Quarante ans d’acquisitions patrimoniales au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque royale de Belgique : un bilan chiffré (1969-2008) moreRevue belge de Numismatique, 156, 2010, p. 175-187. |
43 views |
LESSURB
SELLEXURB
0102 - IVLC
SIGNED cuL-naeJ ,ETRAHCUOM enialsihG ,HCSEEH nav nahoJ ,YATALLAC ed siocnarF ¸ ¨ sruetceriD
KEITAMSIMUN ROOV PAHCSTOONEG HCSIGLEB KJILKNINOK
teh rood
EUQIGLEB ED EUQITAMSIMUN ED ELAYOR ETEICOS ´ ´
al rap
GNINOK ED .M .Z NAV GNIMREHCSEB EGOH ED REDNO
nevegegtiu
IOR EL .M .S ED EGANORTAP TUAH EL SUOS
eeilbup ´
EDNUKLEGEZ NE KEITAMSIMUN ROOV TFIRHCSDJIT HCSIGLEB EIHPARGOLLIGIS ED TE EUQITAMSIMUN ED EGLEB EUVER
FRANÇOIS
DE
CALLATAŸ*
QUARANTE ANS D’ACQUISITIONS PATRIMONIALES AU CABINET DES MÉDAILLES DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE DE BELGIQUE : UN BILAN CHIFFRÉ (1969-2008)
Abstract: This paper sums up forty years of acquisitions by the Coin Cabinet of the Royal Library of Belgium (1969-2008). The last years (1996-2008) have been marked by a never experienced yearly average of new items inscribed at the inventory, all in all 55,000. This is all the most remarkable since the available money has dropped to reach approximately one tenth of what it was during the glorious years 1963-1978.
À l’heure où l’on vient de commémorer en 2009 le quarantième anniversaire de l’inauguration de l’actuel bâtiment de la Bibliothèque royale de Belgique, cette étude dresse un bilan chiffré de quarante années d’acquisitions patrimoniales par le Cabinet des Médailles, soit de 1969 à 20081. Comme on le verra, la recherche a régulièrement été étendue à un demi-siècle, soit les années 1958-2008. Il y a à cela une raison toute pragmatique : la conservation par le Cabinet des Médailles de ses archives à partir de 1958 (les archives antérieures ayant été déposées aux Archives Générales du Royaume). Notons également que, en dépit d’une série d’articles précieux2, on manque d’un ouvrage de synthèse sur l’histoire du Cabinet des Médailles.
* François DE CALLATAŸ, Bibliothèque royale de Belgique, Cabinet des Médailles, Boulevard de l’Empereur 4, B-1000 Bruxelles. Email : callatay@kbr.be. 1 Pour un florilège non chiffré de ces acquisitions, voir déjà Fr. DE CALLATAŸ, Cabinet des Médailles, dans Bibliothèque Royale Albert I. 25 années d’acquisitions 19691994, Bruxelles, 1994, p. 60-65. 2 On se reportera ainsi, dans l’ordre chronologique, à V. TOURNEUR, Le Cabinet des Médailles de l’État. Son histoire, son importance et la question de son démembrement, dans Revue des Bibliothèques & Archives de Belgique, 5 (4), 1907, p. 1-24 ; ID., Le démembrement du Cabinet des Médailles de l’État, dans Revue des Bibliothèques & Archives de Belgique, 5 (5), 1907, p. 1-16 ; F. BAILLION, Le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque royale de Belgique, dans Archives, Bibliothèques et Musées de Belgique, 28, 1957, p. 18-31 ; J. LALLEMAND, Le Cabinet des Médailles, dans Bibliothèque royale. Mémorial 1559-1969, Bruxelles, 1969, p. 297-309 ; ID., Le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Royale, dans VN, 35 (4), juil.-août 1985, p. 159-171 ; Fr. DE CALLATAŸ, L’importance des collections du Cabinet des Médailles de Bruxelles, dans RBN, 142, 1996, p. 255-267 ; ID., Une institution à découvrir : le Cabinet des Médailles de Bruxelles, dans Arts Antiques Auctions, 335, oct. 2002, p. 11-13. S’agissant du développement
RBN, 156, 2010, p. 175-187.
