Guerres et monnayages à l'époque hellénistique more

Dossiers d'Archéologie, 248, November 1999, p. 28-35.

L 5957 - 248 - 48,00 F 111111111111111111111111111111111111111111111 • 02 Preface par Georges LE RIDER, Membre de l'Institut, Professeur au College de France 60 Les monnaies provinciales romaines par Michel AMANDRY, Conservateur general des bibliotheques, Directeur du departement des Monnaies, Medailles et Antiques, Bibliotheque nationale de France 04 La collection Alberic du Chastel par Francois de CALLATAY, Chef du departement des Cabinets museologiques de la Blbliotheque royale de Belgique, Directeur d'etudes des Hautes Etudes, Paris et [ohan VAN HEESCH, Assistant au Cabinet des Medailles de la Bibliotheque royale de Belgique a l'Ecole pratique 14 La numismatique, une science a decouvrir par Bruno BTOUL 22 De l'epigraphie grecque a la numismatique par Leopold MIGEOTTE, Professeur emerite d'histoire allcienl1e a l'Universite 70 La monnaie et la crise du Iltsiecle par Dominique HOLLARD, Membre du Centre d'etudes des trouvailles monetaires, Bibliotheque nationale de France, de Laval, Quebec, Directeur d'etudes associe a l'Ecole pratique des Hautes Etudes, Paris 28 Guerres et monnayages a l'epoque hellenistique par Francois de CALLATA Y 78 Dieux, empereurs et Victoire : la propagande monetaire dans l'Antiquite tardive par David WIGG, Professeur a l'Universite ]. W. Goethe de Francfort 86 Lexique Coordination Ce numero des Dossiers d' Archeologie a ete coordonne par Francois de Callatay. En couverture De droite a gauche et de haut en bas. Bronze de Septime Severe, © CMP; tetradrachme de Syracuse, © CMB; statere gaulois, musee des Beaux-Arts, Lyon; tetradrachme de Syracuse, © CMB; tetradrachme de Syracuse, © CMB; monnaie en argent de Claude I", © CMP; tetradrachme d'Amphipolis, © CMB; 36 Le depot de Mir Zakah, tetradrachme de Phenee, © CMB. le plus grand tresor du monde par Osmund BOPEARACHCHI, Charge de recherche au CNRS Un siecle apres son acquisition par l'Etat beige, la collection de monnaies grecques et romaines d'Alberu: du Chastel vient enfin d'etre publiee : F. de CALLATAYetf. van HEESCH,Greek and Roman Coins from the du Chastel Collection, Londres, Spink, 1999, 184 p. et 41 pI. - ISBN 1-902040-23-6. Le catalogue toile et pourvu d'une jaquette couleur sera disponible dans le courant du mois d'octobre au prix d'environ 50 £ (prix definitif 44 La naissance du monnayage d'or en Gaule par Simone SCHEERS, Professeur a la Katolieke Universiteit van Leuven (Louvain) 52 Kalkriese redecouvert par les monnaies par Frank BERGER, Conservateur du Cabinet des Medailles du Musee Historique de Francfort-sur-Main a etablir). II peut etre obtenu aupres de Spink and Son Ltd, 5, 6 et 7 King Street, St fames's, London SW1 Y 6QS. ManGle grec Guerres et monnayages a I'epoque hellenistique Par Francois de CALLATAY Les sources litteraires et plus encore epigraphiques ancienne. Mais, meme sans leur appui, parlent peu de la frappe monetalre en Grece a du hellenistique, avec ses on peut tenir pour certain que l'ernission de monnaies La periode echappe regulierement etre motivee par la necessite de payer la guerre. et ses armees que /'etude de professionnels de certains Eupator, stipendies, con~its incessants constat. D'autant Alexandre Ie Grand moins qu'une autre frappes a ce cas favorables, comme les monnayages d'aller par ou Mithridate roi du Pont, permet aujourd'hui plus loin en mettant Ie doigt sur certaines modalites pratiques. Distatere (17,2 g) et statere (8,6 g) en or d'Alexandre Ie Grand. Droit. Tete d'Athena Ii dr. Bruxelles, Bibliotheque royale de Belgique. Coli. A. du Chastel, n° 198·9. de traiter de l'epoque hellenistique, il est bon de se rappeler que, jusqu'a une periode recente, 1'essentiel des depenses des Etats a presque toujours ere absorbe par la guerre, que ce soit pour la preparer, la faire ou l'eviter, 11a fallu le cataclysme prolonge de la Premiere Guerre mondiale au debut de ce siecle pour voir 1'Etat se faire providence et occuper des