La dimension des coins monétaires de tétradrachmes hellénistiques d’après l’étude des monnaies décentrées moreB. Kluge and B. Weisser (eds.), Akten des XII. Internationaler Numismatischer Kongress Berlin 1997, vol. I, Berlin, 2000, p. 244-251. |
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XII. Internationaler
Numismatischer Kongress
Berlin 1997
Akten - Proceedings - Actes
I
Herausgegeben von
Bernd Kluge und Bernhard Weisser
0oooo0o
Berlin 2000
Francois de Callatay
La dimension des coins monetaires de tetradrachmes hellenistiques
d'apres l'etude des monnaies decentrees
Parmi les parametres techniques qui caracterisent la pro-
duction des monnayages grecs (poids, alliage, orientation
des axes, etc.), il en est un qui a jusqu'ici ete laisse de cote
par la recherche numismatique: le diametre des coins. II
est vrai que, s'il faut se fonder sur l'etude des coins eux-
memes, on concluera a l'impossibilite d'une telle recher-
che. Tres peu de coins monetaires, en effet, ont ete con-
serves pour la periode grecque. C. C. Vermeule, dans un
article classique, en a donne une liste1 que W. Malkmus a
plus recemment actualisee et commentee2. En fait de
commentaires, W. Malkmus a surtout renforce les doutes,
deja presents a l'esprit de C. Vermeule, sur l'authenticite
de la plupart de ces coins3. En voici la liste rapide, expur-
gee de ceux dont la modernite a pu etre etablie:
Droits
1- Phocee-6es.-25 mm. (Coll. Privee) (Malkmus, n° lc).
2- Cyzique - petite denomination d'argent - 18 mm.
(Londres, British Museum)(Vermeule, n° 1).
3- Cyzique — bronze du debut du 4e s. — 30,2 mm.
(?)(Malkmus, n° la).
4- Athenes — tetradrachme du 4e s. — 41/47 mm. (Amster-
dam, Allard Pierson Museum, Inv. n° 7096)(Vermeule, n°
3 et Malkmus, n° V3).
5- Tete d'Athena a g. (Alexandre le Grand ?) — statere ? —
40 mm. (Alexandrie, Musee Greco-Romain, Inv. n°
24380)(Malkmus, n° 4c).
6- Arsinoe II - ? - ? (Alexandrie, Musee Greco-Romain,
Inv. n° N. Alex 5)(Malkmus, n° 7d).
Revers
1- Athenes - tetradrachme de c. 430/422 - 26 mm. (Athe-
nes, Musee Numismatique)(Vermeule, n° 2 et Malkmus,
n° V2).
2- Athenes — tetradrachme du 4e s. — 21/22 mm. (Amster-
dam, Allard Pierson Museum, Inv. n° 7097) (Vermeule, n°
4 et Malkmus, n° V4).
3- Athenes — tetradrachme — ? (Alexandrie, Musee Greco-
Romain, Inv. n° 24378) (Malkmus, n° 4a).
4- Rhodes — hemidrachme du 4e s. — ? (autrefois dans la
coll. Thomas Ollive Mabbot)(Malkmus, n° lb).
5- Philippe II — tetradrachme — 45 mm. (Sofia)(Vermeule,
n° 6 et Malkmus, n° V6).
6- Nike - ? - ? (Alexandrie, Musee Greco-Romain, Inv. n°
24379) (Malkmus, n° 4b).
7-Arsinoe II — ? — ? (Alexandrie, Musee Greco-Romain,
Inv. n° N. AJex 6)(Malkmus, n° 7e).
De cette liste, W. Malkmus ne retient, parmi les coins
generalement acceptes comme authentiques, que le coin
de droit n° 2 (Cyzique) et le coin de revers n° 1 (Athenes).
Les droits n° 1 (Phocee) et 4 (Athenes) ainsi que le revers
n° 2 (Athenes) ne sont pas des coins mais peuvent avoir
servi comme outils preparatoires a la fabrication d'un
coin. Tous les autres sont douteux ou tres douteux et ont
ete condamnes comme faux modernes par au moins une
autorite4. Ces chiffres minimalistes -un seul coin de droit
et un seul coin de revers- sont a mettre en perspective avec
les centaines de milliers de coins graves pour les mon-
naies grecques5. II est clair qu'aucun commentaire, autre
que le simple enonce des dimensions, ne peut etre tente
sur la base d'un tel materiel.
II est toutefois un parametre qui, en l'absence meme des
coins originels, peut permettre de determiner le diametre.
On possede en effet regulierement des exemplaires dont la
frappe est decentree. Chasse par la pression du coin de
revers sur le coin de droit, le metal a reflue a la peripheric
et a parfois deborde les limites du coin de revers, indi-
quant par la le diametre du coin.
La suite de cet article entend definir l'interet potentiel
d un tel examen fonde sur les cas de specimens decentres.
Le diametre des coins monetaires -a ne pas confondre avec
le diametre des monnaies frappees- est-il un sujet sterile ?
Vermeule, C. C. : Some notes on ancient dies and coining methods,
NCirc, LXI/10, (oct. 1953) col. 399-402.
Malkmus, W. : Addenda to Vermeule's catalog of ancient coin dies,
SAN, XVIII/1, (juil. 1990) p. 16-17 et XVIII/4, (avril 1993) p. 96.
Malkmus, W. : Addenda to Vermeule's catalog of ancient coin dies,
SAN, XVII/4, (sept. 1989) p. 80-81 et XVIII/4, (avril 1993) p. 99-
101.
