
conclusion lorsqu'il ecrit : «It seems far more
likely that the large-scale production of
Alexander's coins in the mints of free- cities
of Asia Minor had the indirect effect of
making the production of local types largely
superfluous'''7. C'est supposer que les
alexandres aient servis aux memes usages
que les monnaies de cites. Les tresors refu-
tent cette vision. L'IGCH et les 7 premiers CH
mentionnent 19 tresors contenant des
alexandres et censes avoir ete enfouis en
Asie mineure au 4e s. ; seuls 4 d'entre eux
associent des monnayages de cites. Encore,
s'agit-il de cas tres particuliers puisque 2 de
ces tresors lient les drachmes dAlexandre a
des hemidrachmes de Byzance, de Cios ou
de Calcedoine dans des proportions de dese-
53. M.J. Price, 1991, p. 47-50 et 66 : -From an early
date there was considerable movement of coinage of
Philip II and of Alexander into the north Balkans, to
areas where Celtic tribes were settled. The number of
hoards which are dated to this period from Bulgaria.
Romania, and Yugoslavia bear eloquent witness to
this phenomenon... There is... no doubt that with the
return of mercenaries and through contacts of various
sorts Alexander's coinage was moving into these
regions during his lifetime-.
54. M. Thompson, 1983, p. 40 (Sardes) et p. 65
(Milet), 1991, p. 38 (Lampsaque) et p. 63 (Abydos).
55. Les tresors enfouis en Asie mineure au 4C s. indi-
quent que, tout comme les alexandres plus tard, les
monnaies des Achemenides ont la plupart du temps
circule sans se melanger aux monnayages des cites.
56. J.R. Ellis, Philip II and Macedonian Imperialism.
Londres, 1976, p. 238.
57. T.R. Martin, Sovereignty and Coinage in Classical
Greece, Princeton, 1985, p. 128 et, en general, p. 123-9.
32
REFLEXIONS SUR LES ATELIERS D'ASIE MINEURE D'ALEXANDRE LE GRAND
quilibre flagrant,8, tandis que les 2 autres font
intervenir des tetradrachmes atheniens, soit
un monnayage etranger a l'Asie mineure59. Le
fait est done qu'il n'existe pas le moindre tre-
sor, la ou on en aurait attendu un nombre
significatif, qui permette de soutenir l'idee
d'un brassage progressif entre les monnaies
d Alexandre et celles des cites60.
Pour tenter de percevoir a qui furent
destinees ces enormes frappes de drachmes
realisees en Asie mineure, il faut naturelle-
ment se tourner vers les tresors. Le tableau
presente ci-dessous reprend pour les stateres,
les tetradrachmes et les drachmes dAlexan-
dre tous les tresors de 1'IGCH et des 7 pre-
miers CH dont l'enfouissement est repute
dater du 4e s. II distingue, en gras, le nombre
de ces tresors et le pourcentage que cela
represente pour chaque region. Entre paren-
theses, on a separe les tresors qui ne contien-
nent que des monnaies royales macedo-
niennes (lrc colonne) de ceux qui leur
associent d'autres monnayages (2C colonne).
On a egalement indique le pourcentage des
tresors uniquement constitues de monnaies
royales macedoniennes61 :
Stii teres Tetradracnmes Dracnmes
Italie 1(1+0)
Sicile 2 (2+0) 5(1+4)
Total 8,1% (100%) 6,0% (20%) 0%
Roumanie 7 (7+0) 1 (1+0) 1 (1+0)
Bulgarie 11 (10+1) 16 (15+1) 7 (4+3)
Total 48,6% (94,4%) 20,5% (94,1%) 25,0% (62,5%)
Macedoine 3(2+1) 3 (3+0) 4 (4+0)
Total 8,1% (66,7%) 3,6% (100%) 12,5% (100%)
Thessalie 9(1+8) 4(1+3)
Total 0% 10,8% (11,1%) 12,5% (25%)
Peloponnese 4(3+1) 10(1+9) 2 (0+2)
Total 10,8% (75%) 12,0% (10%) 6,3% (0%)
Asie mineure 4 (4+0) 7(5+2) 8 (6+2)
Total 10,8% (100%) 8,4% (71,4%) 25% (75%)
Chypre 1 (1+0) 6(6+0) 2(2+0)
Total 2,7% (100%) 7,2% (100%) 6,3% (100%)
Syrie 2 (2+0) 9 (6+3) 1 (1+0)
Palestine 3(2+1)
Mesopotamie 4(3+1) 3(2+1)
Total 5,4% (100%) 20,5% (68,8%) 12,5% (75%)
Egypte 2 (2+0) 10 (10+0)
Total 5,4% (100%) 12,0% (100%) 0%
TOTAL 37(34+3) 83(54+29) 32(21+11)
(91,9%) (65,1%) (65,6%)
58. IGCH 1365 : 3 alexandres pour 430 hemidrachmes
de Byzance. Calcedoine et Cios; IGCH 1444 : 202
drachmes d Alexandre pour 3 hemidrachmes de Cios.