terrains alors vacants dont il n'avait jamais eu VANT A jusque la a se soucier. Les budgets que l'on peut reconstituer pour des rois guerriers com me Napoleon ou Louis XIV accentuent encore cette primaute du militaire. Deux tiers des depenses - il est vrai que celles-ci depassent generalement les recettes en temps de conflitvont alors a la guerre. Mais il ne faudrait pas croire que la realite ait ete foncierernent differente en des temps plus clements. Letat general des finances de la France, tel que presente 28 par Necker pour l'annee 1784, soit un moment de tranquillite relative, place lui aussi les depenses militaires en tete de toutes les autres (environ un tiers du total a elles seules). L'argent de l'Etat - cite, royaume ou empire - a servi a payer un peu l'administration (pour rendre la justice et percevoir les taxes), un peu le train de la caur, un peu les frais lies ala diplomatie et enormernent la solde des troupes ou l'entretien de la flotte. Voila, fortement resumee, la situation qui a prevalu un peu partout. Tres vite les depenses centrales ont ete acquittees en monnaies, surtout celles relatives aux troupes, surtout si ces troupes etaient destinees a se mouvoir dans le cadre de leurs operations. D'ou l'image presqu'intemporelle du militaire de fortune, du mercenaire, s'engageant dans l'espoir de s'enrichir et voyageant souvent avec ses avoirs sur Ie ventre, en bonnes monnaies d'or dans une ceinture. Ce sont ces soldats napoleoniens que l'on voit, le soir, parcourir le bivouac pour troquer leurs grosses monnaies d'argent contre des pieces d'or, d'un poids moindre a valeur egale. C'est, pour la periode hellenistique, Stratophane le bien nornrne, ce miles gloriosus mis en scene par Plaute, qui, venant d'allonger un talent en "philippes" (soit 300 stateres d'or aux types d'Alexandre le Grand) demande a l'Athenien Strabax de denouer sa ceinture ("solve zonam") afin de fournir davantage que lui. Et Strabax de lui repondre : "Tu es etranger, toi ; moi,j'habite ici ; je ne me promene pas avec une ceinture" ("non cum zona ego ambulo") mais precise qu'il conserve ses economies dans une bourse pendue a son cou ("collo in cruminam") (Truculentus, V, 1, 954). Le specialiste des monnaies romaines evolue dans un monde simple ou, pour faire court, l'essentiel des monnaies sert a couvrir des depenses publiques et ou l'essentiel de ces depenses publiques va a l'entretien de l'arrnee. D'ou il ressort nettement, par transitivite, que l'essentiel des monnaies va au payement des arrnees. C'est ce qu'ont dit avec force, mais avec des nuances, Michael H. Crawford ou Patrick Marchetti pour la peri ode republicaine et Richard Duncan-Jones pour la periode imperiale. II s'agit bien entendu de ne pas etre trop radical. On a pu dresser un catalogue de cas particuliers ou la frappe de monnaies n'a correspondu a aucun frais de guerre ni merne a aucune depense publique. Mais, a considerer les choses de haut, c'est bien a la solde des troupes que fut consacre Ie plus gros de la frappe monetaire a Rome. Le specialiste des monnaies grecques a moins de chance que son collegue romain. C'est que, a la place d'un grand monnayage documente par des centaines de tresors et ponctue de rares reformes, il doit composer avec une myriade de petites ou grandes emissions monetaires dont la finalite et les modalites d'existence res tent la plupart du temps a determiner. On se doute pourtant que la peri ode hellenistique, avec ses deux a trois generations de conflits ininterrompus et la montee en puissance du mercenariat qui la caracterise, a du etre riche en occasions de battre monnaie pour payer des frais de guerre. Ce rapport de la monnaie a la guerre a de fait souvent ete postule avec vraisemblance. Quoique ses exemples datent surtout de la periode classique, Colin M. Kraay en a donne une liste de cas precis (Kraay 1984). Cette liste est suggestive quoiqu'elle ne prouve aucunement la generalite du rapport. Certaines recherches recentes vont plus loin. Elles ne se con ten tent