176
FRANÇOIS DE CALLATAŸ
La consultation des inventaires du Cabinet des Médailles indique que, de 1969, date de l’ouverture de la nouvelle bibliothèque (mais pas de son cabinet des médailles qui ne fut déménagé qu’en septembre/octobre 1971), à 2008, plus de 55 000 objets monétiformes auront été inscrits à l’inventaire du médaillier national, soit près de 1 400 objets par an. Le nombre ne manquera pas d’impressionner et ayons ici une pensée pour le personnel du cabinet qui se sera succédé pour inscrire près de six entrées supplémentaires chaque jour ouvrable3. Considérant les tâches annexes à l’inscription4, on ne sous-estimera pas le temps nécessaire à ces opérations, sans même tenir compte de ce qui arrive pourtant régulièrement : une identification rebelle ou un besoin de redéployer plusieurs plateaux pour ménager de la place aux nouveaux venus. Tout cela requiert un temps qu’il n’est nullement exagéré d’estimer à l’équivalent d’une journée pleine au moins par semaine (à raison d’une heure trente minutes par jour). En réalité, le temps dévolu aux acquisitions est bien plus important encore. L’essentiel de celui-ci va au dépouillement des catalogues de vente. Comme on sait, le monde numismatique se distingue par la multiplicité des sources d’approvisionnement. Il se publie et se diffuse aujourd’hui plusieurs centaines de catalogues ou de listes de vente chaque année (le cabinet des médailles de Bruxelles possède d’ailleurs, sous ce rapport, un des plus riches fonds qui se puisse trouver avec plus de 30 000 catalogues)5. Chaque catalogue, pourvu qu’il contienne des pièces de nos régions, est dépouillé systématiquement. Ce travail de dépouillement nécessite des connaissances numismatiques qui empêchent de le confier à un agent peu qualifié. Yves Landrain, tout spécialement, y aura passé une partie importante de son temps en complétant, pièce après pièce,
de la collection de monnaies byzantines, voir Fr. DE CALLATAŸ, Le développement de la collection de monnaies byzantines du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Royale Albert Ier, dans RBAHA, 65, 1996, p. 17-26. 3 Environ 1 400 objets / c. 260 jours ouvrables = 5,6. 4 Découper le carton à la dimension de l’alvéole du plateau où sera placée la pièce dans son tiroir, remplir ce carton des données utiles (numéro d’inventaire, métal, poids, diamètre, orientation des axes, identification de la pièce et références bibliographiques) et placer le carton et la pièce à l’emplacement qui leur a été aménagé. 5 Voir à ce sujet Fr. DE CALLATAŸ, Un problème de documentation en numismatique antique : les catalogues de ventes, dans Histoire & Mesure, 5 (3/4), 1990, p. 259-269 et ID., Quelques estimations relatives au nombre de monnaies grecques : les collections publiques et privées, le commerce et les trésors, dans RBN, 143, 1997, p. 21-94 (surtout p. 54-59 : 2. Le nombre de monnaies grecques négociées annuellement et p. 72-79 : Annexe I. Les catalogues de vente (1993-1994)). Parmi les institutions publiques, seuls l’American Numismatic Society (New York) et le Fitzwilliam Museum (Cambridge) paraissent disposer de fonds supérieurs. Parmi les ressources privées, il faut placer au premier rang la bibliothèque spécialisée de Vassili Demetriadi (Athènes), qui doit beaucoup aux soins prodigués par sa bibliothécaire Patricia Felch. Le catalogue de ces catalogues est consultable en ligne.
