Asie Mineure hellénistique 1985-1990 moreT. Hackens et al. (eds.), Survey of Numismatic Research, 1985-1989, Bruxelles, 1991, p. 74-90. |
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International Numismatic Commission
A SURVEY OF
NUMISMATIC RESEARCH
1985 - 1990
Edited by
TONY HACKENS, PAUL NASTER,
MAURICE COLAERT, RAF VAN LAERE,
GHISLAINE MOUCHARTE, FRANCOIS DE CALLATAY,
VERONIQUE VAN DRIESSCHE
International Association of Professional Numismatists
Special Publication No. 12
Brussels 1991
Asie Mineure hellenistique
Frangois de Callataij
Charge de recherches au FNRS
Dresser le bilan du lustre ecoule, c'est faire l'inventaire d'une activite souvent tres
riche. L'etude des monnaies hellenistiques d'Asie Mineure a toutefois ete douloureu-
sement affectee par la disparition de plusieurs savants de renom. Venant apres celle de
Otto Merkholm (1984), les pertes de Louis Robert (1985), de Bono Simonetta (1987), de
Jan H. Nordbe (1988) et de Nancy M. Waggoner (1989) ont — durablement, il faut le
craindre — suspendu le champ de certaines recherches.
Publications de materiel
Les annees 1985/1989 ont vu la publication de plusieurs collections importantes de
monnaies grecques dont M. Oeconomides et 0. Picard ont fourni les principales
references. On se bornera a enrichir cette liste de quelques titres : il faut surtout signaler la
parution d'un tome de la SNG Munich entierement devolu a la Phrygie' ainsi que la
publication des monnaies de bronze d'Asie Mineure reunies par H. C. Lindgren2. R.
Ziegler a publie les monnaies ciliciennes d'une serie de petites collections allemandes3.
Pour le reste, quelques musees ont egalement tenu a faire connaitre leurs tresors: c'est le
cas des musees de Cassel4, d'Hanovre3 et de Saint-Omer6, ainsi que du musee Biassono de
Milan'. Chacun contribuant a sa mesure, meme si celle-ci se revele parfois tres reduite, a
l'enrichissement de la documentation.
A cote des publications de collections, d'autres sources de documents sont de premiere
importance pour le numismate. II ne peut s'agir en effet de negliger les catalogues de
ventes, toujours plus nombreux, qui fournissent a la recherche les illustrations d'un
materiel extremement abondant dont il faut acter qu'il integre de plus en plus souvent des
monnaies de bronze. Un septieme volume des Coin Hoards est venu enrichir le recen-
sement des tresors8. Enfin, de nouveaux faux ont ete reconnus et dument publies9.
1. SNG Munchen, 24: Phrygien, (Munich, 1989).
2. Lindgren, H. C. et Kovacs, F. L., Ancient Bronze Coins of Asia Minor and the Levant from the
Lindgren Collection, (San Mateo, 1985). Compte rendu d'A. Burnett, JVC, 147 (1987), p. 192-193.
3. Ziegler, R., Munzen Kilikiens aus kleineren deulschen Sammlungen, (Munich, 1989). Compte
rendu de P. Naster, RBN, 135 (1989), p. 215-216.
4. Gercke, P. et Hamborg, B., Antike Munzen. Slaatliche Kunstsammtungen Kassel, (Melsungen,
1985).
5. Grunauer-von Hoerschelmann, S., Griechische Munzen. Keslner-Museum Hannover, (Hano-
vre, 1988). Compte rendu de F. E. Koenig, SM, 39, 153 (1989), p. 31.
6. Amandry, M., Etudes Numismatiques, I (Arras, 1988).
7. Museo civico Biassono (Milano), catalogo delle collezioni numismatiche. I: Monele greche, romane,
bizantine, barbariche, (Milan, 1989).
8. Coins Hoards, VII (Londres, 1985).
9. Voir la publication de P. Kinns (infra, n° 74) ainsi que les News from the Forgerg Front publies par
le Bulletin on Counterfeits: 8, 1/2 (1983), p. 18 [Alexandrie de Troade: PAH]; 10, 2 (1985),
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asie mineure hellenistique
Generalites
Plusieurs ouvrages ou etudes generates de numismatique antique ont vu le jour, qui
abordent a l'occasion les series hellenistiques d'Asie Mineure. Sans les citer tous, on
retiendra — dans l'ordre chronologique — les travaux de K. Kurtz10, de B. Overbeck et
D. 0. A. Klose11, R. Gobl12, J.-B. Vigne13 et de J. Sejbal14; I. Carradice et M. J. Price
ont ecrit un petit livre de vulgarisation dont certaines perspectives apparaitront toutefois
assez neuves.15
Quelques recherches ont developpe des points plus specifiques, partois interessants pour
notre propos: une note tres generale de J. Zahle a touche au portrait.16 M. Caccamo
Caltabiano s'est consacree a celui des. heros homeriques.17 J. Marion a retenu le theme
de la grappe de raisin.18 M. Caltabiano et P. Colace ont etudie les changements dans
l'eponymie monetaire entre l'epoque perse et la periode hellenistique.19
D'un interet plus considerable est le dictionnaire des monnaies grecques que Ton doit a
J. Melville-Jones.20 II faut aussi acter la parution du premier tome du Lexicon of Greek
Personal Names (LGPN) consacre aux iles de l'Egee, a Chypre et a la Cyrenai'que.21 On
gage que les numismates ayant a etudier des noms de monetaires auront a cceur d'y
recourir pour en verifier les occurrences. La derniere parution du LIMC, en revanche, fait
assez peu appel aux monnaies.22 Enfin — quoiqu'il ne traite pas des monnaies de l'Asie
Mineure —, le livre de T. R. Martin est destine a etendre son impact jusqu'a elles.23 La
these qu'il defend engage a se mefier de l'equation "possibilite de frapper monnaie =
autonomie politique" et cette mise en garde, si elle ne revient pas a proner systemati-
quement le contraire, parait tres salutaire.
II faut encore vivement conseiller la lecture de quelques livres n'appartenant pas au
champ de la numismatique. La serie des Inschriften griechischer Stadte aus Kleinasien a
connu plusieurs enrichissements notables. Les dossiers epigraphiques des villes suivantes
p. 4 [Philetaire] et p. 15 [drachme d'Ariobarzane III]; 11, 2 (1986), p. 20 [Antiochos IV a Milet];
12, 1 (1987), p. 6 [Mithridate: PKX-A/] et p. 22 [statere de Rhodes]; 13, 1 (1988), p. 20 [Philetaire]
et 14, 1 (1989), p. 25 [Smyrne].
10. Kurz, K., Uvod do anticke numismatiky 1: Recke mince, (Prague, 1982).
11. Overbeck, B. et Klose, D. 0. A., Antike in Miinzbild. Fine Einfuhrung, (Munich, 1987).
12. Gobl, R., Numismatik. Grundriss und wissenschaftliches System, (Munich, 1987).
13. Vigne, J.-B., La vie des monnaies grecques, (Paris, 1988).
14. Sejbal, J., Anticke Mincovni Umeni, (Rrno, 1988).
15. Carradice, I. et Price, M. J., Coinage in the Greek World, (Londres, 1988) [surtout chap. 7 et 8,
p. 104-136].
16. Zahle, J., Graeske potraetmonter, NumRapp, 8, 2 (1985), p. 76-83.
17. Caccamo-Caltabiano, M., Gli eroi omerici nella tipologia monetale antica, RIN, 90 (1988),
p. 27-44.
18. Marion, J., Le theme de la grappe de raisin dans la numismatique antique, Bacchus en
Champagne, (Reims, 1984), 9 p. [n.p.].
19. Caltabiano, M. et Colace, P., L'eponimia monetale: dall'esperienza orientale a quella di eta
ellenistica, NumAntClass, 16 (1987), p. 29-46.
20. Melville-Jones, J., A Dictionary of Ancient Greek Coins, (Londres, 1986). Compte rendu par J.
Warren, NC, 148 (1988), p. 225-226.
21. A Lexicon of Greek Personal Names. Volume I: The Aegean Islands, Cyprus, Cyrenaica, [P. M.
Fraser et E. Matthews ed.], (Oxford, 1987). Compte rendu par M. J. Price, NC, 148 (1988),
p. 224-225.
22. Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae, III. 2: Atherion-Eros, (Munich, 1986).
23. Martin, T. R., Sovereignly and Coinage in Classical Greece, (Princeton, 1985).
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f. de callatay
ont ete publies: Iasos, Chios et Prusias (1985), Keramos (1986), Apamee de Bithynie et
Pylai (1987), Mylasa (1988), Tralles et Nysa (1989). R. R. R. Smith a livre une somme
richement illustree des portraits royaux hellenistiques que le specialiste des monnaies aura
a cosur de consulter le cas echeant.24 Deux livres enfin apportent un complement d'infor-
mations sur le cadre politique et historique des affaires monetaires: la these de J.-L.