Ibidem, p. 101. L'auteur classe parmi les authentiques -mais suivis
d un point d'interrogation- le coin de droit n° 5 et les coins de fevers
n° 3 et 6, tous trois conserves au Musee Greco-Romain d'Alexan-
drie.
Les 329 monnayages hellenistiques recenses dans Callatay, F. de:
Recueil quantitatif des emissions monetaires hellenistiques, Bruxel-
les 1997, font connaitre 11.709 coins de droit. Le nombre de coins
de revers, pour les memes emissions, est naturellement plus impor-
tant et on a pu estimer la part de ces 329 monnayages comme etant
inferieure a 10% de routes les frappes de monnaies grecques helle-
nistiques (une estimation de 9,1% a pu etre avancee).
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La dimension des coins monetaires de tetradrachmes hellenistiques d'apres l'etude des monnaies decentrees
Se pourrait-il, au contraire, que la prise en compte de ce
critere aide le numismate a typer des productions ? La pre-
sents recherche a ete conduite assez bien dans l'esprit de
ce qui a pu etre fait pour l'orientation des axes . Dans le
meme esprit mais avec des espoirs plus limites. C'est que,
pour l'orientation des axes, chaque monnaie se revele uti-
lisable en fournissant une donnee a l'echantillon. Ici, pour
le diametre des coins, seuls les exemplaires decentres peu-
vent nous aider. II faut des lors faire porter le raisonne-
ment sur un nombre d'observations beaucoup plus reduit.
II arrive aussi que Ton trouve des coins de diametres dif-
ferents pour des pieces contemporaines issues du meme
atelier, ce qui relativise la portee des considerations que
Ton pourrait etre amene a faire sur le monnayage en ques-
tion7.
La presente etude n'a pas l'ambition de depasser l'esquis-
se, et cela d'autant moins que les directives editoriales ne
permettent pas de l'illustrer comme il conviendrait. Elle
pose neanmoins, je crois, une serie de questions auxquel-
les, d'ordinaire, on reflechit assez peu. Je commencerai par
evoquer une serie de considerations generales avant d'ap-
profondir quelques cas particuliers.
A. Considerations generales
1. Excellent centrage en general des monnaies
hellenistiques
Dans leur ecrasante majorite, les monnaies hellenistiques
furent tres bien centrees au moment de la frappe. II est
d'ailleurs probable que les cas de decentrages importants
etaient d'ordinaire elimines lors d'un controle precedant
la mise en circulation des especes. II parait raisonnable de
voir la un instrument supplementaire visant a garantir la
bonne authenticite des monnaies produites et, done, a se
premunir des contrefacons.
Qui se livre a la chasse aux exemplaires decentres ne tarde
pas a remarquer des differences de frequence entre les
monnayages. II en est pour lesquels les cas de decentrages
importants, sans etre frequents, ne sont pas rares (e. g. les
monnaies cistophoriques). II en est d'autres pour lesquels
le phenomene semble inexistant. II serait interessant, du
reste, d'investiguer dans cette direction: existe-t-il des
periodes de temps ou aes zones geographiques remarqua-
bles par la lachete ou la rigueur de leur controle et, si oui,
quelle portee donner a cette constatation ? II y a la un
vaste champ de reflexion, dont il n'est pas stir qu'il soit
bien fertile, mais dont l'exploration n'a jusqu'ici pas ete
tentee. On pourrait semblablement dresser la liste des
pouvoirs emetteurs qui ont tolere la mise en circulation
d'autres defauts comme des traces visibles de surfrappe ou
les pseudo-incuses presque banales pour les deniers de la
Republique romaine.
On peut aussi se demander si les Anciens n'ont pas cher-
che a mettre au point des procedes techniques qui evi-
taient, autant que possible, le decentrage des pieces. Argu-
mentons: les tetradrachmes representant au droit un
bouclier macedonien (e. g. Antigone Gonatas, Philippe V
et Macedoine Premiere) se distinguent par la tres grande
perfection de leur centrage. II n'est, pour s'en convaincre,
que de considerer les 45 exemplaires d'Antigone Gonatas
illustres recemment par I. Touratsoglou8. Or, alors qu'il
eut pu en etre autrement, le motif du bouclier macedoni-
en a ete grave de maniere a former une large concavite
(occasionnant par la une convexite des pieces). II me
parait assez raisonnable de penser que, en dehors des qua-
lites esthetiques de ce motif, le but poursuivi ait aussi ete
de mieux maitriser le mouvement du metal en le con-
traignant a demeurer dans la depression creee9.
2. Absence d'indication quant a la dimension maximale
des coins de droit
L'etude des decentrages n'est d'aucune utilite pour les
coins de droit. Ceux-ci sont done exclus de cette analyse.
De fait, et jusqu'a plus ample informe, je n'ai pas ete en
mesure de trouver un seul cas pour lequel le decentrage ait
permis au metal d'atteindre la limite du coin de droit. On
en est reduit a ecrire que les coins de droit hellenistiques
etaient larges, tres larges meme parfois (superieur a 40
mm. souvent, superieur a 47 mm. pour les premiers ste-
phanephores d'Athenes.), sans pouvoir chiffrer pour
autant leur dimension. Certains croquis de frappe, qui ne
tiennent pas compte de cette grande largeur des coins de
droit, doivent done etre revus pour demeurer valables si
Ton veut les appliquer a la periode hellenistique10.
6 Callatay, F. de: Les monnaies grecques et l'orientation des axes,
Milan 1996 (Glaux 12).
7 Voir, pour un exemple, deux stateres de Nagidos, emis dans la pre-
miere moitie du 4e s. et illustres sur la meme planche lors d'une ven-
te recente (Peus, 318, 7-8 mai 1987, n° 1256-1257).