QUARANTE ANS D ’ ACQUISITIONS PATRIMONIALES
177
les séries monétaires de nos régions, particulièrement celles émises sous domination espagnole et autrichienne. Il va sans dire que la collection de la Bibliothèque royale est sans égale dans le monde pour ces domaines. Elle n’est néanmoins pas complète et une étiquette d’attente a été prévue pour chaque variété manquante que l’on sait avoir existé6. En une quinzaine d’années (1992-2006), l’action soutenue du personnel du Cabinet des Médailles aura permis de combler un bon quart de ces manques pour les monnaies d’argent et de cuivre. Mieux même : elle a permis d’acquérir 47 pièces des Pays-Bas espagnols qui n’étaient pas répertoriées dans l’ouvrage de référence d’Enno van Gelder et Hoc7. C’est dire tout le bénéfice que l’État aura retiré de ce travail. Mais revenons au nombre de c. 1 400 inscriptions à l’inventaire par an comme moyenne pour les années 1969-2008, afin de le mettre en perspective. Créé en 1835 (soit avant même la création de la Bibliothèque royale de Belgique en 1838), mais ne disposant d’aucun patrimoine jusqu’en 1839, le cabinet des médailles de Bruxelles comptait environ 7 500 objets fin 1846, 10 000 en 1851, 20 000 en 1870, 60 000 en 1902, 65 000 en 1907, 185 000 en 1968, 208 000 en 1995, lors de l’inventaire détaillé qui en fut dressé cette année-là, et 239 000 fin 2008. Soit les moyennes suivantes :
Tableau 1 : Moyennes annuelles des inscriptions à l’inventaire du Cabinet des Médailles (1839-2008) Périodes 1839-1846 : 1847-1851 : 1852-1870 : 1871-1902 : 1903-1907 : 1908-1968 : 1969-1995 : 1996-2008 : Inscriptions 7.500 2.500 10.000 40.000 5.000 120.000 23.000 31.000 Années /8 /5 / 19 / 32 /5 / 61 / 27 / 13 Moyenne annuelle 938 500 526 1.250 1.000 1.967 852 2.385
Ces résultats devraient nous réjouir. Avec une moyenne annuelle de près de 2 400 nouvelles inscriptions, les dernières années (1996-2008) furent les plus prolifiques de toute l’histoire du cabinet. Ce tableau amène à relativiser les débuts héroïques et, en particulier, les années 1871-1907
Ce que l’on doit à l’initiative et à la persévérance d’André Van Keymeulen. H. ENNO VAN GELDER et M. HOC, Les monnaies des Pays-Bas bourguignons et espagnols 1434-1713. Répertoire général, Amsterdam, 1960 et l’article de Y. LANDRAIN, Monnaies des Pays-Bas espagnols : nombreuses variétés inédites acquises par le cabinet des médailles de Bruxelles, dans RBN, 148, 2002, p. 132-138, pl. 17-25. Sur les 47 variétés inédites, il peut être intéressant de rapporter que 33 furent acquises sur le budget ordinaire de la section, tandis que 14 le furent grâce à l’intervention de l’Association des Amis de la Bibliothèque royale.
7 6
178
FRANÇOIS DE CALLATAŸ
qui furent marquées par une série d’acquisitions ou de dons célèbres (Louis Geelhand, 1865 et 1887 ; Maurice de Robiano, 1893 ; Édouard Van den Broeck, 1897 ; Lucien de Hirsch, 1898 ; Albéric du Chastel, 1899 ; Charles Van Schoor, 1903 et Henri de Surmont de Volsberghe, 1904). La moyenne alors atteinte, un peu supérieure à 1 000, se situe en deçà du niveau atteint par la suite, singulièrement des dernières années. On perçoit immédiatement aussi combien la moyenne de c. 1 400 inscriptions pour les années 1969-2008 est de formation composite, ce que rend bien le graphique 1.