Ferrary intitulee Philhellenisme et Imperialisme. Aspects ideologiques de la conquete
romaine du monde hellenistique& et l'essai Guerre et economie en Grece ancienne d'Y.
Garlan.26
Generalites sur VAsie Mineure
Pour l'Asie Mineure, il convient de mettre en exergue le travail majeur publie par O.
von Vacano.27 Son catalogue des types monetaires d'Asie Mineure rassemble quelque
120.000 descriptions de monnaies. On peut ainsi tres facilement avoir une idee du succes
de tel type monetaire. Cette entreprise, pensee pour l'informatique, se revele cependant
tres orientee vers l'identification et offre moins de ressources a la recherche proprement
dite en numismatique, ainsi que plusieurs comptes rendus l'ont souligne.28 A. Yener a
presente un projet de recherche americano-turque sur les gisements d'argent en
Anatolie.29 J. H. M. Strubbe s'est efforce de faire le tri entre legende et realite en ce qui
concerne les fondateurs de villes en Asie Mineure (voir aussi F. Rebuffat, n° 105).30 Son
argumentation fait maintes fois intervenir le temoignage des monnaies (imperiales le plus
souvent). Concluons ce tour d'horizon en mentionnant deux compilations recentes
d'articles plus anciens: les Scripta numismatica de H. Seyrig31 et les Documents d'Asie
Mineure de L. Robert.32
Thematiques principales
Avant de proceder geographiquement, region par region, il parait souhaitable de donner
un aper^u synthetique du travail accompli au cours de ce lustre 1984/1989. On abordera
ainsi successivement 1) la frappe et la circulation des alexandres en Asie Mineure;
2) l'introduction des cistophores et des plinthophores; 3) les emissions dites "a la
couronne" des annees c. 155/40; 4) la montee du pouvoir romain et ses implications sur le
monnayage.
Frappes essentiellement dans le dernier tiers du 4e s. et les premieres annees du 3e s., les
alexandres ont joue un role majeur dans la circulation de Tor et de l'argent en Asie
24. Smith, R. R. R., Hellenistic Royal Portraits, (Oxford, 1988).
25. Ferrary, J.-L., Philhellenisme et Imperialisme. Aspects ideologiques de la conquete romaine du
monde hellenistique, (Paris, 1989).
26. Garlan, Y., Guerre et economie en Grece ancienne, (Paris, 1989) (surtout le chap. 3, p. 56-73:
Guerre el economie monetaire).
27. von Vacano, O., Typenkatalog der anliken Miinzen Kleinasiens, (Rerlin, 1986).
28. Voir F. Rebuffat, RN, 6es., 30 (1988), p. 278-279 et T. V. Ruttrey, NC, 148 (1988), p. 235-
239.
29. Yener, A., The Archaeometry of Silver in Anatolia : the Rolkardag Mining District, A J A, 90, 4
(1986), p. 469-472.
30. Strubbe, J. H. M., Grunder kleinasiatischer Stadte. Fiktion und Realitat, AncSoc, 15-7 (1984-
1986), p. 253-304.
31. Seyrig, H., Scripta Numismatica, Institut francais d'Archeologie du Proche-Orient. Riblio-
theque archeologique et historique, 126, (Paris, 1986).
32. Robert, L., Documents d'Asie Mineure, REFAR, 239bis, (Athenes-Paris, 1987).
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asie mineure hellenistique
Mineure pendant un peu plus d'un siecle et demi. Si les annees 1985-1989 n'ont vu la
partition d'aucune nouvelle monographie d'atelier pour la region, notre connaissance de la
frappe et de la circulation des alexandres a beaucoup profite de la publication de
nombreux tresors. Plusieurs d'entre eux sont exceptionnels. Aussi, apportent-ils un
support de premier choix pour une reflexion qui n'a pas fini de s'en nourrir.
L'evenement en la matiere est certainement constitue par la publication du tresor de
Meydancikkale (aussi connu sous le nom de Giilnar, le chef-lieu le plus proche) due a A.
Davesne et G. Le Rider.33 Decouvert en fouilles — ce qui lui confere une dignite parti-
culiere —, il s'agit d'un tresor de 5.215 monnaies, l'une des plus grosses trouvailles
monetaires jamais mise au jour pour l'antiquite grecque, enfoui vers 235. On distingue
deux lots dans ce tresor: celui des monnayages regies sur l'etalon attique — essentiel-
lement des alexandres (2.738 monnaies sur 3.057 exemplaires) — et celui des monnaies
ptolemai'ques (2.158 exemplaires). Cette composition mixte s'explique par la situation
meme de l'eperon de Meydancikkale, poste d'observation lagide avance en territoire
cilicien. A. Davesne, l'inventeur de la trouvaille, s'est charge de l'etude des monnaies
ptolemai'ques et des problemes passionnants qu'elles suscitent. G. Le Rider a assure
l'etude des monnayages d'etalon attique. La richesse documentaire de ce tresor est telle
qu'elle lui permet de proposer en grande confiance certaines attributions ou datations
nouvelles, dans le meme temps qu'elle sert de fondement a revocation synthetique de
questions plus larges relatives a la circulation ou a la metrologie (infra, n. 43 et 45).
Plusieurs articles avaient precede la publication definitive. A. Davesne s'est ainsi
employe a degager l'apport de cette trouvaille pour la comprehension de la politique
monetaire des premiers Ptolemees.34 La presence de nombreux graffiti sur les exemplaires
de ce tresor a egalement ete commentee. A. Davesne et O. Masson en ont donne un
releve general accompagne d'un interessant commentaire historique: ces graffiti auraient
ete apposes pour la plupart vers 265/255, a un moment de reformes monetaires.35 A.
Davesne s'est aussi penche sur les graffiti d'un certain Ktfaxaq, ressortissant chypriote
peut-etre installe en Phenicie vers 260/50.36
D'autres trouvailles d'alexandres faites en Turquie retiennent l'attention. Pas moins de
quatre d'entre elles ont ete publiees par N. Ol£ay et G. Le Rider, soit les tresors
d'Akcakale, d'Haymana, de Tell Halaf (IGCH 1763) et de Kirazh (IGCH 1369). Le tresor
d'Akcakale, sur la frontiere turco-syrienne, est le plus ancien: il a ete enfoui en 317/316 et
comprenait 190 tetradrachmes aux types d'Alexandre exclusivement, dont beaucoup ont
ete estampilles.37 Deux suggestions interessantes — quoique hypothetiques — sont faites
par les auteurs: la premiere concerne l'attribution d'une serie d'alexandres a l'atelier tout
33. Davesne, A. et Le Rider, G., Giilnar II: Le tresor de Meydancikkale. (Cilicie Trachee, 1980), 2
vol., (Paris, 1989).
34. Davesne, A., Le tresor de Giilnar et la politique monetaire des premiers Ptolemees, RA, 1
(1986), p. 204-205. Voir aussi: Id. et Carcassonne, Ch., Le tresor de Giilnar : considerations sur
le rythme de production monetaire au me s. a.C, Rythmes de la production monetaire, de I'Anti-
quite a nos jours, (Louvain-la-Neuve, 1987), p. 21-29 et Id., Le tresor monetaire de Meydan-
cikkale, Varia Anatolica, IV/1 (Anatolie Antique. Fouilles francaises en Turquie), (Paris-
Istamboul, 1989), p. 23-24.
35. Davesne, A. et Masson, 0., A propos du tresor des monnaies de Giilnar en Cilicie: problemes
numismatiques et "graffiti" monetaires, RA, 1 (1985), p.29-46.
36. Davesne, A., Les graffites de Kifaxaq, proprietaire de monnaies lagides, REG, 101 (1988),
p. 505-508.
37. Le Rider, G. et Olcay, N., Un tresor de tetradrachmes d'Alexandre trouve a Akcakale en 1958,
RN, 6es., 30 (1988), p. 42-54, pi. 5-10.
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f. de callatay
proche de Carrhae; la seconde a trait a la metrologie. Le tresor de Haymana est plus
tardif (c. 280).18 II est constitue majoritairement de drachmes d'Alexandre (442
exemplaires sur 462, 14 tetradrachmes d'Alexandre et 6 drachmes de Lysimaque). Date
de c. 246/0, le tresor de Tell Halaf en Mesopotamie du Nord contenait lui aussi surtout des
drachmes d'Alexandre (221 ex. sur 353 monnaies)/9 La presence de 13 tetradrachmes
inedits d'Antiochos II distingue probablement ces pieces comme une emission regionale.