8 Touratsoglou, i.: Disjecta Membra. Two New Hellenistic Hoards
From Greece, Athenes 1995, p. 90-99, n° 7-51.
9 II existe pourtant des cas de decentrage (voir e. g. SNG Ashmolean,
n° 3267 [Philippe Vj ou n° 3300 [Macedoine Premiere[). Ceux-ci
paraissent neanmoins tres rares. Pour les tetradrachmes de Mace-
doine Premiere, voir Illustration tres abondante fournie par Proko-
pov, 1.: The Tetradrachms of First Macedonian Region, Sofia 1994
(en bulgare avec un resume anglais).
10 Ainsi R.-Alfoldi, M.: Antike Numismatik, I, Mayence 1978, p. 22.
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Franqois de Callatay
II faut bien sur se demander si l'absence de limites visibles
pour les coins de droit signifie bien le grand diametre de
ceux-ci ou s'il est possible que, comme la plupart ne craig-
nent pas de l'illustrer11, le coin de droit ait ete si bien
enchasse dans 1'enclume qu'il est aujourd'hui devenu
impossible de distinguer sur la piece oil se termine le coin
et oil commence 1'enclume. Cette derniere supposition
doit etre ecartee, ainsi que le confirme l'examen micros-
copique. On ne distingue pas la moindre alteration dans
le champ des pieces au-dela du grenetis. Du coup, la plu-
part des croquis qui reproduisent une simulation de frap-
pe doivent egalement etre retouches12.
Quoique dommageable pour la presente recherche, cette
situation est pleine d'interet. II apparait ainsi avec nettete
que la limite du coin de droit est a rechercher tres au-dela
du grenetis (un minimum de 8 mm.)13. On suppose par-
fois que la fonction du grenetis, dont l'apparition repre-
senterait alors une amelioration technique, est de ralentir,
voire d'empecher la fuite du metal hors du cercle ainsi
delimite. Cette invention etait destinee a assurer une
meilleure circularite des pieces. On voit que, a l'epoque
hellenistique, l'efficacite fonctionnelle supposee de ce gre-
netis ne dispensait pas le graveur de tailler des coins de
droit dont le diametre total soit largement superieur au
diametre dudit grenetis.
A vrai dire, on ne connait ni la dimension ni la forme
exacte des coins de droit. II n'est pas meme certain que
ceux-ci aient ete de forme circulaire. II est sans doute
opportun de rappeler ici que Ton possede quelques exem-
ples de coins de droit presentant plusieurs gravures dif-
ferentes cote a cote. G. F. Hill en avait deja reuni une serie
(Segeste, Lycie, Velia, Phlionte, Alyzia)1 . Plus recem-
ment, d'autres cas ont pu etre reperes pour Philippe II
(sous le cou de l'Apollon d'un statere: grenetis d'une frac-
tion de statere)15, Antiochos VI (droit d'une drachme
frappee a Antioche: grenetis et base du cou d'une deno-
mination inferieure)16 et Arados (au droit d'une imitation
ephesienne: grenetis d'une autre gravure, probablement
pour le meme monnayage)17.
La dimension, tres large, des coins de droit pour certains
monnayages grecs peut enfin contribuer a discrediter les
productions de faussaires modernes. Parmi les coins du
faussaire Christodoulos recemment illustres par C. M.
Moulakis, il s'en trouve qui, comme ce coin de droit pour
tetradrachmes de Persee (n° 14A), paraissent trop petits
pour etre realistes18. Si la limite du coin de droit n'est
jamais visible sur des monnaies authentiques, elle l'est
parfois sur des contrefacons modernes19. II s'agit souvent
en ce cas de faux assez grossiers.
3. Decentrages plus frequents au droit qu'au revers
Le fait est net pour une serie de monnayages: les cas de
decentrage concernent en priorite le droit des pieces. Lex-
plication de ce phenomene ne doit pas etre cherchee tres
loin. Le flan, rechauffe avant d'etre frappe, etait place sur
le coin de droit et sous le coin de revers tenu a main libre
par l'ouvrier au marteau, le malleator romain. Lors de la
frappe, le metal se trouve ainsi entraine par le coin de
revers dans la direction opposee a la provenance du coup,
ainsi qu'on s'en convaincra aisement en simulant l'opera-
tion avec de la plasticine.
Un decentrage au revers n'a done pas, le plus souvent, la
meme origine qu'un decentrage au droit. Au droit, il indi-
que que l'ouvrier n'a pas tenu son coin de revers dans un
axe parfaitement perpendiculaire avec le plan de frappe.
Le revers a ete chasse lateralement par le marteau, en-
trainant ainsi un decentrage du flan au droit. II se peut
aussi que l'ouvrier ait tout simplement mal positionne le
flan sur le coin de droit. Les cas de decentrage au revers
sont de cette nature: le coin de revers n'a pas ete centre
correctement sur le flan.
" Voir, e. g., Laing, L. R.: Coins and Archaeology, Londres 1969, p.
7, fig. 2, Jenkins, G. K.: Monnaies grecques, Fribourg 1972, p. 17,
Gobi, R.: Antike Numismatik, 2, Munich 1978, pi. 5, Morkholm,
O.: Early Hellenistic Coinage from the Accession of Alexander to
the Peace of Apamea (336-188 B.C.), Cambridge 1991, p. 15 ou
Rebuffat, E: La monnaie dans 1'Antiquite, Paris 1996, pi. VI, n° 22
(qui reprend un croquis, lui-meme repris, illustre dans Morrisson,
C: La numismatique, Paris 1992, p. 61).