pas d'une assertion du type "tel monnayage est a finalite militaire" mais s'attachent a detailler les modalites par lesquelles les troupes furent effectivement payees au moyen de nouvelles monnaies. II se trouve que ces avancees concernent pour beaucoup deux figures majeures de l'hellenisme : Alexandre III le Grand, roi de Macedoine, et Mithridate VI Eupator, roi du Pont. Soit les deux geants qui ouvrent et cl6turent la periode hellenistique, le second ayant deliberernent cherche a ressembler au premier. Tete en marbre d'Alexandre @ RMN/H. Ie Grand Lewandowsky. (Louvre, MA 234). ALEXANDRE LE GRAND Tetmdrochme d'argent d'Alexandre Ie Grand (17,2 g). Droit. Tete d'Heracles Ii dr. Bruxelles, Bibllotheque royale de Belgique. Coli. A. du Chastel, n" 200. Quand frappe-t-on monnaie en cas de conflit ? Les circonstances varient mais, d'une facon generale, les soldats etaient payes avant et surtout apres les operations. On le sait bien pour les periodes modernes et medievales OU de nombreux cas sont documentes en ce sens de la maniere la plus ferme. C' est ce que Margaret Thompson a parfaitement pu dernontrer aussi dans le cas d'Alexandre le Grand. Les numismates, Edward T. Newell en tete, avaient depuis longtemps etabli le classement d'une serie d'ateliers monetaires d'Alexandre, a commencer par les tetradrachrnes d'argent que l'on rencontre dans tant de tresors. I1s avaient en outre, et comme on l'attend d'eux, fourni une proposition de chronologie absolue aces sequences relatives. Chronologie etablie sur base de criteres proprement numismatiques au premier rang desquels vient l'etude des tresors. Or il se trouve que, pour reprendre les termes de Margaret Thompson, "un examen du monnayage contemporain d'Alexandre le Grand revele un phenornene interessant, L'annee ou les deux annees precedant sa mort se caracterisent par une augmentation substantielle de la production monetaire ", C'est le moment OU s'ouvrent de nouveaux ateliers (Milet, "Colophon" et Abydos) tandis que plusieurs autres, deja actifs, ternoignent d'un accroissement de la frappe (Lampsaque et Magnesie), Le grand atelier macedonien, que l'on situe generalement a Amphipolis, participe egalement a ce constat (voir maintenant Troxell 1997), de merne que l'atelier egyptien d'Alexandrie et celui de Side en Pamphylie. Cette augmentation de la frappe est tres probablement a mettre en rapport avec un licenciement massif de mercenaires par Alexandre au retour de son expedition orientale. Le mecontenternent des troupes etait notoire. Le Macedonien avait dli enregistrer plusieurs cas de mutinerie auxquels il avait repondu de facon violente. Alexandre reproduisit sans doute la methode employee a Opis : le renvoi dans ses foyers d'une partie de son arrnee. L'etude du monnayage d'Alexandre nous montre en outre que les soldats ne furent pas payes sur le lieu de leur licenciement, la region de Babylone, mais que, tout aussi probablement, un arrangement fut trouve pour les payer sinon de retour dans leurs patries, du moins le plus pres possible de celles-ci. II est de bon sens de penser que le but recherche etait d'eviter de voir des hordes de veterans vagabonder sur le territoire asiatique, se livrant a toutes sortes d'exactions familieres ala soldatesque privee de commandement. Concretement, cela signifie que la plupart de ces soldats recurent les arrieres de leur solde au moment d'embarquer pour le grand retour. Par la s'ex- plique en effet que les ateliers pour lesquels on enregistre en 324/3 avo -C. une augmentation J. de la production sont avant tout des ports situes a des points strategiques d'embarquement. Inversement, les ateliers de Phenicie et de Cilicie ne participent pas a ce phenomene. Mieux meme, on discerne, entre les ateliers, differents facies de production qui semblent correspondre a l'origine des troupes qu'il s'agissait de solder (Callatay 1994). Ainsi, les ateliers de Lampsaque et d'Abydos, situes en Propontide et tournes vers la Thrace, se sontils d'abord signales par la frappe