Enfin, le tresor de Kirazli, pres d'Amasya du Pont, contenait 835 monnaies d'or (13) et
d'argent (822), dont 775 sont aux types d'Alexandre le Grand.40 Enfoui vers 230, ce tresor
presente la particularite que plus de 3/4 de ses monnaies d'argent ont ete cisaillees. Sans
doute faut-il imaginer que cet argent etait par-la demonetise.
Deux autres trouvailles d'Asie Mineure, qui appartiennent au meme horizon, ont fait
l'objet de publications specifiques. L'important tresor d'Armenak (IGCH 1423) a ete
publie par M. Thompson.41 II a probablement ete enfoui vers 275/270, au Nord-Ouest de
l'Anatolie. Riche de centaines d'alexandres et de lysimaques (parmi lesquels de
nombreuses imitations!), il contient egalement quelques monnaies de Seleucos I. F. de
Callatay a publie un tresor de drachmes d'Alexandre repute provenir de Denizli
(c. 230/210).42 L'auteur profite de la circonstance pour mettre en perspective la metrologie
de plusieurs autres tresors de drachmes d'une part, et estimer le nombre originel de coins
de droit necessaire a la frappe de ces drachmes pour l'ensemble des ateliers d'alexandre
d'autre part.
Sans rapport a un tresor precis, quelques etudes de portee generale s'interessent a cette
frappe exceptionnelle qui aura si durablement caracterise la circulation de l'argent. G. Le
Rider se montre attentif aux poids theoriques des tetradrachmes et des drachmes avant
de proposer certaines reflexions sur le frai relatif de ces denominations.43 II constate que
l'usure d'une drachme (0,27 cg/an) valait en moyenne deux fois moins que celle d'un
tetradrachme (0,50 cg/an) dans l'absolu, c'est-a-dire en realite deux fois plus de maniere
relative. F. de Callatay s'est livre a une estimation des quantites monnayees
d'alexandres, tant pour l'or (stateres) que pour l'argent (tetradrachmes et drachmes).44
Les resultats auxquels il aboutit sont entaches d'incertitude. lis n'en donnent pas moins
la mesure de ce phenomene monetaire. On aurait, selon l'estimation intermediaire, emis
l'equivalent de ± 200.000 talents sous forme d'alexandres, soit un resultat assez proche
des 180.000 talents de butin pris aux Achemenides. II faut toutefois resister a la tentation
de lier ces deux totaux de maniere trop etroite. G. Le Rider a propose une suggestive
synthese de la circulation des alexandres de 275 a 225.4a Une presentation actualisee des
38. Le Rider, G. et Olqay, N., Le tresor de Haymana, RN, 6rs., 30 (1988), p. 55-63, pi. 11.
39. Le Rider, G. et Olqay, N., Le tresor de Tell Halaf (IGCH 1763), TiJV, 6es., 31 (1989), p. 25-40,
pi. 2-3.
40. Le Rider, G. et Olqay, N., Le tresor de Kirazli (pres d'Amasya): IGCH 1369, Varia Anatolica,
1 (1987), p. 23-34.
41. Thompson, M., The Armenak Hoard (IGCH 1423), ANSMN, 31 (1986), p. 63-106, pi. 6-26.
42. de Callatay, F., Un tresor de drachmes aux types d'Alexandre le Grand conserve au Cabinet
des Medailles a Rruxelles, RHN, 129 (1983), p. 23-60, pi. 6-7 [non cite dans le precedent Survey].
43. Le Rider, G., Sur le frai de certaines monnaies anciennes et contemporaines, Melanges A.
Tuilier, (Paris, 1988), p. 70-83.
44. de Callatay, F., Les tresors achemenides et les monnayages d'Alexandre: especes immobilisees
et especes circulantes?, REA, 91, 1-2 (1989), p. 259-276.
45. Le Rider, G., Les alexandres d'argent en Asie Mineure et dans l'Orient seleucide au 111" siecle
av. J.-C. (c. 275-c. 225). Remarques sur le systeme monetaire des Seleucides et des Ptolemees,
JS, (1986), p. 3-51, pi. 1-6.
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asie mineure hellenistique
monnayages concernes, suivie du detail de 11 tresors importants enfouis en Asie Mineure
(5) et dans l'Orient seleucide (6), permet a l'auteur de fonder son analyse. II observe,
apres quantification, l'ecrasante preponderance des alexandres dans la circulation. Les
drachmes en particulier semblent avoir ete longtemps sans rivales. Ces alexandres,
frappes pour l'essentiel avant c. 290, ont done circule longtemps et perdu du poids sans
que cela fasse probleme. G. Le Rider decrit ensuite, en les opposant, les systemes
seleucide (marque du sceau du liberalisme monetaire, si Ton excepte une courte tentative
dirigiste d'Antiochos IV vers 175/170) et ptolemai'que (que caracterise une economie
fermee et etatique).
II apparait, a l'heure du bilan, que la periode de l'epoque hellenistique la plus negligee
ces dernieres annees est celle qui va de c. 225 a 190. Les alexandres emis a ce moment
n'ont plus fait l'objet de nouveaux developpements tandis que la controverse autour des
eres d'Aspendos et de Perge est maintenant close.
La datation de l'introduction des cistophores, en revanche, a continue de diviser les
specialistes. M. J. Price prdne en la circonstance une date haute, un peu avant 180.46 A
l'appui de cette these, il note la presence dans le tresor de Larissa (IGCH 237), enfoui vers
165, d'un cistophore frappe a Apamee une vingtaine d'annees apres le debut des
emissions. P. Kinns (infra, n. 50) et W. Leschhorn (infra, n. 102) placent cet evenement
dans les annees 170 (plutot au debut?), tandis que H. Nicolet-Pierre defend une date
basse: a partir de ± 165 ou meme juste apres 159 (infra, n. 64: son raisonnement suppose,
ce qui n'est pas acquis, que les derniers philetaires aient ete frappes avec les premiers
cistophores). Ici encore, G. Le Rider est venu proposer sa vision d'ensemble.47 Outre les
cistophores eux-memes, G. Le Rider s'appuie sur deux constatations : 1) le dernier groupe
(VII) de philetaires a ete frappe apres 188; 2) certaines (voir toutes les) contremarques
cistophoriques ont ete appliquees avant 175/0 (tresor de Side: infra, n. 102). Pourvu que
Ton tienne l'apparition des contremarques cistophoriques comme virtuellement contem-
poraine de celle des cistophores, on datera done ce nouveau monnayage d'avant c. 175/0.
C'est surtout l'existence de frappes reglees sur 1'etalon attique apres 188 qui, liee au
caractere apparemment civique des types du cistophore, pousse G. Le Rider a nuancer son
point de vue: l'introduction du cistophore et de l'economie fermee qu'il sous-tend ne fut
pas une decision unilaterale des Attales mais plutot une negotiation entre le pouvoir royal
et les villes.
Apres avoir ete tres dispute, le debat autour de la finalite des emissions dites "a la
couronne" realisees vers 155/140 par plusieurs villes d'Asie Mineure a perdu en intensite
(les etudes de K. S. Sacks [infra, n. 73] et de M. Amandry [infra, n. 78] n'innovent pas
sur ce point, pas plus que la sobre presentation de D. Gerin48). On retiendra ici la forte
presomption de P. Kinns selon lequel il s'agirait d'emissions pseudo-autonomes realisees
pour le compte des Attalides (infra, n. 50, p. 106-107). Le fait que ces emissions soient
sans rapport direct avec l'importance economique des villes concernees parait en effet
indiquer l'existence d'un phenomene fortement dirige.
46. Price, M. J., The Larissa, 1968 Hoard (IGCH 237), Kraay-Merkholm Essays, p. 240, pi. 55.
47. Le Rider, G., La politique monetaire du royaume de Pergame apres 188, JS, (1989), p. 163-189,
pi. 1.
48. Gerin, D., Monnaies autonomes des cites grecques d'Asie mineure au ne siecle av. J.-C, Varia
Anatolica, IV/1 (Anatolie antique. Fouilles francaises en Turquie), (Paris-Istamboul, 1989), p. 86-
90.
79
f. de callatay
Une autre question a continue d'alimenter la litterature: celle de savoir quelle fut
l'influence de Rome sur les monnayages d'Asie Mineure. Les vues interventionnistes de A.