12 Voir note 10. En realite, tres peu de schemas respectent cette gran-
de dimension du diametre des droits: voir Hammer, P.: Metall und
Miinze, Leipzig-Stuttgart 1993, p. 47, ill. B ou, mieux, Becker, T.
W.: The Coin Makers, New York 1969, p. 23 et 41.
13 Voir, pour un tetradrachme de Lysimaque, Berk, vente 50, 18 nov.
1987, n° 176 ou, pour un tetradrachme stephanephore d'Athenes,
Berk, vente 80, 18 jan. 1994, n° 135. Pour une drachme pseudo-
ephesienne d'Arados, voir Ponterio & Associates, vente 74, 24-25
mars 1995, n° 394.
14 Hill, G. E: Ancient Methods of Coining, NC, 5e ser., vol. II, (1922)
p. 37-38, pi. 1.
15 Le Rider, G.: Le monnayage d'argent et d'or de Philippe II frappe
en Macedoine de 359 a 294, Paris 1977, p. 423-424 et pi. 71.
16 Vente Classical Numismatic Group, 43, 24 sept. 1997, n° 712.
17 Voir la these, en preparation, de F. Duyrat sur le monnayage ara-
dien a l'epoque hellenistique.
18 Moulakis, C. M.: Christodoulou the Forger. More Dies, Nom-
Khron, 13, (1994) p. 43-54.
19 Pour Prolemee ler Soter, voir Paris, BN, coll. de faux (16,57g-
32mm.-4h.) a comparer avec Londres, BM, Forgeries coll. (14,79g-
29mm.-10h.). Pour Mithridate Eupator, voir Vienne, KM, 965
(23,82g-39 mm).
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La dimension des coins monetaires de tetradrachmes hellenistiques d'apres l'etude des monnaies decentrees
4. Direction privilegiee des decentrages dans certains cas
Non seulement, les cas de decentrages se produisent en
priorite au droit des pieces mais constate-t-on encore
qu'ils interviennent surtout dans une direction deter-
minee pour certains monnayages dont l'otientation des
axes est fixe. Dans le cas le plus courant d une emission
dont les axes des coins sont orientes a 12h., le decentrage
se rencontre le plus generalement, au droit, entre 12h et
3h. Cette situation, dont la numismatique des Seleucides
offrent de bons exemples, est normale. Elle confirme ce
que Ton sait par ailleurs: a savoir une nette preponderan-
ce, a l'epoque comme aujourd'hui, de droitiers dans la
population. Un malleator droitier utilisera en effet sa
main droite, ou reside sa force, pour tenir le marteau tan-
dis qu'il tiendra le coin de revers dans la gauche. Ainsi
porte, le coup de marteau entrainera le metal dans la
direction 9-12h par rapport au coin de droit, en negatif,
et don 12-3h par rapport au droit de la piece, en positif.
On peut, fort de ce constat, tirer plusieurs enseignements.
Le premier est que les coins etaient orientes de facon
rationnelle, c'est-a-dire que le coin de droit etait enchasse
dans l'enclume de telle maniere que le portrait se presen-
tait de la facon la plus lisible pour le malleator: verticale-
ment par rapport a sa vision. Non seulement, done, le
coin de revers etait ajuste par rapport au coin de droit
mais I on peut prouver a present que le coin de droit lui-
meme etait place avec soin dans une orientation deter-
minee. Le commentaire paraitra naturel; il confirme
cependant ce qui n'etait qu'une supposition raisonnable.
On se gardera toutefois de generaliser: une majorite de
monnayages echappent a ce constat. Ainsi les tetradra-
chmes stephanephores d'Athenes presentent des cas de
decentrages qui ne paraissent pas privilegier de direction
specifique21. Dans ce cas comme dans ceux qui lui sont
analogues, les coins de droit n'ont pas ete systematique-
ment enchasses de facon a ce que l'axe de la representa-
tion coincide avec l'axe de vision du malleator. Une etude
attentive de tous les cas de decentrage pourrait, dans la
meilleure des hypotheses, permettre de distinguer les pro-
ductions dont les decentrages sont orientes de celles oil le
phenomene ne se verifie pas. II y a la encore un domaine
d'etude inexplore qui pourrait typer des manieres de fai-
re, et done offrir un outil supplemental a l'analyse.
Un enseignement d'un autre type reside dans la possibilite
virtuelle d'isoler des productions selon qu'elles auraient ete
frappees par un gaucher plutot que par un droitier. Ce
type de raffinement dans le raisonnement demande bien
entendu de pouvoir disposer d'une illustration aussi com-
plete que possible de tous les exemplaires connus, ce qui
est rarement le cas. Anticipant sur des exemples qui restent
encote a trouver, on pourrait ainsi imaginer qu'il soit pos-
sible de distinguer le travail issus de 2 enclumes a l'oeuvre
simultanement dans le meme atelier. II convient toutefois
de temperer cet espoir par la consideration de bon sens qui
veut que la frappe est une activite fatigante et que plusieurs
ouvriers devaient tres probablement se relayer dans cet
exercice au cours de la meme journee. Or il fallait bien
plus d'une journee, en general, pour esquinter un coin22.
Pour ceux que cela interesse -mais nous sommes ici tres
loin de la numismatique- il y a la un outil eventuel pour
determiner la proportion de droitiers a l'epoque helleni-
stique.
Dire de telle piece de monnaie, prise individuellement,
quelle a ete frappee par un gaucher qui n'a pas bien tenu
son coin de revers au moment de porter le coup est, dira-
t-on justement, sans interet sur le plan historique. C'est
neanmoins faire parler le document d une maniere nou-
velle qui lui rend, en outre, un peu de son humanite.