59. IGCH 1421 : 4 tetradrachmes d'Alexandre pour 18
chouettes atheniennes; IGCH 1436 : 51 tetradrachmes
d Alexandre pour 1 chouette.
60. Cest evidemment, comme co-editeur de 1'IGCH, le
temoignage de la circulation qu'avait en vue Colin
Kraay lorsqu'il ecrivit : 'The conquest by Alexander the
Great of the western satrapies of the Persian Empire
was followed hy the introduction of uniform regal
issues in silver on the Attic standard at a number of
mints in both Ionia and the Hellespontine area; bet-
ween 330 and 325 most local issues in Asia minor and
the adjoining islands come to an end, except, it seems,
at Rhodes, which was not occupied by Alexander or his
lieutenants- (CM. Kraay, Archaic and Classical Greek
Coins, Londres, 1976, p. 249-50). L'ironie de T.R.
Martin sur ce sujet tombe mal a propos (1985. p. 128).
61. Etant donne le nombre restreint de trouvailles, il a
paru necessaire de prendre tous les tresors du 4e s. et
non pas seulement ceux enfouis avant 323 ou 315. Tel
que presente, le tableau ne tient pas compte du
nombre d'exemplaires de chaque tresor. II n'a done
pas ete utilise de critere ponderateur (indispensable a
toute entreprise de ce type).
33
TRESORS ET CIRCULA TION MONETAIRE EN ANA TOLIE ANTIQUE
Comme veut bien me le rappeler
C. Howgego, on ne perdra pas de vue que la
distribution des tresors actuellement connus
depend entre autres des facteurs antiques de
non-recouvrement. Cette distribution n'est
done pas le pur reflet de ou et en quelles
quantites les monnaies ont circule dans
l'Antiquite. Le tableau ci-dessus privilegie
sans doute dans une certaine mesure les
zones de perturbation.
Cela etant et ainsi qu'il a deja ete note,
les stateres ont massivement rejoint les
regions balkaniques (48,6%). lis sont egale-
ment bien representes dans le Peloponnese
(10,8%), en Asie mineure (10,8%) et en
Macedoine (8,1%). Les tetradrachmes offrent
une repartition plus dispersee. Si les regions
balkaniques se taillent a nouveau une belle
part (20,5%), celle-ci correspond au pourcen-
tage realise par la Syrie, la Palestine et la
Mesopotamie (20,5%). L'Egypte (12,0%), la
Thessalie (10,8%), le Peloponnese (10,8%),
l'Asie mineure (8,4%) et Chypre (7,2%) ont
egalement su se montrer accueillants pour les
grosses monnaies d'argent au nom
d Alexandre. Quant aux drachmes, elles sem-
blent avoir d'abord circule en Asie mineure et
dans les Balkans (25% dans les deux cas).
L'aire balkanique, elargie a la Macedoine et a
la Thessalie. abrite meme la moitie de ces tre-
sors. A une echelle moindre, la Mesopotamie,
beaucoup plus a Test, parait egalement avoir
ete familiere avec la circulation des
drachmes. A contrario, il faut noter que les
stateres sont inconnus jusqu'a present en
Thessalie et que Ton n'a pas retrouve de
drachmes pour le 4e s. dans le Peloponnese
ou en Egypte.
Les donnees collectees sur la composi-
tion melangee ou non de ces tresors livrent
des resultats sans doute encore plus interes-
sants. On ne s'attardera pas sur la plus gran-
de homogeneite des tresors de stateres qui
dans 91,9% des cas ne contiennent que des
monnaies royales macedoniennes (contre
65,1% pour les tetradrachmes et 65,6% pour
les drachmes). La constatation inverse aurait
surpris. En revanche, on pretera grande
attention aux aires qui furent les plus pro-
pices au melange de largent dAlexandre
avec d'autres monnayages. Tetradrachmes et
drachmes livrent des resultats qui concor-
dant generalement. Il est manifeste que la
Grece continentale en-dessous de la
Macedoine fut la region ou les monnaies
dAlexandre furent les plus integrees a une
circulation deja existante : si I on additionne
les resultats des tetradrachmes a ceux des
drachmes, seuls 15,4% des tresors thessa-
liens (2 sur 13) ne contenaient que des
monnaies royales de Macedoine. Ce pour-
centage est de 11,1% pour le Peloponnese
(1 sur 9). On n'a pas retrouve jusqu'a pre-
sent de tresors d'alexandres enfouis au 4e s.
en Attique ou en Beotie. Viennent ensuite,
dans l'ordre, la Palestine (66,7%), la Phenicie
(70,0%), la Mesopotamie (71,4%), l'Asie
mineure (73,3%) et la Bulgarie (82,6%). Les
tresors d'alexandres de Roumanie, de
Macedoine, de Chypre et d'Egypte ne
connaissent que les pieces royales macedo-
niennes (100%).