de stateres en or, soit le type de monnaie privilegie par les soldats thraces auxquels ces emissions s'adres- saient. Stateres que 1'0n retrouve de fait, d'abord et en grand nombre, dans les tresors enfouis en Bulgarie et Roumanie. Quant aux ateliers d'Ionie - Milet, "Colophon", Teos specialises dans la production de drachmes d'argent, ils ont sans doute ete utilises pour payer les troupes issues de Grece continentale (Thessalie, Grece centrale et Peloponnese) OU ce module constituait le fond de la circulation. Cette repartition correspond en tout cas de pres a la repartition ethnique fournie par Diodore de Sicile (XVII, 7), lequel distinguait, parmi les 11 000 mercenaires au service d'Alexandre en 334, 5 000 Thraces, 5 000 Grecs et 1 000 archers cretois. L'histoire ne Ci-dessus. La solde des mercenaires. Production et destination des monnaies d'Alexandre Ie Grand en 325-23 av. } .• c. Page de gauche. en bas. Tetradrachme d'argent d'Alexandre Ie Grand (17,2g). Revers. Zeus aetophore assis a g. Bruxelles, Bibliatheque royale de Belgique. Coli. A. du Chastel, n" 200. Ci-contre. Distatere (17,2 g) et statere (8,6 g) en or d'Alexandre Ie Grand. Revers. Nike tenant une couronne dons 10 dr. et une stylis dons 10 g. Bruxelles, Bibliotheque royale de Belgique. Coli. A. du Chastel, n" 198-9. Tete en marbre de Mithridate Eupator (Louvre, MA 2321). @ RMN. s'arrete pas la. Com me 1'a tout recemrnent explique H. A. Troxell (1997), le retour des mercenaires au pays eut des consequences sur la production monetaire locale. En Macedoine, on avait jusque-la produit des drachmes d'un type particulier avec, au revers, un aigle sur un foudre. Vers 325, soit au moment merne du retour des mercenaires, ce type disparait pour etre rernplace par le type normal du Zeus aetophore tel qu'il etait en vigueur dans tous les ateliers d'Asie Mineure. Pas longtemps toutefois, puisque la production de drachmes allait bient6t cesser en Macedoine, et cela pour quelques annees, lci encore, 1'on est en droit d'attribuer cette cessation temporaire a l'enorme afflux de drachmes d'Alexandre ramene par les mercenaires d'Asie Mineure. MITHRIDATE VI EUPATOR Drachme d I'aigle d'Alexandre Ie Grand. "Amphipolis". Ca336/3. Vente Leu (Ziirich), 13, 29-30 avril 1975, n° 124. Drachme au Zeus aetophore d'Alexandre Ie Grand. Magnesie. Co323/19. Miinzen und Medaillen (Bole), 79, 28 fevrier-1 mars 1994, n° 252. Vente Le monnayage de Mithridate VI Eupator, roi du Pont, est celui qui, de toute la numismatique grecque, se revele le plus favorable pour ce qui est de l'etude du rythme de la production monetaire. C'est que la plupart de ses varietes sont datees a l'annee et merne au mois pres. Une telle precision chronologique est excessivement rare. Elle ne se retrouve guere que sur les monnaies stephanephores ("portant une couronne") d'Athenes, sur certaines emissions des rois parthes et arrneniens ainsi que, a-t-on dernontre recernment, sur une serie en argent ernise a Caunos. Ces quelques cas remarquables se preterit toutefois nettement moins a l'etude, 120 100 • • coins de droit exempioires 80 60 40 20 0~4-~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Evolution annuelle des frappes de tetradracnmes de Mithridate Eupator. 99999988888888887777777777666666 54321 0 987 654 321 0 9 8 7 6 5 432 1 0 987 654 soit que, comme a Athenes ou a Caunos, on connaisse les mois mais pas la succession assuree des annees, soit que, comme pour les series parthes et arrneniennes, 1'absence ou la pauvrete des sources ecrites ne permet pas de rattacher ces dates a une trame historique solide et precise. Dans le cas de Mithridate, les monnaies sont datees ; les evenements sont connus. II reste ales mettre en parallele. Le graphique de la p. 34 donne l' evolution, annee par annee, de la production de tetradrachmes par Mithridate Eupator. Les annees, donnees en abscisse, vont de 1'an 95 a l'an 64 avoJ.