B. Cas particuliers
1. Alexandre le Grand
Tout comme pour le probleme de l'orientation des coins,
les ateliers d'Alexandre le Grand fournissent un bon point
de depart. Frappant les memes especes et largement disse-
mines dans l'espace, ils permettent de se rendre compte
s'il existe ou non des caracteristiques regionales concer-
nant la dimension des coins de revers.
Les tetradrachmes emis en Macedoine du vivant d'Alex-
andre, en general tres bien centres, ont ete frappes avec
des coins de revers dont la largeur avoisine les 25/26 mm.
(23/24 mm. de diametre pour le grenetis + 1 mm. de
debordement [Price, n° 13a, 13c, 36, 59a, 111a, 222,
237, 249a, 259a, Meydancikkale, n° 18, 44, 91, 173,
421]) . Ils poursuivent en cela la norme adoptee pour les
20 Voir, par exemple, Newell, E.T.: The Coinage of the Eastern Seleu-
cid Mints from Seleucus I to Antiochus III, New York 1938, (NS 1)
pi. XX et XXX, Newell, E. T.: The Coinage of the Western Seleucid
Mints from Seleucus I to Antiochus III, New York 1941, (NS 4) pi.
XXIII, Morkholm, O.: Studies in the Coinage of Antiochus IV of
Syria, Copenhague 1963, Houghton, A. et Le Rider, G.: Le deuxie-
me fils d'Antiochos IV a Ptolemais, SNR, 64, (1985) pi. 12.
21 Thompson, M.: The New Style Silver Coinage of Athens, New York
1961, (NS 10).
22 Callatay, F. de: Calculating ancient coin production: seeking a
balance, NC, 155, (1995) p. 300-302.
23 Price = Price, M. J.: The coinage in the name of Alexander the Great
and Philip Atrhidaeus, Zurich-Londres 1991 et Meydancikkale =
Davesne, A. et Le Rider, G.: Le tresor de Meydancikkale, Paris
1989.
247
Francois de Callatay
tetradrachmes de Philippe II dont les coins de revers pro-
longent generalement le grenetis d'l mm. (voir Philippe
II, pi. 18, n° 427, 428, 429, 432 et 436, pi. 19, n° 440,
445, 448 et 460)24. II s'agit toutefois de ne pas etre trop
strict: il arrive quelquefois pour Philippe II (Philippe II,
pi. 6, n° 136 [3 mm.], pi. 10, n° 228f [3 mm.]) comme
pour Alexandre (Price n° 89e) que le coin deborde de gre-
netis de bien plus d'l mm. La situation n'evolue pas beau-
coup apres la mort d'Alexandre si ce n'est que le diametre
du grenetis augmente legerement pour passer a c. 25 mm.
(Price, pi. XXXI, n° 492).
Sans chercher a forcer la documentation, on croit noter
une certaine difference entre la pratique macedonienne
qui fait s'arreter les coins de revers peu apres le grenetis (c.
I mm.) et uiie maniere de proceder plus orientale qui
consiste, souvent, a prolonger le coin de revers plusieurs
millimetres apres ledit grenetis. Les exemples sont nom-
breux. lis concernent Tarse (Price, n° 2991, 3001a, 3011,
Meydancilckale, n° 1864) et Myriandros (Price, n° 3229a,
3230), Damas (Price, n° 3198, 3200), Byblos (Meydan-
cilckale, n° 2123), «Tyr/Ake» (Price, n° 3250b, 3299a),
Arados (Price, n° 3301, 3322, 3332f), Babylone (Price, n°
3614, 3624, 3631b, 3675, Meydancikkale, n° 2218,
2393) et «Alexandrie/Memphis» (Price, n° 3976a, O. H.
Zervos, pi. 1, n° 7)25. Ces observations ne doivent pas
mener trop loin. D'autres coins de ces ateliers orientaux
font s'arreter le revers peu apres le grenetis, tout comme
en Macedoine.
2. Athenes
Les monnaies d'Alexandre offraient la possibilite d'un
examen synchronique; celles d'Athenes permettent de
considerer la situation d'une facon diachronique.
Les carres creux du 5e s. mesuraient generalement c. 18
mm. de cote et ceux du 4e s. c. 20 mm. pour les series
hellenistiques stephanephores, M. Thompson, sans envi-
sager la dimension des coins proprement dits, s'est interes-
see a la dimension des flans pour lesquels elle constate une
diminution de diametre dans les annees 170 selon sa
chronologie, c'est-a-dire, en realite probablement, deux a
trois decennies plus tard, vers 150-14026. Elle fournit le
tableau suivant:
Annee 172/1:
Annee 171/0:
Annee 170/69:
Annee 169/8:
33,56 mm.
32,53 mm.
32,23 mm.
31,17 mm.
Emissions
Fin de « The Early Period»
Annee 177/6:
Annee 176/5
Annee 175/4
Annee 174/3
Annee 173/2
Diametre moyen
35,13 mm.
34,52 mm.
35,30 mm.
33,85 mm.
34.40 mm.
Debut de « The Middle Period»
Annee 168/7: 30,51 mm.