Nous pouvons conclure. On a vu 1)
que, vers 325, Alexandre avait decide
Pouverture de plusieurs ateliers en Asie
mineure en les specialisant dans la produc-
tion de drachmes, 2) que la grande activite
de ces ateliers s'etait prolongee jusqu'en 319
ou en 317, 3) que, en depit des quantites de
drachmes emises, ces ateliers valurent
d'abord par leurs emissions de stateres et 4)
qu'il parait exister une relation liant la frap-
pe de ces deux denominations (stateres et
drachmes). On peut rejeter, sur base de
l'etude des tresors, que les drachmes aient
jamais servi a remplacer graduellement les
monnayages civiques autonomes. Non seu-
lement, leur circulation depasse de tres loin
l'Asie mineure, mais encore la composition
des trouvailles montre qu'elles n'ont jamais
ete assimilees au 4e s. aux emissions
civiques. En realite, pres de la moitie des
tresors de drachmes se retrouvent en
Thrace, Macedoine ou Thessalie (16 sur 32).
On a vu que toute la Grece continentale, a
partir de la Thessalie et contrairement aux
autres aires de circulation, a reagi au flux
des nouvelles monnaies dAlexandre en
integrant celles-ci dans la circulation de
l'epoque. Pour les drachmes, cette situation
a particulierement prevalu en Thessalie ainsi
que, dans une moindre mesure, en
Bulgarie.
L'hypothese qui rencontre le mieux
l'ensemble des faits est que la frappe des
drachmes en Asie mineure, deliberement
encouragee par Alexandre vers 325, soit
venue completer les mesures destinees a
regler la solde des mercenaires. On peut pen-
ser que l'efficacite pratique de cette produc-
tion de drachmes fut double : non seulement,
elle dut permettre de faire l'appoint pour les
34
REFLEXIONS SI R LES A TEIJERS D'ASIE MINEl 'RE D'ALEXANDRE LE GRAND
depenses courantes des mercenaires thraces
dont I'essentiel de la paye avait ete livree en
stateres, mais elle dut plus probablemen!
encore concerner les mercenaires de Grece
continentale - dont le fort contingent de
Thessaliens62 - pour qui la frappe de
drachmes presentait l'avantage de pouvoir
s'integrer a la circulation locale. De la, proba-
blement, ces petites specialisations obser-
vables entre ateliers qui privilegient ['emis-
sion de stateres a Lampsaque et Abydos,
tournees vers la Thrace, et remission de
drachmes en lonie, a Colophon et Teos, tour-
nees vers la Thessalie et la Grece centrale63.
Cette distribution correspond de pres a ce
que Ton connait des mercenaires au service
d'Alexandre. II en avait a peu pres 11.000 en
334 : soit 5.000 Thraces, 5.000 Grecs et 1.000
archers cretois . Les differents renforts et
licenciements qui affecterent ses effectifs
montrent bien que la Thrace et la Grece
continentale demeurerent les deux grands
reservoirs a mercenaires6"'.
62. Pour les effectifs thessaliens. voir Arrien. Ill, 19, 5-
7 (les cavaliers thessaliens qui le desirent rentrent
chez eux avec leurs soldes plus un complement de
2.000 talents donnes par Alexandre). L'ne fois parve-
nus a la cote, ils devaient embarquer sur des triremes
pour 1'Eubee. Sur les volontaires thessaliens restes au
service d'Alexandre, voir Arrien, III, 25, 4 et 29, 5 et
Quinte-Curce, VI, 6, 35.
63. Dans le meme ordre d'idee, on observe a Milet et
Magneste, les deux ateliers les plus meridionaux, une
production de stateres moins importante qua
Lampsaque et Abydos mais significativement plus ele-
vee qu'a Sardes, Teos et Colophon. Peut-etre peut-on
lie ce fait avec l'abondance de stateres retrouves dans
le Peloponnese ?
64. Diodore de Sicile, XVII. 7 et, suitout, l'etude de
G.T. Griffith, The mercenaires of the Hellenistic World.
Cambridge, 1935, p. 8-32 : Philip and Alexander.
65. G.T. Griffith, 1935, p. 20. Notons toutefois I'exis-
tence de 2.000 Lydiens (Quinte-Curce, VI, 6. 35).
35