Giovannini (1978: pour les monnayages a la couronne) et de W. Szaivert (1983: pour les
cistophores) ont ete severement critiquees. La grande fresque, pas toujours synthetique,
de M. H. Crawford aborde le sujet.49 II revient surtout a P. Kinns d'avoir donne une
vue panoramique du probleme lors d'un colloque organise en 1985 au British Museum
dans le prolongement du livre de Crawford.50 La vision qu'il propose est celle d'un pouvoir
romain prudent, se gardant bien de s'ingerer dans les affaires monetaires avant 133 et le
faisant d'une maniere discrete et deguisee jusque vers 61 en reprenant pour son avantage
la frappe des cistophores.51
Pont
Les monnaies du Pont ont retenu l'attention de plusieurs. B. C. MacGing tout d'abord
a publie un livre important sur la politique etrangere de Mithridate Eupator.02 Sans etre
numismate, cet auteur a cependant eu soin d'integrer le temoignage des monnaies dans le
large tableau qu'il brosse. Comme celui-ci remonte nettement avant le regne d'Eupator,
on a la un etat de la question pour l'ensemble de la dynastie des Mithridates qui rafraichit
bien a propos celui donne par T. Reinach il y a pres d'un siecle. D'un point de vue
strictement numismatique, il s'agit toutefois d'un travail de seconde main, qui n'exclut
pas certaines imprecisions ou erreurs ponctuelles. B. C. MacGing a encore livre un article
ayant trait a la chronologie des regnes.53 II revient a la question de l'ere utilisee sur les
monnaies de Mithridate V Evergete et opte pour l'ere seleucide sans que le point paraisse
pour autant resolu. Cherchant ensuite le moment oil cette ere seleucide aurait ete
remplacee par l'ere bithynienne, il veut le voir dans la courte alliance qui unirent
Nicomede Evergete et Mithridate Eupator a la fin du second siecle lors du partage de la
Paphlagonie. La politique monetaire d'Eupator a fait l'objet d'un article specifique de la
part de F. de Callatay.54 L'auteur, qui peut s'appuyer sur les dates tres precises de ces
monnayages (souvent au mois pres), met en evidence les grandes variations de rythme qui
caracterisent leur frappe. La relation entre la production monetaire et l'existence de
conflits armes apparait comme tres forte sans que cela n'implique une parfaite corres-
pondence : on frappe souvent juste avant ou peu apres les campagnes militaires. F. de
49. Crawford, M. H., Coinage and Money under the Roman Republic. Italy and the Mediterranean
Economy, (Berkeley-Los Angeles, 1985) [surtout le chap. 11, p. 152-160: The Legacy of Attalus].
Comptes rendus par j.-B. Giard, RN, 6's., 30 (1988), p. 280-281, H. Zf.hnacker, REL, 64
(1986), p. 360-362, A. Burnett, JRS, 77 (1987), p. 177-183 et P. Kinns, JVC, 148 (1988), p. 241-
243.
50. Kinns, P., Asia Minor, The Coinage of the Roman World in the Late Republic, BAB Inter. Series,
326, (Oxford, 1987), p. 105-119.
51. On signalera au passage la recente dispersion en vente d'un important tresor de cistophores
(Lanz, 36' vente, 21 avr. 1986).
52. MacGing, B. C, The Foreign Policy of Mithridates VI Eupator King of Pontus, (Leyde, 1986).
53. MacGing, B. C, The Kings of Pontus: Some Problems of Identity and Date, RhM, 129 (1986),
p. 248-259.
54. df. Callatay, F., La politique monetaire de Mithridate VI Eupator roi du Pont (120-63 av. j.-
C), Rythmes de la production monetaire, de t'Antiquite a nos jours, (Louvain-la-Neuve, 1987),
p. 55-66.
SO
asie mineure hellenistique
Callatay a egalement fait connaitre un faux moderne estampille de Mithridate Eupator55
tandis que E. Krueger a publie un temoignage du meme roi conserve a Bale.56
Paphlagonie
Un bref article de F. de Callatay s'interesse a certaines rares contremarques que Ton
trouve sur les bronzes royaux des Pylemenes de Paphlagonie.37 II veut y voir la responsa-
bilite de Mithridate Eupator a l'extreme fin du second siecle lorsque, s'associant avec
Nicomede Evergete, il envahit la Paphlagonie. La datation dans le dernier tiers du second
siecle de ces bronzes contremarques s'accorde avec une telle hypothese.
Bithynie
Ce sont egalement les monnaies royales qui ont principalement retenu l'interet en
Bithynie. G. Le Bider a publie un tetradrachme exceptionnel de Prusias I (c. 230/227-
182).58 La representation differente du Zeus au revers invite a placer ce document en tete
de serie. B. A. Bauslaugh a fait connaitre une interessante monnaie stephanephore
d'Athenes surfrappee sur ce qui a les meilleures chances d'avoir ete un tetradrachme royal
de Bithynie. II se refuse toutefois de trancher entre Prusias II (c. 182-149) et Nicomede II
(c. 149-127).59 Deux articles ont ete entitlement devolus a la numismatique des derniers
Nicomedes. Tous les deux s'appuient sur des etudes originales de coins, ce qui represente
en soi un apport appreciable. Le travail de D. G. Glew prend en compte la periode qui va
de 118/7 a 95/4 (annees 180 a 203 de l'ere locale).60 Constatant un vide exceptionnel dans
la sequence de ces emissions datees pour les annees 104/3 et 103/2, il veut le mettre en
relation avec une expedition de Nicomede en Cappadoce ou plut6t avec l'obligation dans
laquelle le roi se serait trouve de payer une dette de guerre a Mithridate Eupator a la suite
de cette intervention. II s'agit d'un raisonnement fin, qui combine sources litteraires et
numismatiques, et dont le seul defaut est peut-etre d'assimiler exagerement le monetaire a
l'economique. F. de Callatay s'est pour sa part penche sur les toutes dernieres emissions
royales (annees 98/7 a 74/3 [200 a 224] de l'ere locale).6' Contrairement a l'opinion recue,
il est en mesure de distinguer deux portraits monetaires differents pour les derniers
Nicomedes qui correspondent a des productions distinctes. Le fait notamment que le
nouveau portrait apparait pour quelque temps seulement a la fin des annees 90 l'incite a
lier cette observation avec l'activite rapportee par les textes de l'usurpateur Socrate
Chrestos. II entend d'autre part redater le deces de Nicomede IV Philopator de 75 au plus
55. de Callatay, F., A propos de certaines estampilles sur des contrefacons modernes de monnaies
grecques, SM, 39, 156 (1989), p. 84-87.
56. Krueger, E., Mithridates VI. Eupator von Pontos - Eine Spur in Basel, Festschrift H. A. Cahn,
(Bale, 1985), p. 77-82.
57. de Callatay, F., Certains bronzes du roi Pylemene de Paphlagonie probablement contre-
marques par Mithridate Eupator, SM, 38, 150 (1988), p. 34-37.
58. Le Bider, G., Un tetradrachme de Prusias I de Bithynie, Homo Religiosus, 10, (Louvain-la-
Neuve, 1984), p. 167-171, pi. 8.
59. Bauslaugh, B. A., Two Unpublished Overstrikes : New Style Athens and Aesillas the Quaestor,
ANSMN, 32 (1987), p. 11-21, pi. 2-3.
60. Glew, D. G., The Cappadocian Expedition of Nicomedes III Euergetes, King of Bithvnia,
ANSMN, 32 (1987), p. 23-55, pi. 4-6.
61. de Callatay, F., Les derniers rois de Bithynie: problemes de chronologie, RBN, 132 (1986),
p. 5-30, pi. 1-5.
81
f. de callatay
tot (et sans doute de la fin 76) au lieu de la datation apres le mois d'octobre 74, qui repose
sur une interpretation a contresens de la documentation numismatique.
Pour ce qui releve des monnayages des villes, il faut citer l'importante publication du
tresor de Moda (banlieue d'Istamboul, cote asiatique) de G. Le Rider et N. Olqay.62
Enfouie vers c. 225, cette trouvaille mele des bronzes calcedoniens et byzantins a ceux
emis conjointement par ces deux villes lors de ce que Ton a choisi d'appeler "l'episode
phenicien" (c. 235/220). L'absence ou la presence de contremarques, la diversite de ces
dernieres ainsi que quelques cas de surfrappes permettent aux auteurs d'ordonner les
differentes emissions representees dans ce tresor. On peut suivre de la sorte les remanie-
ments successifs qui, similaires a ceux deja releves pour l'argent, ont caracterise les
monnaies de bronze a ce moment. On signalera enfin une courte notice sur les monnaies
de Myrleia qui accompagne la publication des inscriptions d'Apamee.63
Mysie
Les monnaies royales emises a Pergame ont suscite d'importants commentaires ces
dernieres annees. L'etude du tresor de Meydancikkale tout d'abord a permis de preciser
pour les philetaires certaines datations de reference dues a U. Westermark. II a ainsi fallu
remonter la date du groupe VIA de c. 228/220 a c. 241/235 (supra, n. 33, p. 334-340). Ce
reamenagement, fonde sur l'etude des tresors, implique de penser que la frappe des phile-
taires ne fut pas toujours repartie de maniere egale, mais parfois realisee ponctuellement.