II s'agit d'une reduction tres nette, de 4 a 5 mm., qui vient
se placer a la fin de ce quelle a choisi d'appeler « The Ear-
ly Period* et marque une coupure avec les emissions sui-
vantes. Cette reduction de module a-t-elle correspondu a
une reduction de la taille des coins ? Comme ailleurs, il
n'est pas permis de savoir pour les coins de droit dont le
diametre excede toujours celui du flan. Tout au plus, en se
fondant sur les flans les plus larges, peut-on dire que la
taille des coins devait etre superieure a 47 mm. pour les
premieres emissions (diametre du grenetis: c. 29 mm. +
debordement d'au moins 9 mm. [pi. 3, n° 20 et Ham-
burger, 11 juin 1930, n° 756]) et a 40 mm. pour les sui-
vantes (diametre du grenetis: c. 28 mm. + debordement
d'au moins 6 mm. [pi. 36, n° 364a, pi. 83, n° 762a, pi.
128, n° 1154c et pi. 132, n° 1180b). II existe meme un
tetradrachme «lucullien» dont le coin de droit fait un
minimum de 46 mm. (pi. 143, n° 1282). Les coins de
revers de la premiere periode paraissent avoir mesure c. 37
mm. (diametre maximal de la couronne de feuillage: c. 29
mm. + debordement de c. 4 mm. [pi. 1, n° 1 et vente
Nummus et Ars, 9, 12-13 oct. 1994, n° 35])27 soit la
meme chose ou a peine plus que pour les revers des emis-
sions ulterieures (diametre maximal de la couronne de
feuillage: c. 28 mm. + debordement de c. 4 mm. [pi. 125,
n° 1131c, pi. 132, n° 1180a et vente Ponterio, 25, 25
sept. 1986, n° 190]). La reduction enregistree a Athenes
dans les annees 140 concerne done uniquement les flans
et non pas la dimension des coins monetaires.
3. Le diametre des tetradrachmes de la seconde moitie
de la periode hellenistique
O. Morkholm a insiste sur 1'elargissement progressif des
flans durant une bonne partie de l'epoque hellenistique:
« The thick and lumpy coins of the lifetime issues ofAlexan-
24 Le Rider, G.: Le monnayage d'argent et d or de Philippe II frappe
en Macedoine de 359 a 294, Paris 1977. Pour les coins de droit, le
diametre minimal est de 29 mm (grenetis de 23 mm. + deborde
ment d'au moins 3 mm [Philippe II, pi. 23, n° 2 et pi. 26, n° 86]).
25 Zervos, O.: The early tetradrachms of Ptolemy I, ANSMN, 13,
(1967) p. 1-16, pi. I-IV.
26 Voir note 21, p. 126-127.
27 Je connais neanmoins un cas de coins tres large, superieur a 40 mm.:
vente Berk, 80, 18 jan. 1994, n° 135.
248
La dimension des coins monetaires de tetradrachmes hellenistiques d'apres l'etude des monnaies decentrees
der have a diameter of c. 25-6mm. The issues from c. 280-
250 show an increase to about 28-30mm. Issues around 200
are more variable, c. 30-5mm., while the last ones of the
period c. 190-160 reach diameters of c. 35-40mm. There
are, of course, local variations, and an increased diameter
cannot be used mechanically for dating purposes, although it
provides a valuable indication of the relative chronology.
Similar broad flans also occur in the many autonomous te-
tradrachm coinages of the second century. The very thin and
spread flans of this period were often hammered along the
edge. The purpose of this is not clear. It may have been inten-
ded to make the metal denser along the edge, thus streng-
thening the coin against breaking, for with the increased dia-
meter the edges of the coins were becoming alarming thin. Or
it may simply have been intended to give greater regularity to
the edge»2S.
On peut repondre a l'interrogation du grand savant
danois. Mais il faut, pour cela, d'abord completer le
tableau qu'il a amorce. C'est que l'elargissement progres-
sif du diametre moyen des tetradrachmes ne vaut que
pour la premiere moitie de la periode hellenistique. La
dimension de c. 35-40 mm. donnee pour la periode c.
190-160 av. J.-C. est une dimension maximale qui ne sera
plus depassee par la suite. La tendance s'inverse, en revan-
che, dans la seconde moitie du 2e s. oil Ton enregistre un
retrecissement du diametre des tetradrachmes. Le phe-
nomene, comme on vient de le voir, intervient brutale-
ment a Athenes vers 150-140 oil les monnaies passent en
une dizaine d'annees de 35,13 a 30,51 mm. de moyenne.
II est net aussi chez les Seleucides quoique moins brusque:
des 35 mm., frequents pour Antiochos IV (175-164), on
passe a 32-33 mm. pour les regnes de Demetrios I (162-
150), Alexandre I Balas (150-146/5), Tryphon ou (142-
139) Antiochos VII (138-129) avant de descendre sous les
30 mm. de moyenne a partir du premier regne d'Antio-
chos IX (114/3-112). La reduction se poursuit avec les
derniers Seleucides: mode a 28 mm. pour le quatrieme
regne d'Antiochos IX (96/5-95), a 27 mm. pour Seleucos
VI (95-94) et Antiochos X (94-93) et a 26 mm. pour Phi-
lippe I (89-84/3), Tigrane (83-69) et Antiochos XIII
(69/8-67/6)29. Ce retrecissement significatif du diametre
des tetradrachmes est susceptible d'etre illustre par quan-
tite d'autres exemples. Ceux-ci peuvent etre fournis par
des monnayages dates comme c'est le cas avec les tet-
radrachmes des Nicomedes de Bithynie30. lis peuvent
egalement provenir de monnayages non dates mais pour
lesquels il est manifeste que les premieres emissions ont
ete frappees sur un module plus large que les suivantes (e.
g.: les tetradrachmes hellenistiques deTenedos31 ou ceux,
a l'Heracles Sauveur, de Thasos). On pourrait -il faudra-
etre beaucoup plus precis et documente quant aux moda-
lites de ce retrecissement. Ce n'est pas le but de cet article.