-C. La production, en ordonnee, est exprirnee tant par le nombre de coins de droit (en rouge) que par celui d'exemplaires (en vert). Le constat le plus manifeste est que les tetradrachmes de Mithridate ne se repartissent pas de facon homogene tout au long de son regne. Deux periodes de production intensive se degagent : la premiere va de 89 a 85 avoJ.-C., soit au moment de ce que les historiens ont choisi d'appeler la Premiere _ Guerre mithridatique, la seconde couvre surtout les annees 75 et 74 avoJ.-C., soit juste avant 1'ouverture de la Troisierne Guerre mithridatique. La Premiere Guerre mithridatique fut entamee a l'ete 89 av.J.-C.lorsque Mithridate Eupator jeta son arrnee de, dit-on, 200 000 hommes sur le royaume de Bithynie de son voisin Nicome de III. II remporta sur lui une facile victoire a la bataille de 1'Amnias, fit un butin considerable et ne tarda pas a menacer la province romaine d'Asie qu'il envahit presque sans combattre avant la fin de la me me annee, Mithridate ne faisait en realite que reagir a une serie de provocations orchestrees par le pouvoir romain. Le tableau ci-dessous fournit le detail des coins et des exemplaires conserves pour cette annee cruciale. Comme 1'indiquent les deux premieres colonnes, le mois de novembre 90 avoJ. -C. de notre calendrier gregorien correspond au 2' mois de la 208' annee de l' ere bithyno-pontique (ou A = 1, B = 2, ... I = 10, K = 20, ... L = 200 et donc HL = 208). • ,-4 10 t'" 'J 1 "\ , f Production de. tetra$-ac~'e~ de, M~thridate d~ ~ovem~r~,9~a,'dece~bie 89 avo J:-f .. Decernbre 90 Janvier 89 Avril 89 .~ (208) -Z (= 7) , . ' .Mai 89 Juin 89 Juillet 89 ., .':0, i m: (~..08) -H-(=-~) 2 :.. m:: (= 208) . ~ ~8'(= 9) ~.: ~ (=(208} -1(='10) '-IAt;" 11)/, • AoQr89 Septernbre 89 . Octdhre 89 Novembre 89 . Decembre 89 .. I' m:: (= 20?) " m:: (= '208") ,IE (=' i2)' ". • . 8L (= 209) -A (= 1) -.., .. v , . " 33 Ci-dessus. Ietradrachme d'argent de Mithridate Eupator - mai 89 (17,2 g). Droit. Tite reallste de Mithridate Ii droite. Bruxelles, Bib/iotheque royale de Belgique. Coli. A. du Chastel, n° 243. A droite. Tetradrachme d'argent de Mithridate Eupator - mai 89 (17,2 g). Revers. Pegase paissant Ii gauche. Couronne de /ierre au pourtour. Bruxelles, Bib/iotheque royale de Belgique. Coli. A. du Chastel, n" 243. Rien ne laissait presager dans la production monetaire du debut de l'annee 89 1'imminence du conflit qui allait embraser 1'Asie durant plusieurs annees, La production avait ete maintenue en veilleuse durant tout 1'hiver, ce dont ternoigne la reutilisation en fevrier 89 d'un coin de droit deja utilise en novembre 90. Soudainement, fin avril ou plus surernent debut mai 89, 1'atelier pontique connut une activite sans precedent: pas moins de 4 a 5 coins de droit furent alors utilises par mois, soit le chiffre maximal, croit-on, dans le cas d'un atelier ne faisant travailler qu'une seule enclume ala fois. C'est exactement le moment OU Eupator, ayant compris qu'il n'avait desorrnais plus rien a attendre de la voie diplomatique, rassemble une puissante arrnee dans le Pont. Cette activite monetaire intense ne dure pas. On ne possede aucune monnaie pour le mois de juillet 89 et la seule monnaie parvenue jusqu'a nous pour le mois d'aout 89 a ete realisee au moyen de coins deja utilises en juin. Tout se deroule done comme si Mithridate avait pu se passer de frapper monnaie pour 1'essentiel de ses preparatifs militaires et en particulier pour la construction de la flotte a 1'hiver 90/89. De me me, 1'atelier est reste muet ou presque une fois les operations entamees. 