Graphique 1 : Détail des inscriptions à l’inventaire du Cabinet des Médailles (1958-2007)
12000
Achats
10000
Dons
Dépôt
8000
6000
4000
2000
0
1996
1994
1998
2000
2002
1988
1958
1964
1966
1972
1990
1992
1960
1962
1968
1970
1974
1976
1978
1980
1982
1984
En réalité, il y a lieu de distinguer trois périodes (voir Annexe 1 : Détail annuel des inscriptions à l’inventaire 1969-2007) au sein de ces quarante dernières années qui, pour la beauté de la démonstration, se trouvent avoir des longueurs presque égales : soit les années 1969-1981, caractérisées par de très nombreux achats et des dons (moyenne des inscriptions : 1 551), les années 1982-1994, marquées par une chute brutale, proche de la quasi-interruption des inscriptions (moyenne : 260) et les années 19952007, qui, faute de restaurer les achats (ceux-ci ne constituent pas même 3 % des rentrées), aura connu une profusion de dons sans mesure avec ce qui a pu être connu par le passé (moyenne : 2 455). Ces trois périodes se différencient par leurs moyennes (1 551, 260, 2 455). Elles se différencient plus encore par le type d’acquisition, achats ou dons, mis en œuvre, ainsi que le résume le tableau 2 ci-dessous :
1986
2004
2006
QUARANTE ANS D ’ ACQUISITIONS PATRIMONIALES
179
Tableau 2. Détail par périodes des inscriptions à l’inventaire du Cabinet des Médailles (1969-2007) 1969-1981 Achats 14 615 Dons 5 551 Total 20 166 1982-1994 Achats 857 Dons 2 517 Total 3 374 1995-2007 Achats 1 525 Dons 29 004 Dépôt 1 385 Total 31 914 Grand total
(72,5 % pour ces années, 1 124 pièces/an) (27,5 % pour ces années, 427 pièces/an) (36,4 % du total)
(25,4 % pour ces années, 66 pièces/an) (74,6 % pour ces années, 194 pièces/an) (6,1 % du total)
(2,8 % pour ces années, 117 pièces/an) (90,9 % pour ces années, 2 231 pièces/an) (4,3 % pour ces années) (57,6 % du total)
55 454
De ces données, il est loisible de tirer des graphiques évocateurs. Le graphique 2 fournit pour chacune des trois périodes les nombres d’inscriptions à l’inventaire selon le type d’acquisition :
Graphique 2 : Répartition par périodes et par types du nombre d’inscriptions à l’inventaire du Cabinet des Médailles (1969-2007)
Achats Dons Dépôt
30000 25000 20000 15000 10000 5000 0 1969-1981 1982-1994 1995-2007
180
FRANÇOIS DE CALLATAŸ
Le graphique 3 reprend ces mêmes données qu’il donne sous forme de pourcentages pour chacune des trois périodes :
Graphique 3 : Répartition en pourcentages par périodes et par types du nombre d’inscriptions à l’inventaire du Cabinet des Médailles (1969-2007)
Achats
Dons
Dépôt
30000 25000 20000 15000 10000 5000 0 1969-1981 1982-1994 1995-2007
Exprimée en pourcentages, la situation est linéaire : la part des achats qui représentait 72,5 % pour la période 1969-1981 n’atteint plus que 2,8 % pour la période 1996-2007. Inversement, la part des dons n’a cessé de croître : de 27,5 % (1969-1981) à 90,9 % (1995-2007), en passant par 74,6 % (19821994). On se réjouirait donc sans réserve de la très forte moyenne obtenue ces dernières années pour les inscriptions à l’inventaire si cette dernière ne cachait pas un phénomène inquiétant : l’effondrement des achats. On observe en effet une chute de plus de 10 à 1 entre les années 1970, durant lesquelles plus de 1 100 pièces furent achetées chaque année, et les années post-1981 au cours desquelles ce fut le cas de moins de 100 pièces (19822007 : 2 382 / 26 = 92). On verra plus loin ce que cela signifie du point de vue des budgets. On assiste en revanche à une montée spectaculaire du nombre des dons (et des legs placés ici dans la même catégorie), qui a plus que décuplé si l’on compare la période 1995-2007 à la précédente, 1982-1994 (de 194 à 2 231 pièces par an). Il faut ici louer les généreux donateurs au premier rang desquels viennent Claude Roelandt, les héritiers de Zéphir Henin8, Marc Bar9, Yvon Kenis et Roberto Russo. Nombreux sont les dons de grande valeur qui ont été faits au médaillier national (songeons à la col8 Voir Fr. DE CALLATAŸ, La collection Zéphir Henin (1866-1948), dans RBN, 147, 2001, p. 202-210. 9 Voir M. BAR, Sylloge Nummorum Graecorum. Belgique. Bibliothèque royale de Belgique. La collection de bronzes grecs de Marc Bar, Bruxelles, 2007.