En revanche, je crois que Ton peut expliquer des a present
le pourquoi de cette double evolution qui a fait d'abord
augmenter puis diminuer le diametre des tetradrachmes
hellenistiques.
L'etude des monnayages dits a la couronne de feuillage,
emis vers le milieu du 2e s. (e. g.: Cyme, Heraclee, Lebe-
dos, Magnesie, Myrina et Smyrne), fournit un excellent
materiau d'analyse pour ce faire. Ceux-ci presentent un
diametre maximal dont le mode varie de 31 a 33 mm.,
une donnee similaire done a ce qui faisait a l'epoque chez
les Seleucides:
Diametre32 Egee Heraclee Lebedos Smyrne
39 mm.
38 mm. 1 1
37 mm. 3 1
36 mm. 3 2 8
35 mm. 6 7 1 12
34 mm. 9 15 4 32
33 mm. 11 28 13 41
32 mm. 15 35 13 28
31 mm. 6 19 26 1 1
30 mm. 6 18 12 5
29 mm. 1 6
28 mm.
Or, comme il est bien connu, la tranche de ces te-
tradrachmes a la couronne de feuillage a, la plupart du
temps, ete martelee sur une partie voire sur l'entierete du
pourtour. Ce martelage s'est fait au droit des monnaies en
prenant soin generalement de ne pas endommager le type
de la divinite. II faut bien supposer, avec O. Morkholm,
un motif a cette operation qui ralentissait necessairement
28 Morkholm, O., 1991, p. 12.
29 Ces donnees proviennent de la large documentation que j'ai amas-
see au sujet des derniers seleucides et, pour les premiers rois cites,
d'un rapide examen des catalogues de reference, a commencer par
Houghton, A.: Coins of the Seleucid Empire from the Collection of
Arthur Houghton, New York 1983, (ACNAC 4).
30 Le diametre maximal des tetradrachmes appartenant aux decades
128/7-119/8 et 118/7-109/8 presente un mode a 35 mm. 11 n'est
plus que de 33 mm. pour les decades suivantes (voir Callatay, F. de:
L'histoire des guerres mithridatiques vue par les monnaies, Louvain-
la-Neuve 1997, p. 67).
31 Voir Callatay, F. de: Les monnaies hellenistiques en argent de Tene-
dos, Studies in Greek Numismatics in Memory of Martin
Jessop Price, Londres 1998, p. 99-114, pi. 24-28.
32 Ces donnees proviennent egalement du fichier que j'ai consume a
propos de ces monnayages. Pour Heraclee, dont les exemplaires sont
tres nombreux, je me suis limite aux diametres d'un tiers environ de
mon fichier.
249
Francois de Callatay
la production. Je ne crois pas qu'il faille, comme il l'avan-
ce apres Dressel et Edde33, y voir un procede destine a
durcir le bord des pieces afin d'empecher qu'elles se cas-
sent. Sa seconde supposition, quoique vague, se recom-
mande davantage: assurer une meilleure regularite de la
tranche. Encore faut-il preciser: il ne pourrait s'agir
d'ameliorer la circularite des dites monnaies. Le but est
autre. II nous ramene a la dimension des coins.
C'est que Ton possede, pour ces monnayages a la couron-
ne de feuillage, une serie d'exemplaires dont la tranche a
ete mal battue ou n'a tout simplement pas ete martelee. II
est ainsi possible de determiner, a partir d'exemplaires
decentres, le diametre du coin de revers. On trouvera ci-
dessous une serie de references a des exemplaires de ce
type:
Diametre total Dtametre de Reference
du coin la couronne
de revers de feutUage
Cyme
c. 36 mm. c. 26 mm. Asta Internazionale del
Titano, 51, n° 69.
c. 36 mm. c. 26 mm. Hirsch, 164, n° 293.
c. 34 mm. c. 26 mm. Hirsch, 178, n° 298 =
Hirsch, 181, n° 228.
Lebedos
c. 32 mm. c. 26 mm. NAC, 9, n° 336.
Magnesi^
c. 36 mm. c. 26 mm. CNG, 39, n° 575.
c. 36 mm. c. 26 mm. Hirsch, 178, n° 305.
Myrina
c. 34 mm. c. 30 mm. Ciani-Vinchon, 6-8 fev.
1956, n° 526.
c. 34 mm. c. 30 mm. Ponterio, 61, n° 233 =
Aureo, 28 sept. 1993,
n° 11.
c. 34 mm. c. 30 mm. Aureo, 6 mars 1996, n° 4.
Les coins de revers ayant servi a emettre ces tetradrachmes
a la couronne de feuillage mesuraient done quelque 34/36
mm. de diametre. Cette taille est similaire a ce qui se fai-
sait a Athenes au meme moment (c. 36 mm.) mais est net-
tement superieure a la taille des revers utilise au debut de
la periode hellenistique (c. 27 mm. pour les alexandres et
les philippes, c. 29 mm. pour les premiers Ptolemees, c.
30 mm. pour Demetrios Poliorcete)35.
Avec un diametre de 34 ou de 36 mm., il arrivait regu-
lierement -les exemplaires susmentionnes le prouvent-
que le metal soit chasse au dela de la limite du coin de
revers, occasionnant une saillie a 90° par rapport au
champ de la monnaie36. On peut imaginer les inconveni-
ents amenes par cette saillie du metal: possibilite de se
blesser en maniant de telles monnaies, difficulte de les
empiler, perte de place au stockage. II ne faut pas chercher
ailleurs, je pense, la raison du martelage des tetradrach-
mes: il a ete effectue pour effacer cette saillie. On n'expli-
que pas autrement que les coups de marteau aient de
preference ete apposes sur la partie de la piece decentree
au revers37 ni la remarquable coincidence chronologique
(en gros, la premiere moitie du 2e s.) existant entre, d'u-
ne part, ce phenomene de martelage et, de l'autre, l'im-
portance des diametres obtenus a ce moment pour les tet-
radrachmes.