Profitant de l'achat par le Cabinet des Medailles de Paris du second exemplaire connu
d'Eumene II a types personnels (Dr: Tete du roi a dr./Rv : Dioscures debout de face dans
une couronne de laurier), H. Nicolet-Pierre a cherche a situer cette emission excep-
tionnelle dans le temps.64 L'etude tres fine des derniers philetaires mais aussi des
alexandres et des premiers cistophores frappes a Pergame lui permet de proposer une
datation entre ± 166 et ± 159 (peut-6tre en ± 160 lorsqu'Eumene decida d'associer etroi-
tement son frere Attale a la royaute). Au passage, H. Nicolet plaide avec de bons
arguments pour une datation basse de l'introduction des cistophores, plus proche de 160
que de 175 (contra O. Morkholm et M. J. Price). La decouverte dans les fouilles de
Pergame d'un tresor de 65 cistophores a ete annoncee.63 V. Kricheldorf a publie ce qu'il
tient pour un cistophore inedit de la ville.66
Troade
Un tresor d'un minimum de 54 bronzes d'Abydos a ete etudie par D. O. A. Klose
(d'autres exemplaires sont encore dans le commerce).67 Toutes les pieces sont du type
"Tete d'Artemis a dr./ (ABY dans le champ sup. g.), aigle sur un foudre a dr., la tete vers la
g.". Le fait interessant est que plus de la moitie de ces pieces ont ete soit surfrappees, soit
62. Lf. Rider, G. et Olqay, N., Le tresor de Moda (1975), Travuux et Recherches en Turquie, II,
(Paris-Louvain, 1984), p. 79-102.
63. Corstf.n, T., Die Inschriften von Apameiu (Bithynien) und Pylai, (Bonn, 1987), p. 9.
64. Nicolf.t-Pif.rre, H., Monnaies de Pergame, Kraay-Merkholm Essays, p. 203-216, pi. 47-49.
65. Voir Mellink, M. J., Archaeology in Anatolia, A3 A, 93, 1 (1989), p. 128.
66. Krichf.i.dorf, V., Ein ungewohnlicher Cistophor, Berichle, 25, 142 (1984), p. 2021.
67. Ki.ose, D. O. A., Ein Schatzfund hellenistischer Bronzemiinzen aus Abydos, AA, (1985), p.67-
76.
82
asie mineure hellenistique
contremarquees sur des types plus anciens d'Abydos. La chronologie est helas tres vague
pour ces series. D. 0. A. Klose, qui ne prend pas fermement position, situe la date
d'enfouissement quelque part dans la premiere moitie du 3C s. L. Lazzarini a presente une
etude sans originalite excessive des monnaies de bronze de Kebren, dont les dernieres
series datent de la fin du 4P. s., lorsque la population fut deportee pour aller peupler la
nouvelle Antigoneia (la future Alexandrie de Troade).68 Le meme auteur s'est aussi
propose d'attribuer un bronze anepigraphe comme premier monnayage de la panegyrie
d'llion.69 N. Parise s'est quant a lui interroge sur la nature des bipennes representees sur
les monnaies de Tenedos : perpetuation imagee d'un moyen d'echange premonetaire ou —
beaucoup plus probablement — symbole de la ville?70 F. de Callatay a publie une
surfrappe d'une monnaie de Maronee sur un tetradrachme a flan large de Tenedos.71
Bolide
L'attention des numismates avait essentiellement porte sur Cyme les annees prece-
dentes. 0. Masson a encore ajoute a la connaissance des emissions de cette ville en
dressant, puis commentant, la liste des magistrats monetaires.72 Ce releve, qui atteste
quelque 109 lectures certaines, actualise les travaux de Miinsterberg et de Milne. II
demande a etre confronte avec le recent corpus des inscriptions de H. Engelmann (1976).
Cela etant, c'est la ville de Myrina qui a le plus beneficie des annees 1985/1989. Guide par
la regrettee N. Waggoner, K. S. Sacks a redige une etude importante sur les tetra-
drachmes a la couronne emis par la ville vers le milieu du second siecle.73 Apres N. F.
Jones (Magnesie du Meandre) et J. H. Oakley (Cyme), voila done un troisieme hote du
Summer Seminar organise par l'ANS qui s'interesse a un des ces monnayages naguere
faussement qualifies de stephanephores. K. Sacks distingue 97 coins de droit pour 416
exemplaires. Deux faits retiennent plus specialement l'attention: primo, pas moins d'une
cinquantaine de monogrammes differents figurent au revers de ces tetradrachmes; c'est
beaucoup pour une periode de production estimee a ± 10/15 annees (± 155/40) et cela
contraste nettement avec les 8 monetaires de Magnesie et les 12 de Cyme. Secundo, il
existe des differences significatives de poids entre les trois groupes stylistiques definis par
l'auteur (16,70g, 16,36g et 15,85g). Comme tout indique par ailleurs — les tresors, mais
aussi les liaisons de coins et les monogrammes — que ces pieces ont ete frappees en peu de
temps, cela invite a reflechir sur la valeur de certains presupposes implicites parfois
utilises. L'etude de K. S. Sacks a recu un utile complement de la part de P. Kinns qui
s'est attache a regrouper les falsifications modernes de ces tetradrachmes de Myrina.74 Ce
travail met en garde contre une production de faux apparue apres la decouverte du grand
tresor de Kirikhan en 1972. Plusieurs hybrides permettent surtout a P. Kinns de reunir
un ensemble de faux realises dans les environs de Bagdad a la charniere des 19e et 20c s.
68. Lazzarini, L., Note sulle monete bronzee di Kebren nella Troade, RIN, 88 (1986), p. 27-35.
69. Lazzarini, L., La prima monetazione della panegiria a Ilio, RIN, 86 (1984), p. 3-8.
70. Parise, N., Bipenni di Tenedo, NumAntClass, 14 (1985), p. 31-35.
71. de Callatay, F., Une surfrappe inedite de Maronee sur Tenedos, CahN, 23, 90 (1986), p. 220.
72. Masson, 0., Quelques noms de magistrats monetaires grecs. V. Les monetaires de Kyme
d'Eolide, RN, 6es., 28 (1986), p. 51-64, pi. 3-4.
73. Sacks, K. S., The Wreathed Coins of Aeolian Myrina, ANSMN, 30 (1985), p. 1-43, pi. 1-22.
74. Kinns, P., Myrina and Related Forgeries, ANSMN, 30 (1985), p. 45-68, pi. 23-29.
83
f. de callatay
Un bref article d'U. Westermark s'interesse a la representation d'Apollon Chresterios sur
les tetradrachmes d'figee pour lequel certaines emissions imperiales fournissent d'utiles
renseignements.75
Ionie
H. R. Baldus a publie les monnaies de fouilles de Didyme pour les campagnes 1980/3.76
J. de la Geniere a annonce la decouverte d'un tresor de 164 bronzes de Colophon (Dr:
Tete d'Apollon a dr./Rv: Cavalier arme a dr.) datant de l'extreme fin du 4e s. et decouvert
lors des fouilles du sanctuaire d'Apollon a Claros.77 L'atelier de Lebedos — maintenant
bien connu par le travail de P. Kinns (1980) — a fait l'objet d'une etude de coins tres
complete de la part de M. Amandry qui s'est interesse aux tetradrachmes a la couronne
de feuillage.78 U y distingue 6 monetaires et 8 coins de droit pour 53 exemplaires
(datation: c. 150/135). Pour Ephese, G. K. Jenkins a repris la question de la date des
stateres d'or que Ton situait jusqu'ici lors de la premiere guerre mithridatique (88/5).79
Un exemplaire inedit conserve au musee de Kayseri lui permet de s'inscrire en faux contre
cette opinion. Cet exemplaire presente en effet au revers la mention d'un certain
C.AIN.C.F. que Ton retrouve sur les cistophores de la 13e annee de l'ere de la ville, c'est-a-
dire en 122/1. G. Stumpf a d'ailleurs consacre une note speciale a ce magistrat (C.