QUARANTE ANS D ’ ACQUISITIONS PATRIMONIALES
181
lection de c. 1400 bronzes grecs formée par Marc Bar). Mais, à côté de ces générosités insignes et proprement patriotiques dans certains cas, on trouvera aussi et beaucoup dans la catégorie des dons des pièces de peu de valeur, à commencer par les monnaies ramenées de voyages effectués plus ou moins loin à la surface du globe. Encouragé par les responsables du Cabinet des Médailles, le personnel de la Bibliothèque royale de Belgique n’aura pas peu contribué au développement des collections de monnaies contemporaines pour lesquelles nous ne négligeons ni les millésimes ni les variétés. En termes de valeur et d’intérêt pour la collection nationale, il va de soi que le niveau moyen des acquisitions onéreuses est très supérieur à celui des dons, ce qui ne signifie pas que ne figurent pas parfois parmi les dons des pièces particulièrement prestigieuses qui contribuent à la gloire du médaillier national. Qui veut avoir une idée des sommes dépensées pour l’enrichissement de ce médaillier doit d’abord procéder à un décompte assez fastidieux, année par année, de tous les montants payés exprimés dans une même unité monétaire, en l’occurrence ici le franc belge10.
Graphique 4 : Sommes dépensées annuellement (en BEF non indexés) pour l’acquisition d’objets patrimoniaux du Cabinet des Médailles (1958-2007)
3500000 3000000 2500000 2000000 1500000 1000000 500000 0
Budget ordinaire
Extraordinaire
1958
1961
1967
1970
1973
1976
1979
1982
1985
1991
1964
1988
1994
2000
2003
10 Je remercie vivement Alain Renard qui s’est chargé d’une partie de ce travail (les années 1958-1967) ainsi que des délicates conversions vers le franc belge des montants acquittés à l’époque dans d’autres devises.
1997
2006
182
FRANÇOIS DE CALLATAŸ
Le graphique 4 rend immédiatement perceptible les importants montants déboursés lors des années 1962-1978. Bien entendu, il s’agit d’adapter ces données brutes à l’indice des prix. Rappelons que l’inflation annuelle, largement contenue sous les 4 % depuis 1986 (avec même onze années sous les 2 % lors de cette période), avait précédemment connu des taux plus élevés : de 1971 à 1985, elle fut systématiquement supérieure à 4 % avec des pointes au-dessus des 12 % pour les années 1974 et 1975. Il en résulte que les prix d’aujourd’hui ont plus que quintuplé par rapport à ceux des années 1960. Le graphique 5 rend sensible cette évolution en donnant pour chaque année le total indexé (pour une base 100 en 2004) et non indexé des acquisitions :
Graphique 5 : Sommes dépensées annuellement (en BEF indexés [2004 = base 100] et non indexés) pour l’acquisition d’objets patrimoniaux du Cabinet des Médailles (1958-2007)
8000000 7000000
Non indexé Non indexé Indexé Indexé
6000000 5000000 4000000 3000000 2000000 1000000 0
1958 1961 1964 1967 1970 1973 1976 1979 1982 1985 1988 1991 1994 1997 2000 2003 2006
Un graphique supplémentaire donne alors l’évolution réelle, à savoir indexée, des montants payés exprimés à présent en euros:
QUARANTE ANS D ’ ACQUISITIONS PATRIMONIALES
183
Graphique 6 : Sommes dépensées annuellement (en euros indexés [2004 = base 100]) pour l’acquisition d’objets patrimoniaux du Cabinet des Médailles (1958-2007)
180000 160000 140000 120000 100000 80000 60000 40000 20000 0
1958 1961 1964 1967 1970 1973 1976 1979 1982 1985 1988 1991 1994 1997 2000 2003 2006