On peut alors reconstruire le fragment d'histoire techno-
logique suivant: la periode hellenistique aura, durant tout
un temps, vu croitre le diametre de ses monnaies. Com-
me O. Morkholm l'avait deduit, cela dut necessiter la
fabrication de flans de plus en plus fins et larges. Par-
allelement a cet elargissement des flans (et done ensuite
des monnaies frappees), on augmenta egalement la taille
des coins de revers. Ces deux elargissements, flans et
coins, purent aller de pair jusqu'au moment ou, s'il etait
encore possible d'accroitre la dimension des flans, il
devint impossible d'en faire de meme pour les coins de
revers. Ceux-ci sont des outils qui, avant toute qualite,
doivent pouvoir etre tenus en main.
Un coin de 35 mm. permet de tenir fermement le coin en
faisant reposer le pouce sur l'index et le majeur. Avec un
coin de 40 mm., on ne peut que faire toucher le pouce
avec les doigts, ce qui n'assure pas une bonne prise. Avec
un coin de 45 mm., on n'y arrive meme pas. II me parait
des lors que les 36 mm. obtenus pour les coins de revers
represente une limite au dela de laquelle l'outil n'est plus
fonctionnel38.
Voir Hill, G. F. 1922, p. 8-9. Le commentaire de Hill a propos des
idees de Dressel (p. 8, note 18) est tres etonnant.
Le tetradrachme vendu chez Alain Weil, 27, oct. 1988, n° 23 n'est
sans doute pas reproduit exactement a l'echelle 1:1.
Des coins de revers plus larges, de Fordre de 40 mm. probablement
ou un peu plus, ont certainement existe. On en possede pour les
derniers philetaires (voir Westermark, U.: Das Bildnis des Phile-
tairos von Pergamon. Corpus der Miinzpragung, Uppsala 1961, pi.
14-16), les lysimaques (Berk, 50, 18 nov. 1987, n° 176), les te-
tradrachmes d'Antiochos IV (Berk, 98, 7 oct. 1997, n° 93), de Pru-
sias (Ariadne, 15 sept. 1982, n° 79), les stephanephores dAthenes
et les derniers lysimaques byzantins (voir infra et supra).
Soit que la monnaie mesure davantage que 36 mm., soit que la frap-
pe ait ete decentree.
De nombreux et tres nets exemples de cette pratique se rencontrent
chez les lysimaques (p. ex.: Jenkins, G. K. et Castro Hipolito, M.: A
Catalogue of the Calouste Gulbenkian Collection of Greek Coins,
II. Gteece to East, Lisbonne 1989, n° 1027).
Cette vue suppose, comme on le fait generalement en numisma-
250
La dimension des coins monetaires de tetradrachmes hellenistiques d'apres l'etude des monnaies decentrees
L'evolution n'a des lors plus pu se faire de concert39. Et,
comme la dimension des flans continua a croitre, les cas
de saillie se multiplierent bientot. La parade fut d'abord
de marteler les tetradrachmes au cas par cas, en fonction
des besoins. C'est ce qui se fit largement durant toute la
premiere moitie du 2e s. Mais l'operation devait force-
ment etre dispendieuse en temps et en energie. Incapables
desormais d'augmenter encore le diametre des coins de
revers et soucieux d'ameliorer leur productivity, les ateliers
hellenistiques se resolurent des lors, dans la seconde moi-
tie du 2e s., a reduire le diametre de leurs flans pour pro-
duire des pieces un peu plus epaisses et de diametre moin-
dre qui eliminent le probleme des saillies.
tique grecque, que le marteau frappait directement le coin de revers,
qui n'etait done pas enchasse dans une gaine. II faur rourefois rap-
peler que les deux seules representations assurees de frappe monetai-
re pour le monde romain temoignent d un dispositif different oil le
coin de revers, enchasse dans un cylindre de large diametre, est tenu
a bout de bras par un assisranr assis a cote de Penclume (voir van
Heesch, J.: Note sur la technique de la frappe des monnaies a lepo-
que romaine: l'axe des coins, Annotazioni Numismatiche, 6, (1992)
p. 102-107). La forme des coins de revers conservees pour l'epoque
romaine rend d'ailleurs l'enchassement necessaire. On ajoutera que
le coin de Tell el Athrib, le seul qui passe pour authentique pour la
periode grecque, implique probablement lui aussi d'avoir ete
enchasse.
De fait, la oil il est permis de savoir, on observe des coins de revers
de c. 35-36 mm. pour les tetradrachmes de la fin de la periode helle-
nistique: c. 34 mm pour Arados en 126/125 (vente Hirsch, 172, n°
351), c. 35 mm. pour Maronee (vente Classical Numismatic Group,
43, 24 sept. 1997, n° 328), c. 37 mm. pour un coin peut-etre aty-
pique dAesillas (nombreux decentrages, p. ex.: vente Myers, 1, 18-
19 nov. 1971, n° 102 et Lanz, 38, 24 nov. 1986, n° 247). On obser-
ve exceptionnellement des valeurs superieures: c. 40 mm. pour un
revers de lysimaque byzantin du ler s. (Vente Rauch, 55, 16-17 oct.
1995, n° 24).
251