Atinius).80 Des lors, G. K. Jenkins plaide en faveur d'un etalement de la frappe de ces
stateres a partir du 2es. (peut-etre deja avant 134) jusque vers c. 78. Signalons encore
pour Ephese la breve notice de H. Nicolet-Pierre qui permet d'ecarter certains faux
modernes.81 Les monnaies de Magnesie ont attire l'attention de P. Kinns.82 Celui-ci
dresse le bref corpus d'une emission de tridrachmes (14 ex., soit 5 droits et 11 revers) qu'il
redate d'apres les monetaires vers 210/200, c'est-a-dire juste apres que la ville ait ete
declaree tega xal aovkoq. Quoique generalement tres prudent sur ce point, il propose
neanmoins ici de lier le monetaire au politique. Dans le m&me article, P. Kinns etudie une
autre emission d'argent, dont les trois modules presentent la particularite (unique pour
l'argent) de renseigner des marques de valeur (A [pour 1/3 de tetradrachme], B [pour l/6e]
et A [pour l/12e]). II fixe la date de cette emission vers 155/145, soit au moment de la
frappe des tetradrachmes a la couronne, et veut voir dans ces marques de valeur une
influence des pratiques seleucides. Concernant le monnayage de Milet, la monographic
recente de B. Deppert-Lippitz (Typos, V, 1984) a suscite quelques reactions. P. Kinns —
toujours lui — en a fait une critique virulente.83 Outre qu'elle fait connaitre un important
75. Westermark, U., En tetradrachm fran Aigai i Aiolis, Festskrift till Lars O. Lagerqvist,
(Stockholm, 1989), p. 471-475 [resume anglais].
76. Baldus, H. R., Fundmunzen der Ausgrabungen 1980-83 in Didyma, IstMitt, 34 (1984), p. 276-
324, pi. 58-59 [13 exemplaires hellenistiques].
77. de la Geniere, J., Le sanctuaire d'Apollon a Claros, Varia Anatolica, IV/1 (Analolie antique.
Fouilles francaises en Turquie), (Paris-Istanbul, 1989), p. 31-35.
78. Amandry, M., Les tetradrachmes a la couronne de feuillage frappes a Lebedos (Ionie), Kraay-
Merkholm Essays, p. 1-7, pi. 1.
79. Jenkins, G. K., Hellenistic Gold Coins of Ephesos, Anadolu, 21 (1978-80 [1987]), p. 183-188, pi.
A-B.
80. Stumpf, G., C. Atinius, C. F. Praetor in Asia 122-121 v. Chr., ZPE, 61 (1985), p. 186-190, pi. 7a.
81. Nicolet-Pierre, H., Etranges parentes ioniennes, BSFN, 42, 3 (1987), p. 165-168.
82. Kinns, P., Two Studies in the Silver Coinage of Magnesia on the Maeander, Kraay-Merkholm
Essays, p. 137-148, pi. 39-40.
83. Kinns, P., The Coinage of Miletus, NC, 146 (1986), p. 233-260.
84
asie mineure hellenistique
materiel ayant echappe a Deppert-Lippitz, cette mise au point reprend presque comple-
tement la chronologie proposee en 1984 et rehabilite l'authenticite d'une emission excep-
tionnelle de stateres. II est a noter que, d'une maniere plus generale, on trouvera dans ce
travail — certes ponctuel — de P. Kinns bon nombre de propos eclairants parce que
sagaces sur la maniere dont doit etre conduite une etude de coins. 0. Masson et M.
Amandry ont egalement disseque l'etude de B. Deppert-Lippitz : le premier s'attache aux
noms de monetaires, dont il s'est fait une specialite, tandis que le second enrichit de
quelques additions remission de tetradrachmes de poids attique.84 S'interessant pour sa
part a la representation de Dionysos comme symbole sur certains alexandres posthumes
realises a Teos, A. Davesne est en mesure de montrer qu'il s'agit d'une reproduction de la
statue cultuelle du dieu. Voila qui milite fortement pour une datation de la construction
du temple de Dionysos a Teos dans les derniers moments du 3e s.83 Enfin, on signalera un
interessant commentaire numismatique de P. R. Franke a propos de deux inscriptions de
Samos.86 Contrairement a ce que soutenait Barron, le CTATHP nATPIOC dont il est
question dans une loi frumentaire datee de 210/190 ne renvoie pas a un tetradrachme
posthume d'Alexandre frappe par la cite mais a une emission bien anterieure realisee dans
la premiere moitie du 4es.
Carie
Quelques etudes ont concerne la Carie continentale. Une piece inedite achetee par
l'ANS fournit a N. M. Waggoner l'occasion de reconsiderer le classement des emissions
des grandes denominations d'argent realisees par la ville d'Antiocheia/Alabanda.87 La
presence d'une couronne au revers rattache cet unicum aux tridrachmes couronnes (que
d'aucuns datent apres 133) tandis que le monogramme l'apparente aux alexandres emis
par la cite vers c. 185/67. Ce double lien pousse l'auteur a remonter la chronologie des
tridrachmes avant 133. Cet exemplaire est de fait tres particulier (poids de 14,20g [a mi-
chemin entre l'etalon attique et celui des tridrachmes], couronne decentree au revers et
inscription inexacte [AAABANAEQN]). R. H. J. Ashton a publie une drachme unique de
type rhodien. La contremarque d'une chimere au droit et le nom de monetaire MEriZTOI
au revers le poussent a situer cette monnaie a Caunos vers la fin des annees 180 ou les
annees 170.88 La ville de Iasos a particulierement retenu l'attention. W. Weiser a ainsi
profite de la publication du riche corpus epigraphique pour passer en revue le monnayage
de la cite ainsi que celui de Bargylia (sur la cote, entre Mylasa et Halicarnasse).89 Pour
chacune de ces deux villes, il a rassemble un grand nombre d'exemplaires et donne la liste
des noms de monetaires. L. Tondo a relate les etapes de la decouverte du monnayage de
Iasos.90
84. Masson, 0. et Amandry, M., Compte rendu dans REG, 99 (1986), p. 190-193.
85. Davesne, A., Numismatique et archeologie: le temple de Dionysos a Teos, RN, 6e s., 29 (1987),
p. 15-20, pi. 2.
86. Franke, P. R., Die KAnHAOl -Inschrift von Samos und der CTATHP nATPIOC, ZPE, 54 (1984),
p. 119-124.
87. Waggoner, N. M., A New Wrinkle in the Hellenistic Coinage of Antioch/Alabanda, Kraay-
Merkholm Essays, p. 283-290, pi. 65-66.
88. Ashton, R. H. J., A Pseudo-Rhodian Drachm from Kaunos, SM, 3, 151 (1988), p. 67-70.
89. Weiser, W., Zur Miinzpragung von Iasos und Rargylia, in Rlumel, W., Die Inschriften von
Iasos, 2 (Ronn, 1985), p. 170-185.
90. Tondo, L., La scoperta della monetazione di Iasos negli studi numismatici, BA, Suppl. 31/2
(1985), p. 163-169.
85
f. de callatay
D'autres travaux ont concerne les monnayages rhodiens. On sait que R. H. J. Ashton a
reuni un enorme materiel a ce sujet. Bien qu'il se soit surtout employe jusqu'ici a publier
d'abord les emissions realisees en dehors de l'ile —outre la Carie continentale (supra, n" 88)
et la Lycie (infra, n° 100), voir SM, 37, 146 (1987), p. 29-39 (Crete), NC, 148 (1988), p. 21-
32, pi. 4-6 (Macedoine ou Thessalie), NC, 148 (1988), p.129-134, pi. 31 (Samothrace) et
RN, 6es., 31 (1989), p. 41-48, pi. 4 (Eretrie) —, il a egalement propose de reconnaitre la
representation du celebre Colosse sur certains didrachmes proprement rhodiens, dont la
tete d'Helios radie est figuree de profil.91 Au passage, il a jete les bases d'une datation
pour les didrachmes entre c. 333 et 230. C'est exactement le sujet d'une etude de W.
Leschhorn.92 Celui-ci s'appuie pour ce faire sur la publication du tresor d'Usak (CH II,
68), riche de 103 didrachmes rhodiens et de 5 tetradrachmes ptolemaiques. L'enfouis-
sement du tresor est date des annees 255/0. Les recherches de R. H. J. Ashton et de W.
Leschhorn ont ete menees de maniere independante. En depit de certaines divergences
mineures sur la maniere de subdiviser le materiel, il est des lors tres satisfaisant de
constater que ces deux auteurs aboutissent a des resultats chronologiques tres similaires.
Utilisant davantage les enseignements de l'etude des tresors que ceux du style, R. H. J.
Ashton s'est encore penche sur une autre emission de didrachmes qu'il place au debut de
sa serie 4, soit vers 250.93 Comme toujours avec cet auteur, une etude de coins soutient la
demonstration.