La mesure de l’ampleur ou de la modicité des moyens mis en œuvre apparaît ici pleinement. Les années 1962-1978 furent véritablement fastes. Durant 17 ans, il a été dépensé chaque année une moyenne de plus de 100 000 € (valeur 2004) et même plus de 150 000 € lors des années 1964, 1968, 1969 et 1974. Au total, ce sont plus de 2 millions d’euros actuels qui auront été consacrés à accroître le médaillier national. L’exercice le plus médiocre pour cette période (1971) se situe bien au-dessus de l’année la plus favorable en dehors de celle-ci (1992). Au-delà de ces chiffres obtenus pour le Cabinet des Médailles, ce sont les « golden sixties » qui se laissent ici observer avec leur prolongement quelques années au-delà de la crise constituée par le premier choc pétrolier de 1973. L’année 1979 marque une réduction sévère des achats : les montants dépensés sont réduits de plus de la moitié. Le plafond maximal alloué est alors porté à 1 200 000 francs belges, ce dont se plaint le responsable dans son rapport annuel (il se plaint surtout à la vérité des délais de paiement pratiqués par l’État ainsi que des formalités administratives jugées trop lourdes, ce qui entraînent des difficultés avec les fournisseurs). On notera que cela représente tout de même l’équivalent de c. 60 000 € d’aujourd’hui, une somme cinq fois supérieure environ à la moyenne des dernières années. On ajoutera que, comme il est noté dans le rapport annuel de 1981, trois des quatre membres du personnel du Cabinet des Médailles ont soit disparu soit été remplacés lors de cette même année
184
FRANÇOIS DE CALLATAŸ
1979. Les années 1980 apparaissent comme les plus misérables avec deux exercices sans aucune dépense (1985 et 1987). Durant les années 1990, les sections patrimoniales, dont le Cabinet des Médailles, se virent allouer un budget régulier très modeste de 400 000 BEF (c. 10 000 €), hors achats exceptionnels bien entendu. Le contraste avec les glorieuses décennies des années 1960 et 1970 est saisissant puisque les moyens ont été divisés par dix. Les nombres flatteurs d’inscriptions à l’inventaire ces dernières années cachent donc une réalité peu aimable : celui d’un assèchement presque total des moyens accordés pour l’enrichissement du médaillier national. Confrontée à des défis multiples sans que sa dotation générale s’en trouve augmentée, l’actuelle Bibliothèque royale de Belgique n’a naturellement pas comme priorité d’accroître son prestigieux patrimoine. Dans ces conditions, on sera reconnaissant à son Directeur Général, M. Patrick Lefèvre, d’avoir développé une politique d’acquisition efficace qui, sauf à la comparer avec l’incomparable, à savoir la grande richesse des golden sixties, n’est pas sans ambition. Cette politique vise entre autres à réunir les forces, éventuellement sur plusieurs exercices budgétaires, afin de se donner les moyens de procéder à des acquisitions de grande ampleur. C’est du reste exactement ce qui vient de se passer (décembre 2009) avec l’acquisition en bloc de la collection de bronzes byzantins formée par Henri Pottier, laquelle n’est rien moins que la seconde collection du genre existant au monde (derrière Dumbarton Oaks – Washington) et fait donc du médaillier de Bruxelles la première collection européenne en la matière. Le zèle du personnel du Cabinet des Médailles et la modicité de la valeur moyenne des objets inscrits récemment à l’inventaire ne suffit pas entièrement à expliquer ce paradoxe d’acquisitions menées sur un rythme supérieur à celui enregistré par le passé au moment même où les moyens pour soutenir cet effort se sont effondrés. Il faut aussi parler du démantèlement historique des activités liées à la frappe de monnaies ou de médailles dans notre pays. Le Cabinet des Médailles a ainsi récupéré et sauvegardé pour la collectivité une partie du patrimoine de plusieurs firmes privées qui ont récemment cessé d’exister (FIBRU et De Greef). Il y a eu là un contexte exceptionnel qui fait, plus que jamais, du médaillier national un gardien de la mémoire.