11 est vrai que les Pontiques furent rapidement vainqueurs et purent tres vite vivre sur l' ennemi. Seul, en definitive, le court moment precedant l'entree en guerre a necessite l'ernission massive de monnaies, sans doute pour offrir aux mercenaires la necessaire gratification qui raffermit les loyautes au moment de se mettre en campagne. Tout autre apparait 1'histoire monetaire de ce que 1'on a coutu me d'appeler la Troisieme Guerre mithridatique. Celle-ci debute au printemps 73 avec la mise en mouvement de l'armee pontique. Or c'est bien avant, tres exactement au mois de fevrier 75, que la production de tetradrachmes royaux reprend brutalement dans le Pont et cela presque sans desernparer jusqu'en decernbre 74, soit une periode de quelque 23 mois d'activite dont la numismatique d'Eupator n'offre pas d'equivalent. Qgi plus est, les frappes de fevrier 75 font elles aussi suite a une longue periode d'interruption a en juger par une autre liaison de coins unissant certaines monnaies de ce mois a d'autres, frappees seize mois plus tot, en octobre 77. -J'ai montre ailleurs en quoi ce soudain regain de production devait etre mis en rapport avec une nouvelle qui rendait la guerre avec les Romains presque ineluctable pour Mithridate: le deces de Nicornede IV Philopator et le legs de son royaume de Bithynie a Rome. Une guerre n'est done pas 1'autre. Les rnonnaies nous offrent 1'image d'un Mithridate pris quasiment au depourvu dans le cas de la pre- miere guerre qui porte son nom. Elles soulignent la premeditation, en revanche, s'agissant de la troisierne et derniere guerre mithridatique. Dans les deux cas, l' essentiel de la production monetaire aura ete realise avant l'entree en conflit. L'issue de la guerre pese egalement sur le rythme de la production monetaire. Le vainqueur se doit de respecter ses engagements la. ou le vaincu s'en trouve generalement delie. Mithridate fut battu tant en 86/5 qu'en 72/l. Mais, en 85, le traite qu'il conclut avec Sylla a. Dardanos lui octroyait des conditions honorables qui ne durent pas le soustraire de ses obligations d'employeur vis-a-vis des mercenaires a son service. Le fait est que 1'atelier pontique ernis encore plusieurs emissions, dont une en or, apres octobre 85, date du traite de Dardanos. Tout au contraire, la debacle essuyee en 71 devant Cabira s'assimila a une deb andade generalisee. Mithridate Iui-merne s'enfuit du champ de bataille entoure d'une tres petite garde. La troupe n'a sans doute jamais ete payee. Un tetradrachme de juin 71 mis a part, aucune emission monetaire ne peut etre mise en rapport avec ces evenernents. Plus generalement, la numismatique d'Eupator debouche regulierement sur un constat de carence. Les emissions monetaires n'cnt a. l'evidence couvert ni tous les besoins ni toutes les categories de soldats. Ainsi ce que la tradi- tion romaine a choisi de retenir, tres peu a propos du reste, cornme la Deuxierne Guerre mithridatique est une periode virtuellement depourvue de frappes monetaires. On sait que Mithridate s'abstint durant longtemps de reagir aux provocations de Murena. Celui-ci, laisse en place par Sylla et operant a. partir de la Cappadoce, pilla un temps la campagne pontique avant d'etre sechement defait par Eupator vers la fin de l'ete 82, ce qui ne l'empecha d'ailleurs pas d'obtenir le triomphe a. Rome. A bien considerer les creux - comme ici - de la production monetaire pontique, il apparait que Mithridate a pu se dispenser de frapper chaque fois qu'il a pu faire reposer son effort de guerre sur des troupes levees dans son royaume. Inversement, les moments de haute production paraissent correspondre a 1'utilisation d'une main-d'oeuvre de mercenaires. • BIBLIOGRAPHIE _ Cl-dessus. Tetrodrachme d'argent de Mithridate Eupator - septembre 74 (17,2 g). Droit. Tete idea/isee de Mithridate d dr. Bruxelles, Bib/iotheque royale de Belgique. Call. A. du Chastel, n° 244. Agauche. Tetradrachme d'argent de Mithridate Eupator - septembre 74 (17,2 g). Revers. Cet] poissant d g. Couronne de /ierre au pourtour. Bruxelles, Bibllotheque royale de Belgique. Call. A. du Chastel, n° 244. F • DE CALLATAY, , Riflexions sur les ateliers d'Asie Mineure d'rllexandre Ie Grand, dans M. AMANDRYet G. LE RIDER (eds), Tresors et circulation monetatre en Anatolie antique, Paris, 1994, p. 19-35. • DE CALLATAY,F, L'bistoire des guerres mitbridatiques vue par les monnaies, Louvain-laeuve, 1997. • KRAAy, C. M., Greek coinage and war, dans W. HECKEL et R. SULLIVAN(eds), Ancient Coins of the Graeco-Roman World. 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