En ce qui concerne les plinthophores, G. K. Jenkins s'est finalement resolu a publier le
classement fait par lui de ces monnaies d'apres la grande trouvaille de Marmaris (IGCH
1355).94 S'il est aise de distinguer 5 groupes differents, il faut noter que chaque groupe se
caracterise par une characteroscopie assez touffue et, ce faisant, par un grand imbroglio
des monetaires. On relevera que la date d'introduction de la monnaie plinthophorique
(entre 177/6 et 173/2), alliee au fait que celle-ci ait connu une aire limitee de circulation,
offre d'evidentes similitudes avec ce que Ton sait aujourd'hui des debuts du cistophore. La
fin de la sequence est datee en fonction d'une fragile ressemblance avec les portraits de
Mithridate VI Eupator. II est egalement question des plinthophores avec l'article de W.
Leschhorn qui publie un tresor de 64 hemidrachmes plinthophoriques provenant de
Syrie.95 Ici aussi, on a cherche a confronter l'onomastique monetaire avec celle des
inscriptions lapidaires. L'interfet majeur de cette trouvaille reside dans le fait qu'elle a ete
enfouie en Syrie apres 166 (fin du 2 s.?). Aux yeux de l'auteur, cela parait attester la
prolongation du commerce entre Rhodes et les Seleucides apres la defaite de Persee a
Pydna.
91. Ashton, R. H. J., Rhodian Coinage and the Colossus, RN, 6es., 30 (1988), p. 75-90, pi. 15-18.
Sur cet Helios, on consultera sans profit excessif les notes de Christiansen, K., Uber die
Miinzen des antiken Rhodos. Der Sonnengott und die Rose, Money Trend, 4 (1983), p. 22-25 et
Clayton, P. A., Helios of Rhodes, SCMB, 825 (nov. 1987), p. 300.
92. Leschhorn, W., Zu den rhodischen Didrachmen des 4. und 3. Jhr. v. Chr. Der Schatzfund von
Usak (Coin Hoards II 68), JNG, 36 (1986), p. 67-94, pi. 7-12.
93. Ashton, R. H. J., A Series of Rhodian Didrachms from the Mid-Third Century RC, NC, 149
(1989), p. 1-13, pi. 1-5.
94. Jenkins, G. K., Rhodian Plinthophoroi - A Sketch, Kraay-Morkholm Essays, p. 101-119, pi. 29-
34.
95. Leschhorn, W., Zur rhodischen Miinzpragung im 2. Jh. v. Chr. Ein Schatzfund rhodischer
Hemidrachmen aus Syrien, JNG, 35 (1985), p. 7-20, pi. 1-5.
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asie mineure hellenistique
R. H. J. Ashton a redige une etude detaillee sur trois emissions de monnaies de
bronze.% Les noms de magistrats, les monogrammes, mais aussi l'iconographie et specia-
lement une ressemblance d'un type de droit avec lc portrait de Berenice II d'Egypte, lui
permettent de situer ces frappes juste apres le grand tremblement de terre qui ravagea la
cite vers 229/6. Enfin, W. Weiser a etudie un petit tresor de 33 bronzes, dont 27
viennent de Rhodes.97 Ce lot, pour lequel l'auteur a calcule qu'il ne representait meme pas
une drachme (5 oboles 1/4), a ete enfoui vers 150/20. II est a noter que ce petit avoir
melange differents monnayages de bronze (Tenos: 1; Alabanda: 2; Mylasa: 1 et Sardes:
2), dont certains se revelent lointains (Tenos) ou anciens (Sardes: 2 bronzes aux types de
Philippe II emis vers 320/19).
Phrygie
Decede a l'automne 1980, H. von Aulock avait eu le temps d'achever le second tome de
ses Miinzen und Stddte Phrygians.™ Celui-ci, qui est paru en 1987, fait la part belle aux
imperiales. On y releve toutefois pour les trois villes de Dionysopolis, Colossai et
Prymnessos la presence de quelques series hellenistiques tardives (fin 2e/rrs.). Egalement
tardif, un bronze au nom des Epictetes a fait l'objet d'une etude de O. Lange."
Lycie
R. H. J. Ashton isole deux series de drachmes rhodiennes avec les noms de monetaires
MOY2AIOI et IA2J2N, que de nombreuses anomalies empechent d'attribuer a l'atelier de
Rhodes.100 L'etude des provenances et des contremarques l'induit a situer ces monnaies en
Carie ou en Lycie. Leur frappe date de la fin des annees 180 ou des annees 170. Plusieurs
de ces contremarques peuvent par ailleurs etre mises en rapport avec les types monetaires
de bronze et d'argent de la ligue lycienne. Si ce lien est reel, il faut alors abaisser quelque
peu la datation proposee pour ces monnayages par H. A. Troxell (1982): vers les annees
170 pour le bronze et vers 167 pour l'argent.
Pisidie-Lycaonie-Pamphylie
Une petite brochure editee a Saarbriicken presente quelques aspects de la ville de Side.
Deux articles sont a noter ici: une introduction generale aux monnayages de la ville par
P. R. Franke'01 et, surtout, la publication par W. Leschhorn d'un tres important tresor
de 560 tetradrachmes de la ville enfouis vers ± 170.102 Ce tresor permet de preciser non
96. Ashton, R.H.j., Rhodian Bronze Coinage and the Earthquake of 229-226 BC, JVC, 146 (1986),
p. 1-18, pi. 1-4.
97. Weiser, W., Ein Fund von rhodischem Kleingeld aus hellenistischer Zeit, ZPE, 66 (1986),
p. 209-215, pi. 7.
98. von Aulock, H., Miinzen und Stddte Phrygiens, II, IstMitt, 27, (Tubingen, 1987).
99. Lange, O., Die phrygische Landschaft Aizanis und ihre Miinzen, Berichte, 29, 164 (1989),
p. 597-602.
100. Ashton, R. H. j., Pseudo-Rhodian Drachms and the Beginning of the Lycian League Coinage,
NC, 147 (1987), p. 8-25, pi. 2-3.
101. Franke, P. R., Einleitung, Side. Miinzpragung, Inschriften und Geschichte einer antiken Stadt
in der Turkei, (Saarbriicken, 1988), p. 3-8.
102. Leschhorn, W., Ein Schatzfund sidetischer Miinzen, Side. Miinzpragung, Inschriften und
Geschichte einer antiken Stadt in der Turkei, (Saarbriicken, 1988), p. 23-42.
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f. de callatay
seulement la chronologie et la taille de ce monnayage (entre c. 205 et 190; 218 coins de
droit et 414 de revers) mais apporte encore un temoignage capital pour ce qui est d'etablir
la date des premiers cistophores (voir supra). II contient de fait 64 contremarques cisto-
phoriques (carquois + initiates d'une des villes), dont l'une est partiellement recouverte
par une contremarque a l'ancre apposee au plus tard en 169. F. de Callatay et J.-M.
Doyen ont publie un tresor de 49 fractions en argent de Selge principalement, pour
lesquelles le style, la metrologie et l'orientation des axes concourent a repartir les frappes
sur une longue periode de temps.103 Une note de R. J. Hebert va dans le meme sens.104 F.
Rebuffat explique pourquoi — contre les donnees historiques — l'opportunisme d'une
famille d'Apollonia de Pisidie a fait qualifier sur certaines monnaies imperiales Alexandre
le Grand de fondateur.105
Cilicie
La Cilicie est sans doute l'une des regions dont l'etude aura ete le plus poussee les annees
ecoulees. Les recherches futures vont surtout beneficier des publications de materiel d'E.
Levante106 et R. Ziegler (supra, n. 3). D'un point de vue general, il faut egalement
placer en tete le tres utile releve bibliographique de S. Schultz dans la serie des Literatu-
riiberblicke publiee dans la revue Chiron.107
M. J. Price est brievement retourne aux monnaies de Balacros frappees a Tarse du
vivant d'Alexandre.108 On reviendra un instant sur le tresor de Meydancikkale/Giilnar
pour mentionner l'attribution par G. Le Rider d'un groupe de tetradrachmes de Seleucos
II a un atelier indetermine de Cilicie (supra, n. 33, p. 330-1). Son inventeur, A. Davesne,
a par ailleurs entrepris de faire connaitre plusieurs autres tresors conserves dans les
musees de la region. II a ainsi deja publie deux trouvailles de monnaies ptolemalques
enfouies vers 261/256, dont l'une provient de Celenderis.109
Apres Mallos (1984), A. Houghton s'est penche de tres pres sur la production seleucide
de deux autres ateliers ciliciens. Actif depuis Antiochos III, l'atelier de Seleucie du
Calycadnos a surtout connu une tres intense activite avec le court regne de Seleucos VI
(128 exemplaires recenses, soit 44 droits et 150 revers).110 L'auteur prend d'ailleurs le
risque de se fier aux monnaies en proposant, sur la base de ces chiffres, d'allonger quelque
peu le regne dudit Seleucos (c. 98/94 plutot que c. 96/94). La situation est differente pour
l'atelier de Soli, essentiellement requisitionne par Antiochos III, avant de connaitre des
frappes plus sporadiques ensuite et ce jusqu'a Antiochos VII.111
103. de Callatay, F. et Doyen, J.-M., Un lot de petites fractions en argent de Selge en Pisidie,
SNR, 66 (1987), p. 63-71, pi. 9-11.