QUARANTE ANS D ’ ACQUISITIONS PATRIMONIALES
185
Annexe 1: Détail annuel des inscriptions à l’inventaire (1969-2007)
Années 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 Achats 1763 434 252 1416 498 833 261 5906 213 169 89 115 2666 Dons 865 496 1197 309 1021 169 429 179 117 199 54 134 382 Années 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 Achats 75 116 80 2 73 0 8 67 75 59 88 124 90 Dons 116 89 102 67 52 17 243 291 251 141 608 193 347 Années 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 Achats 72 322 77 97 93 140 23 44 53 139 382 24 Dons 834 131 2926 3566 585 2442 353 242 1563 965 153 10154 Dépôt Total : 55454 nouvelles acquisitions (16997 achats, 37072 dons et 1385 par dépôt) 2007 59 5090 1385
Annexe 2 : Détail annuel des catégories ayant fait l’objet des plus grands nombres d’inscriptions à l’inventaire (1969-2001)
1969: 1545 romaines/ 314 billets de banque/ 267 médailles 1970: 385 étrangères/ 199 romaines/ 162 médailles 1971: 612 étrangères/ 456 romaines/ 118 médailles 1972: 1142 étrangères/ 226 romaines/ 127 médailles 1973: 853 étrangères/ 435 médailles / 138 romaines 1974: 618 étrangères/ 196 médailles / 54 romaines 1975: 225 étrangères/ 177 romaines/ 111 médailles 1976: 5630 décorations/ 199 étrangères/ 96 grecques (5549 décorations de Dom G. De Clercq + décorations de Jean-Sylvain Van de Weyer) 1977: 124 médailles/ 88 romaines/ 35 étrangères 1978: 117 médailles/ 94 Pays-Bas/ 49 romaines 1979: 37 romaines/ 31 médailles/ 21 Pays-Bas (rapport sur la baisse du budget : 1 200 000 BEF de budget ordinaire réparti de façon arbitraire ; délai de paiement trop long et trop de formalités) 1980: 109 médailles/ 54 Pays-Bas/ 28 étrangères 1981: 2503 billets de banque/ 292 étrangères/ 233 médailles (3 des 4 membres du personnel ont disparu ou ont été remplacés en 1979) 1982: 110 médailles/ 38 romaines/ 18 étrangères 1983: 102 médailles/ 42 étrangères/ 40 romaines 1984: 156 médailles/ 14 étrangères/ 7 billets de banque 1985: 33 étrangères/ 28 médailles/ 5 billets de banque 1986: 90 médailles/ 14 étrangères/ 14 Pays-Bas 1987: 7 médailles/ 6 étrangères/ 4 billets de banque 1988: 218 romaines/ 15 étrangères/ 13 Pays-Bas 1989: 133 billets de banque/ 115 médailles/ 101 étrangères 1990: 140 « monnaies »/ 102 billets de banque/ 42 médailles 1991: 129 médailles/ 38 décorations/ 18 « monnaies »
186
FRANÇOIS DE CALLATAŸ
1992: 506 « monnaies »/ 74 médailles/ 57 billets de banque 1993: 110 billets de banque/ 60 monnaies modernes/ 42 décorations/ 42 monnaies contemporaines (60 écus du trésor de Châtelet/ 2 lots de décorations) 1994: 258 monnaies contemporaines/ 54 médailles/ 50 monnaies antiques (30 tétradrachmes parthes, médaille en or pour Vilain XIIII et De Meulenaere) 1995: 633 monnaies contemporaines/ 122 monnaies modernes/ 61 médailles (17 monnaies des Pays-Bas espagnols) 1996: 231 médailles/ 99 monnaies contemporaines/ 60 monnaies antiques 1997: 2633 monnaies contemporaines/ 233 médailles/ 59 monnaies modernes (don Claude Roelandt: 2229 monnaies ou médailles) 1998: 2879 monnaies contemporaines/ 458 jetons/ 180 médailles (en tout : 3122 monnaies données par Claude Roelandt) 1999: 333 monnaies contemporaines/ 115 médailles/ 97 billets de banque (collection Zéphyr Henin) 2000: 1762 monnaies contemporaines/ 304 monnaies antiques/ 254 médailles (coll. Zéphyr Henin, don Roberto Russo : 80 bronzes romains) 2001: 206 monnaies contemporaines/ 147 médailles/ 15 billets de banque (budget ordinaire passé de 400.000 à 200.000 BEF)
Annexe 3: Taux d’inflation et indices des prix en Belgique (1958-2008)
Graphique 7: Pourcentages d’inflation annuelle en Belgique (1958-2008)
QUARANTE ANS D ’ ACQUISITIONS PATRIMONIALES
187
Graphique 8: Table de l’indice des prix pour une base 100 en 2004 (1958-2008)