104. Hebert, R. J., Ten Greek Tidbits, SAN, 17, 3 (1988), p. 57-59.
105. Rebuffat, F., Alexandre le Grand et Apollonia de Pisidie, RN, 6es., 28 (1986), p. 65-71.
106. SNG Levante (Cilicia), (Rerne, 1986).
107. Schultz, S., Literaturiiberblicke der griechischen Numismatik : Kilikien, Chiron, 18 (1988),
p. 91-170.
108. Price, M. J., In the Wake of Alexander: Coins as Evidence for the Clash of Cultures under the
Macedonian Empire, Ades du XII' CI AC (Athenes, 1985), p. 243-247 [p. 244].
109. Davesne, A., Deux tresors de monnaies d'or ptolemaiques trouves en Turquie, BSFN, 43, 8
(1988), p. 437-439.
110. Houghton, A., The Royal Seleucid Mint of Seleucia on the Calycadnus, Kraay-Merkholm
Essays, p. 77-98, pi. 23-28.
111. Houghton, A., The Royal Seleucid Mint of Soli, NC, 149 (1989), p. 15-32, pi. 6-10.
88
as1e mineure hellenistique
Les tetradrachmes d'Aegeae et d'Elaeusa ont continue d'attirer l'attention. 0.
Morkholm a conteste la datation au debut du Vs. initialement proposee par H. Bloesch
pour les tetradrachmes d'Aegeae (1979 et 1982).112 L'examen de la legende (AirEAIQN) et
des poids (etalon ptolemai'que) commande, selon lui, de situer la frappe de ces monnaies
apres 47 (entre 44/43 et 30/29 selon l'ere cesarienne). A. Houghton et S. Bendall ont
ajoute un document capital a la comprehension de ce monnayage en publiant un petit
tresor recemment disperse en ventes."3 Celui-ci contenait un minimum de 7 tetra-
drachmes d'Aegeae et 1 d'Elaeusa (d'autres exemplaires sont apparus depuis chez Lanz).
Les deux auteurs donnent pour ces monnayages les etudes de coins actualisees. lis
acceptent pleinement l'argumentation d'O. Morkholm dont ils developpent le cadre
historique et metrologique. Plusieurs considerations empechent toutefois d'adherer sans
retenue a cette reconstitution.
S'appuyant pour beaucoup sur sa propre collection (supra, n. 106), E. Lev ante a
continue de faire connaitre les emissions de petits ateliers. Ainsi, apres Adana (1984), a-t-
il publie les monnaies de Zephyrion, situe entre Soloi et Tarse: 46 exemplaires sur les 97
reunis appartiennent a des emissions autonomes."4 L'atelier de Rhosus — dont on ne sait
s'il faut le placer en Cilicie ou en Syrie — a egalement ete passe en revue (20 exemplaires
sur 83 datent d'avant 42).115
Cappadoce
A. Houghton a eu soin d'integrer les tetradrachmes d'Ariarathe IV dans la production
de l'atelier de Soli (supra, n° 120), confirmant de la sorte les pensees d'O. Morkholm contre
celles de B. Simonetta. O. Lange a profite de la vente d'un des tres rares tetradrachmes
d'Oropherne pour en donner un apergu historique."6 B. Simonetta a publie quelques
drachmes exceptionnelles d'Ariarathe V (IV pour lui) avec les lettres Ml a l'exergue du
revers."7 Malheureusement, contre l'opinion de l'auteur, il semble que ce document
acheve de donner raison a 0. Morkholm: il ne peut s'agir de dates de regne. Oublions
done l'hypothese proposee, qui veut y voir des monnaies frappees pour le 50e anniversaire
du roi (Ml = 40 + 10 = 50!)
H. Herrli a regroupe les bronzes autonomes d'Eusebeia (ensuite denommee Cesaree).
Des arguments (peut-etre rapides) d'iconographie et de style le poussent a mettre
certaines series en rapport avec les derniers rois de Cappadoce (a partir d'Ariarathe IX)."8
112. Morkholm, 0., The Date of the Autonomous Tetradrachms of Aegeae in Cilicia, ANSMN, 32
(1987), p. 57-60. Hansjorg Bloesch a publie une petite brochure sur la ville d'Aegeae ou il
accepte la datation de 0. Morkholm (Bloesch, H., Erinnerungen an Aigeai, (Winterthur,
1989), p. 7-8; Otto Morkholm und Aigeai et p. 8-11: Autonome Hronzen von Aigeai).
113. Houghton, A. et Bendall, S., A Hoard of Aegean Tetradrachms and the Autonomous Tetra-
drachms of Elaeusa Sebaste, ANSMN, 33 (1988), p. 71-89, pi. 19.
114. Levante, E., The Coinage of Zephyrion in Cilicia, NC, 148 (1988), p. 134-141, pi. 32-35.
115. Levante, E., The Coinage of Rhosus, NC, 145 (1985), p. 237-243, pi. 42-43.
116. Lange, O., Orophernes. Ein hellenistisches Herrscherportrat, Berichle, 25, 148 (1985), p. 2218-
2222.
117. Simonetta, B., Dramme di Ariarathes IV coniate per il cinquantenario del suo regno, SM, 35,
139 (1985), p. 59-61.
118. Herrli, H., Die "autonomen" Bronzemiinzen von Eusebeia und Kaisereia in Kappadokien,
NNB, 34, 3 (1985), p. 60-71.
89
f. de callatay
P. Weiss est l'auteur d'une tres riche etude sur l'iconographie du Mont Argee.119 A cote
des gemmes, les monnaies fournissent l'essentiel de la documentation, dont certaines
appartiennent precisement a Eusebeia/Cesaree. 0. Lange a donne le contexte historique
du regne de Tarkondimotos I et des monnaies qu'il produisit a Hierapolis-Castabala.120 Ce
sont egalement les monnaies qui permettent, avec de bons arguments, a R. Ozgan
d'attribuer a Tarkondimotos I (ou II) une tres interessante tete de souverain hellenistique
decouverte recemment en Cilicie.121
Armenie
M.-L. Chaumont utilise le temoignage des monnaies pour fixer vers 154/153 le debut de
l'ere d'Artaxata.122 C. Foss a surtout livre une etude tres serieuse sur le monnayage de
Tigrane le Grand.123 Se fondant sur une recente trouvaille de bronzes de ce roi (nombreux
exemplaires dans les catalogues de ventes), il a procede a un reexamen general de ce
monnayage qui lui permet d'affiner tant la chronologie que la localisation des ateliers. Les
progres amenes par cette etude paraissent decisifs sur bien des points. On sera moins
convaincu par une note du meme auteur qui veut attribuer a Tigrane le Jeune une serie de
petits bronzes sur la seule base de l'iconographie (portrait "plus jeune").124
Commagene
0. Lange a publie quelques varia sur les monnaies de Commagene.125 II s'est egalement
interesse a certaines contremarques.126
119. Weiss, P., Argaios/Ericiyas Dagi-Heiliger Berg Kappadokiens: Monumente und Ikonographie,
JNG, 35 (1985), p. 21-48 [surtout, p. 31 et pi. 10).
120. Lange, O., Tarkondimotos, Konig von Kilikien und seine Dynastie, Herichte, 27, 159 (1988),
p. 336-343.
121. Ozgan, R., Ein Herrscherbildnis aus Kilikien, JdAI, 103 (1988), p. 367-380.
122. Chaumont, M.-L., A propos d'une ere d'Artaxata, capitale de la Grande Armenie, RElArm, 18,
2 (1984), p. 397-407, pi. 40-41.
123. Foss, C, The Coinage of Tigranes the Great: Problems, Suggestions and a New Find, NC, 146
(1986), p. 19-66, pi. 5-7.
124. Foss, C, Tigranes the Younger, SAN, 16, 4 (1986), p. 64-66.
125. Lange, O., Die Miinzen der Konige von Kommagene, Berichte, 25, 144 (1985), p. 2091-2101.
126. Lange, O., Gegenstempel im Konigreich Kommagene, Berichte, 26, 154 (1986), p. 136-142.
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